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Sparte, une cité grecque originale

territoire_sparteSparte était une cité profondément originale en Grèce ancienne qui présentait des similitudes avec certaines cités de Crète où les populations étaient d'origine doriennes. Elle a marqué les esprits dès l'Antiquité par son caractère sévère avec un modèle de violence d'éducation imposé aux jeunes spartiates mais également avec le sort réservé à la majorité de la population esclave lacédémonienne (les ilotes).


 

Dès l'Antiquité les écrivains, philosophes et historiens (Hérodote, Aristide, Polybe, et d'autres) ont beaucoup écrit sur Sparte mais aucun d'entre-eux n'en était natif. La plupart de ces philosophes étaient athéniens et certains comme Xénophon ont émis des jugements positifs (on les dit « laconophiles »), d'autres furent au contraire très sévères comme Isocrate ou Aristote.

Aux origines de Sparte

Les spartiates ont conquis la Laconie. Pour justifier cette conquête et ce droit d'asservir, ils ont créé des légendes qui sont liées à la geste des Héraclides, descendants d'Héraclès. Héraclès réussit à sauver le pouvoir du roi Tyndare qui était menacé par son frère. Héraclès aurait donc régné conjointement sur Sparte, raison pour laquelle les spartiates prétendront être des descendants d'Héraclès. Les Héraclides quittent Sparte, sont chassés, et se réfugient dans le Péloponnèse. Le retour des Héraclides daterait de 1100 avant J.-C. A l'époque classique, se répand la légende selon laquelle les rois de Sparte seraient Héraclides, tandis que le peuple provenait de l'invasion dorienne.

spartiateLes doriens conquièrent le Péloponnèse : Messénie, Laconie, Argolide. Les messéniens qui vont se retrouver asservis par les spartiates sont doriens. Ils ont le même sang que ceux qui vont les conquérir. Une bonne partie d'entre eux deviendront des hilotes.

L'idée selon laquelle un peuple dorien aurait envahi tout le Péloponnèse est une histoire vraisemblable. La première raison est d'ordre linguistique : l'histoire de la migration des langues le montre avec les dialectes grecs.

Les achéens sont les grecs du Péloponnèse d'avant les doriens. Ils sont identiques aux Mycéniens. Une partie de ces achéens restent sur place et sont soumis aux spartiates. Certains deviendront des périèques et d'autres des hilotes mais une partie des achéens refuse cette conquête et va se réfugier dans des montagnes austères du cœur du Péloponnèse : l'Arcadie, notamment le mont Lycée (le mont des loups) où d'après Pausanias on pratiquait des sacrifices humains. D'autres vont au Nord du Péloponnèse dans une région éponyme : l'Achaïe. Notons que le dialecte archaïen est très proche du mycénien. Enfin une autre partie de ces achéens va trouver un refuge beaucoup plus loin, c'est un exode, ils prennent la mer et se réfugient à Chypre où ils donneront naissance au dialecte archado-chyprien.

Sparte, une monarchie ?

Il ne faut pas confondre les spartiates, les lacédémoniens et les laconiens. Le terme « laconien » est un terme géographique : la Laconie est la région de Sparte, le territoire et même le paysage de la cité spartiate. Les habitants de la Laconie sont les laconiens, c'est un terme assez vaste. Un noyau plus restreint est celui des lacédémoniens, mot d'origine très ancienne puisque le terme de lacédémone se trouve déjà chez Homère. C'est un mot qui désigne les combattants de la Laconie et donc les habitants de Sparte. Ces lacédémoniens sont les spartiates qui combattent dans l'armée et comportent aussi les périèques (ces derniers ne sont pas citoyens de plein droit). Enfin, le noyau dur, ce sont les spartiates. Quelques milliers d'homme au début, il se rétrécit jusqu'à devenir une minorité.

La constitution lacédémonienne (politéia) est extrêmement complexe puisqu'elle contient à la fois des éléments monarchiques, oligarchiques et des éléments démocratiques. C'est une constitution que les anciens qualifient de mixte à la différence d'Athènes qui est une constitution démocratique radicale. Aristote dans son ouvrage La politique décrit cette Constitution.

Le terme de monarchie pour Sparte est impropre, car il sous-entend le pouvoir d'un seul monarque, alors qu'à Sparte il n'y a pas un seul roi mais plusieurs en permanence. Il faut parler d'une double royauté. Avec ses deux dynasties parallèles, l'organisation de Sparte est un cas unique dans toute la Grèce. Ces deux dynasties royales s'appellent les Agiades et les Eurypontides. Pendant toute l'histoire de Sparte, on aura cette double royauté, et les spartiates l'expliquaient difficilement par deux jumeaux qui seraient sortis en même temps du ventre de leur mère, ce qui aurait rendu impossible la connaissance du plus âgé. Cette double royauté aurait empêché la tyrannie à plusieurs reprises et aurait donc été vue comme un garde-fou. Au cours de l'histoire spartiate, on a des exemples de rivalités entre les deux rois quand l'un des deux montrait trop d'ambitions, en effet le deuxième était toujours là pour lui rappeler qu'il fallait partager le pouvoir. Les spartiates n'ont jamais supporté la tyrannie.

Organisation politique de la cité

gerousiaLe principal organe politique considéré par Aristote comme instance aristocratique, c'est le Conseil des Gérontes : la Gérousia. Les Gérontes, ce sont les vieillards, au nombre de vingt-huit auxquels s'ajoutent les deux rois, ils sont donc trente. C'est un conseil aristocratique qui possède beaucoup de pouvoirs. Les conditions d'entrée sont assez restrictives. Il faut avoir soixante ans révolus. Il y a un aspect financier également : ce sont les plus riches qui sont choisis. De plus, il y a une élection, ce qui est une désignation aristocratique. Un Géronte est élu à vie, il n'a aucun compte à rendre au peuple. En d'autres termes, les Gérontes ne craignent pratiquement rien, ce qui est différent d'Athènes où un magistrat doit participer à la réédition des comptes. Les Gérontes sont l'organe le plus corrompu selon Aristote. A l'origine, c'est un Tribunal : le Tribunal le plus important de Sparte qui juge les affaires de meurtres. La Gerousia possède aussi des pouvoirs politiques similaires à ceux de la Boulè.

Aux Ve et IVe siècles, la fonction probouleutique est transférée aux éphores. Ceci sans doute à cause de la corruption et du mode de vie Géronte. Les éphores prennent donc de plus en plus de pouvoir avec le collège des cinq éphores.

Ces magistrats semblent avoir été recrutés, du moins une partie d'entre-eux, parmi le peuple. Progressivement, ils deviennent maître des affaires les plus importantes (sauf les meurtres qui restent pour la Gérousia : les affaires de droit civil, les contrats, les questions de propriété, deviennent des affaires judiciaires aux mains des éphores qui ne sont que cinq et qui jugent chacun individuellement les affaires. Petit à petit, ils sont transformés en une sorte de gouvernement permanent contrôlant toute la vie de la cité, d'où le jugement émit par Aristote qui estime que c'est une forme de tyrannie collégiale. Les éphores sont élus pour un an.

Non seulement ils jugent les affaires de droit civil mais ils veillent aussi au respect de l'ordre et des traditions, des mœurs. Ils deviennent une sorte de police politique chargée de surveiller, tel des espions, des citoyens, et de repérer les éventuels comploteurs contre le régime : en particulier les périèques et les ilotes. Ils sont également chargés de surveiller les gérontes et les rois. Ils ont les pouvoirs nécessaires pour instruire un procès contre un roi qui peut être jugé pour trahison. Certains rois furent condamnés à mort par les éphores.

L'assemblée, nommée Ekklèsia puis Apella a des pouvoirs à Sparte, mais les textes sont trop brefs sur l'étendue de ses pouvoirs. A l'origine ce sont les rois qui déclaraient la guerre, mais à partir de la guerre du Péloponnèse (431 au moins), c'est l'assemblée des homoioï (assemblée du peuple) qui déclare la guerre. Le peuple décide contre l'avis du roi.

Sparte et Athènes, deux cités comparables

Athènes et Sparte sont deux États de cités dans lesquels les droits politiques sont strictement et intégralement réservés aux individus de sexe masculin qui ne sont plus des enfants au regard de la loi. Un enfant, dans l'Antiquité grecque, n'a aucun droit du point de vue juridique. Ce sont deux États qui ont en commun l'exclusion totale de la majorité des individus habitant le territoire, et pas seulement des métèques ou esclaves. Depuis l'époque archaïque, les femmes sont exclues. On sait grâce à la découverte de plusieurs décrets politiques, qu'une femme était suffisamment riche pour payer la construction ou la réparation de certains bâtiments publics, notamment le Bouleutérion qui était le principal bâtiment (IIe s. avant J.-C.). La femme n'y siègera cependant jamais. L'une des caractéristiques principales intrinsèque de toutes les cités grecques, c'est l'exclusion des femmes du domaine politique pendant toute l'Antiquité. Les enfants sont considérés à leur naissance comme des non-citoyens qui doivent franchir des étapes, avec un nombre d'années qui peut varier selon les cités (18-20 ans à Athènes et Sparte). Cet âge est un héritage de l'Antiquité, qui est une évidence aujourd'hui.L'exclusion des étrangers est totale, de tout droit politique, que ce soit à Athènes ou Sparte, aussi bien pour de la vie politique nationale (boulè, ekklésia) que locale (au niveau des dèmes, les démarques sont des magistrats locaux).

Les femmes

code_gortyneDans ces deux cités, la citoyenneté et son corollaire (la liberté absolue totale), est réservée à une très petite minorité, celle qui défend la cité. Ce privilège masculin est donc réservé à ceux qui combattent. Or, les femmes ne font jamais la guerre. A Athènes, les métèques sont exclus de l'infanterie lourde (corps d'élite des hoplites, 10 000 à Athènes au Ve siècle, pour 30 000 citoyens). Les combattants de l'infanterie légère sont les peltastes, les métèques y participent. Ils sont presque aussi nombreux que les citoyens.

La discrimination homme-femme s'étend largement dans le domaine juridique, dans ce qu'on appellerait aujourd'hui le droit pénal ou le droit civil. La principale inégalité concerne la propriété. En droit athénien, une femme n'est jamais propriétaire de la moindre chose. Elle n'est que l'intermédiaire, le maillon qui transmet une partie de la fortune de son père à ses garçons. Elle n'est que la dépositaire de cet héritage strictement masculin, d'où la création d'une catégorie juridique particulière de filles épiclères. Une situation pour l'essentielle semblable à Sparte (où les filles épiclères correspondent aux filles patrouchoi). Du point de vue juridique, à Athènes comme à Sparte, la fille est une éternelle mineure. Avec une petite nuance … Nous savons que dans certains pays dorien, en Crète, les femmes bénéficiaient d'une situation un peu différente. On le sait grâce à la découverte du code de Gortyne : un code de loi découvert par les archéologues, dans un alphabet archaïque. Ce code de Gortyne datant au moins du Ve siècle avant J.-C. nous renseigne sur le statut juridique des femmes. Dans cette cité dorienne (Gortyne), la femme doit hériter de la moitié des biens par rapport à son frère. La plupart des historiens pensent que cette loi garantissait la sécurité financière de la fille, en évitant le père de les spolier par rapport à leur dote, sans pour autant leur comparer le statut de majeur. D'autres, moins nombreux, pensent que la femme n'est plus mineure dans cette cité. Hormis cette nuance apportée par le code de Gortyne, les femmes sont des éternelles mineures sur le point politique et juridique.

La citoyenneté

Pour être un garçon, il faut être un fils légitime. La citoyenneté à Athènes, comme à Sparte, est fondée sur le droit du sang. Il faut être un homme adulte et avoir les bons parents. Le père et la mère, génétiquement, ont une ascendance (genos) autochtone. Aucune cité grecque n'a été régie par le droit du sol. Lysias est un métèque donné à Athènes ayant vécu vers 400 avant notre ère, et qui avait pour profession un logographe (avocat moderne). Il a consacré une grande partie de sa fortune héritée de son père, pour défendre la démocratie athénienne. Son argent a permis de financer la rébellion contre le régime des Trente. En récompense, un décret lui a donné la citoyenneté avant d'être cassé pour vice de forme. A Athènes comme à Sparte, le droit du sang est sans doute le résultat d'une évolution récente, c'est-à-dire d'une fermeture, dans une mentalité obsidionale. Quand Clisthène établit la démocratie à Athènes en 508/7, les adversaires du régime lui reprocheront d'avoir fait citoyens en masse beaucoup d'étrangers domiciliés à Athènes. Il était encore possible, semble-t-il, de naturaliser des étrangers domiciliés, écho d'un ancien droit du sol. En 451, l'Assemblée athénienne vote, à l'initiative de Périclès, une loi extrêmement importante : ne seront citoyens que les enfants dont le père est athénien et la mère d'ascendance citoyenne. Cette loi s'accompagne de la radiation en masse de plusieurs milliers de citoyens athéniens dont la mère n'était pas d'origine athénienne. Selon certaines sources, cette loi aurait donc été rétroactive.

Vraisemblablement, on peut y voir l'évolution des mentalités et le repli d'un corps civique sur lui-même. La citoyenneté devient un privilège à défendre. A partir du Ve siècle avant J.-C., la cité grecque n'a plus vocation à s'étendre, la citoyenneté doit rester dans les mains d'une minorité. C'est l'évolution inverse dans l'histoire romaine, où Rome absorbe les cités voisines.

Société et politique

vestiges_sparteDu point de vue politique, on constate dans les deux cités l'absence de caste politique entre les citoyens. La fonction de magistrat n'est jamais héréditaire, excepté pour les rois. C'est la disparition du principe dynastique. Pas de caste religieuse non plus, c'est-à-dire que ne seront prêtres (sauf exception) que des citoyens tirés au sort ou, semble-t-il, élus à Sparte. Le sujet est assez controversé. Cet égalitarisme contraste avec l’Égypte, l'Inde et le Proche-orient de cette époque. Il y a aussi une méfiance profonde envers les chefs. Les charges, dans les deux cités (exceptés les gérontes et les rois), sont annuelles. C'est le cas pour toutes les magistratures athénienne, c'est le cas pour la principale des magistrature à Sparte (les éphores). Cette méfiance envers les magistrats s'accompagne de leur possible mise en application : on fait des procès envers les magistrats dans les deux cités. A Sparte, les magistrats se contrôlent entre-eux, mais le principe revient au même : le magistrat n'a rien d'un tout-puissant. On est à l'opposé de ce que seront les monarchies médiévales et modernes. Cette méfiance envers les chefs n'est pas l'apanage de la démocratie : Sparte est une oligarchie. Elle est née avec les oligarchies, lorsque les rois homériques ont été remplacés par des conseils aristocratiques au sein desquels des familles se partageaient le pouvoir.

S'accompagne un éclatement et un équilibre des pouvoirs (montée en puissance des éphores). Pausanias écrit un pamphlet sur la montée en puissante des éphores. Dans ces deux cités, l'assemblée du peuple possède des pouvoirs considérables pendant l'époque archaïque classique et l'époque hellénistique : déclarations de guerre ou ratification de la paix, et vote des lois directement, ainsi que l'élection des principaux magistrats. De ce point de vue, Athènes, comme Sparte, sont des démocraties, comme la plupart des cités grecques.

Les périèques

Dès l'Antiquité deux thèses s'affrontent quant à leur origine. Selon certains, ils seraient des achéens réduits au rang inférieur par droit de conquête. Ils seraient donc des grecs parlant un autre dialecte que leurs nouveaux maîtres. Cette disparition du dialecte indiquerait que les périèques seraient les doriens arrivés en dernière migration sur des territoires déjà occupés. On comptait parmi eux des populations indigènes mais aussi des doriens écartés du pouvoir car arrivés trop tard lors d'une seconde ou troisième vague migratoire. La caractéristique qu'ils partagent est qu'ils sont libres (éleuthéroi) mais pas citoyens de plein droit. Les périèques ont un statut d'inférieurs dit hypomeiones, « ceux en dessous des meilleurs », ce qui explique largement leur docilité et l'absence de révolte. Ils semblent satisfaits de leur sort, ils ont le droit de posséder une activité artisanale leur permettant de s'enrichir, activité interdite aux spartiates. Aucune cité périèque ne se serait révoltée lors du tremblement de terre de 464 qui manque de détruire la cité et provoque un soulèvement ilote. Néanmoins ils sont exploités par les spartiates d'un point de vue économique car ils payaient chaque année un tribut important au roi spartiate.

Ces périèques sont un cas particulier de Sparte car ils vivent entre eux. Il y a donc une dichotomie avec les spartiates. Ils étaient exclus de la capitale mais habitaient néanmoins dans des poleis (villes ou cités). Elles étaient relativement indépendantes de Sparte. Hérodote fait parler le roi Démarate : « Il y a à Lacédémone une polis d'environ 8.000 hommes, et l'ensemble des lacédémoniens a beaucoup de poleis ». Il y a donc une ville de 8.000 citoyens spartiates aux alentours d'autres villes avec lesquelles elle coexiste. Ces différentes poleis au nombre de cent environ possèdent leurs propres institutions politiques avec magistrats, assemblées, etc. Les périèques habitent des terres moins fertiles mais leurs propriétés sont exploitées par des ilotes, la seule obligation leur étant faite est de fournir des contingents à l'armée. C'est une des choses qui a beaucoup choqué les athéniens qui considéraient que les périèques faisaient parti du démos. Peu à peu ils deviennent majoritaires dans l'armée lacédémonienne.

 

Bibliographie

- Edmond Lévy, Sparte. Points histoire 2003.

- Jacqueline Christien et Françoise Ruzé, Sparte géographie et mythes. U, Armand Colin, 2007.

- Annie Queyrel, Athènes.

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