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Néron, le césar maltraité par l'histoire

neron artisteTacite est le premier à nous renseigner sur la vie de Néron. A noter que cet historien n'était pas né à la mort de Britannicus et n'avait que 9 ans au cours de l'incendie de Rome. Pour Tacite, le moindre geste de ce César ne peut être que sacrilège, malfaisant, criminel et le moindre mort dans l'Empire ne peut être attribué qu'à Néron. Malheureusement, aucun écrit le concernant, de Pline l'ancien qui était de son époque n'a survécu au temps. Les historiens postérieurs (sauf rares exceptions), Suétone et Dion Cassius viendront encore noircir le tableau de Tacite en attribuant à cet Empereur tous les vices, sans en apporter les preuves.

 

L'enfant

L'enfance de Néron n'eut rien de très heureuse, c'était un garçon timide, émotif, réservé qui intériorisait et avait du mal à prendre la parole. Sa mère, Agrippine se trouvait en disgrâce, exilée et spoliée de sa fortune. Mais, sans tapage, dans l'ombre, Agrippine échafaudait les plans et les manigances de ses futurs crimes. Il en résulta que Néron, fut confié à sa tante Domitia Lepida. Même le plus indulgent des historiens ne peut voir Agrippine, sœur de Caligula, que comme un monstre, par ses penchants pour le crime et l'intrigue. A noter que Caligula, frère d'Agrippine et suivi par Tibère, auraient détenu la palme de la férocité, de la cruauté et du vice. A prendre avec précautions, c'est les écrits de Suétone (nettement postérieur), connu pour sa tendance à l'exagération. Quoi qu'il en soit, il reste palpable qu'une tare a touché plusieurs individus de cette lignée impériale.

Pourtant, par la suite, Néron deviendra, pour le peuple, pas pour la haute société, le plus populaire des Empereurs romains. Il n'avait aucun attrait pour la guerre, n'a jamais mis les pieds sur un champ de bataille, et ne voulait pas agrandir l'Empire, ce que l'aristocratie de la vieille école ne lui pardonnait pas. Par contre, de Rome, en général, il a su prendre les dispositions voulues. En période de conflits, il a réussi à mobiliser des généraux valables (surtout Corbulon) et dans les grandes lignes, bien positionner ses légions. En revanche, Néron était un habile conducteur de char et cet exercice restait très dangereux. Il préférait la scène et les arts aux champs de bataille et rester l'ami du peuple. Il montrait beaucoup d'attraits pour l'occultisme. Il semblait se désintéresser complètement du panthéon des dieux. Peut-être était-il agnostique. Il restait assez indifférent aux honneurs, sauf quand le public reconnaissait ses talents d'artiste.

neron enfantSa mère, Agrippine, de retour, va s'employer à séduire l'Empereur Claude, ensuite, la femme de Claude, Messaline, va devenir son ennemie jurée. Messaline, sa rivale, semblait sortir du même moule qu'elle avec la passion du crime et de l'embrouille, mais en moins intelligente. Après avoir réussi à faire alliance avec Narcisse, Messaline finira assassinée. Il ne reste plus qu'à Agrippine à s'installer avec l'Empereur Claude, le récent veuf, qui n'est autre que son oncle... Elle réfléchit, il est encore trop tôt pour faire disparaitre Claude, ce vieux sénile, ce personnage sans malice, ni intelligence, ce goinfre... Il faut attendre, son fils Néron est encore trop jeune pour accéder au trône. Pire, il faut que Claude reste en vie encore quelques années, s'il vient à mourir de suite, elle sait qu'elle est perdue, avec tous les ennemis et rivaux qui l'entourent. Il faut croiser les doigts et attendre, jusqu'à ce que Néron soit en âge de régner. Le temps passe, son fils a maintenant 17 ans, il est temps d'agir. Agrippine réussit donc à faire servir à Claude, son mari et oncle des champignons saupoudrés d'une bonne dose d'ingrédients faits pour faire trépasser. C'est le dernier festin de l'Empereur, maintenant, la voie est libre. Entre temps, Néron avait été fiancé à Octavie, à laquelle, il ne semble ne s'être jamais vraiment intéressé. Notre personnage vient d'être proclamé Empereur, voilà sa description adulte : Plutôt beau garçon, blond aux yeux bleus, de taille moyenne, trapu, intelligent, mémoire à toute épreuve, santé de fer.

Il n'est pas vraiment facile de diriger le monde à 17 ans. Heureusement, il est bien entouré avec Burrhus et Sénèque qui connaissent toutes les ficelles du pouvoir, des affaires publiques, des négociations etc. Mais déjà, la mésentente s'installait entre Agrippine et Néron. Cette dernière venait de faire supprimer deux autres personnages, Narcisse et Silanus qui auraient pu éventuellement lui nuire. Et des bruits sinistres couraient dans Rome à son sujet; l'on commençait à faire le rapprochement avec la mort suspecte de son mari, l'Empereur Claude.

Cette mère qui ne pouvait tolérer que Néron ne tienne pas compte de ses volontés et qui s'en remettait entièrement aux conseils de ses vieux protecteurs Burrhus et Sénèque. Elle qui pensait diriger le monde à travers son fils en le manipulant.

Cependant, jeune, César ne restait pas inactif et prenait de bonnes mesures. Il fit rappeler nombre de gens exilés injustement. Il tenta, sans y parvenir, d'abolir tous les impôts indirects à travers l'Empire. Il décida de réduire les gages des indicateurs, afin que ceux-ci soient moins tentés de porter des accusations fallacieuses contre des tiers, dans un but vénal. Il accorda des dons aux indigents et nécessiteux. Un personnage important avait écrit des textes calomnieux sur son compte et avait été mis en jugement par le sénat. Néron écrivit aux juges et leur recommanda l'acquittement du délinquant. Un jour, ses conseillers lui demandèrent de signer l'arrêt de mort d'un criminel, il refusa. Ensuite, forcé, il a signé en disant "Comme je voudrais ne pas savoir écrire". Il ordonna que dans les combats de gladiateurs, le vaincu ne soit jamais mis à mort. Individu émotif et intérieur, il ne supportait pas la vue du sang et la violence gratuite. Lui, avec son naturel d'artiste, tentera d'orienter son peuple et entourage vers les gymnases et les arts pour les éloigner des abominations des jeux du cirque. Ainsi, par ces idées, il s'attira une quantité supplémentaire d'ennemis de la vieille école du sanguinaire peuple romain. Et surtout, il fit appel au meilleur maître du moment pour satisfaire ses deux grandes passions, la musique et le chant. Agrippine sidérée par cette idée tomba dans une colère noire en lui faisant des reproches ouverts. Lui, était amoureux fou du milieu artistique, sa mère en était l'ennemie jurée. Néron ne supportait pas qu'on critique la musique, il lui répondit qu'elle n'avait pas à s'infiltrer dans sa vie privée. La rupture n'est plus très loin... Par la suite, Néron renvoya Pallas, homme très riche et hautain qui ne lui apportait que du mauvais. Il se trouvait que ce Pallas était le principal allié d'Agrippine dans ses menées tortueuses et criminelles. Ce qui la rendit folle de rage. Alors, des idées de meurtre envers son fils commencèrent à s'installer dans les pensées de la régente. Elle réalisait que Néron ne serait jamais un instrument entre ses mains, comme l'avait été l'Empereur Claude. Peut être a-t-elle songé un moment à lui substituer Britannicus son frère adoptif, plus facile à manœuvrer ? Sournoisement, elle faisait répandre dans le pays des horreurs inventées par elle sur le compte de son fils et de ses deux précepteurs, dans le but d'amener un soulèvement. Néron apprit par ses enquêteurs que sa mère se mobilisait pour l'éliminer, maintenant qu'elle savait qu'il n'entrerait jamais dans ses vues.

Mort de Britannicus

Au cours d'un banquet, Britannicus, 14 ans, épileptique et maladif, le frère adoptif de Néron, immédiatement après avoir bu une coupe d'un breuvage quelconque s'était effondré net. Bien entendu, trente ans plus tard, Tacite, qui n'était pas encore né, à ce moment, conclut à un empoisonnement provoqué par Néron. Ce qui est plus qu'improbable, ce garçon de 14 ans en mauvaise santé et épileptique n'était pas un danger pour Néron, qui, à cette époque n'avait encore aucune victime à son actif. Les Romains connaissaient des poisons très violents mais, ils mettaient du temps à agir. Or, ceux qui étaient présents au banquet déclarent que Britannicus est tombé foudroyé. Alors, hémorragie méningée, violente crise d'épilepsie ou autre ?? L'avis d'un spécialiste des centres antipoison, par exemple, serait le bienvenu pour nous dire si, avant l'époque de la physique-chimie et l'acide prussique, il y a eu des cas avérés, certains, devant témoins, de personnages tués instantanément par un quelconque poison ? De plus, si Néron avait fait empoisonner Britannicus, quel intérêt aurait-il eu à le faire devant des dizaines de témoins qui allaient interpréter de différentes façons ?

Cependant, la perfide Agrippine manœuvrait auprès d'Octavie, la femme de Néron pour la persuader que c'était son fils Néron, son propre mari qui avait organisé l'empoisonnement de son frère Britannicus. La combine réussit et Octavie se mit à détester son mari l'Empereur. Mais le second plan d'Agrippine ne réussit pas et se retourna contre elle. Elle s'agitait à faire répandre que c'était son propre fils qui avait provoqué la mort du fils de Claude. Mais le peuple ne fut pas dupe, Néron était déjà si populaire, les masses l'adoraient, que c'est sur elle que retombèrent les soupçons, rapport à ses anciens crimes et perfidies. Alors, Néron voyant le danger permanent que représentait sa mère, injure suprême, l'éloigna du palais en lui disant d'aller se "reposer" dans une de ses villas du bord de mer. Les gens pensèrent que leur si populaire Empereur était en danger de mort et que c'était elle, Agrippine, la source de tous les maux.

Mort d'Agrippine

agrippine neronAprès cet échec et après délibération des mêmes, on se trouvait au bord du gouffre. Agrippine allait ameuter tout le pays en déclarant que son fils, Empereur et assassin avait cherché à noyer sa mère. Il ne restait plus qu'une solution, le poignard. C'est Anicetus qui s'en chargea. Après une nuit de désespoir, au lever du jour, Néron se remit un peu, en entendant de partout, dans les temples, sur les places, le peuple remerciait les dieux d'avoir sauvé leur Empereur des mains meurtrières d'Agrippine.

Libéré de l'emprise de sa mère, il allait maintenant se livrer corps et âme à son tempérament d'artiste, à ses grandes passions, la musique, le théâtre, la littérature et la sculpture. Avide de connaissances, il voulait faire de Rome la capitale mondiale du savoir, une autre Athènes. Egalement, participer aux courses de chars, où il se montrait brillant.

Mais, du mauvais s'annonçait sous d'autres cieux. La Grande Bretagne avait été annexée en 43 av. JC. par l'Empereur Claude et plusieurs rois indigènes s'étaient révoltés. Avant que cette révolte ne soit écrasée, ce désastre avait provoqué la perte d'environ 7O OOO Romains ou sujets de Rome. Il se trouvait que Sénèque était plus ou moins à l'origine de ce carnage, par ses pratiques d'usurier. Ce dernier avait accordé des sommes énormes à des taux d'intérêts excessifs à des roitelets britanniques. Néron commençait à comprendre que son vieil ami Sénèque ne s'intéressait pas qu'à la philosophie...

Trois ans plus tard, il perdit son meilleur ami et conseiller, son vieux précepteur Burrhus, un des rares de l'époque, coutumière du meurtre à terminer sa vie de mort naturelle. Une perte considérable, pour lui, César, l'avenir allait s'assombrir. Burrhus fut remplacé par Tigellin, homme habile et sans scrupules qui virait facilement de bord. Pas vraiment la meilleure acquisition, tout au moins sur la fin. D'autant plus que dans la foulée, coup terrible, le vieux philosophe Sénèque lui annonçait que pour diverses raisons, lui aussi, souhaitait se retirer en partie de son rôle de conseiller et de guide. Désormais, depuis ce jour, un autre Néron va se manifester, le temps du pardon et de la mansuétude est terminé. Il va commencer à frapper, de-ci, de-là dans la meute d'intrigants. De plus, Tigellin l'incitait à gouverner par la crainte et à ne plus se conformer à la méthode douce de Burrhus et de Sénèque.

A ce moment, partout couraient dans la ville des bruits d'insurrection, ce qui n'était pas infondé. Sur les conseils de Tigellin, il fit exécuter, coup sur coup, Sylla à Marseille qui tentait de soulever les troupes des Gaules et Plautus, une crapule notoire qui faisait la même manœuvre en Orient, pour crime de lèse-majesté. Entre temps, sa colère grandit encore, quand il apprit que sa femme Octavie (qu'il ignorait) le trompait avec un joueur de flûte égyptien et était enceinte. Au même moment, sa maîtresse Poppée se trouva, elle aussi enceinte. Aussitôt, Néron décida de divorcer d'Octavie et la reléguer dans une île de Campanie. Trois semaines après ce divorce, Néron se maria avec Poppée, belle fille dont il était très amoureux. La nature joyeuse et les idées de la nouvelle souveraine étaient aux antipodes du style conservateur d'Octavie. Plus tard, Poppée accoucha d'une fille qui ne vécut que quelques mois. La mort (naturelle) de cette petite Claudia Augusta enveloppa Néron d'une tristesse infinie. Pendant longtemps, il n'y eut aucune festivité au palais. Puis, comme il le faisait toujours après les coups durs, pour se remettre, l'Empereur se replongea dans la musique et les arts.

Mort d'Octavie

De retour de cette île, l'Amiral Anicetus, (celui qui avait supprimé Agrippine) qui avait accompagné Octavie dans son exil révéla à Néron l'impensable : Pendant la traversée, Octavie, lui avait fait des avances, à lui, l'Amiral grisonnant, l'avait poussé à boire... Dans le but d'entraîner la flotte dans un complot destiné à le renverser, lui César. Effondré, il vit arriver, réunis, le déshonneur, l'adultère et le complot. Immédiatement, il envoya des messagers à Octavie, porteurs de l'ordre qu'elle avait de s'ouvrir les veines. Ce qui fut fait. On s'aperçoit que l'époque de l'indulgence de Néron est belle et bien terminée !

Maintenant, le temps est venu pour le maître du monde d'exercer pleinement ses talents d'artiste, avec sa formidable voix de chanteur, son don de musicien, son registre énorme de textes et de poèmes écrits par lui-même. Son palais devient le temple de l'art et de la connaissance et de la science intellectuelle de l'Empire. A ce temps, il envisagea même abdiquer, pour se retirer dans une ville grecque où l'on serait plus à même de reconnaitre sa valeur d'artiste qu'en Italie. Mais, une autre catastrophe, de taille, l'attendait.
L'incendie de Rome.

Ce gigantesque incendie va, injustement, salir et massacrer l'image de Néron pendant des siècles, à partir des historiens ultérieurs qui mettront un point d'honneur à lui attribuer toutes les calamités. Cette légende serait partie d'une rumeur disant que Néron était en train de jouer de la lyre et de déclamer des vers devant l'océan de flammes. Donc, que c'était lui qui avait allumé le brasier.

Aucun historien moderne ne le considère responsable de ce crime. Le feu a dû prendre naturellement. D'ailleurs, Rome brûlait à peu près tous les trente ans. Lui imputer ce sinistre est absolument absurde, il voyait partir en fumée une bonne partie de ses œuvres, édifices, livres, documents, œuvres d'art, sculptures... Lui qui ne vivait que pour l'art. De plus, il s'est démené comme un diable, jour et nuit, prenant des risques énormes, sans escorte et sans gardes pour stopper la catastrophe. L'Empereur se démenait avec une énergie incroyable, il était partout avec le risque permanent d'être assassiné. Il calmait le peuple terrorisé. Il s'activait à reloger les sinistrés à ses propres frais dans ses jardins privés et édifices, ordonnait de construire des asiles provisoires, faisait acheminer des provisions de l'extérieur... Il organisait les secours, infatigable et désespéré de voir partir en fumée les merveilles de Rome.

La persécution des chrétiens. La reconstruction.

incendie-rome-neronLe sinistre enfin maîtrisé, Néron, excédé d'entendre qu'on racontait cette histoire insensée, disant qu'il avait de sa propre volonté incendié la ville, pour se réjouir du spectacle, tout en jouant de la lyre sur son balcon, admiratif des flammes, voulut savoir qui était à l'origine de cette rumeur et fit ouvrir une enquête. Les agents de l'Empereur savaient peu de choses sur cette secte nouvelle des chrétiens qui étaient, semble-t-il peu nombreux dans la capitale. Selon eux, cette secte n'apportait que des troubles dans l'Empire. Pourtant, ils pensaient avoir découvert que des groupes de ces chrétiens avaient été vus en extase et ravis devant les flammes qui dévoraient Rome. Il est probable que Tigellin, son premier agent et dont la propriété avait brûlé, lui ait suggéré que les chrétiens étaient bien les responsables. Comme toujours, Tacite n'y va pas de main morte en disant que Néron les a fait périr dans des atrocités sans noms, qu'il aurait allumé des milliers de torches vivantes... Alors que dans le texte de l'Apocalypse, conçu 4 ans plus tard, il est signalé que les (coupables ?) victimes, auraient été décapitées. Bizarre ? Les historiens modernes estiment que cette persécution n'aurait pas fait plus de 3OO victimes, on est loin des chiffres avancés par Tacite. A la décharge de Tacite, il est plus que probable que les copistes des siècles suivants, chrétiens, ont trafiqué, surchargé, ajouté à ses textes pour montrer Néron comme le monstre sans égal, l'Antéchrist, la bête de l'Apocalypse, le personnage du chiffre 666 et autres absurdités... qu'ils voulaient en faire.

Bien sûr, il est arrivé à Néron d'envoyer des coupables à la mort (tout en se remettant à l'esprit la férocité de l'époque), mais il ne faut pas oublier qu'il avait une horreur absolue des actes de sadisme, de cruauté, torture, barbarie etc. Donc, je le vois mal, du jour au lendemain, changer d'attitude et aller se repaître, en public du spectacle des chrétiens mis en pièces...

Il y a une autre hypothèse qui est loin d'être invraisemblable, la voilà : Il y avait dans Rome un agitateur et révolutionnaire juif nommé Chrestos. Or, Chrestos est proche de Christus (Jésus Christ), est-ce que la police de Néron aurait fait une confusion entre Juifs et Chrétiens ? Voire une amalgame des deux ??

Il est bien connu que Néron n'avait aucun intérêt pour les dieux romains. Par contre, il était passionné d'occultisme et analysait toutes les idées nouvelles, il est plus que possible qu'il ait rencontré Paul, l'apôtre, ou tout au moins, ait été au courant de son principe de dieu unique. Toujours est-il que Paul est resté en vie, pendant et après la persécution, il serait mort 3 ou 4 ans plus tard. Donc...

Il ne faut pas oublier que par la suite, au moyen-âge, au sens large, très, très large, dans la notion de temps, les chrétiens pratiquaient de même, voire pire, envers ceux qui prétendaient qu'il existait un autre dieu, une autre religion. Pour preuve, l'hérésie, le bûcher pour les sorcières et d'autres non conformes et les abominations de l'inquisition.

Ensuite, le tempérament d'artiste de Néron trouva lieu à s'exprimer dans la reconstruction de la ville. Il dépensera des fortunes pour remanier Rome, la mettre à l'abri des incendies par des habitations différentes, élargir les voies pour laisser passer la lumière et l'air et embellir la cité de parcs et de jardins autour d'édifices fastueux; pour en faire une sorte de merveille. Mais, ajoutés à ces dépenses, ses dons aux différents sinistrés avaient pratiquement vidé ses coffres, ce qui le fit détester encore davantage par l'aristocratie romaine, par rapport à ce "gaspillage". Alors, à ce moment, ils décidèrent d'agir.

Un peu plus tard, il réussit son coup de maître, diplomatique, en sauvant des dizaines de milliers de vies pour les années à venir. Les Parthes et Arméniens étaient les ennemis les plus à craindre des Romains. Habile négociateur, il s'y prit de la façon suivante. En invitant le roi Tiridate à Rome en le couvrant de présents, d'honneurs, de fastes et de spectacles, engloutissant des sommes folles. Ensuite, Tiridate deviendra un admirateur de Néron pour son talent d'artiste et le luxe qu'il était capable de déployer.

La grande conspiration de Pison. Mort de Poppée.

poppee louvrePison, un sénateur riche et influent se prit lui aussi à vouloir devenir Empereur, mais pour cela, il fallait faire disparaitre celui en place... In extremis, un homme de l'entourage de ce Pison réussit à se faire introduire auprès de Néron pour lui dire qu'il était en danger de mort immédiate; son assassinat était prévu le matin même. Ce qui n'était que trop vrai. Plus tard, Tigellin et sa police découvriront le chiffre ahurissant de 41 conspirateurs, tous proches et amis, comblés par lui, César. Néron en resta anéanti, dévasté, par tant de haines, de trahisons envers sa personne, parce qu'au fond, la bonne société (entre guillemets) lui reprochait avant tout de vouloir être un artiste et de ne pas se conformer à la vieille école traditionnelle. Tacite, toujours lui, considérait que le fait que Néron se produisait sur scène comme une ignominie. Déjà dans le passé, il avait souhaité abdiquer et partir chez les Grecs, raffinés et amoureux des arts, pour s'éloigner de cette société romaine ultra-violente qui ne le comprenait pas dans son tempérament d'artiste et ne vivait que pour la débauche, le crime, l'ambition et la possession. Cette idée le poursuivait.

Sur 41 conjurés découverts, il ne prononça que 18 condamnations à mort, pour les autres, exil ou bénéfice du doute. Magnanime, quand même, en ces temps de violence, au-delà de l'imaginable...

Mais le pire, l'impensable, était que dans cette liste, y figurait le nom de Sénèque, le vieux précepteur et ami qui avait encore des ambitions insoupçonnées. Néron, abasourdi par tant d'horreur se résigna à lui envoyer un écrit qui lui disait de s'ouvrir les veines, que c'était la meilleure solution. Ce que le vieux penseur fit dans les meilleurs délais.

Puis, dans cette spirale de mauvais, peu après, sa maîtresse Poppée, à laquelle il tenait et qui attendait un enfant, dut se faire avorter et n'y survécut pas. Certains ont dit que Néron aurait été à l'origine de cette mort, ce qui est très improbable, attaché comme il l'était à Poppée.

Dans le même temps, une épidémie de peste, de faible intensité, d'après les commentaires de l'époque, vint à se déclarer. Diverses factions, bien entendu, ne manquèrent pas de l'attribuer à Néron. Disant qu'elle serait prolongée par d'autres fléaux, toujours provoqués par lui. Le tout suivi de menaces ouvertes. Ces radotages finirent de l'exaspérer.

Mort de Pétrone

Un beau jour, Tigellin, très satisfait, vint apporter du nouveau à l'Empereur au sujet de Pétrone, le penseur, l'écrivain. Tigellin, de basse extraction; se trouvait jaloux du succès, auprès de Néron, par rapport à lui de cet homme et son raffinement, son côté artiste, son humour, son cynisme. Dixit Pétrone : "Personne ne croit au ciel et aux enfers, de nos jours...les dieux sont vieux et goutteux..."

Il lui annonça que Pétrone, lui aussi faisait partie de la grande conspiration. Même Pétrone, le fameux penseur, se dit Néron, anéanti par cette énième fourberie d'un familier. Il constatait qu'il n'était entouré que d'une meute de traîtres et de flatteurs. Il ne prit aucune mesure contre l'écrivain, il se contenta de lui faire savoir par lettre qu'il n'était plus utile, maintenant, qu'ils soient en présence l'un de l'autre.

Pétrone savait que Néron savait. Il décida de s'ouvrir les veines sur le champ, tout en écrivant un ultime méchant texte au monarque en lui déclarant son mépris. Autre version, pour moi, peu probable. Tigellin aurait, toujours du fait de sa jalousie envers l'écrivain amené de faux témoins pour l'impliquer dans la conspiration de Pison.

La tournée en Grèce. L'artiste. Le vent tourne.

neron empereurDeux mois plus tard, arrivèrent presque simultanément des nouvelles désastreuses. Le soulèvement de la Gaule par Vindex et celui des provinces espagnoles par Galba. Ses ennemis de la haute société s'employaient à inventer des rumeurs insensées au sujet des futurs meurtres à venir de Néron dans ces provinces, afin de monter le peuple contre lui.

Quelques jours plus tard, arriva la nouvelle que Galba avait été proclamé Empereur par les provinces occidentales. Déjà, il hésitait entre le poison et le départ en bateau pour l'Orient. Mais, sachant que sa tête allait être mise à prix, il renonça au second projet. C'est alors qu'il comprit qu'il était perdu, Tigellin avait disparu et toutes les portes de ses amis restaient fermées. Il ne lui restait que trois ou quatre affranchis qui lui étaient restés fidèles. Il prit la fuite à cheval avec eux et se retira dans la maison de l'un de ces tous derniers fidèles. Il apprit que le Sénat l'avait déclaré ennemi public dans la nuit et au lever du jour, il entendit un bruit de galop de chevaux. Sa retraite avait été découverte. Alors, il prit sa décision et prononça ses dernières paroles "- Ah, quel artiste, quel artiste perdu pour le monde." alors, il se jeta sur un poignard et avec l'aide de son scribe, resté le dernier auprès de lui, se l'enfonça dans la gorge.

Effectivement, la musique et le chant l'avaient perdu en n'agissant pas immédiatement contre Galba ! Mais, vite, Galba devint un tyran très impopulaire, par d'effroyables massacres et son avarice. Si bien, qu'après seulement six mois de règne, il sera, lui aussi assassiné. Déjà, à Rome et dans les provinces, la légende de Néron avait pris forme, les citoyens le regrettaient. L'Empereur suivant, Othon, après la mort de Galba, tiendra le pouvoir trois mois. Il sera forcé de se suicider, après une défaite militaire près de Vérone. Son successeur, Vitellius avait bien compris qu'il lui fallait calquer son comportement sur celui de Néron pour s'attirer le soutien du peuple. Mais, lui, n'y parviendra pas. Vitellius règnera d'avril à décembre 69. Il finira lapidé par la foule. C'est pourquoi la période entre 68 et 69 ap. JC est appelée l'année des quatre Empereurs.

La popularité de feu Néron en devint encore plus grande dans le peuple. S'il avait été un monstre, comme beaucoup ont voulu le présenter, comment expliquer qu'il fut le plus populaire des Césars romains ? Encore 20 ans après sa mort, le peuple en avait fait une sorte de dieu et certains disaient qu'il était en Orient et allait revenir à Rome pour les sauver. Là, se termine l'histoire de cet homme destiné à devenir artiste et musicien et forcé à être Empereur. En conclusion, sans vouloir faire d'effets de manche, je pense que la personnalité du personnage se retrouve dans une citation de Cioran "La timidité, source inépuisable de malheurs dans la vie pratique, est la cause directe, voire unique de toute richesse intérieure".

Jean-François Guillermard est un écrivain, romancier, historien et humoriste (aussi) qui habite à Bourgoin, dans l'Isère. En tant qu'historien, il s'est attaché à montrer la personnalité et le comportement d'hommes célèbres, ou sortant des sentiers battus, dans un passé proche ou lointain. Zola, Frédéric II de Prusse, Voltaire, Néron... Et surtout, courant 2016, il doit nous livrer sa dernière trouvaille, concernant l'énigme la plus coriace de l'histoire de France : La bête du Gévaudan.

Bibliographie

- Néron, d'Eugen Cizek. Fayard, 1984.

La Véritable Histoire de Néron, d'Alain Rodier. Belles Lettres, 2013. 

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