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Elagabal, le prêtre-empereur

elagabal-capOn évoque souvent la « crise du IIIè siècle », ou même le fameux « déclin » de l’Empire, qui aurait conduit à sa non moins fameuse « chute », des clichés historiographiques heureusement de plus en plus remis en question. L’empereur Elagabal est intéressant à plus d’un titre : son court règne intervient dans la première moitié de ce IIIè siècle, période de transition suite à l’arrivée au pouvoir des Sévères, dynastie qui a succédé aux Antonins, considérés comme les empereurs de l’Age d’Or de Rome. Mais il est marquant également par ses origines orientales et par le culte qu’il a pratiqué, et surtout sa volonté de l’intégrer à la religion romaine. Enfin, sa légende ( ?) d’empereur décadent et fou ne peut que rendre le tout plus passionnant encore…


Un contexte de troubles

Septime Sévère, d’origine africaine (Libye), a été porté au pouvoir par l’armée. Après un règne assez faste, mais aussi ponctué de nombreuses guerres, sa succession (en 211) se complique et se joue entre ses deux fils : Geta et Caracalla. Ce dernier résout le problème en tuant son frère dans les bras de sa mère (la fameuse Julia Domna)  et devient empereur. Mais il est très vite contesté, et finit tué par son préfet du prétoire, Macrin, qui est acclamé empereur par l’armée. Mais celles que l'on appelle les princesses syriennes (Julia Maesa, sœur de Domna et sa fille Julia Soaemias) intriguent contre lui, et vont jusqu’à déclarer que le fils de Soaemis, Bassianus (le futur Elagabal), est en fait le fils de Caracalla (ce qui n’est évidemment pas le cas) ! Fort de cette ascendance, le jeune homme (14 ans !) est proclamé empereur en Syrie par la IIIè légion Gallica, en mai 218. Le problème est qu’il est aussi prêtre du Dieu Elagabal à Emèse et qu’il a bien l’intention de le rester...

Bassianus prêtre d’une religion « exotique »

En effet, de droit héréditaire, le jeune Bassianus est devenu prêtre de la religion de la cité-temple d’Emèse (Homs en Syrie aujourd’hui), et il prend son rôle très au sérieux. Cette religion est typique de celles de ces régions, comme les cultes de Cybèle ou Isis. Bassianus vénère le Dieu Soleil Elagabal, qui est « matérialisé » dans une pierre conique noire « tombée du ciel », le bétyle. Le culte d’Elagabal est très populaire autour d’Emèse, ce qui explique par exemple le ralliement à Bassianus de la IIIè légion Gallica, stationnée près d’Emèse.

Les rites sacrés de cette religion sont eux aussi typiques de la région : danses à la limite de la transe, accoutrements originaux (maquillage,...), sacrifices d’animaux, ambiguïté sexuelle, offices qui ressemblent presqu’à des orgies...Et ça va faire jaser à Rome !

Bassianus proclamé empereur (Elagabal est en fait son surnom), Macrin se suicide. Dès lors, le jeune homme doit se rendre à Rome. Mais pas question de laisser son bétyle ; il décide alors de l’emmener dans une procession et un voyage d’un an ! Son arrivée à Rome est triomphale : c’est un nouvel empereur, ce qui veut dire cadeaux au peuple et fêtes, il est aussi jeune et beau, et donc « exotique ». Mais l’enthousiasme ne va pas durer...

Le mariage des divinités

Arrivé à Rome, Elagabal (on le nommera comme ça à présent) est toujours obsédé par son bétyle. En fait, ce sont sa mère et sa grand-mère (Julia Soaemias et Maesa) qui exercent le pouvoir concrètement, au grand dam des conservateurs du Sénat, déjà très réacs à l’époque...

Elagabal fait construire un temple sur le Palatin pour son Dieu : l’Elagabalium (on dit aussi qu’il lui aurait dédicacé un temple déjà existant, plutôt qu'en construire un nouveau). Problème : comment va se passer la cohabitation Jupiter/Elagabal ? Mais l’empereur n’en a pas fini : son Dieu est seul, il doit lui trouver une compagne ! Il choisit de le marier à Pallas et déplace le Palladium (la statue) de son temple (ce qui n’était pas arrivé depuis 241 av.JC !) vers l’Elagabalium. Horreur chez les Romains ! Mais au grand dam du jeune homme, l’union entre les deux divinités ne donne rien ; Pallas est sans doute trop guerrière ! Il lui choisit alors Junon Céleste, qu’il fait venir à grand frais de Carthage. Etant la déesse de la Lune, son union avec le Dieu Soleil est somme toute assez logique.

En attendant, il continue à choyer son bétyle, et lui construit un palais d’été dans les jardins des faubourgs de Rome : le Palais Sessorien. La procession est l’occasion de grandes fêtes et de distributions sauvages de cadeaux au peuple, ce qui provoque des émeutes sanglantes. Mais peu importe, le Dieu Soleil est célébré.

Elagabal a tout de même le temps de se marier quatre fois, dont une avec une Vestale, ce qui ne manque pas de choquer également, étant donné que les prêtresses de Vesta sont censées rester vierges au moins trente ans...

Orgies, bisexualité, sacrifices humains, prostitution divine, autocastration...c’en est trop !

La réputation d’Elagabal commence à pâtir de ses écarts à la tradition. Il invoque toujours son Dieu avant Jupiter dans ses interventions, et continue à se considérer plus comme prêtre que comme empereur. Et, pour en rajouter, on commence à entendre des rumeurs folles (amplifiées par les sources hostiles postérieures comme l’inénarrable « Histoire Auguste ») : l’empereur se livrerait à des pratiques inqualifiables comme le sacrifice d’enfants, les orgies bisexuelles, l’épilation totale, et aurait même tenté de se castrer lui-même !

Ce ne sont bien sûr que des prétextes pour l’écarter. On l’a déjà forcé à adopter son cousin en 221, puis on va profiter de son refus de célébrer une cérémonie pour Jupiter pour l’assassiner dans les latrines et jeter son corps dans le Tibre. Sa mère le suit. Tout a été organisé par sa tante et l’armée, et son cousin lui succède en tant que Sévère Alexandre.

Elagabal, empereur de 14 à 18 ans et au destin tragique, reste une énigme. Quelles étaient ses motivations ? Il semblait sincère dans ses intentions et ses tentatives d’imposer son culte à Rome, et il faut relativiser tous ses excès : pour certains ils sont probablement inventés, pour les autres ils n’étaient excès que pour les Romains et encore de façon hypocrite car certaines pratiques étaient courantes en privé. Elles n’étaient juste pas dignes d’un empereur.

L’exemple d’Elagabal sera assez caractéristique de la dynastie des Sévères, avec d’autres très jeunes empereurs (comme Gordien III) : en effet, un jeune empereur est malléable, et cela permet à sa famille, au Sénat, et à l’armée d’exercer eux même le pouvoir quitte à supprimer l’empereur quand il va trop loin.

Bibliographie non exhaustive

-          R. TURCAN, Héliogabale et le sacre du soleil, Albin Michel, 1985.

-          J.M. CARRIE, A. ROUSSELLE, L’Empire romain en mutation (des Sévères à Constantin, 192-337), Points Seuil, 1999.

-          M. CHRISTOL, L’Empire romain du IIIè siècle (Histoire politique : 192-325 après J.-C), Errance, 1998.

-          J. SCHEID, La religion des Romains, A. Colin, 2002.

-          Histoire Auguste, R. Laffont (Bouquins), 1994.

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