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Les blindés dans la Grande Guerre (1/5)

Char_St_ChamondLe 15 septembre 1916, l’Etat-major britannique engage pour la première fois de l’Histoire 49 « tanks » dans le cadre de la bataille de la Somme. Ces « engins blindés à chenille » devaient bientôt devenir des chars capables de franchir les cours d’eau et les massifs forestiers. Des chars capables de mettre un terme à la guerre de position. Des chars à même de décider de l’issue de deux guerres mondiales, révolutionnant par là même l’art de la guerre. Prenant notamment appui sur la genèse de leur conception, cette étude se propose ainsi d’analyser le rôle des engins blindés durant le premier conflit mondial.

Des tours de siège aux premiers engins blindés

Helepolis
Comment avancer à couvert sous le feu ennemi ? Cette question en forme d’oxymore a hanté les stratèges militaires tout au long de l’Histoire. L’idée d’une arme mobile protégeant ses occupants semble, de fait, aussi ancienne que l’idée de guerre. Durant l’Antiquité, les Grecs construisaient d’immenses tours de siège dénommées Helepolis. Les archers Assyriens employaient des protections mobiles ainsi que des engins de siège qui pouvaient accueillir deux soldats et disposant de louches à eau gigantesques qui leur permettaient d’éteindre un éventuel départ de feu.

Les Chinois avaient inventé le Dongwu Che pour protéger leurs soldats sur le champ de bataille. Les Romains disposaient eux de tours mobiles, protégées par des boucliers, se déplaçant sur roues et munies de catapultes. Indiens et Perses usaient avec succès d’éléphants de guerre. Tchèques et Polonais possédaient au Moyen-Âge de « chariots de guerre » en acier. Léonard de Vinci avait enfin dessiné les plans d’un véhicule de combat sur roues, et doté de canons dont le mouvement serait assuré par la force humaine.

La plupart de ces armes étaient employées dans le cadre de sièges où les formations et manœuvres tactiques n’avaient qu’une importance moindre. Cette problématique apparut néanmoins urgente à résoudre, lorsque les progrès technologiques liés à la Révolution industrielle menacèrent de transformer la guerre en un vaste siège, préfigurant la guerre de position et les tranchées. Au rang des armes mobiles figurent également les trains blindés. Si ceux-ci peuvent transporter de lourdes charges, leurs mouvements demeurent conditionnés par la présence de chemins de fer. Ils sont en outre très vulnérables.

Les avions sont pour leur part à même d’attaquer des positions au sol mais ne peuvent, naturellement, s’emparer d’objectifs terrestres. Quant aux véhicules blindés, d’abord utilisés par les Britanniques, ils prouvèrent leur efficacité au combat mais n’apparaissent pas idoines dès lors qu’il s’agit de traverser des terrains accidentés, des marais, des tranchées ou encore des cours d’eau (du fait notamment de la faible surface de contact entre les roues et le sol).

Les années précédant le premier conflit mondial sont l’objet d’importants progrès en la matière, avec notamment la généralisation de l’automobile et le perfectionnement du moteur à allumage commandé (moteur à essence). De nouveaux véhicules dits mitrailleuses, ou canons auto propulsés, sont développés (qui consistent essentiellement en des mitrailleuses ou des canons montés sur des véhicules), de même que des véhicules blindés. Le premier véhicule blindé britannique est ainsi le Motor Scout, un quadricycle flanqué d’une mitrailleuse Maxim et protégé en partie par un blindage léger, mis au point par Frederick Richard Simms en 1898.

Des tanks pour mettre un terme à la guerre de position

Les Britanniques, sont de fait les premiers à envisager de répondre à la problématique de la progression sous feu ennemi par un nouveau type de véhicule combinant des chenilles, du blindage, des tourelles ainsi que diverses armes. L’écrivain britannique Herbert George Wells participa en outre à cette révolution de la pensée stratégique en décrivant dans sa nouvelle The Land Ironclads, parue en décembre 1903 dans The Strand Magazine, l'utilisation de véhicules massifs, fortement blindés et maniables en tout type de terrain, armés de canons et de mitrailleuses et qui seraient en mesure de traverser un système de tranchées fortifiées en vue de nettoyer le terrain et faciliter de fait l'avancée de l'infanterie.

Charron_Girardot_Voigt_1902Les compagnies françaises Charron et Girardot & Voigt produisirent quant à elles un véhicule blindé équipé d’une mitrailleuse Hotchkiss et d’un blindage de 7 mm en 1902, notamment décrit par l’historien militaire Ed Ellsworth Bartholomew dans son ouvrage Early Armoured Cars. Spencer Tucker et Priscilla Mary Roberts soulignent dans leur encyclopédie World War One, que les Autrichiens furent pour leur part les premiers à développer avec Austro-Daimler des véhicules blindés à tourelle en 1904 (basés sur les plans du lieutenant colonel de l’armée austro-hongroise Graf Schonfeld), de tels engins ayant notamment servis durant la guerre italo-turque de 1911-1912.

Pour l’historien militaire Bruce Gudmundsson (On Armor), la Première guerre mondiale participe de l’émergence d’une nouvelle demande en armements auto propulsés fortement blindés, pouvant se mouvoir en tout type de terrain, rendant inéluctable le développement de « tanks » (testés pour la première fois par les Britanniques contre les colons hollandais lors de la seconde guerre des Boers en 1902). L’emploi d’engins blindés durant le premier conflit mondial répondrait ainsi de fait à l’impérieuse nécessité de mettre un terme à la guerre de position – nécessité qui fait elle-même écho à cette problématique ancienne de progression à couvert en dépit du feu ennemi. Le défaut majeur des véhicules blindés étant leur faible maniabilité, hormis en terrain plat, de nouveaux développements apparaissaient comme nécessaires.

Le principe de ces « tanks » est de mobiliser une puissance de feu équivalente à celle de l’artillerie et des mitrailleuses à travers le no man’s land séparant les réseaux de tranchées tout en protégeant ses occupants du feu ennemi. Le rôle tactique ainsi assigné aux tanks, consiste donc à accompagner l’infanterie pour percer le front, laissant par la suite la cavalerie exploiter la percée. Pour Marc Ferro (La Grande Guerre), « il fallait à tout prix fabriquer un engin tout terrain qui puisse protéger les attaques de l'infanterie, enlever les barbelés, détruire les nids de mitrailleuses et progresser en même temps que les troupes ».

Bien que confrontés au cauchemar de la guerre de position après quelques semaines d’affrontements, peu de stratèges militaires comprirent durant la Première guerre mondiale que le moteur à combustion interne allait porter une révolution de l’art de la guerre. Celui-ci, équipant avions et tanks, permettrait en effet bientôt d’accroître leur mobilité et de fait leur efficacité au combat, préfigurant le développement de larges forces mécanisées qui assumeraient le rôle jusqu’ici tenu par la cavalerie. Ces forces mécanisées devaient devenir vingt ans plus tard les divisions blindées de la Seconde guerre mondiale.

Suite : "Les premiers prototypes"

Bibliographie

- Robin Prior & Trevor Wilson, La Première Guerre mondiale : 1914 - 1918. Autrement, 2001.

Les chars de la Grande Guerre de Paul Malmassari. 14-18 Editions, 2010.

La guerre des chars 1916-1918 de Henri Ortholan.

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