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Les blindés dans la grande Guerre (3/5)

27tankConvaincus de l'utilité de ces chars, les britanniques sont les premiers à les engager sur le front en 1916. Afin de garder secrète la présence de ces chars en France, les Britanniques les dénomment « tanks », plutôt que l’appellation officielle de « landships ». Ils laissent ainsi croire que les plaques de blindage sont destinées à des réservoirs de pétrole. Le Tank Museum de Londres rapporte par ailleurs le témoignage du Secrétaire de l’Amirauté du Landhips Committee Albert Stern, qui précise que d’autres termes comme « water tank » ou « cistern » avaient été étudiés.

 

Les stratèges militaires britanniques entendaient en effet accumuler ces engins en France dans le plus grand secret afin de les engager massivement sans que les Allemands n’en aient vent au préalable. En outre, certains de ces « tanks » furent construits dans des usines de locomotives de Glasgow ironiquement appelées « Tank shops ». Ce secret entourant le développement des tanks, couplé au scepticisme de la plupart des commandants d’infanterie empêche néanmoins les soldats d’infanterie de bénéficier d’un entraînement important les préparant à combattre avec des tanks.

Le Général Haig engage les premiers blindés de l’histoire sur la Somme

Le général britannique Douglas Haig qui commande les forces britanniques en France est cependant si impatient de gagner du terrain pendant la bataille de la Somme, qu’il souhaite disposer des 60 premiers engins disponibles. Après une bataille d’attrition de plusieurs semaines, une nouvelle offensive est lancée le 15 septembre 1916 par le général Haig au sud-ouest de Bapaume. 11 divisions, dont 2 canadiennes, sont engagées avec 49 chars en pointe. 32 seulement rejoignirent la ligne de départ et 21 sont finalement engagés. Appuyée par quelques uns d’entre eux, la toute nouvelle 41ème division réussit une progression de plus de trois kilomètres. Soutenue par deux de ces engins, la 2ème division canadienne s’empare pour sa part de Courcelette, et High Wood tombe enfin. Il est néanmoins impossible de faire progresser les chars en terrain boisé. Malgré ces premiers succès, le système défensif allemand démontre de nouveau sa solidité, bien que les combats se poursuivent pendant plusieurs jours. En outre, le Général Haig commet pour Robin Prior et Trevor Wilson (The First World War) l’erreur de ne pas faire précéder l’assaut d’un barrage d’artillerie afin de protéger ses tanks de tirs alliés. Les zones où furent engagés les tanks s’avérèrent de fait celles où la résistance allemande fut la plus importante. Après dix jours de combats, la majorité des tanks était hors de combat.

British_Mark_I_male_tank_SommeL’apparition des premiers tanks sur les champs de bataille de la Grande Guerre provoque bien évidemment la surprise générale. Sur la Somme, ils n’apportent toutefois rien de décisif à l’issue des combats. Ils sont trop dispersés par l’Etat-major allié, et le terrain ne se prête pas à un assaut de blindés. Il s’avère en effet si boueux que les hommes eux-mêmes peinent à avancer. En outre, leur performance décevante ne fait qu’accroître le mépris des officiers conservateurs. « Mes pauvres Land Ships ont été lâchés prématurément et à une échelle trop médiocre, il y avait pourtant une vraie victoire derrière cette idée », se lamente Winston Churchill. Ernest Dunlop Swinton est alors démis de ses fonctions de chef des unités de blindés britanniques. Après la Somme, le ministère de la Guerre essaye même d’annuler une commande de 1 000 nouveaux blindés? et quand certains d’entre eux s’envasent dans les marais de Passchendaele, il en profite pour baisser la production de 4 000 à 1 300 chars.

« Au lieu de mettre en doute son propre jugement, commente l’historien militaire britannique Basil Liddell Hart, l’Etat-major perdit progressivement toute confiance dans les tanks. ». Mais surtout, les Allemands avaient pu capturer certains de ces chars et étaient déjà en train de mettre au point un modèle de projectile pour les détruire. L’échec d’Haig sur la Somme est de fait également un échec stratégique. Tout effet de surprise lié à l’engagement de blindés est dès lors perdu.

La première expérience des Français n’est, elle non plus, guère concluante : ils engagent leurs chars lors de la grande offensive Nivelle, le 17 avril 1917. Les énormes tanks Saint-Chamond de 27 tonnes se révèlent néanmoins très vulnérables. Les mitrailleuses lourdes et les canons allemands en détruisent 60 sur 120. « Les équipages furent grillés vifs, l'infanterie désormais sans protection fut massacrée » raconte ainsi Marc Ferro. Les Allemands en concluent que le canon l'emporterait toujours sur le tank. Ils commettent là une erreur qui devait leur être fatale.

La bataille de Flers-Courcelette

La bataille de Flers-Courcelette qui débute le 15 septembre 1916 et dure une semaine, est la troisième et dernière offensive de grande envergure lancée par l’Armée britannique durant la bataille de la Somme.

A l’instar des deux premières offensives britanniques durant la bataille de la Somme (la bataille d’Albert le 1er juillet et la bataille de pont Bazentin le 14 juillet), Haig espère pouvoir percer les défenses allemandes et rompre avec la guerre de position. Engageant la IVème Armée britannique du Général Rawlinson et une partie de l’Armée de réserve (qui devait devenir la Vème Armée de Gough), Haig prévoit que le XVème Corps perce les lignes allemandes au nord-est de Flers, permettant à la cavalerie de s’infiltrer dans les arrières ennemies. La majorité des troupes engagées se voient assigner trois ou quatre objectifs qui devaient pour la plupart être capturés dès le premier jour de la bataille si une percée était réalisée.

L’attaque initiale est précédée d’un bombardement d’artillerie massif. Le 1er juillet, l’offensive est appuyée par un canon de campagne tous les 20 mètres du front et un canon lourd tous les 50 mètres. Ces nombres sont plus importants encore à Flers-Courcelette où il y a un canon de campagne tous les 9 mètres et un canon lourd tous les 26 mètres. L’un des inconvénients du barrage d’artillerie est néanmoins que les tanks, étant lents, doivent être engagés avant l’infanterie. Ainsi, des pans du front doivent être épargnés par le barrage d’artillerie pour permettre aux tanks d’avancer. Du fait de cette stratégie, des points où la résistance allemande s’avèrera importante (et qui étaient naturellement les objectifs des chars) ne sont pas bombardés.

 

Char Mark 1S

 

Le 15 septembre, premier jour de la bataille, l’avancée du XIVème Corps est mitigée. La 56ème Division qui devait couvrir le flanc droit de l’attaque est stoppée. Sur le flanc gauche, la 6ème Division fait face, au nord du bois de Leuze à une imposante position fortifiée allemande, le « Quadrilatère ». Elle ne parvient pas à avancer significativement malgré des combats acharnés. La Division de Gardes parvient quant à elle à capturer ses premiers objectifs, non sans difficultés. Elle stoppe néanmoins sa progression, pensant avoir capturé son troisième objectif, tant les combats qu’elle dut mener jusqu'alors furent éprouvants.

Sur la droite, l’offensive du XVème Corps connaît plus de succès, mais ne parvient pas à accomplir la percée espérée. L’attaque est appuyée par 14 tanks (4 autres qui lui étaient alloués ne purent y prendre part). La 14ème Division doit nettoyer une poche de résistance allemande à l’est du bois de Delville. Cette attaque est menée par deux compagnies du 6ème bataillon de la Division d’infanterie légère « King’s Own Yorkshire » appuyées par un tank. L’assaut lancé le matin à 5 heures 30 est un succès, malgré la perte de tous les officiers.

Les trois divisions du XVème Corps (la 14ème, la 41ème et la Division Néo-Zélandaise) atteignent la plupart de leurs objectifs. Au centre, la 41ème Division qui devait s’emparer de Flers, s’était vu attribuer le plus de tanks. Le village de Flers est capturé tôt dans la journée, l’un des tanks ayant permis à l’infanterie d’avancer à couvert à travers l’avenue centrale. L’avance est toutefois stoppée une fois le village capturé. Le quatrième objectif qui était synonyme de percée ne peut être atteint.

Le IIIème Corps obtient quant à lui des résultats mitigés le 15 septembre. Sur son flanc gauche, la 15ème Division parvient à capturer le village de Martinpuich mais sur sa droite, les 50ème et 15ème Divisions doivent se contenter de maigres progrès. Enfin, à l’extrême gauche de l’offensive britannique, le Corps canadien de l’Armée de réserve du Général Gough

atteint son objectif final dès 8 heures 25 du matin et parvient à exploiter ce succès en capturant le village de Courcelette.

L’attaque est renouvelée le 16 septembre sans grand succès. La Division de Gardes subit de grandes pertes et doit être relevée. Au centre, le XVème Corps lance son attaque à 9 heures 25 du matin. Après un bombardement d’artillerie inefficace, la 14ème Division est incapable de progresser. L’attaque de la 21ème Division menée par la 64ème Brigade du Général de brigade Headlam est stoppée autour de Flers. Son unique tank est détruit par un obus d’artillerie. Le quartier général de la brigade de signalisation est aussi détruit à Flers par l’artillerie. La Division Néo-Zélandaise repousse une contre-attaque allemande et obtient des progrès limités avant d’être stoppée par le commandement allié du fait de l’échec sur le flanc droit. Le IIIème Corps n’obtient lui aussi que de maigres progrès.

Le 17 septembre, le Général Rawlinson ordonne la reprise de l’offensive le lendemain. L’attaque prévue est néanmoins repoussée jusqu’au 21 septembre avant d’être annulée. Les combats ne reprennent sur le front de la IVème Armée qu’autour de Morval, à l’est. Durant les sept derniers jours de la bataille de Flers-Courcelette, les Britanniques lancent une série d’attaques limitées afin de consolider leurs lignes, notamment autour de « High Wood » où l’échec du 15 septembre permit aux Allemands de former une saillie. Les pluies s’accentuent à partir du 18 septembre, décourageant toute velléité offensive.

La bataille de Flers-Courcelette est dans l’ensemble une réussite bien plus importante que l’attaque du 1er juillet mais elle ne parvient pas à remplir son objectif initial, percer les lignes allemandes. Bien que les unités britanniques avaient quasiment atteint les arrières allemandes, l’Etat-major allemand avait démontré qu’il disposait toujours de réserves suffisantes pour rétablir ses lignes. Cet affrontement marque également l’apparition des tanks sur les champs de bataille de la Première guerre mondiale, les attentes à l’égard de cette nouvelle arme étant très élevées. Les performances au combat des tanks britanniques Mark I se révèlent néanmoins décevantes et le commandant en chef des forces britanniques en France, le Général Douglas Haig est très critiqué pour avoir engagé cette arme secrète de manière si précoce. Il avait pourtant été averti par les commandants sous ses ordres (comme Ernest Dunlop Swinton) et par le gouvernement français qui avait dépêché à Londres le Colonel Jean-Baptiste Eugène Estienne et le Sous-secrétaire d’Etat aux inventions Jean-Louis Bréton pour convaincre le gouvernement britannique d’annuler l’ordre d’Haig. Il est en revanche plausible que les faibles performances des tanks sur la Somme confortèrent, à tort, le Haut commandement allemand dans son idée qu’ils étaient une arme inefficace, retardant ainsi ses propres programmes de développement de chars. L’expérience acquise durant la bataille de Flers-Courcelette permit en outre d’améliorer la conception des tanks.

Bien que l’engagement de tanks sur la Somme puisse laisser à postuler de la perte de l’effet de surprise, les évènements de la bataille de Cambrai (du 20 novembre au 7 décembre 1917) doivent mener à une analyse plus nuancée. A Cambrai, les tanks sont concentrés et réussissent à briser les lignes allemandes. Même si ce succès ne peut être exploité du fait de la contre-attaque allemande, il révèle que les Allemands n’avaient su mettre au point d’arme anti-char suffisamment efficace.

Les actions des soldats canadiens sur la Somme sont enfin commémorées par le Mémorial de Courcelette sur la D929 (Albert-Bapaume), au sud du village de Courcelette.

A suivre : les Mark britanniques au front et la bataille de Cambrai.

Bibliographie

- Robin Prior & Trevor Wilson, La Première Guerre mondiale : 1914 - 1918. Autrement, 2001.

Les chars de la Grande Guerre de Paul Malmassari. 14-18 Editions, 2010.

La guerre des chars 1916-1918 de Henri Ortholan.

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