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La fin du Repulse et du Prince of Wales (décembre 1941)

270px-hms_repulse_1920sAu lendemain de Pearl Harbor, qui voit l’essentiel de la flotte américaine (porte-avions exceptés) hors de combat, seuls les Britanniques sont encore en mesure de tenir tête à la marine impériale. Mais la guerre en Europe mobilise une partie importante de leur flotte, alors que l’ennemi japonais a pour lui un grand nombre de navires modernes, et surtout a totalement adopté l’utilisation de l’arme aérienne dans la guerre navale. Les Britanniques vont l’apprendre à leurs dépens…


 

 

La force Z à Singapour

C’est dans l’après-midi du 2 décembre 1941 que le croiseur de bataille Repulse et le cuirassé Prince of Wales sont accueillis triomphalement dans le port de Singapour. La puissance de feu de ces navires est la bienvenue pour renforcer les défenses de la place forte britannique, au moment où les Japonais se font très menaçants.

Mais leur présence sur place n’allait pas de soi. Dès la fin août 1941, Churchill a décidé de l’envoi de forces navales en Extrême-Orient, mais s’est opposé à l’Amirauté sur la composition de cette force. Le premier ministre britannique souhaitait une force peu nombreuse mais puissante, « la meilleure possible », en s’appuyant sur les nouveaux cuirassés type King George V, en lesquels il a entièrement confiance. L’Amirauté, elle, était partisane de l’envoi d’une flotte beaucoup plus importante qui serait basée à Ceylan. Ce fut évidemment Churchill qui eut le dernier mot et fut décidée la création de la force Z.

A Singapour, cette décision ravit et les navires sont donc très bien accueillis, malgré l’absence de soutien aérien. Un porte-avions, l’Indomitable, avait été prévu mais des avaries durant ses essais dans les Antilles avaient empêché de le joindre à la force Z. De plus, la RAF n’a aucun avion moderne dans la région. Les deux navires se retrouvent donc un peu nus face aux dangers du ciel…

Une force hétéroclite mais puissante

Les deux bâtiments sont opposés sur bien des points. Le Repulse, achevé en 1916, n’a pas été pensé pour riposter à une attaque aérienne, et même s’il a été modernisé deux fois, il lui manque encore un blindage horizontal adéquat. Il est commandé par le futur amiral, le très populaire W.G. Tennant.

Le Prince of Wales, lui, a été achevé en 1941 ; il est plus lent et plus lourd que son compagnon, mais bien mieux protégé contre les attaques aériennes, et au moins aussi bien armé. Commandé par John Leach, c’est lui la vedette de la force Z ; malgré son jeune âge, il a participé à la chasse du Bismarck, son baptême du feu, où il a été le compagnon de l’infortuné Hood. Cette bataille a d’ailleurs montré quelques défauts récurrents sur son artillerie…Cela ne l’empêche pas d’être surnommé « l’Incoulable » ou « Le Yacht de Churchill » (il a transporté ce dernier à Terre-Neuve pour une rencontre avec Roosevelt), et d’être visité par toutes les autorités de Singapour. Au contraire, le Repulse est surnommé « l’Anonyme », son équipage consigné à bord pour garder le secret de sa présence…

Quatre destroyers sont chargés de l’escorte des deux bâtiments, dont un Australien. Deux d’entre eux sont des navires expérimentés de la Home Fleet. Mais rapidement, le Tenedos connait des problèmes techniques et doit être retiré de la force Z…

C’est l’amiral sir Tom Phillips, surnommé « Tom Pouce », qui commande la flotte d’Extrême-Orient. Très compétent, il est de ceux qui doutent des possibilités de cette escadre, et dès son entrée à Singapour il devine qu’il sera inutile d’espérer les voir accomplir la mission pour laquelle ils ont été envoyés : tenir tête à toute la flotte japonaise…

La première sortie de la force Z

Ayant sous la main des navires pareils, Phillips décide tout de même de les utiliser. Le 5 décembre, le Repulse et deux destroyers sont envoyés à Port Darwin pour étudier la possibilité d’en faire une base ; mais, dès le 6, on apprend la présence d’une force japonaise de débarquement près de l’Indochine, et les navires sont rappelés.repuls10

Déjà, l’état-major britannique s’inquiète pour sa force Z : l’Amirauté pense à la joindre à la flotte américaine d’Asie, et Churchill insiste pour qu’elle reste le plus discrète possible…C’est à ce moment qu’éclate le coup de tonnerre de Pearl Harbor, suivi des attaques tous azimuts des Japonais dans la région.

Quelle mission pour le Repulse et le Prince of Wales ?

Phillips se demande alors comment utiliser ses navires : faut-il se réfugier en Australie ou dans l’Océan Indien ? Mais sans ordre, Phillips ne peut prendre seul la décision de quitter le théâtre des combats. Il est donc décidé de lancer une mission destinée à attaquer au Nord l’ennemi pendant son débarquement ; en effet, aucun navire de combat japonais n’a encore été détecté, et malgré le risque, le succès est possible. Il faut juste éviter d’être repérés avant d’engager le combat, et pouvoir compter sur le soutien des avions de Singapour.

Cette idée ne semble pas réjouir les officiers, et en particulier Tennant, qui craint surtout les sous-marins. Et alors que la force Z est en mer, une première mauvaise nouvelle tombe : les navires ne pourront bénéficier de l’appui aérien souhaité ! Mais l’effet de surprise encore là, Phillips décide de continuer…

Les ennuis continuent…

Malheureusement pour l’escadre britannique, le mauvais temps qui masquait ses mouvements se dissipe d’un coup ! Un, puis deux, puis trois avions de reconnaissance japonais sont repérés : l’effet de surprise s’évanouit en même temps que le mauvais temps…Phillips décide alors d’annuler la mission, au grand dam des marins, spécialement sur le Repulse qui n’a jamais connu le combat malgré son âge avancé. Mais la retraite ne garantit pas que la force Z soit sauvée : un sous-marin les a aussi repérés, et ce bien avant les avions ; ils étaient donc attendus.

La force Z doit accomplir son devoir

Les rebondissements ne sont pas pour autant terminés : Phillips apprend le débarquement nippon à Kuantan, et réalise le danger pour toute la Malaisie. Si les Japonais ne sont pas gênés voire détruits, c’est toute la péninsule qui est menacée, et avec elle Singapour. La force Z doit donc réagir. Phillips se trouve devant un nouveau dilemme : doit-il briser le silence radio pour réclamer un appui aérien ? Ou alors rester silencieux pour garder la surprise, et compter sur ses collègues ? Il choisit la seconde option, mais malheureusement à Singapour on n’a pas deviné les intentions de l’escadre, malgré l’attaque ennemie sur Kuantan…

Les mauvaises surprises continuent pour la force anglaise ; arrivés à Kuantan, ils ne tombent que sur des plages vides, sans l’ombre d’un Japonais ! En effet, Phillips ignore tout simplement qu’il a été repéré sur le chemin par un autre sous-marin, qui a même lancé sans succès cinq torpilles sur ses navires, avant d’abandonner la poursuite. Mais il a pu signaler leur présence et une escadrille de bombardiers est en route.

« Banzai » sur la force Z

C’était à se demander si la nouvelle du débarquement n’était pas fausse ! Phillips fait alors vérifier les plages par le destroyer Express, mais rien à signaler…Pire, un autre destroyer qui avait quitté l’escadre pour des problèmes de mazout appelle pour dire qu’il a été bombardé ! Il est déjà trop tard pour réagir, et les marins anglais aperçoivent à 11 heures l’ombre de l’escadrille japonaise qui fond sur eux, ce 10 décembre 1941.

A 11h19, les batteries anti-aériennes des deux cuirassés font feu, suivies des destroyers. Le Repulse est la première cible des neuf bombardiers japonais : une seule bombe le touche, détruisant le hangar de l’avion de repérage de tir ; en dix minutes l’incendie est maîtrisé. Mais vingt minutes plus tard, une seconde vague de bombardiers apparaît, cette fois pour attaquer le Prince of Wales : deux torpilles frappent le jeune cuirassé, dont une à l’arrière, son « talon d’Achille » ! Les dégâts sont très lourds et le navire désemparé. Le Repulse n’a pas le temps de venir à son aide qu’il est à nouveau pris pour cible à midi : les bombes le manquent, et il parvient à éviter dix-neuf torpilles !

Les manœuvres ont éloigné les deux compagnons, Tennant décide donc de se rapprocher du navire-amiral pour l’aider et prévient Singapour du raid. Mais celui-ci n’est pas terminé : les vagues suivantes touchent les deux bâtiments : le Prince of Wales encaisse quatre torpilles et commence à s’enfoncer par l’arrière ; le Repulse est lui frappé des deux côtés par cinq torpilles, et ordre est donné d’abandonner le navire. A 12h33, le vieux croiseur de bataille se soulève par l’avant et coule à pic, entraînant avec lui de nombreux marins.

Sur le Prince of Wales, les dégâts semblent un peu plus maîtrisés, mais il est à nouveau la cible des bombardiers ! A 13 heures, Leach ordonne à l’Express de se rapprocher pour aider à l’évacuation, 1500 hommes sont ainsi sauvés. Vingt minutes plus tard, le cuirassé roule sur bâbord et sombre à son tour, engloutissant Leach et Phillips, restés sur la passerelle. Les bombardiers japonais s’éloignent enfin…

La Royal Navy chassée du Pacifique

Les survivants des deux navires de ligne sont secourus par les destroyers, au moment même où des chasseurs anglais arrivent enfin de Singapour…trop tard évidemment. Le Repulse a perdu 513 hommes sur 1309, et le Prince of Wales 327 sur 1612.

Churchill est prévenu le lendemain matin, et réalise que la destruction de ses cuirassés conjuguée à celle des cuirassés américains de Pearl Harbor laisse le Pacifique à la merci de la marine impériale. La perte de la maîtrise navale allait bientôt précipiter la chute des places fortes britanniques en Extrême-Orient.

Frappée aussi durement, la Royal Navy venait en fait de perdre son statut de première marine de guerre mondiale. Pas seulement à cause de ses pertes, mais aussi en raison de la fin d’une doctrine navale centrée autour des cuirassés, au profit de l’aviation. Ce qu’elle avait appris aux Allemands avec la destruction du Bismarck, aux Italiens avec l’attaque contre Tarente, elle venait de le subir contre les Japonais…

 

 

Bibliographie non exhaustive :

-          La Deuxième Guerre Mondiale, éditions Jules Tallandier, 7 tomes, 1966.

-          J.J ANTIER, Les grandes batailles navales de la Seconde Guerre mondiale, tome II, Omnibus, 2000.

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