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La ligne Maginot : symbole d'une défaite (1/2)

galleriemaginotDans les mémoires, la ligne Maginot est souvent associée au douloureux souvenir de la défaite de 1940 : dans la mémoire collective, elle en porte une lourde part de responsabilité, symbolisant l’immobilisme, la sclérose et l’archaïsme de l’armée française, strictement cantonnée dans une stratégie défensive inadaptée à la réalité de la guerre moderne, rapide et mobile. Mais en réalité cela traduit souvent une méconnaissance non seulement de la ligne Maginot elle-même mais aussi des motivations et de la stratégie générale de la France durant l’entre-deux-guerres et ensuite. En effet, pourquoi avant tout la France a-t-elle décidé de construire un système de fortifications aussi important au lendemain de la Première Guerre mondiale ?

 

Les conséquences de la Première Guerre mondiale

Á l’issue de la Première Guerre mondiale, la France se doit de revoir intégralement sa stratégie militaire. En effet, l’expérience de la guerre consacre un changement radical dans la manière de faire la guerre : avec l’apparition de l’aviation, de l’armée blindée et le développement d’une artillerie pléthorique et extrêmement destructrice, le simple soldat à pied se retrouve bien démuni, comme en témoignent les pertes effrayantes de l’armée française durant toute la guerre. La stratégie de l’offensive à outrance qui avait été celle de l’état-major français en 1914 n’est plus viable, et une nouvelle stratégie doit donc être définie.

Au début des années 1920, deux doctrines rivales s’affrontent ainsi : celle de Foch qui préconise la création d’une armée mobile rapidement mobilisable, et celle de Joffre et tout particulièrement de Pétain que l’expérience de la guerre a convaincu qu’un front défensif continu est invulnérable et que c’est donc sur ce dernier que doit s’appuyer la défense de la France.

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De plus, le traité de Versailles a rendu à la France l’Alsace et la Lorraine. Ces nouveaux territoires, riches et très peuplés devront donc nécessairement être pris en compte dans la nouvelle politique de défense française, car l’ancienne ligne de forts qui court de Montmédy à Belfort ne peut assurer la défense de ces territoires en cas de nouvelle guerre, guerre dont la crainte hante constamment l’état-major français.

La Première Guerre mondiale a également permis une réhabilitation des fortifications. En effet, la chute rapide des forts belges dans les premiers jours d’août 1914 avait convaincu l’état-major de la vanité de ce genre de fortifications et avait fait désarmer les forts. C‘est pourquoi les dizaines de forts Séré de Rivières construits dans les années 1880 ne servirent pratiquement pas durant la première phase de la guerre, et que les troupes se portèrent loin en avant des forts au contact des Allemands, c’est pourquoi également les forts tombèrent si rapidement aux mains des Allemands dans les premiers jours de la bataille de Verdun.

Mais c’est cette même bataille qui va permettre la réhabilitation de la fortification : la résistance du fort de Vaux, le rôle important du fort de Souville au cours de la bataille vont faire prendre conscience à l’état-major de l’utilité des fortifications, et les leçons tirées de cette bataille seront cruciales dans les années à venir. La nouvelle stratégie sera donc résolument défensive, elle s’appuiera sur des fortifications massives abritant une artillerie efficace.

Les nouvelles fortifications françaises vont donc être bâties en suivant ces principes : protection de la frontière du Nord-Est face à l’Allemagne et du Sud-Est face à l’Italie suivant le principe du front continu afin d’établir une ligne de feu sans interruption tout au long des fortifications. L’épine dorsale du dispositif sera constituée d’ouvrages fortifiés profondément enterrés dont les différents organes seront le plus dispersés possible et possédant des équipements permettant aux équipages de vivre et de se battre pendant des mois sans avoir aucun contact avec l’extérieur. Voici le dispositif dont la construction sera confiée à partir de 1922 à la Commission de Défense du Territoire (CDT) puis à la Commission de Défense des Frontières (CDF).

La construction de la ligne Maginot

Ces deux commissions auront pour mission de définir la nature et le tracé des nouvelles fortifications. Ce ne seront pas elles en revanche qui mettront en œuvre la construction des fortifications, il s’agit seulement d’un organe de réflexion où s’opposeront différentes conceptions de la fortification. Fin 1925, le Conseil Supérieur de la Guerre approuve le rapport de la commission qui prévoit la construction d’un dispositif de fortifications discontinu, et ce dès le temps de paix. Le projet présenté en novembre de l’année suivante prévoit la création de 3 régions fortifiées – c’est-à-dire de 3 lignes continues de fortifications séparées par des espaces non fortifiés tels les rideaux fortifiés de Séré de Rivières – centrées autour de Metz, la vallée de la Lauter et Belfort ainsi que des positions fortifiées en arrière des positions principales. Ce projet est peu à peu allégé pour parvenir au projet final de 1929 qui prévoit la création de 2 régions fortifiées (Metz et Lauter), une ligne de défense spécifique le long du Rhin en Alsace ainsi que l’organisation défensive des Alpes.

Maginot
En 1927, la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) est créée. Son rôle sera de mettre en application les décisions de la CDF et c’est elle qui sera le principal artisan de la ligne Maginot. Comprenant les meilleurs spécialistes des trois armes concernées par la ligne Maginot – artillerie, infanterie et génie – elle sera chargée d’établir le tracé définitif des positions, mettre en œuvre les chantiers et les matériels. La CORF créa des délégations régionales à Metz et Strasbourg auxquelles seront subordonnées les chefferies locales du Génie (Thionville, Bitche, Mulhouse, Belfort, Nice, entre autres). L'immensité de la tâche, l'énormité des chantiers, le nombre des problèmes techniques, la responsabilité écrasante laissés à la charge des techniciens et des officiers qui travaillèrent à cette oeuvre gigantesque exigea de faire appel à l'élite scientifique et technique du pays.

Il ne reste plus qu’à faire approuver le projet par les institutions politiques. Le projet de la CORF est approuvé par le Conseil des Ministres début 1929. Lorsque André Maginot succède à Paul Painlevé au ministère de la Guerre fin 1929, c’est lui qui est chargé de reprendre le dossier. C’est lui qui fait voter le projet à la Chambre des Députés et au Sénat où il sera approuvé à plus de 90% des voix. Le 14 janvier 1930, il fait voter une loi qui prévoit l’allocation de 2,9 milliards de francs sur 5 ans aux chantiers de fortification. Mais, dans les faits, les travaux ont déjà commencé depuis longtemps.

Fin 1928, le premier ouvrage de la ligne Maginot est mis en chantier : il s’agit de l’ouvrage du Rimplas, dans les Alpes, face à l’Italie, alors que la majeure partie des fortifications sera ensuite tournée vers l’Allemagne. La plupart des grands ouvrages du Nord-Est sont mis en chantier en 1929. Les blocs sont coulés et armés entre 1929 et 1934. La plupart des ouvrages sont opérationnels dès 1935, même si de nombreux travaux doivent encore être effectués pour améliorer notamment le confort à l’intérieur des ouvrages. Parallèlement, des centaines de casemates et des milliers de petits blockhaus sont construits d’après les plans de la CORF et des millions de rails sont plantés afin d’établir le long de la frontière Nord-Est une immense barrière antichar. En 1936, l’essentiel de la ligne Maginot est construit et opérationnel, et la CORF est dissoute, ce qui ne signifie cependant pas que la construction de la ligne Maginot cesse pour autant.

Tout au long de la construction, la CORF a constamment été pressée par le budget, soit du fait de dépenses imprévues dues notamment à certains sols exigeant des dispositions particulières, soit aussi du fait de l’inflation très forte dans ces années. Pour ces raisons, les ambitions de la CORF ont dû être constamment revues à la baisse, ce qui signifie abandonner la construction de certains blocs, de certaines casemates, voire même de certains ouvrages entiers. Cela créa ainsi de graves faiblesses dans certains secteurs.

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En 1934, cependant, une seconde tranche de travaux est lancée pour équiper certains secteurs délaissés par la première tranche de travaux : on fortifia ainsi la frontière belge de Longuyon à Willy et la région de Faulquemont. Mais les ouvrages construits dans cette seconde période bénéficièrent d’un budget bien moindre et furent donc de bien moins bonne qualité que les ouvrages construits dans la période précédente.

Après la fin du mandat de la CORF en 1936, la construction de la ligne Maginot se poursuivit sous l’égide de la Main d’Œuvre Militaire (MOM) ou des Services Techniques du Génie (STG) de chaque région, suivant des plans tracés par les officiers présents sur place. Ces réalisations tardives souffriront non seulement d’un important manque de moyens mais surtout d’un flagrant manque de cohérence, étant donné que chaque secteur suivait des plans tracés par les officiers du secteur dont la tactique pouvait différer radicalement de celle du secteur voisin. Ces campagnes de construction isolées ne cesseront pas avec la déclaration de guerre et se poursuivront parfois jusqu’en juin 1940. Parallèlement à la construction proprement dite, une campagne d’innovation technique dut être lancée pour équiper les nouvelles fortifications.

A suivre : la ligne Maginot dans la guerre.

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