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La légende du roi Arthur : le cycle arthurien

Gauvain_et_le_chevalier_vert_Pearl_Manuscript_anonyme_XIVe_siecleTout au long du Moyen Âge, la légende arthurienne s’inscrit dans l’imaginaire des hommes et des femmes de ce temps. Chantée dès le VIe siècle dans des épopées en langue galloise, elle aboutit dès le IXe siècle à une prolifique floraison littéraire présentant l’histoire de la Grande-Bretagne autour des faits d’un roi-guerrier et de sa cour. Nourrissant ainsi les plus prestigieuses créations littéraires, la légende du roi Arthur devient l’un des genres les plus riches et vivants de l’Occident médiéval. Elle n’est ainsi pas l’œuvre d’un seul auteur mais de multiples écrivains cherchant de génération en génération à ajouter leur contribution ou leur adaptation. Histoire-pour-tous vous propose un petit tour d’horizon non exhaustif des principaux écrits médiévaux participant à la construction de cette légende et que l’on appelle communément le « cycle arthurien ».

 

De la création historique d’une légende au roman littéraire

Les premières représentations de la légende arthurienne datent du VIe siècle. Citons le texte du clerc Gildas, De Excidio Britanniae, généralement considéré comme le plus ancien ou encore au IXe siècle, l’Historia Britonum faussement attribué au chroniqueur Nennius. Néanmoins, ces écrits n’exposent qu’assez lapidairement les faits guerriers d’un certain roi d’ailleurs encore anonyme chez Gildas et il faut attendre le XIIe siècle pour que soit composé le premier texte véritablement fondateur de la légende. Évêque proche de la famille royale Plantagenêt, Geoffrey de Monmouth livre en 1138 son Historia regum Britanniae, chronique en latin relatant les principaux événements historiques de la Grande Bretagne. Depuis les origines aux romains civilisateurs, le clerc expose ensuite la lignée des rois et dont le plus admirable parmi tous n’est autre qu’Arthur. Le succès de son texte est immédiat : les quelques deux-cents copies européennes qui nous sont parvenues et qui ne doivent représenter qu’un faible pourcentage du total des exemplaires médiévaux créés témoignent de l’engouement pour ce mythe en passe de franchir la barrière élitiste de la langue latine.

Page_du_Roman_de_Brut_de_Wace_British_Library_MS_Egerton_3028_f25En effet, observant l’enthousiasme pour cette légende, le roi Henri II Plantagenêt décide de la récupérer politiquement à son profit afin d’assurer la légitimité de sa lignée sur le trône et d’exacerber sa rivalité avec le roi de France dont il est le vassal. Et face au souverain capétien, considéré comme l’ancêtre de l’Empereur franc Charlemagne, Henri II sait qu’il manque de prestige. Par ailleurs, il se heurte toujours aux Saxons acceptant encore mal la récente conquête normande (Hastings – 1066) et recherche contre eux l’appuie des Bretons. Mais le roi Arthur ne serait-il justement pas celui qui s’allia au breton Merlin afin de repousser les redoutables Saxons ? Le roi Plantagenêt décide alors de confisquer la légende afin de se présenter comme l’héritier légitime du roi Arthur et il confie au clerc anglo-normand Wace, la « mise en roman », autrement dit la traduction du texte latin Geoffrey de Monmouth en langue vernaculaire, dans le cas présent en français. Wace signe alors le Roman de Brut destiné à un public plus étendu. Et s’il récupère les éléments de base de son prédécesseur, apportant définitivement les fondations de la légende, il n’hésite pas à inventer de nouveaux motifs comme la Table ronde et ouvre le mythe à la littérature romanesque.

Chrétiens de Troyes et la christianisation

Souvent considéré à tord comme le créateur du roman arthurien, Chrétiens de Troyes se présente néanmoins comme celui qui lui donna une nouvelle dimension littéraire. Si la figure du roi Arthur est évoquée dans quelques lais de Marie de France, c’est véritablement Chrétiens de Troyes qui contribue au développement extra-insulaire de la légende dans la seconde moitié du XIIe siècle. Poète romancier, il vit à la cour de Champagne auprès de la comtesse Marie, fille d’Aliénor d’Aquitaine puis il finit sa vie au service de Philippe d’Alsace, comte de Flandres. Auteur de cinq œuvres « bretonnes » : Érec et Énide ; Cligès ; Lancelot, ou le Chevalier de la charrette ; Yvain, ou le Chevalier au lion ; Perceval, ou le Conte du Graal, il expose des récits centrés sur la cour du roi Arthur qui n’apparaît plus comme le personnage principal. Et plus que des histoires de bataille, Chrétiens de Troyes développe la vie privée de ses héros axant au moins autant sur l’amour et le merveilleux et que sur les exploits guerriers. Dans son dernier roman, il introduit le mystérieux motif religieux du Graal sans que nous sachions quelle dimension il entendait donner au saint objet. En effet, la mort l’interrompt et laisse son œuvre inachevée mais non dépourvue de continuateurs.

Au début du XIIIe siècle, un certain Robert de Boron inscrit ainsi la légende arthurienne dans une dimension plus christique autour du thème du Graal. Autour de l’écriture de trois romans en vers, il donne une interprétation résolument chrétienne au mythe du Graal, la Table ronde devenant par exemple une reproduction de la Table de la Cène. Dès lors, la cour du roi Arthur devient une cour chrétienne et ces chevaliers des héros chrétiens et non plus celtiques, ce qui n’est pas sans entrainer un certain bouleversement de leurs valeurs. L’introduction de cette dimension religieuse amène alors le roman arthurien sur deux voies différentes : d’une part les romans en vers s’attachant aux merveilleux et féérique, d’autre part les romans en prose qui développent de façon grandissante la dimension religieuse.

Romans en prose, romans en vers, romans européens

Apparition_du_Saint_Graal_Cote_-_Francais_120__Fol._524v_Quete_du_saint_Graal_France_Paris_XVe_siecleJusqu’alors, les romans arthuriens étaient rédigés en vers, style littéraire considéré à l’époque médiévale comme celui de la fiction. Afin de mieux légitimer et encrer la légende dans la réalité, la littérature lui étant consacrée adopte la prose. En effet, la prose romane, imitant la prose des chroniques latines prétend ainsi reproduire les anciennes chroniques du temps d’Arthur dont la véracité ne saurait être remise en doute. C’est alors le temps des sommes littéraires, sorte de compilations encyclopédiques, auxquelles la légende arthurienne n’échappe pas. Ainsi, vers 1225-1230, apparaît le cycle de Lancelot-Graal, encore appelé le cycle « Vulgate », anonyme. Plus de deux mille pages divisées en cinq sections retracent l’épopée du royaume d’Arthur des origines à la mort du roi, tout en accordant une place centrale à La Queste du saint Graal. Cette somme, considérée comme un monument de la littérature médiévale est très vite remaniée et suivie par d’autres. Citons par exemple Le Cycle Post-Vulgate, toujours anonyme, qui expose la même histoire mais avec une autre vision d’ensemble plus noire.

Parallèlement, la légende arthurienne continue de s’enrichir de roman en vers prenant la suite de l’œuvre inachevée de Chrétiens de Troyes. Et jusqu’à la fin du XIVe siècle, les auteurs sont nombreux à s’essayer à ce genre. Le chroniqueur Jehan Froissart composa ainsi le plus long roman en vers : Meliador. Mais plus qu’une opposition entre prose et vers, c’est une profusion de versions européennes qui se répand. Dépassant le cadre du royaume de France, les romans arthuriens sont traduits et adaptés dans différentes langues : allemand, italien, espagnol, portugais, néerlandais, tchèque, etc. Nous pouvons même noter l’existence d’une version en provençal. Toutefois, le développement dans la fin du Moyen Âge le plus vif des thèmes arthuriens a lieu en Grande Bretagne. D’une part, les romans français sont traduits en anglais, d’autre part les écrivains anglais se réapproprient la légende, considérant qu’elle leur appartient de droit et lui donnent un nouveau souffle. Au XVe siècle, sir Thomas Mallory reprend dans une nouvelle immense somme tant l’héritage français du Lancelot-Graal, que ses suites et remaniements anglais. C’est principalement grâce à Mallory dont l’œuvre fut imprimée en 1485 que fut sauvegardé et restitué le patrimoine littéraire anglais de la légende arthurienne.

Une légende intemporelle

Page_du_livre_dAneurin__MS_c._1275Que retenir de ce qui à l’origine n’était que le conte des exploits guerriers d’un roi en Grande-Bretagne ? La légende arthurienne est devenue l’une des plus populaires de l’Occident médiéval au point d’être considérée comme un genre littéraire à part entière. Source inépuisable d’inspiration pour les auteurs médiévaux, elle apparaît aujourd’hui toujours aussi vivante. En effet, si la Renaissance éclipse le genre arthurien dans toutes les langues, ce n’est que pour mieux le redécouvrir au XIXe siècle avec le mouvement romantique et encore plus au XXe siècle en dépassant le cadre de la littérature avec le cinéma et au-delà.

Quelques textes médiévaux

- Chrétiens de Troyes, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1994.

- La légende arthurienne, Danielle Régnier-Bohler (dir.), Paris, Robert Laffont, 1999.

- Robert de Boron, Merlin : Roman du XIIIe siècle, Paris, Flammarion, 1989.

 

Bibliographie

- Martin Aurell, La légende du roi Arthur, Paris, Perrin, 2007.

- Anne Berthelot, Arthur et la Table ronde. La force d’une légende, Paris, Gallimard, 1996.

- Michel Zink, Littérature française du Moyen Âge, Paris, PUF, 1992.

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