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La condition des femmes au Moyen Age (2/2)

 

st_margeurite_gardanr_ses_moutonsQu'elles soient des filles perdues, des recluses enfermées à vie ou des nobles dames, des paysannes des ouvrières, des moniales ou des sorcières, la vie des femmes médiévales comporte de multiples facettes dont il convient de poursuivre l'investigation. N'oublions pas bien sûr, le rôle très important que jouent toutes les femmes instruites et lettrées qui laissèrent, grâce à leurs nombreux écrits, poèmes, psautiers et traités divers, une trace dans l'histoire. Ces manuscrits, complétés par les registres des procès d'inquisition nous permettent d'approcher le quotidien des femmes durant cette longue période du moyen-âge.

 

La vie religieuse des femmes 

Le premier monastère voit le jour en 513 en Gaule. Au VI siècle dans le royaume mérovingien se multiplient les communautés souvent fondées par les femmes : la reine Radegonde fonde Ste croix, la reine Bathilde créé une abbaye en 656, d'autres voient le jour en Normandie. L'époque carolingienne est marquée par de nombreuses créations grâce aux donations des familles royales. Après l'épisode violent des raids vikings, de nouvelles abbayes apparaissent autour de l'an mil puis des communautés bénédictines affiliées à l'ordre de Cluny. Les monastères féminins recrutent des filles de haut lignage car il faut une dot pour entrer au couvent. 

Dans cette époque marquée par la foi, certaines avaient une réelle vocation d'autres voyaient là une occasion d'échapper au mariage, de s'assurer une vie sûre et confortable, d'accéder à la culture. Les abbayes pouvaient recevoir des veuves et des dames nobles avec leurs familles en l'absence de leur époux. Les candidates au voile devaient se dépouiller de tout bien et suivre les règles strictes de St Benoit. Après la messe de midi, cent coups sont frappés à la cymbale afin que les sœurs se préparent au repas, d'où l'expression ''être aux cent coups''. 

Bndiction_dune_abesseL’abbesse qui dirige le monastère est souvent imposée par les familles princières et être âgée de plus de trente ans. Elle règne sur un personnel d'auxiliaires appelées officières, prieures, portières, cellières et moniales. Les professes dominent les novices, les sœurs converses, les oblates et les servantes. Cette hiérarchie assure la bonne marche de la communauté. Quelques hommes y sont admis, les valets chargés des travaux agricoles; le prêtre officiant à la messe. C'est dans les monastères également qu'a lieu l'instruction des filles et des garçons à partir de sept ans. Ces écoles monastiques enseignent la lecture, l’écriture, le psautier parfois la peinture. 

Les abbayes vivent en autarcie. Au XIe siècle se développent des monastères doubles : d’un côté les moines de l'autre les moniales séparés par des clôtures et des grilles mais l'église voit cette mixité d'un mauvais œil et ceux-ci seront l'objet d'interdits conciliaires et civils (à cet égard est relatée l'histoire de nombreux bébés emmurés issus de cette cohabitation). Certaines femmes, pour expier leurs fautes et se consacrer à dieu pratiquaient la réclusion qui consistait à vivre dans une étroite cellule de pierre « le reclusoir » dont la porte était scellée ne laissant qu'une petite ouverture pour recevoir leur nourriture. Ce choix était précédé d'une cérémonie de renonciation définitive à la vie publique. 

Ces cellules étaient construites près d'une église ou d'un cimetière (cimetière des innocents), ou près d'un pont ou venaient les consulter les passants qui leur demandaient de prier pour eux. L'âge d'or du reclusage s'étend du XIe au XIVe siècle. Au XIIe siècle, les moniales appartiennent à l'ordre bénédictin ou de Cîteaux puis apparaissent les dominicaines et les clarisses. Tous les monastères sont tenus d'accueillir voyageurs et pèlerins. La religion imprègne la vie culturelle et joue un rôle fondamental dans la vie des femmes médiévales qu'elles soient nonnes ou laïques. 

Les distractions 

Très accaparées par leur travail, les femmes de la campagne trouvent néanmoins des occasions de converser à la fontaine ou au moulin. Aux veillées elles se retrouvent dans les ''écraignes'', petite pièce en arrondi avec leurs quenouilles pour y bavarder ensemble. D'autres veillent en famille au coin du feu. Les «évangiles des quenouilles» mettent en scène de vieilles femmes qui abordent tous les sujets lors de soirées entre Noël et la Chandeleur faisant état de nombreuses croyances populaires répandues en Flandre et en Picardie à la fin du XVe siècle. 

Les fêtes ont un caractère religieux et profane et sont l'objet de distractions. En mai, les gars du village ont le droit ''d'esmayer'' les jeunes filles. Ils se rassemblent en leur compagnie et, avec leur assentiment, le premier dimanche de mai au lever du jour, déposent des branches d'arbres devant la porte de leur élue. Cette charmante coutume est évoquée dans des documents littéraires et artistiques. Des fêtes familiales réunissent des personnes des deux sexes aristocrates ou paysannes ou les femmes tiennent une place de premier plan. 

danse_champetreAu cours des fêtes agraires des reines sont parfois élues. Les danses champêtres appelées caroles réunissent les hommes et les femmes dans des rondes et des cortèges autour des arbres et des fontaines au rythme des chansons d'amour. D'autres danses, telles que la tresque ou farandole, la trippe qui ressemble à une gigue, le vireli ou danse tournante, le coursault sorte de galop, le baler du talon étaient pratiquées. Ces danses suscitaient les foudres des moralistes : les contacts des mains et des pieds et les rapprochements pendant la danse incitaient au péché ! Ces condamnations restèrent heureusement sans effet ! 

Les seigneurs et souverains organisent des banquets somptueux suivis de danses élaborées très prisées où les dames sont parées de leurs plus beaux atours. Le temps fort du festin médiéval se situe au moment des entremets, lors des divertissements ou chanteurs, jongleurs, conteurs et ménestrels peuvent faire montre de leurs talents. En 1454 dames et seigneurs se pressent à la fête du faisan. Des jeux de société sont au goût du jour : les échecs, les jonchets (sorte de mikado), les jeux de cartes à partir du XVe siècle. Le jeu de paume, ancêtre du tennis restera longtemps très prisé par les seigneurs. Certaines dames s'adonnent à la chasse au faucon ou à l'épervier. 

Le voyage a pour but de régler des affaires mais peut être une façon de se distraire. Les joutes et tournois sont une occasion pour les seigneurs de se mesurer et constituent un spectacle pour les gentes dames. Ils sont régis par les règles strictes de la chevalerie et les dames y sont à l’honneur. 

Dans les rues les montreurs d'animaux, acrobates, jongleurs, bateleurs musiciens et conteurs attirent les badauds. Les processions, les entrées princières, éblouissent le peuple dans les rues nettoyées pour la circonstance et décorées de fleurs et de draps tendus sur les façades. De petits spectacles appelés histoires ou mystères ont lieu près des églises ou carrefours. Le théâtre constitue un des attraits de la ville, les femmes s'y rendent accompagnées d'une bruyante marmaille. Musique, chants, lecture à haute voix sont appréciés par les nobles, les jeunes filles reçoivent une instruction musicale

Le veuvage 

Conséquences des épidémies et des guerres, beaucoup de femmes mariées très jeunes se retrouvaient veuves avec des enfants en bas âge dans de difficiles conditions financières ce qui les poussait à se remarier. Les aristocrates n'avaient guère le choix, car il leur fallait un appui pour défendre leurs domaines, et d'autre part elles subissaient les pressions de leurs famille qui voulaient les utiliser pour conclure d'autres alliances. Lorsque les enfants étaient adultes leur mère pouvait demeurer chez eux, ses biens restant incorporés au patrimoine familial. Au cas où elle souhaitait se remarier ou entrer au couvent elle pouvait reprendre leur dot ou leur douaire, mais ses héritiers préféraient lui verser une rente. 

Ces situations engendraient souvent des conflits d'intérêts et d'interminables procès dans les familles. Une jeune veuve non remariée était regardée avec méfiance, des soupçons d'avarice ou de luxure pesaient sur elle. En ville cependant, elle pouvait continuer à diriger son atelier ou son négoce, fonder une petite entreprise. Dans son livre «Les trois vertus» Christine de Pisan elle-même veuve très jeune, conseille aux femmes d'ignorer les médisances, de se monter sages, de prier pour le salut de leur défunt mari et incite les jeunes veuves à se remarier pour fuir la misère et la prostitution. 

Femme_ag_filantLes femmes de l’époque connaissent plusieurs vies matrimoniales et ont des enfants issus de pères différents. Les veuves riches attiraient les convoitises, elles étaient souvent enlevées et remariées contre leur gré. A la fin du moyen-âge, l'emprise de la famille était tellement forte que les femmes n'avaient pas le choix; les parents se chargeaient de conclure leurs unions successives. Comment devait se comporter une veuve qui parvenait à le rester ? Elle devait porter des vêtements noirs, simples, se conduire avec dignité et se rendre fréquemment à l'église pour assister aux offices. 

La vieillesse 

La femme âgée est plutôt dénigrée, à soixante ans elle symbolise la laideur et est associée à la sorcière, l'art religieux lui attribue un rôle maléfique. L'âge de la mortalité se situait entre trente et quarante ans pour la femme, quarante à cinquante ans pour un homme en moyenne. Grégoire de Tours cite des cas de femmes d’âge avancé pour l'époque: la reine Ingegeberge épouse de Caribert, la religieuse Ingitrude... Certaines Abbesses atteignirent soixante- dix ans, quatre-vingt dans les campagnes ou dans l'aristocratie. 

Les femmes de lettres 

Deux catégories de femmes interviennent dans la vie culturelle du moyen-âge: les laïques de noble naissance et les moniales. Cultivées, elles protègent les écrivains et les artistes, composent des ouvrages savants, étudient les langues et la poésie. A la cour du roi Clotaire, Radeguonde reçut une grande culture littéraire, Fortunat parle de ses lectures issues de la littérature chrétienne. Selon Eginhard, Charlemagne désire pour ses filles la même instruction que ses fils pour les arts libéraux. Dhuodat en 841 compose un ouvrage destiné à son fils Guillaume et apprécie la poésie. 

En l'an mil la cour Ottonienne comporte nombre de femmes cultivées, Adélaïde femme d'Otton 1er, Gerberge nièce de cet empereur qui parle le grec et s'initie aux auteurs classiques. Au XIIe siècle Héloïse connaît des citations philosophiques et sacrées, elle parle le latin et selon Abélard a étudié le grec et l'hébreu. Adèle de Blois en 1109 est citée dans l'ouvrage d'Hugues de Fleury «l'histoire universelle». L'amour des lettres et des arts se retrouve chez les dames du XIV et XVe siècle. 

Aliénor d'Aquitaine règne sur les troubadours vers 1150. Elle protège la poésie courtoise, rend des jugements dans le traité de «l'amour courtois» d'André le Chapelain. Dans son entourage gravitent les écrivains sous l'influence du poète latin Ovide. Sa fille Marie de Champagne écrira de nombreux ouvrages et protègera également les lettres. Au XIIe et XIIIe siècle la littérature féminine est représentée par de nombreux écrivains abordant des thèmes religieux ou profanes. 

Hildegarde de Bingen appelée la prophétesse du Rhin née à la fin du XIe siècle dans une famille noble du Rhénan, est offerte au Seigneur à huit ans, fait profession à quinze puis est élue Abbesse vers quarante ans. Elle est l'auteur de trois ouvrages «Connais les voies», «Le livre des mérites de la vie»et le «Livre des œuvres divines», issus de ses visions. Elle voyagera beaucoup, correspondra avec les grands de la terre, empereurs, évêques, seigneurs et nobles dames. Elle compose également le«livre de la simple médecine» illustré d'herbiers, d'un bestiaire et d'un lapidaire. Son «Causae et curae» est un manuel de médecine pratique et de pharmacologie. 

Chrsitine_de_PisanA la fin du moyen-âge, Christine de Pisan sera la première femme à vivre de sa plume. Elle-même fille d'astrologue et médecin devenue veuve très jeune avec charge de famille, elle crée des œuvres en vers et en prose traitant d'amour et de sagesse, dont l'accent est mis sur la loyauté et la fidélité. Ballades, rondeaux, virelais et autres pièces lyriques lui permettent d'exercer sa virtuosité rhétorique. Elle sera protégée par des princes Français : le frère de Charles V, duc du Berry, Philippe le hardi, duc de Bourgogne, Charles VI, Louis d'Orléans, Louis de France.... Plusieurs de ses œuvres donneront lieu à des traductions. Il n'est donc pas rare de rencontrer des femmes écrivains et cultivées en ces époques de l'histoire.

La période du moyen-âge couvrant dix siècles, le rôle de la femme a évolué, parfois régressé en fonction des lois et des réalités économiques ou démographiques. A terme, la femme deviendra l'objet d'un débat passionné au centre d'un occident Chrétien qui doute et s'interroge... Depuis la « querelle » des femmes n'a jamais cessé d'agiter la société.

Source et illustrations

La vie des femmes au Moyen Age, Sophie Cassagnes, Editions Ouest-France, 2014.

Bibliographie non-exhaustive

Chevaleresses, de Sophie Cassagnes-Brouquet. Perrin 

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