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La Sicile musulmane

sicile1Carrefour de la Méditerranée, la Sicile a accueilli les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois et les Romains. Avec la chute de l’Empire romain d’Occident, elle voit les Vandales fouler son sol avant que les Byzantins, avec à leur tête Bélisaire, général de l’empereur Justinien, ne conquièrent l’île à leur tour. La Sicile est donc à nouveau grecque au moment où se profile la menace musulmane.


 

 

L’émirat aghlabide en Ifriqiya

La conquête du Maghreb par les musulmans s’est réellement achevée après la fin de la révolte kharijite dans les années 770. A partir de ce moment, le calife abbasside de Bagdad a repris la main, mais ce sont des principautés indépendantes qui se forment, même si la plupart prêtent allégeance au calife. On peut évoquer les Rustâmides de Tahart et les Idrîssides de Fès.

En Ifriqiya, après que le gouverneur Yazîd ibn Hâtim ait pacifié la région pour les Abbassides, c’est Ibrâhîm ibn al-Aghlab qui est nommé, et il installe sa capitale à Kairouan. En 800, un accord est conclu avec le calife Harûn al-Rashid pour que l’Ifriqiya revienne à titre héréditaire à la nouvelle dynastie, contre une allégeance à la prière du Vendredi et le paiement d’une redevance.

Les Aghlabides sont d’origine orientale, d’Irak plus spécifiquement, et ils transfèrent donc leur système de gouvernement et leur culture en Ifriqiya. Mais la diversité des populations locales et le poids du jund (l’armée arabe) font que l’histoire de l’émirat est marquée par de fréquentes révoltes durant le IXè siècle. Il est temps alors de trouver des conquêtes nouvelles pour détourner cette violence interne.

Le jihad vers la Sicile

Les émirs aghlabides, outre la construction de mosquées importantes (comme à Kairouan ou Sousse), ont aussi fortifié leur territoire avec des ribats, de petites forteresses occupées par des combattants de la foi pour défendre les côtes contre l’ennemi, en particulier byzantin.

Mais il fallait aussi continuer le jihad, devoir de tout souverain musulman, et le but est rapidement trouvé : l’Italie du Sud et la Sicile.

L’occasion se présente en 827, alors que l’île avait déjà connu plusieurs razzias auparavant, dès le VIIè siècle. L’émir Ziyadat Allâh Ier, contre l’avis des oulémas, décide de profiter des divisions byzantines pour tenter de mettre la main sur une Sicile réputée pour sa richesse, place stratégique idéale. Il suit les conseils d’Euphémius, le commandant de la flotte grecque révolté contre Constantinople, et qui affronte le stratège Constantin, envoyé par l’empereur Michel II pour le mater. Euphémius parvient à prendre Syracuse et à tuer son ennemi ; il se fait alors proclamer empereur par ses troupes ! Il doit alors affronter la rébellion de Balata, resté fidèle à Michel II, et décide donc de demander de l’aide à ses voisins aghlabides. On pense évidemment à faire le parallèle avec le comte de Ceuta, Julien, qui en 711 avait demandé l’aide des musulmans pour renverser le roi Roderic, et ainsi provoqué la conquête d’Al Andalus…

L’émir aghlabide décide d’envoyer le cadi Asad ibn al-Furât à la conquête de la Sicile et faire ainsi d’une pierre trois coups : assumer son devoir de jihad, conquérir un territoire riche, et calmer les troubles internes à son propre pays.

Une conquête difficile et plus que longue que prévu

Le cadi Asad ibn al-Furât n’est certes pas un général, mais il est très populaire chez les Aghlabides, qu’ils soient arabes ou berbères, et la conquête se présente donc sous les meilleurs auspices. Le départ se fait de Sousse le 14 juin 827, d’où cent navires transportant sept cents cavaliers et dix milles fantassins cinglent vers la Sicile. Ils débarquent à Mazara où ils font jonction avec les partisans d’Euphémius.

La conquête se déroule selon plusieurs phases : entre 827 et 831, les Aghlabides connaissent la réussite en battant l’armée byzantine de Balata, mais rapidement ils sont en difficulté devant Syracuse. Ils n’ont pas d’engins de siège et les Byzantins coupent leur retraite par la mer. Le siège est abandonné après un an, et le passage d’une peste qui a eu raison d’Asad ibn al-Furât ! Pire, leur allié Euphémius est assassiné et les musulmans se retrouvent isolés sur l’île, alors que les Byzantins, alliés à Venise, se sont réorganisés…Heureusement, leur émir leur envoie des renforts et ils se tournent vers Palerme ; la ville ne tombe qu’un an plus tard, sa population civile décimée par le siège. Elle devient la capitale de la Sicile musulmane.

La deuxième phase de la conquête se situe dans les années 831-833, une période plutôt calme. Les Aghlabides doivent cependant se heurter à la résistance de la population locale, et à des Byzantins qui ne comptent pas lâcher leur trésor, et le conflit reprend dès 834. Il se durcit et s’éternise, s’intensifie en 838 malgré la mort de Ziyadat Allâh Ier, et s’exporte même en Italie (Rome est pillée en 846, un petit émirat s’installe à Bari en 847). Les musulmans prennent Messine (843), Castrogiovanni (859) et enfin Syracuse (878), malgré la politique énergique de l’empereur byzantin Basile Ier. Cependant, la Sicile n’est vraiment conquise que dans les années 910, après que des places comme Taormine ou Catane tombent. La ville de Rametta tient même jusqu’en 965 !

La Sicile musulmane, des Aghlabides aux Kalbites

Les conquérants héritent d’une île connue pour la fertilité de sa terre et sa prospérité, sans oublier évidemment sa position stratégique. S’organise alors son gouvernement, installé à Palerme, et la cohabitation avec les populations locales, non musulmanes.

Dès la conquête de Palerme, les gouverneurs siciliens (appelés âmir, wâlî ou sâhib) jouissent d’une autonomie certaine par rapport à l’émir de Kairouan ; ils doivent seulement prêter allégeance à l’Aghlabide, mais aussi au calife. La Sicile est idéalement placée pour la guerre de frontière opposant les musulmans aux chrétiens en Méditerranée, et les gouverneurs siciliens n’hésitent pas à envoyer eux-mêmes des expéditions militaires hors de l’île, en Italie du Sud surtout, avec par exemple le sac de Reggio en 901 ou celui de Cozenza l’année suivante. La chute de l’émirat aghlabide face aux Fatimides en Ifriqiya en 909 change la donne : la Sicile tombe sous la coupe du nouveau califat, chiite, ce qui provoque des révoltes. Un descendant des Aghlabides s’installe à nouveau en 912-913 et rétablit le sunnisme ainsi que l’allégeance à Bagdad. Mais il est renversé par une révolte berbère, et la Sicile redevient fatimide. Cela n’empêche pas les troubles de perdurer, toujours entre Arabes et Berbères (comme en Al Andalus un siècle plus tôt) et les Kalbites, nommés par les Fatimides lors de leur départ pour l’Egypte, héritent d’une île instable, à la merci des menaces extérieures, qui ne sont plus uniquement byzantines. Ils parviennent néanmoins à continuer la guerre de frontière et à résister aux tentatives de conquête ou de reconquête, comme celle d’Otton II, empereur germanique soutenu par le pape, en 982. Puis, le XIè siècle voit une accalmie des relations avec les chrétiens, grâce à des échanges commerciaux, spécialement avec Amalfi.

Apogée économique et islamisation de la Sicile

Les réformes que connaît l’île avec la conquête et surtout la présence fatimide permettent un essor économique, une « révolution culturale » (H. Bresc). La Sicile est intégrée dans le réseau commercial de l’Islam, exportant vers l’Orient des soieries, important de nouvelles cultures (canne à sucre, indigo, coton,…) et développant les agrumes et de nouveaux légumes, l’essentiel demeurant la céréaliculture.

La Sicile connaît aussi durant cette période une réelle islamisation, et il s’agit de gérer les relations entre les différentes populations locales. La population musulmane, d’abord, est envoyée par les émirs aghlabides et attirée par la réputation positive de l’île. Elle est composée d’Arabes et de Berbères, et les tensions qui vont avec, si bien que les premiers ont plutôt tendance à s’installer à Palerme et les seconds à Agrigente. On remarque aussi l’arrivée d’autres populations musulmanes, Andalous ou Orientaux (Perses, Syriens). Pour les populations locales, chrétiens mais aussi juifs, c’est le statut de la dhimma qui est imposé. L’islamisation se fait assez rapidement dans l’Ouest de la Sicile, mais l’Est reste longtemps un bastion chrétien instable. Le mélange se fait tout de même entre les populations et, tout comme les mœurs des Siciliens musulmans, cela gêne certains oulémas ou lettrés arabes (comme le géographe Ibn Hawqal), faisant un autre parallèle possible avec Al Andalus…

La Sicile musulmane divisée et menacée

La longue conquête et la politique volontariste des émirs aghlabides et des gouverneurs ont donc fait qu’à la veille du XIè siècle la Sicile est vraiment devenue une partie du dâr al-islam dans le cœur des musulmans. Mais en tant que telle, elle est aussi soumise aux nombreuses divisions au sein de l’oumma, surtout à partir de l’émergence des Fatimides. Devenue vraiment indépendante avec les Kalbites (malgré leur allégeance aux Fatimides), elle n’en est pas moins à la merci des tensions internes toujours susceptibles de se réveiller quand elles sont attisées.

C’est ce qui arrive avec la menace ziride qui pèse sur l’île, dont profite le général byzantin Georges Maniakès : entre 1037 et 1041 il reprend Messine et s’installe autour de l’Etna. Il a amené avec lui des mercenaires qui ont pris l’habitude de s’impliquer dans les conflits de la région depuis quelques temps, les Normands. Si le Byzantin est finalement défait et doit retourner à Constantinople, le pouvoir musulman est plus que jamais divisé. C’est alors que l’un des émirs décide de faire appel aux Normands…

Bibliographie non exhaustive

-          J-Y FRETIGNE, Histoire de la Sicile, Fayard, 2009.

-          P. SENAC, Le monde musulman, des origines au 11è siècle, A. Colin, 2006.

-          M. TERRASSE, Islam et Occident méditerranéen, de la conquête aux Ottomans, CTHS, 2001.

Pour aller plus loin :

-           A. NEF, V. PRIGENT, La Sicile de Byzance à l'Islam, De Boccard, 2010.

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