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Al Andalus (3/4) : Un empire maghrébo-andalou ?

jardin_andalusiLe régime des parias, nous l’avons vu, s’est mis en place après 1031 et la chute effective du califat de Cordoue. Il a contribué (et s’est nourri) à l’affaiblissement des pouvoirs musulmans face aux chrétiens. Ceux-ci ont recommencé leur offensive dès les années 1050 et 1060. Sous la direction de Ferdinand Ier, ils prennent brièvement Barbastro en 1064 (reprise rapidement par les musulmans) : c’est la première « croisade d’Espagne », avec l’aide de Francs et l’appui de la papauté. Mais c’est surtout avec Alphonse VI de Castille que se développe « une véritable idéologie de la Reconquista », pour citer l’émir ziride ‘Abd Allah, qui aboutit à la prise pacifique de Tolède en 1085.

L’appel aux Almoravides

Les Almoravides étaient une dynastie d’origine berbère, affiliée aux Sanhaja, qui finit par conquérir l’Ouest du Maghreb au début des années 1080, après avoir fait chuter Fès en 1075 et fondé Marrakech dans les années 1060. Leur empire s’étend alors sur toute la façade atlantique du Maroc au Sénégal actuel, et jusqu’aux frontières de Tlemcen prise en 1080. Ils sont conduits par Yusuf ibn Tashfin et se veulent des rigoristes malikites.

carte_almoravidesSous la pression de la population, les émirs andalous font appel aux Almoravides suite au choc causé par la chute de Tolède et l’avancée chrétienne. Le jihad est proclamé et il conduit à la victoire de Zallaqa dès 1086 : les chrétiens sont à nouveau bloqués et ne pourront progresser que vers l’Est (Huesca, 1096). Les Andalous ne sont pourtant pas au bout de leurs surprises : les Almoravides repartent après leur victoire...mais décident de revenir dès les dernières années du XIè siècle, et déposent les émirs ! Seule Valence leur résiste grâce à la défense devenue célèbre du Cid (qui avait repris la ville en 1094) ; ils parviendront tout de même à la soumettre en 1110, après la mort de celui-ci (en 1099).

Les Almoravides exercent leur pouvoir depuis le Maghreb, et tentent d’imposer leur vision rigoriste du rite malikite. Ils s’attribuent des titres inédits comme « Amir al-muslimin » qui sont même validés par le calife de Bagdad. Leur légitimité et leur pouvoir s’appuient sur les oulémas et les docteurs de la Loi comme Al-Badji ou Al-Hadrami. On voit même des magistratures comme le « sahib al-suq » (chef des marchés) confiées à des juristes (religieux) : la société est hiérarchisée et centralisée, avec une omniprésence des fuqaha (docteurs du fiqh, le droit musulman).

Pourtant, ce régime n’arrive pas à s’imposer en Al Andalus : il est considéré comme étranger et sa vision trop rigoriste de l’islam malikite tranche avec celle des Andalous, qu’avec anachronisme on pourrait juger plus « laxistes » ; ils sont aussi influencés par des « concurrents » orientaux comme al-Ghazali (mort en 1111). La légitimité des émirs se fait aussi par la victoire militaire, et les défaites contre les chrétiens d’Alphonse le Batailleur dans les années 1114, 1118 (Saragosse) et 1120 (Cutenda) n’aident pas à renforcer le pouvoir almoravide...

De plus, ils sont menacés dans leur cœur même, le Maghreb, par une autre dynastie berbère : les Almohades.

Les Almohades et un « nouveau califat » ?

L’affaiblissement almoravide s’aggrave jusque dans les années 1140. Dès les années 1120, ils doivent faire face à la révolte dans l’Atlas d’Ibn Tumart, le futur « mahdi » almohade. En Al Andalus apparaissent à nouveau des taïfas, principalement dans les villes, mais très peu solides, en particulier face à l’avancée chrétienne. Ainsi, le port stratégique d’Almeria, siège de la flotte du défunt califat omeyyade, tombe aux mains des chrétiens en 1147. Seul l’émirat murcien d’Ibn Mardanish résiste à Valence et Murcie jusqu’en 1172...

Mais parallèlement, les Almohades font tomber une à une les places almoravides dans le Maghreb, conduits par Ibn Tumart. La dynastie almoravide tombe pour de bon en 1147, et les Almohades étendent leur influence jusqu’en Ifriqiya (Tunisie actuelle).

La doctrine de la nouvelle dynastie est originale, et centrée autour de la figure d’Ibn Tumart (mort en 1130), le mahdi, influence par al-Ghazali. Ils s’appellent eux même les muwahhidin et insistent sur l’unicité de Dieu (le tawhid), s’éloignant autant des Almoravides que de l’orthodoxie islamique en général, celle du Coran « incréé » ; ils rejettent les écoles juridiques et condamnent les commentaires et l’ijtihad (l’interprétation). Cela les pousse à se déclarer califes, face aux Abbassides, dès le successeur d’Ibn Tumart, Al-Mumin.

bataille_de_Las_Navas_de_TolosaLes Almohades mettent alors le pied en Al Andalus : ils prennent Cordoue en 1148, Grenade en 1154 et surtout reprennent Almeria aux chrétiens en 1157. Ils tentent d’imposer, comme les Almoravides, une idéologie de Guerre Sainte, qui culmine avec la grande victoire d’Alarcos en 1195. Mais pourtant ces victoires cachent de vraies difficultés, en particulier face aux chrétiens de plus en plus unis. Ils se tournent alors vers une doctrine plus défensive, à l’image de la construction de leur ville, Rabat (fondée en 1150), symbole d’un empire tourné vers la défense.

L’impression d’unité et de solidité sur ses bases, ainsi qu’une légitimité revendiquée avec le titre de calife, poussent les Almohades à se poser en champions du jihad, et à voir la possibilité d’une victoire sur les chrétiens. Cela aboutit pourtant au désastre de Las Navas de Tolosa en 1212, où l’armée d’Alphonse VIII, pourtant en infériorité numérique, écrase l’armée musulmane. Les nouveaux maîtres d’Al Andalus ont connu la même mésaventure que leurs prédécesseurs almoravides : un intérêt plus que relatif des Andalous pour leur jihad et leur doctrine. Les Almohades, eux aussi considérés comme étrangers, n’ont pas eu le soutien des musulmans de la péninsule.

La défaite de Las Navas de Tolosa se conjugue aux difficultés almohades dans le Maghreb face aux Banu Marin et aux Hilaliens. En Al Andalus, Murcie (1224) et Séville (1227) se soulèvent, soutenues par les chrétiens...Le califat se maintient difficilement à Marrakech jusqu’en 1269, mais doit céder face à l’émergence des Mérinides à Meknès et Fès dès les années 1240, et aux Hafsides de Tunis qui revendiquent le califat en 1253.

La chute des Almohades en Al Andalus va voir alors la troisième période dite des taïfas et, surtout, l’apparition du dernier royaume musulman de la péninsule ibérique : les Nasrides de Grenade. 

Bibliographie : voir quatrième partie.

Al Andalus 4 : le crépuscule nasride.

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