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Al Andalus (4/4) : le crépuscule nasride

Reconquista-reddition-grenadeLes échecs successifs des Almoravides et des Almohades ont conduit au retour du système des taïfas en Al Andalus. Mais l’avancée chrétienne, cette fois, semble inexorable et finalement un seul émirat va réussir à résister...jusqu’en 1492 ! Le royaume de Grenade, dernier bastion musulman d'Al Andalus charrie beaucoup de mythes, relancés par la fascination (compréhensible pour qui y a mis les pieds) des romantiques pour l’Alhambra. Comment ce petit émirat a-t-il pu résister aussi longtemps aux différentes coalitions chrétiennes ? Et pourquoi est-il devenu aussi légendaire ?

La fin des taïfas et l’émergence du royaume nasride en Al Andalus

Un personnage tente de se dresser face aux chrétiens, tout en prêtant allégeance aux derniers Almohades, puis surtout aux Abbassides : c’est Ibn Hud, qui est reconnu un peu partout en 1228, sauf à Valence. Mais il est défait en 1231 à Alanje, alors que les Almohades ont définitivement quitté Al Andalus en 1229.

L’avancée chrétienne en Al Andalus se fait autour des deux grands souverains Ferdinand III de Castille (1217-1252) et Jacques Ier d’Aragon (1213-1276) ; sous leurs coups, les petits émirats andalous tombent un à un : Cordoue en 1236, Séville en 1248,...Mais ils sont gênés par l’émergence d’un émir inconnu : Muhammad ibn Nasr. Celui-ci est originaire d’Arjona, près de Jaen et se proclame roi en 1232. Contre toute attente, et profitant de la mort de son rival Ibn Hud en 1238, il obtient tour à tourt le soutien de Grenade (où il s’installe) en 1237, puis d’Almeria et Malaga en 1238.

Muhammad Ier se retrouve donc seul face aux Espagnols, et en particulier la Castille ; alors que Grenade voit affluer des milliers de réfugiés musulmans (qui s’installeront dans l’Albaicin), il doit céder du terrain : Arjona tombe en 1244, Jaen en 1246 après un long siège. Habile négociateur, le sultan obtient l’arrêt des attaques castillanes en acceptant de devenir vassal de Ferdinand III, tout en apaisant ses relations avec l’Aragon.

Il en profite pour renforcer son pouvoir dans son émirat : il fait agrandir l’ancienne forteresse de Grenade et crée le complexe fortifié et centre de son royaume : l’Alhambra, joyau d'Al Andalus. Il met aussi en place une politique du fisc très dure, et commence à se trouver des ennemis au sein même de son émirat. Ainsi, la puissante famille des Banu Asqilula se révolte à Malaga et Guadix en 1266. Entre-temps, Muhammad Ier a successivement prêté allégeance au calife abbasside al Mustansir, puis au calife almohade al-Rasid (de 1239 à 1242) et enfin à l’Hafside Abu Zakariya, avec lequel il échoue dans la tentative de prise de Ceuta en 1262.

Les hostilités en Al Andalus reprennent avec les Castillans en 1264, alors que le sultan nasride a apporté son soutien aux mudéjars de Jerez et Murcie. Muhammad Ier décède en 1273, en pleine contre-attaque espagnole, et alors que les Banu Asqilula tiennent toujours Malaga...

La consolidation du royaume et la bataille du Détroit

La mort de son fondateur aurait pu précipiter la fin du sultanat nasride, mais son fils Muhammad II reprend habilement le flambeau. Durant les années 1270, il tente en vain de négocier avec les Espagnols et les Banu Asqilula mais surtout, il doit faire face à des tensions à Algésiras, à l'extrême Sud d'Al Andalus, où le gouverneur fait appel aux Mérinides à qui il livre la ville en 1275, alors que les Nasrides échouent une nouvelle fois devant Malaga !

Les derniers andalous ont encore en mémoire les interventions maghrébines en Al Andalus, et Muhammad II préfère se rapprocher d’Alphonse X de Castille pour contrer l’avancée mérinide. Les Castillans attaquent Algésiras en 1278, les Mérinides sont isolés et, finalement, Malaga se sort de la domination des Asqilula pour se soumettre à Grenade en 1279.

Parallèlement, Muhammad II parvient tout de même à obtenir les soumissions de places importantes d'Al Andalus, comme Salobrena et Almunecar en 1282...

Pourtant, le jeu des changements d’alliance, grand classique en Al Andalus, ne va pas cesser pendant les années suivantes : Mérinides et Castillans contre Grenade, Nasrides et Mérinides contre Castillans,...seul l’Aragon semble rester neutre, alors que la Castille commence à connaître des querelles internes. La paix de Marbella en 1288 n’est en fait qu’une trêve, qui permet quand même la soumission définitive des Banu Asqilula. Alliés de la Castille puis de Tlemcen, les Nasrides reprennent la guerre contre les Mérinides pour le contrôle de Tarifa, puis se retournent contre les Espagnols dès la mort de Sanche IV en 1295.

Le début du XIVè siècle voit enfin une relative pause en Al Andalus : la Castille accepte le dialogue avec Grenade, l’Aragon signe des accords avec les Nasrides en 1302, et Muhammad II obtient même des accords avec les Mérinides juste avant sa mort la même année. Son successeur (et fils) Muhammad III n’attend qu’à peine deux ans pour commencer à s’intéresser sérieusement à Ceuta, où il obtient le soutien d’un mérinide dissident ‘Utman ibn Abi l-Ula ibn al-Haqq, qui se proclame sultan en 1307. Le Nasride profite de ce soutien pour se déclarer lui-même seigneur de Ceuta et pour commencer une guerre de course intense dans le détroit, où il attaque en particulier les ports de l’Aragon. Il parvient même à ne pas s’aliéner les Mérinides en rapatriant Utman en Andalousie...Malheureusement, les premières divisions internes au sultanat de Grenade l’obligent à abdiquer ! Son concurrent Nasr commence mal, en perdant Ceuta en 1309, mais aussi Gibraltar prise par les Castillans ! Il doit même, pour calmer les Mérinides, leur restituer Algésiras et Ronda que Muhammad II avait récupérés en 1296. Heureusement pour les Nasrides, la Castille et surtout l’Aragon ont moins de réussite devant Almeria.

La première moitié du XIVè siècle continue à être mouvementée en Al Andalus, entre coups d’Etat et rivalités pour le détroit. La lutte est acharnée entre les Nasrides, les Mérinides et les deux royaumes espagnols, et même les Hafsides, alliés les uns aux autres ou les uns contre les autres pour le contrôle de ce point hautement stratégique. La fin de la bataille du Détroit intervient sous le sultanat de Yusuf Ier (1333-1354), quand les armées chrétiennes d’Alphonse XI de Castille et Alphonse IV du Portugal battent les armées musulmanes des Nasrides et des Mérinides au rio Salado en 1340. Le sultan de Grenade rentre à l’Alhambra, et surtout les Mérinides quittent définitivement Al Andalus.

L’apogée nasride en Al Andalus

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Pourtant, et paradoxalement, le règne de Yusuf Ier signe ici les débuts de ce qu’on peut appeler l’apogée du pouvoir nasride. Il le signe par ses grands travaux à l’Alhambra (comme la Porte de la Justice) dès son retour après la déroute du rio Salado. Alors qu’Alphonse XI a chassé les Mérinides d’Algésiras, le sultan signe une trêve de dix ans avec lui et parvient également à nouer une solide relation avec Pierre IV d’Aragon. Yusuf Ier est malheureusement assassiné par un dément en 1354...

Son fils Muhammad V lui succède, et s’entoure de gens compétents comme le hajib Ridwan et surtout le vizir Ibn al-Khatib. Tous les trois gèrent alors un refroidissement avec les Mérinides, mais surtout l’Aragon qui mène à une nouvelle alliance avec la Castille. Celle-ci se voit mettre à disposition des bases navales nasrides comme Malaga, dès 1359. Mais les mauvaises habitudes nasrides recommencent, et Muhammad V doit faire face à un complot emmené par Isma’il ; en fuite, il est accueilli avec Ibn al-Khatib à la cour mérinide...Ses deux successeurs, Isma’il et Muhammad VI, ne tiennent pas longtemps et le sultan « légitime » est soutenu par Pierre Ier de Castille, y compris avec ses armées qui marchent sur Malaga puis Grenade.

Muhammad V remonte sur le trône de l’Alhambra en 1362, et décide d’être neutre dans la guerre qui se prépare entre la Castille et l’Aragon. Le conflit s’étendant (entrent en scène les Grandes Compagnies de Du Guesclin), Muhammad V se lance finalement dans un guerre de course intense contre les Aragonais. En 1366, il reçoit le soutien de Tlemcen et des Mérinides, mais la situation se complique et il doit s’allier avec Henri II de Transtamare. Fidèle à la tradition nasride, (et à celle d'Al Andalus) le sultan va durant les années suivantes, faire basculer les alliances pour supporter les pressions diverses, ce qui lui permettra entre autres de récupérer enfin Algésiras en juillet 1369 (même s’il en profite pour la raser). Un trêve est finalement signée le 31 mai 1370, elle ouvre une longue période de paix en Al Andalus : les relations commerciales s’intensifient, comme par exemple avec l’Aragon (des traités réguliers entre 1376 et 1387), et la Castille signe aussi la paix, malgré quelques tensions, en 1390. Avec les Mérinides, la situation est plus contrastée, et même le fidèle Ibn al-Khatib en fait les frais, accusé d’espionnage pro-mérinide par Muhammad V. Celui-ci se rapproche cependant de Tlemcen et Tunis, mais aussi du Caire. Son règne est enfin marqué, comme celui de Yusuf Ier, par des grands travaux et il marque lui aussi l’Alhambra de son empreinte. A sa mort en 1391 le dernier bastion musulman d'Al Andalus est à son apogée.

Les guerres civiles et la fin d'Al Andalus

Les successeurs de Muhammad V ne vont pas connaître la même réussite et surtout faire preuve d’autant d’habileté. Même si les divisions au sein des royaumes chrétiens retardent l’échéance, les Nasrides trouvent le moyen de s’affaiblir par des luttes internes entre successeurs potentiels et l’émergence de personnages politiques très influents, comme le vizir ‘Ali al-Mamin sous le sultanat de Muhammad VIII (1417-1419), mais aussi de grandes familles comme les Banu Sarraj (Abencérages). Ces derniers parviennent à mettre au pouvoir Muhammad IX en 1419, et vont avoir un rôle de premier plan dans la politique nasride des années suivantes. Le sultanat entre alors dans une période extrêmement confuse et instable : les sultans se succèdent, se renversent, reviennent au pouvoir...ainsi, Muhammad IX occupe le trône quatre fois entre 1419 et 1454 ! Le royaume nasride est fragmenté entre les différentes villes principales (Grenade, Almeria, Malaga) qui prêtent allégeance au sultan légitime ou à ses rivaux.

Le moment le plus important de la fin de l'histoire d'Al Andalus intervient avec l’arrivée au pouvoir d’Abu l-Hasan ‘Ali en 1464. Il écarte son frère, et par la même occasion les Banu Sarraj qui soutenaient celui-ci. On pense alors à la possibilité du retour de la stabilité, suite à ses réformes militaires et religieuses mais dès 1478, inexplicablement, il tombe dans la débauche et la violence ! Le moment est mal choisi car, parallèlement, les Espagnols ont uni leurs forces par le mariage de Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille en 1469, pour mettre fin à Al Andalus. Les Rois Catholiques profitent des divisions nasrides, et trouvent le soutien du fils du sultan, Boabdil, qui prend brièvement le pouvoir à Grenade en 1482. Mais sa proximité avec les Espagnols le rend peu légitime face au frère d’Abu l-Hasan, Muhammad ibn Sa’d, qui se proclame sultan en faisant tuer son aîné en 1485.

Les Rois Catholiques continuent de s’appuyer sur Boabdil, qui ne parvient pourtant pas à battre son oncle, et ne tient que Grenade en 1487. Parallèlement, les Espagnols continuent leur avancée en Al Andalus faisant tomber une à une les places fortes et les grandes villes : Velez-Malaga et Malaga en 1487, Baza, Almeria et Guadix à la fin 1489...Puis c’est au tour de Almunecar et Salobrena.

Boabdil se rend compte un peu tard que les Rois Catholiques ne respecteront pas leurs engagements et il tente alors de défendre Grenade, dernière grande cité musulmane d'Al Andalus. Le siège commence en 1491, et s’achève le janvier 1492. Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille pénètrent triomphalement dans Grenade et l’Alhambra le 6 janvier, et mettent ainsi un terme à la domination musulmane sur la péninsule ibérique, qui avait commencé avec l’attaque de quelques centaines de Berbères en 711...

Bibliographie non exhaustive pour l’histoire d’Al Andalus

-          P. GUICHARD, Al-Andalus, 711-1492 : Une histoire de l'Espagne musulmane, Hachette Littératures, coll. « Pluriel », 2000 : toujours la référence de « vulgarisation ».

-          E. LEVI-PROVENCAL, Histoire de l'Espagne musulmane, 3 vol., Maisonneuve et Larose, Paris, 1967 : une référence aussi, malgré son ancienneté et quelques remises en question depuis.

-          R. ARIE, L’Espagne musulmane au temps des Nasrides (1232-1492), éditions de Boccard, Paris, 1973 (rééd 1990) : malgré une approche un peu trop positiviste, la référence de base pour une première approche des Nasrides.

-          B FOULON, E. TIXIER DU MESNIL, Al Andalus, Anthologie, Flammarion, 2009 : un ouvrage très récent et très complet, agréable à lire, qui a comme principal intérêt le fait de commenter les sources arabes sur le sujet.

-          M.J. VIGUERA, C. CASTILLO, Al Andalus y el Mediterraneo, El Legado Andalusi, 1995 : catalogue d’une expo, ses articles sont très intéressants pour les rapports entre Al Andalus et la mer, que ce soit au niveau des voyages ou des différents échanges (culturels, commerciaux,…).

-          M.J. VIGUERA, J.M. JOVER ZAMORA, Historia de Espana, Espasa Calpe, 1994-99 : une somme encyclopédique sur l’histoire de l’Espagne, et donc une grande part aux sept siècles d’Al Andalus.

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