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Louis XI et les arts

LXImedailleS’il est un domaine auquel Louis XI n’est pas associé en général, c’est bien celui des arts. Le roi de France (1461-1483) est le plus souvent vu comme un politique très habile, voire retors et pour certains tyrannique. Son image est loin de celle d’un prince mécène à l’italienne, ou même du bibliophile Charles V (roi de 1364-1380). Pourtant, contrairement à ce qu’a pu affirmer Jean Favier dans sa biographie du souverain, il semblerait bien que Louis XI se soit intéressé aux arts, mais dans la logique de sa façon de gouverner : pas par goût, par intérêt politique.


 

 

Louis XI et l’art instrument politique

Le roi de France a l’image de quelqu’un de sobre, simple, et qui refuse le faste et le luxe. Il apparaît ainsi dans la plupart des représentations que nous avons de lui. Il en va de même pour sa cour et ses différentes demeures. En cela, il se différencie de ses contemporains italiens (Borso d’Este, Laurent le Magnifique ou Federico da Montefeltro), mais également des ducs de Bourgogne, ses grands rivaux jusqu’à la mort de Charles le Téméraire (1477) qui, eux, sont de grands amateurs d’art et de faste, ainsi que des mécènes généreux.

La cour de Louis XI n’est pas pour autant désertée, puisqu’on compte plus de deux cents personnes, selon les sources, à l’Hôtel du roi. Si le monarque est toujours très attentif aux dépenses, ses moyens sont importants (la France est alors la monarchie la plus riche d’Occident) et il n’hésite pas à en user pour de riches cérémoniaux lorsqu’il reçoit des invités étrangers, ambassadeurs ou souverains. C’est le cas par exemple lors de la réception du comte de Warwick en 1468 ou de la reine d’Angleterre trois ans plus tard. Pour son propre cas, il use sans hésiter des arts comme outil pour jouer de son image, comme lors de son entrée dans Paris en 1461, où les murs sont ornés de draps d’or et un banquet organisé avec de la vaisselle d’or et d’argent.

Louis XI se sert de la même façon des arts contre ses ennemis. On le voit avec la guerre des armoiries contre le duc de Bourgogne : en 1477, après la mort de Charles le Téméraire, le roi ordonne qu’on efface les images et les armes du duc et qu’on les remplace par les siennes. Les peintures infâmantes sont également utilisées, à la manière italienne, contre le prince d’Orange, représenté pendu par les pieds sur une toile exposée à Dijon en 1477. Louis XI encourage les pamphlets contre les Anglais et les Bourguignons, ainsi que la diffusion de discours positifs à son sujet par le biais de bouffons sur les places publiques.

Comme le font les Italiens à cette époque, et comme cela se généralisera plus tard à l’époque moderne, le roi est conscient de l’importance d’une image omniprésente de sa personne dans le royaume. Louis XI est ainsi l’un des rois de France les plus représentés : des statues, des vitraux, des tableaux, ou des médailles (comme celle de Francesco Laurana) permettent cette diffusion, avec un accent mis sur les territoires récemment acquis (comme l’Anjou, après la mort du roi René).

Louis XI et les artistes

La façon qu’a Louis XI d’aborder les arts a évidemment des conséquences sur son mécénat et le choix des artistes.

D’abord, il est dans la continuité de ses prédécesseurs : comme son père Charles VII, il appelle à la cour Jean Fouquet. Suivant également l’exemple du roi René d’Anjou, il s’entoure d’artistes reconnus de l’époque comme le musicien Jean Ockeghem et les peintres Colin d’Amiens et Coppin Delf. S’il attire des artistes nationaux comme Jean Fouquet, Bourdichon ou Jean Galant, Louis XI n’hésite pas non plus à faire appel à des étrangers avec Francesco Laurana et Georges Hermonyme. Toutefois, il se singularise surtout par le recrutement d’artistes et même d’artisans locaux, y compris pour réaliser des œuvres majeures (comme Notre-Dame de la Salvation, à Compiègne, en 1468). Enfin, son intérêt pour les arts va plus loin que la peinture, l’architecture ou l’orfèvrerie puisqu’il s’ouvre à la littérature humaniste, celle de François Filelfe, Robert Gaguin ou Francesco Gaddi.

A l’image de son gouvernement, Louis XI organise de façon très rigoureuse le recrutement de ses artistes. Il les teste, les met en concurrence, et leur accorde différents statuts : Jean Galant est ainsi orfèvre du roi, Jean Fouquet peintre du roi, et Jean Ockeghem maître de la chapelle du chant du roi. Tous ces artistes sont récompensés par des espèces sonnantes et trébuchantes, mais surtout par des titres et des charges honorifiques. Louis XI n’a en revanche pas de relations privilégiées ou d’amitié avec eux, même s’il fait assez confiance à Ockeghem, par exemple, pour l’envoyer en mission diplomatique en Espagne.

Monarque voulant tout contrôler au niveau politique, Louis XI fait de même pour les arts. Il délègue à des intermédiaires pour surveiller les chantiers, tel Jean Bourré qui encadre les chantiers royaux d’Amboise et Langeais.

Le goût de Louis XI

brasreliquairecharlemagneLe roi de France a l’image d’un dévot, et cela se vérifie dans son goût artistique. Sa priorité va à la religion et aux dons aux églises, que même son conseiller Philippe de Commynes juge trop disproportionnés. L’orfèvrerie est avant tout religieuse, comme le bras-reliquaire de Charlemagne offert à Aix-la-Chapelle en 1481. Louis XI tient à manifester sa piété par les arts et le mécénat, pour rendre gloire à Dieu, ainsi qu’à Marie et à différents saints (saint Martin à Tours, ou saint Michel dont il donne le nom à son ordre de chevalerie, créé en 1469). Cette foi se retrouve dans sa précoce volonté de faire construire un monument funéraire original, qu’il commande d’abord à Fouquet et Michel Colombe en 1471 puis, déçu, à Colin d’Amiens dix ans plus tard. Il a des exigences précises, comme être représenté à genoux, pas en gisant comme les souverains précédents. Un monument funéraire installé à Notre-Dame de Cléry, dans le Loiret, Louis XI refusant d’être inhumé à Saint-Denis.

Pour les arts profanes, le roi, comme ses contemporains, favorise l’architecture qui, là encore, reflète sa personnalité. Ses palais sont loin de l’éclat des palais italiens, à l’image du château de Plessis, acheté en 1463 et régulièrement amélioré tout au long du règne. Louis XI insiste plus sur le confort que sur le luxe et la magnificence. Pour la peinture, il reste peu de traces mais on sait que Louis XI aimait beaucoup les enluminures (celles de Jean Colombe par exemple) qui garnissaient les nombreux ouvrages de sa bibliothèque. Il est d’ailleurs considéré comme un roi lettré et érudit, s’intéressant surtout aux œuvres politiques. Enfin, la sculpture, la tapisserie, la musique sont des arts appréciés par le monarque, mais à un degré moindre semble-t-il, puisqu’il nous en reste peu de traces.

Louis XI n’a pas ignoré les arts, au contraire. Parfaitement conscient de leur importance, il en a fait un usage politique. Les arts qu’il a promus ont été logiquement à son image : simples et marqués par la religion. Comme le dit Sophie Cassagnes-Brouquet, le roi a donc pratiqué « un mécénat tempéré et intéressé, à visée politique ».

 

Bibliographie

 

-          CASSAGNES-BROUQUET, S., Louis XI ou le mécénat bien tempéré, Rennes, 2007.

-          LAPEYRE, A., Louis XI, mécène dans le domaine de l’orfèvrerie religieuse, Meudon, 1986.

-           FAVIER, J., Louis XI, Paris, 2001.

 

Article inspiré d’un cours de préparation au Capes à Paris I.

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