Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Moyen-âge Expansion et conquêtes islamiques (2/3)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Expansion et conquêtes islamiques (2/3)

cavalierarabeParties de la péninsule Arabique, les armées musulmanes ont, en quelques années, conquis une bonne partie du Moyen Orient, de l'Irak à l'Egypte, en passant par la Syrie. Pour cela, elles ont battu les deux empires les plus puissants de l'époque : les Byzantins et les Perses sassanides. Si les premiers ont finalement résisté et ralenti l'avancée arabe, les seconds ont disparu en tant qu'Etat et dynastie ! Comment expliquer ces succès ? Et comment étaient vus les conquérants par les populations locales ?

 

Les raisons des succès arabes

Les débats entre historiens continuent pour tenter d'expliquer l'extraordinaire réussite des raids musulmans. On cite pêle-mêle l'importance de la ferveur religieuse, l'appât du butin, une éventuelle supériorité militaire, ou encore l'accueil favorable de populations locales opprimées par les deux empires rivaux, notamment Byzance.

Les sources arabes (postérieures aux faits) insistent souvent sur la foi des principaux généraux arabes, et de leurs troupes, mais elle ne peut expliquer à elle seule les victoires. Et on le sait, les sources médiévales, chrétiennes comme musulmanes, associent toujours victoire et soutien de Dieu. Le butin a sans doute été un facteur non négligeable, surtout que les Arabes étaient déjà habitués à ce type de guerre lors des affrontements au sein même de la péninsule.

Cependant, les expéditions en Mésopotamie, en Syrie/Palestine puis en Egypte ont rapidement été autre chose que des razzias à la recherche de butin. Très vite, et en particulier dès le calife 'Umar, les opérations ont été centralisées depuis Médine, et les armées de plus en plus organisées. Les spécialistes ne sont pas toujours d'accord sur cette organisation, tribale ou non, tous s'accordent néanmoins pour dire que les armées arabes n'étaient pas des bandes désordonnées fondant sur l'ennemi, mais bien des troupes commandées et structurées, n'ayant au bout du compte rien à envier aux armées byzantines et sassanides. La motivation (que l'on peut lier à la ferveur religieuse tout comme à la poursuite du butin) était du côté arabe également, leurs ennemis employant beaucoup de mercenaires, sans oublier que Byzantins et Sassanides sortaient à peine de plusieurs années de guerres éprouvantes.

La supériorité des armées arabes n'est pas pour autant un fait. L'équipement des troupes califales n'est pas meilleur que celui des Grecs et des Perses. Les Arabes ne possèdent pas non plus de cavalerie lourde, à l'inverse notamment des Sassanides et de leurs éléphants (décisifs à la bataille du Pont). Certains historiens pensent même que les musulmans n'avaient pas à proprement parler de cavalerie : les chevaux amenaient les combattants sur le champ de bataille, les chameaux servaient à transporter toute la logistique. En revanche, les armées musulmanes ont pour elles la mobilité et la connaissance du désert, ce qui leur permet de rapidement se déplacer, ou de fuir et de se mettre à l'abri pour ne pas être exterminées suite à une défaite dans une bataille rangée. Quant à la poliorcétique, c'est le point faible des Arabes, ce qui explique leur volonté de prendre les villes par des traités (comme à Alexandrie) plutôt que par la force.

Il reste donc difficile d'expliquer les victoires arabes si l'on s'en tient uniquement à l'aspect militaire. L'usure des armées ennemies a probablement pesé, mais il faut peut-être également se tourner vers les réactions des populations locales.

Les conquérants vus par les populations conquises

La première chose sur laquelle il faut insister, c'est l'ignorance réciproque, en particulier sur la religion, et ce malgré les contacts commerciaux. Pour les populations byzantines ou perses (elles-mêmes très diverses), les Arabes ne sont pas des « musulmans », mais des « Agarènes », qui vient de Agar, la servante d'Abraham ; des « Ismaélites », issus d'Ismaël, le fils d'Abraham et d'Agar ; et des « Sarrasins » qui, selon les interprétations, viendrait du grec « sarakenoi », les gens de la tente, ou « sharqiyyûn », les Orientaux en arabe. La religion musulmane est inconnue. Les Arabes sont désignés comme des fléaux envoyés par Dieu afin de châtier les mauvais chrétiens de leurs pêchés, notamment l'Eglise byzantine vue par beaucoup de chrétiens orientaux comme une institution corrompue. Le châtiment est toutefois considéré comme temporaire, et nul ne craint une conversion forcée, car ce n'est pas la volonté des conquérants. Les Sarrasins ne sont pas vus comme les pratiquants d'une religion monothéiste concurrente du christianisme, mais le plus souvent comme des païens sans dieu, ou pratiquant une religion démoniaque et idolâtre.

ChrétienscontremusulmansA tout cela, il faut ajouter les tensions au sein des deux empires attaqués, et singulièrement de l'empire byzantin. Si, chez les Sassanides, la religion principale et officielle est le zoroastrisme, les autres religions ne sont que peu persécutées. En revanche, à Byzance, les divisions des chrétiens d'Orient pèsent. L'autorité religieuse et politique de Constantinople est contestée, notamment en Syrie et en Egypte. Depuis le concile de Chalcédoine (451), les empereurs soutiennent la cause chalcédonienne, qui défend le dogme de l'unité des deux natures du Christ, divine et humaine. Ils s'opposent au monophysisme (et au miaphysisme), qui croit en la nature uniquement divine du Christ, et au nestorianisme, qui sépare strictement nature divine et humaine. L'organisation religieuse de l'empire, constituée de cinq patriarcats (Rome, Alexandrie, Antioche, Constantinople, Jérusalem) ne permet pas de véritablement dépasser ces antagonismes, qui s'aggravent durant la guerre contre les Perses. Néanmoins, ce sont surtout les persécutions ordonnées par Héraclius après la reconquête, qui provoquent une certaine hostilité envers le pouvoir impérial, plutôt que des querelles théologiques de fond.

Les populations locales sont également frappées par la hausse des impôts, et le fait que les Arabes les baissent à leur arrivée n'est pas anodin, même s'ils le font d'abord parce qu'ils ne peuvent pas gérer efficacement la lourde administration qu'ils trouvent, ce qui les conduit à garder en poste la majorité des fonctionnaires locaux.

La dernière explication avancée, très souvent, pour comprendre la réussite arabe, est leur tolérance religieuse. Il est vrai qu'ils ne poussent en rien à la conversion à l'islam. Ce n'est pas dans leur intérêt, car les non-musulmans doivent payer des taxes et accepter la soumission au nouveau pouvoir pour continuer à exercer leur religion. Il faut malgré tout nuancer l'accueil réservé par les populations locales aux conquérants. Pendant longtemps, une vision idéalisée a répandu l'idée que les Arabes avaient été accueillis en libérateurs. Les réactions ont été pourtant très diverses, partagées entre la négociation, la résistance ou l'indifférence.
Pour ces populations, qui pour beaucoup contestent l'autorité de Constantinople, l'arrivée des Arabes ne change finalement pas grand chose, si ce n'est l'identité des nouveaux dirigeants. Ce qui a permis au pouvoir arabe de rapidement s'installer et se structurer.

C'est finalement au sein même de l'Islam que les tensions apparaissent...

A suivre...

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire