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La fête au Moyen-Age (Gérard Lomenec'h)

fete moyen age lomenechVivantes évocations d'un Moyen-Age festif, les extravagants ''entremets'' de la cour de Bourgogne, les « esbatements » multiples de la rue, les folies de carnaval ou les tournois des seigneurs nous parlent de célébrations politiques, de festivités liées aux fêtes religieuses et profanes ou de réjouissances de la vie privée. La plupart de ces manifestations s'inscrivent dans un calendrier liturgique et agraire. Depuis la nativité jusqu'à l'épiphanie se succèdent les mascarades de la fête des fous et de l'âne. L'allégresse de Pâques est célébrée par des danses ecclésiastiques et tableaux mimés, alors que le mois de mai abonde en jeux seigneuriaux et populaires honorant le « doux temps gai ». Les divertissements ne manquent pas, aussi bien parmi le peuple que dans les cours princières (La Fete au Moyen Age, de Gérard Lomenec'H, éditions ouest-France).

 

La fête et le cycle du temps

Temps fort de la vie collective, la rue en fête est le domaine du spectacle avec les bateleurs, les montreurs d'ours et danseurs de corde ... La fête révèle les mentalités d'une société : ronde des saisons garantissant la fertilité de la terre pour la subsistance, mouvement annuel du soleil, phases de la lune, premières mesures du temps. Périodiquement les hommes ont, par des offrandes, agapes et danses manifesté leur joie devant le retour de la végétation.

Le Moyen-Age festif revêt de multiples formes, assemblée villageoise, ferveur marquant un événement local ou familial, faste princier, danse rituelle, cortège burlesque. La fête se greffe autour de l'édifice religieux, lieu de l'assemblée citadine. De plaisantes cérémonies égayent les relations entre les seigneurs et leurs vassaux nobles et roturiers. Dans une société vivant sous la menace permanente de la précarité, ils ont rit, chanté, dansé et festoyé pour marquer leur joie d'être ensemble.

Festons et rondes de mai

fete maiTout le mois de mai abondait en cérémonies et joyeuses coutumes. Des branches de hêtre et d' aubépine ornaient les portes des maisons, étables et granges. Les galants avaient le privilège d' « esmayer » les jeunes filles de leur village et celles-ci se coiffaient de couronnes de fleurs. Parfois de mauvais farceurs plantaient des mais orduriers, savates de souliers, coquille d'œufs, ce qui était préjudiciable pour l'honneur d'une demoiselle. On menait en plein air, autour des arbres et des fontaines des rondes quasiment rituelles ponctuées par la voix. Des concours d'archers se tenaient dans les villages ou l'on s'amusait à tirer le ''papegaut'' ou à courir la quintaine (poteau ou mannequin de bois servant de cible pour la lance).

Dans le mois de Mai « des grandes heures d'Anne de Bretagne », des jeunes gens en pourpoint de couleur vert dansent, un arbuste à la main autour de l'arbre de mai planté au feuillage orné de guirlandes.

Les feux de la saint Jean

Malgré leur noms les feux de la saint Jean le 24 juin sont la transposition d'anciennes coutumes païennes liées au culte solaire. L'église institua le « fouailles » feux de joie pour célébrer Jean-Baptiste, le précurseur du christianisme. C'est la fête de l'été. A Paris le roi en personne se rend place de grève pour mettre le feu au bûcher qui pouvait atteindre dix toises. Les grands bûchers des villes illuminaient le ciel. On y brûlait les chats en raison du caractère prétendument diabolique de l'animal. Ce rite cruel consistait à enfermer les félins dans des paniers puis à les jeter dans les flammes sous les exclamations des assistants.

Pour aller danser autour des feux, des jeunes filles s'ornaient de guirlandes et de ceintures d'armoise qu'elles jetaient ensuite dans la flambée.

acrobate flute

Des parades sonores et colorées

La rue est le théâtre d'impressionnants déploiements de faste et d'apparat à l'occasion des entrées qu'effectuent les rois et princes dans leurs bonne villes. Simple jusqu'au milieu du XVe siècle l'entrée d'un roi devient un événement grandiose, savamment mis en scène et fêté par de pittoresques spectacles. Dès que les crieurs et trompettes ont annoncé la bonne nouvelle, la ville va déployer une intense activité. Il faut repaver certains rues et surtout les nettoyer. Les maisons sont pavoisées de tapisseries, le parcours est orné de feuillages et jonché de fleurs de saison. On construit des échafauds pour le théâtre.

Derrière les cent vingt archets du roi, des chevaucheurs, trompettes et ménestrels sonnaient en fanfare de leurs hauts instruments pour donner de la solennité au cérémonial. Un grand banquet pour les invités d'honneur est présidé par le roi pour clore sa joyeuse entrée tandis que les badauds s'esbaudissent par des danses, ripailles et beuveries. Et la cohue festive reste le terrain favori des coupeurs de bourses, experts à alléger les bourgeois à l'aumônière garnie et la spectatrice dont les scintillants bijoux suscitent la convoitise !

Carnaval et folies

L'agitation carnavalesque autorise les pires extravagances comme lancer des œufs pourris, jeter de l'eau, du son carnaval. Confiants dans les récoltes à venir, on festoie sans modération. Les aliments flatulents comme les pois frits et les fèves ballonnent les ventres de jeunes gens travestis en femmes dans un fantasme de grossesse et un déchaînement de fous rires. Les fous ont le vent en poupe dans maintes villes. Métaphore d'une tête folle, la vessie de porc remplie d'air où résonne une poignée de pois secs est agitée par le bouffon du carnaval. Le temps et l'ordre des choses sont momentanément « cul par dessus tête » !

carnaval tonneauLe travestissement permet aux acteurs de la fête de jouer avec leur apparence sociale. Les accessoires tels que cloches, sonnailles et autres appareils à bruits sont destinés à honorer le carnaval. Celui-ci rassemble des mythes variés et mêle des données païennes au christianisme qui a toujours condamné les travestissements. Temps de ripailles, le carnaval est aussi un temps de jeux, car les divertissements sont bannis durant le carême. Bateleurs et saltimbanques tiennent alors le haut du pavé. Les badauds sont prêts parfois à s'esbaudir de jeux cruels et de mauvais goûts.

Des cérémonies princières riches en symboles

Les fêtes princières ne se limitent pas à de simples divertissements. Les festivités sont pour les souverains l'occasion de montrer leur talents d'organisateurs, leur goût du faste et leurs sens politique. La splendeur d'une cour est ce qui se remarque après la renommée guerrière. Le banquet où se profile la Cène se déroule selon un strict cérémonial. Les convives sont installés selon des plans de table reflétant leur rang social et leur relation avec le prince, certains seigneurs n'étant que spectateur de ses gestes.

Élargie de temps en temps à de grandes assemblées solennelles, la cour offre d'innombrables spectacles destinés à porter haut le nom du prince. Faire étalage de sa largesse et du raffinement de sa maison contribue à la réussite de telles réceptions. La rivalité politique se traduit par une compétition pour s'attacher les meilleurs chanteurs de la fine' Amor. Les cours plénières sont l'occasion d'armer les chevaliers. La cérémonie, à la fois profane et religieuse comporte des divertissements ainsi que des messes et exercices de piété.

Les tournois des fêtes d'armes

Les fêtes princières s'ordonnaient souvent autour des tournois qui constituaient l'exercice noble par excellence. Pratiqués de la pentecôte à la st Jean (ou en grandes circonstances entrées royales mariages princiers) ces épreuves sportives commandaient tout un cycle de distractions. Ces fêtes d'armes se déroulent au XII e siècle sur un immense champs en rase campagne, à travers les villages, vignes et fossés. Une forme plus assagie du tournoi s'instaure dès le début du XV e siècle.
Entre les barrières d'un champs clôt, l'épreuve sera soumise à des règles minutieuses et à l'emploi d'armes courtoises (épées rabattues sans pointe ni tranchant, masses d'arme).

Les joutes, combats de deux cavaliers à la lance, étaient le complément de ces jeux sportifs. Dès la veille d'un tournoi la rue prends un air de fête avec la bruyante parade des chevaliers dans les rues pavoisées de bannières. Le jour venu, l'entrée dans les lices est solennisée par les trompettes des ménestrels. Le combat s'engage avec fracas tandis que dames et demoiselles assistent et leurs présence anime l'ardeur de leur champion. Les armes des combattants sont ornées de faveurs ou d'enseignes attachées par la main des dames (voiles, écharpes ou boucles). S'en suit un repas où les chevaliers mènent les dames aux danses, couronnant courtoisement l'effervescence de ces fêtes guerrières.

Quelles fussent saisonnières ou religieuses, populaires ou princières, les manifestations festives étaient d'une grandes variété. Les jours de marché constituaient de véritables fêtes paysannes. Des aspects sacrés et profanes se mêlaient inextricablement dans certaines festivités. Les extravagances de la fête des fous témoignent des expressions les plus inattendues des dévotions religieuses.

Des aspects sacrés et profanes se mêlaient inextricablement dans certaines festivités. Les tournois et joutes dissimulent sous les couleurs de la fête le besoin de violence qui caractérise les nobles. Le spectacle de dragons terrifiants présentés lors des processions contribuait à faire des réjouissances populaires.

On aime « caroler » à la moindre occasion, aussi bien aux noces qu'aux processions ou dans les cimetières !

Sources et illustrations

La fête au Moyen Âge, de Gérard Lomenec'h. Editions ouest-France, février 2015.

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