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Ainsi vivaient les femmes au Moyen-âge

ainsi03La femme ne peut être l'égale de l'homme : en témoigne ce corps qui suscite l'incompréhension ou même le mépris car l'idée de l'infériorité de la femme est implantée dans les mentalités suscitant dégoût et mépris partagés par les clercs et les laïcs. Les œuvres d'Aristote (322-384) arrivées en occident, contribuent à établir que la femme est un ''mas occasionatus'' un mâle manqué ou mutilé. La femme étant descendante d'Eve elle porte la responsabilité du péché originel.

Un corps infâme

Si le corps et l'âme de l'homme ont été crées à l'image de Dieu, le corps de la femme (tiré de la côte d'Adam) est un obstacle permanent à l'usage de la raison. Les organes reproducteurs féminins sont une inversion symétrique des organes masculins. Ainsi l'utérus, appelé matrice correspond à la verge de l'homme, les ovaires, dont on ignore le rôle dans la reproduction, sont assimilés aux testicules, tandis que le rôle du clitoris reste incompris jusqu'au XVe siècle.

Largement étudiée, la matrice vue sous la forme d'un vase, suscite nombre de fantasmes. Platon la décrit comme un petit animal vivant recouverte de plis et même de poils mais l'existence du cordon ombilical est connue, il existe des planches anatomiques qui décrivent les organes reproducteurs de la femme. Il faut attendre cependant le médecin Vésale (XVIe siècle) pour en avoir une description plus fidèle.

La fille, un mâle manqué

ainsi05La femme joue-t-elle un rôle actif dans la conception ? L'enfant pour Aristote est une copie du père d'où l'idée de mâle mutilé ou manqué à la naissance d'une fille, la femme n'étant qu'un réceptacle, elle ne transmet pas son caractère à l'enfant. Plus évolués, les partisans du galénismes affirment l'émission de deux fluides (féminins et masculins) qui permettent la conception celui de la femme jouant un moindre rôle. Le corps féminin est toujours envisagé par le prisme de la reproduction.

Le sang menstruel, objet de tous les fantasmes

Les médecins médiévaux sont perplexes sur les menstrues de la femme. Celles- ci lui permettant d'évacuer ses humeurs néfastes, elles auraient une fonction d'expurgation. Au moins depuis l'antiquité les croyances populaires engendrent des peurs car au contact d'une femme enceinte, le fer se transforme en rouille, les arbres perdent leurs fruits, les chiens risquent de contracter la rage. Toutes ces croyances ont en commun l'idée que l'organisme féminin produit du poison dont il est lui-même immunisé.

L'enfant conçu pendant les règles naîtra roux ou porteur de variole et de rougeole voire de peste, le corps de l'enfant étant imprégné de sang menstruel. Une femme menstruée peut d'un regard ternir les miroirs. Evoquées par les encyclopédistes à partir du XIIIe siècle, les superstitions populaires sont multiples.

Seules et sans défense devant le viol

ainsi01Sans la protection d'un mari, jeunes filles et veuves sont des cibles faciles d'autant que la loi ne se retourne pas toujours contre les criminels. N'auraient-elles pas provoqué ces agressions ? Lorsque une femme se fait agresser ne serait-ce pas en grande partie de sa faute ?

Mais la plupart des enlèvements aboutissent à des viols purs et simples qui semblent s'intensifier au XIVe et XVe siècle notamment en France du fait de l'exacerbation des conflits (guerre de cent ans, guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons). Les violences verbales et physiques sont extrêmes d'autant que ces viols sont souvent exposés publiquement. Ces crimes condamnent les victimes dont la réputation est irrémédiablement entachée car ne pouvant trouver d'époux elles sont contraintes de s'exiler et souvent de se prostituer. La femme est considérée par beaucoup de magistrats comme un être prompt au mensonge et à la débauche.

Si les femmes isolées sont des cibles faciles, la condition des femmes mariées est-elle plus enviable du fait que l' époux se voit octroyer le droit de battre sa femme, mais avec modération ? Reste à savoir quelle appréciation pouvaient se faire certains maris de cette ''modération''...

La domination masculine dans le secteur du textile

ainsi02Les nombreux miniaturistes représentant la femme filant la laine ne font que ressortir la dimension esthétique du geste mais évacuent sa pénibilité. Le filage est un travail difficile et délicat faisant partie du processus complexe qui va aboutir au drap de laine utilisé pour l'habillement et les tissus d'ameublement. La laine de mouton est cardée puis transformée en un fil continu par les fileuses.

Pour alimenter en filés l'industrie de la draperie au Moyen-Age, il faut compter trente fileuses environ par métier à tisser, tandis que des centaines de femmes de la campagne filent pour les drapiers de la ville. Les femmes œuvrent principalement dans la production textile : couture, travail de la soie, broderie,mercerie, friperie, mais ces ouvrages peu estimés les forcent à vivre à la limite de la survie. La Renaissance voit s'aggraver la situation des femmes qui travaillent : les corporations les rejettent pour protéger leur monopole, la réforme les assujettit à la sphère familiale.

Dans les filets du mariage

Une jeune fille du Moyen-Age n'a (à moins d'entrer dans les ordres) d'autre choix que de se marier et de procréer, car son identité se décline sa vie durant par rapport à un homme : son père, son (ou ses maris) ensuite. Le mariage est une affaire sérieuse qui engage non seulement le couple, mais l'avenir de la famille. Dans l'aristocratie, seuls les chefs de lignage décident des unions car l'enjeu est d'assurer la descendance et de sauvegarder le patrimoine. La jeune fille nubile est surtout une monnaie d'échange, un simple pion sur l'échiquier politique et diplomatique, un enjeu de pouvoir.

Le mariage peut être un moyen de sceller un traité de paix ou d'exercer son emprise sur un territoire.

ainsi04Les filles peuvent être mariées à l'age de douze ans pour éviter qu'elles soient enlevées par un homme que la famille n'a pas choisi à des garçons qui ont huit ou douze ans de plus. Les époux n'ont pas leur mot à dire. Mais la pression pour aller vers le couple conjugal est forte car le mariage confère a la femme protection et respectabilité en assurant la légitimité des enfants et il donne à l'homme l'indépendance juridique et économique.

La jeune fille apporte une dot, cadeau du père à son gendre, qui reste marginale en comparaison du douaire offert par son mari, dont elle aura l'usufruit sa vie durant. En cas de veuvage, il lui permettra de ne pas être dépouillée par sa belle-famille ou ses enfants et lui confère un grand pouvoir économique et social. Jusqu'au XIIe siècle le ''prix de la mariée'' permet aux hommes de convoler avec une femme d'un rang social plus élevé (mariage dit hypergamique). Les femmes apparaissent souvent comme des partenaires de leur époux, non comme leur subordonnées : elles interviennent à leur côté dans les cours de justice, et participent aux décisions concernant l'avenir des biens de leur famille comme de leur belle-famille. En leur absence elles régissent leurs terres et dépendants, elles sont donc loin d'être de simples figurantes.

Être veuve au Moyen- Age

Dans l'aristocratie médiévale, la veuve est plus libre que la femme mariée, elle peut continuer à vivre dans le monde, en célibataire ou remariée, elle devient le chef de famille et récupère la tutelle de ses enfants, gère ses biens (ceux du douaire ou de la dot) exerce son pouvoir seigneurial, défend ses droits en justice, ou peut se retirer dans un couvent.

Pas de divorce, mais...

Le divorce est impensable car lorsque le mariage est érigé en sacrement au XIIe siècle, l'homme ne peut séparer ce que Dieu a uni. Mais une femme victime de maltraitances peut obtenir du juge ecclésiastique ''une séparation d'habitation'' et retourner vivre auprès de son père ou d'un autre membre masculin de sa famille. Une séparation de corps peut être prononcée si le mari est reconnu coupable (adultère, apostasie) auquel cas la femme peut entrer dans les ordres ou retourner vivre près de sa famille tout en pouvant récupérer ses biens propres. Mais le lien matrimonial n'est en aucun cas rompu. Seule l'annulation du mariage peut être prononcée pour bigamie, consanguinité et parfois non consommation, permettant aux époux de convoler à nouveau.

Plaçant le mariage au rang de sacrement, l'église s'immisce dans l'intimité du couple édictant des règles strictes sur les rapports sexuels.

Reléguée à la sphère privée

ainsi06Une autre révolution va au début du XIIIe siècle sceller le sort des femmes : la résurgence du droit romain et son cortège de principes misogynes et inégalitaires. Elles sont exclues des décisions juridiques et des successions. Leurs témoignages deviennent irrecevables dans certains procès tandis que le droit de regard sur le patrimoine conjugal est symbolique. Lorsque l'homme se marie avec une femme de rang social inférieur, c'est la famille de l'épouse qui achète son ascension sociale.

Ces changements rabaissent les femmes et les écartent de la sphère publique. L'idéal féminin transparait dans le Ménagier de Paris, traité de morale et d'économie domestique (1393), devenant celui de la ''prude femme'' vertueuse et vierge au mariage, obéissante, chaste et soumise à son époux. Mais à la fin du XIVe siècle une grosse part des demandes en séparation se réfèrent à la dureté des sévices exercés par le mari. Le monde a basculé dans le « mâle moyen Age ».

De la naissance au travail en passant par le mariage (où l'amour trouve parfois sa place) les femmes simples échappent quelque peu aux codes qui régissent la vie des aristocrates, et leur vie, rude pourtant, ménage quelques îlots de liberté. Les paysannes tiennent un rôle économique essentiel dans la famille, mais elles n'ont laissé ni charte ni chronique. Pourtant le monde paysan constituait 90 % de la population où la simple paysanne aurait échappé au déterminisme social lié à son sexe...

Sources et illustrations

Les cahiers de science et vie, Histoire et civilisations.novembre2016

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