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La domination italienne en Méditerranée occidentale (2/2)

nefLes cités italiennes, renforcées par la révolution dite « des communes » (qui a favorisé l’émergence des grands marchands) ont assis leur domination maritime en Méditerranée par une habile diplomatie, que ce soit avec les puissance chrétiennes comme en soutenant les croisades et la Reconquista, ou que ce soit avec les Musulmans, n’hésitant pas à aller contre les décisions papales en commerçant avec les Infidèles.


 

Mais cette domination a été également possible grâce à des innovations et à une idéologie très particulières, au service du commerce.

Idéologie et innovations pour la recherche du profit

L’idéologie italienne des XIè-XIIIè siècle est tournée vers la recherche du profit plus que vers la conquête de territoires. Il faut pour cela pouvoir investir des capitaux lourds, mais aussi développer une vraie idéologie pour, au final, avoir la capacité de s’imposer face à ses éventuels concurrents.

Port_de_VeniseOn assiste à des innovations techniques, sur le plan commercial et technologique. D’abord, au niveau naval, les Italiens développent une organisation capitaliste qui leur permet de prendre le pas sur les Musulmans et les Byzantins : ils offrent leurs services et acceptent des investissement privés pour développer leurs flottes. Sont ainsi créés des investissements collectifs comme les « loca », avec des bénéfices partagés. Les investissements lourds (mi XIIIè : 2000 livres pour un bateau, 7 livres étant suffisantes pour nourrir une famille pendant un an), sont rentabilisés par les contrats de nolis, qui permettent de louer des navires avec des modalités de paiement. Les navires eux-mêmes sont modernisés et sont adaptés selon les besoins : galère pour petite distance et petite cargaison, voire escorte ; nef, plus gros et pour les grands voyages à forte cargaison.

Les Italiens mettent ensuite en œuvre des techniques commerciales novatrices, principalement trois contrats : la « commende » avec un investisseur qui fournit le capital à un « socius tractus » chargé de l’investir et de le transporter, et avec au final un partage des bénéfices à l’avantage du commanditaire (qui récupère sa mise), mais un système également très avantageux pour le commandité quand il sait marchander et faire de bons investissements. Il y a également comme contrats les « sociétés de mer » (investissement partagés, bénéfices à moitié) et le prêt maritime, un contrat particulier où la somme n’est remboursée que si le navire arrive à bon port ; ce système est une ouverture vers les contrats d’assurance, c’est l’invention du « change maritime ».

Nous devons aussi évoquer deux innovations « techniques » primordiales à ce moment : le développement du crédit et l’apparition des banques. Selon Lopez, le premier est le « véritable lubrifiant du mécanisme de la révolution commerciale » dont les Italiens sont les fers de lance, même si les problèmes d’endettement commencent à affaiblir le crédit à la fin du XIIIè siècle, créant des conflits entre Italiens mais aussi avec leurs clients et partenaires musulmans et chrétiens. La banque, quant à elle, se développe principalement dans les villes de Sienne et Florence, même si les premiers banquiers sont apparus à Gênes au XIè.

fibonacciL’innovation n’est pas seulement technique, mais aussi dans les mentalités. Le marchand a au Moyen Age une mauvaise réputation, mais l’amour de l’argent fait son apparition dans ces villes italiennes, jusque dans le nom des navires (le Divizia (richesse) de Zaccaria). L’élite des marchands partage une même mentalité, qui accepte par exemple la prise de risque (dont on tient compte dans les contrats), et des valeurs comme la prudence et la méfiance (ce que Lopez appelle « un équilibre bourgeois ») tout en gardant une exigence d’honnêteté, y compris dans les relations avec les marchands étrangers.

Cette mentalité pas vraiment chrétienne est pourtant acceptée par l’Eglise, grâce à des compromis, ce qui conforte les marchands et renforce un peu plus leur légitimité et leur influence. Ils peuvent ainsi former une société globale pour la recherche du profit et du gain, par l’éducation toute entière tournée vers la formation de bons marchands : dans les écoles, on apprend avant tout à compter, et les jeunes hommes sont embarqués tôt pour apprendre le métier « sur le tas ». On voit ainsi des manuels de pratique comme le célèbre « Livre de l’Abaque » de Fibonacci, véritable révolution mathématique influencée par les Arabes.

Enfin, l’expansion latine en Méditerranée et la mainmise des Italiens sur le commerce, leur permet de « choisir » la nature du commerce et d’imposer leurs priorités et leurs trajets, en particulier au Maghreb, devenu dépendant des demandes européennes. Cela se remarque en particulier avec l’exemple des épices et de l’or, commerces auparavant tenus par les Musulmans et finalement récupérés par les Italiens dans un commerce triangulaire qui leur permet d’accroître encore leur domination.

Les derniers facteurs que nous avons étudiés ici concernent donc les innovations techniques italiennes, dans les domaines naval, juridique (les contrats), financier (banque, crédit) mais aussi l’évolution d’une mentalité toute entière tournée vers le profit, validée par l’Eglise et enseignée dans les villes aux plus jeunes.

Une domination économique, mais pas une volonté de domination politique

La domination italienne des XIè au XIIIè siècle est donc essentiellement économique et commerciale, en partie par la volonté des Italiens eux-même qui n’ont pas systématiquement cherché la conquête territoriale. Mais ils ont bénéficié de plusieurs facteurs : un contexte favorable avec l’expansion latine au détriment des musulmans dont ils ont su profiter un temps, tout en commerçant ensuite avec les musulmans, parvenant au bout du compte à dominer la Méditerranée au niveau naval ; des événements intérieurs certes complexes que nous n’avons pas pu détailler, mais qui sont importants pour avoir amené au pouvoir des élites marchandes, déjà aidées par leur enrichissement mais qui par leur influence nouvelle et politique ont réussi à renforcer la domination italienne au niveau extérieur ; enfin, dernier facteur, les innovations « techniques » , des contrats au crédit et à la banque, ainsi que le développement et l’encouragement d’une mentalité tournée vers le commerce et l’économique.

Si le système des communes va connaître des problèmes au XIVè siècle, l’influence italienne et sa domination sur la Méditerranée occidentale vont perdurer plus d’un siècle encore, même si elle va se jouer entre moins de cités, et sous la menace de la concurrence catalane et provençale.

Bibliographie non exhaustive

-          J.P. DELUMEAU, I. HEULLANT-DONAT, L’Italie au Moyen Age (Vè-XVè siècle), Hachette, 2005.

-          F. MENANT, L’Italie des communes (1100-1350), Belin, 2005.

-          R. DURAND, Musulmans et Chrétiens en Méditerranée occidentale (Xè-XIIIè siècles, contacts et échanges), Presses Universitaires de Rennes, 2000.

-          G. JEHEL, L’Italie et le Maghreb au Moyen Age (conflits et échanges du VIIè au XVè siècle), PUF, 2001.

-          P. JANSEN, A. NEF, C. PICARD, La Méditerranée entre pays d’Islam et monde latin (milieu Xè-milieu XIIIè siècle), Sedes, 2000.

-          B. LEROY, Le monde méditerranéen du VIIè au XIIIè siècle, Ophrys, 2000.

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