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Les Amériques avant la conquête

aztquesLe récit de la « découverte » des Amériques par Christophe Colomb et ses successeurs, qui deviennent bien vite des conquérants, est connu. C’est moins le cas de la situation du continent à la veille de cette conquête, à l’exception des Aztèques et des Incas, parce que ce sont des empires qui entrent en conflit avec les Européens dès leur arrivée. Quelles étaient alors ces Amériques à la veille de la conquête ? Tous ces peuples étaient-ils connectés, comme l’étaient ceux du Vieux Monde ?


 

 

Le problème des sources

Si tout historien dépend de ses sources, le problème est bien réel en ce qui concerne l’histoire des Amériques avant la conquête. Les principales sources viennent des Espagnols, qui se sont basés sur les témoignages oraux des populations, et on comprend donc les questions que cela pose. De plus, les peuples autochtones ont une notion du temps circulaire, bien loin de celle des Européens.

Une autre source possible, qui a permis de relancer bien des questions en histoire, est l’archéologie. Mais dans le cas américain, elle est parcellaire et difficile à interpréter. Il n’y a en fait qu’en Mésoamérique que les difficultés sont sensiblement moindres grâce à l’existence de calendriers et d’une écriture. Le problème qui se pose toutefois est le mélange dans ces sources entre histoire et mythe. Il en va de même pour l’histoire des dynasties, tant les unités de temps diffèrent.

Une population importante et dispersée

On le sait aujourd’hui, les peuples amérindiens ne sont pas à proprement parler « autochtones », puisqu’ils sont venus d’Asie il y a environ 30 000 ans.

Les débats portent surtout sur le chiffre de la population, puisque les fourchettes ont longtemps varié selon les historiens entre 100 et 10 millions ! Selon une étude récente de William M. Denevan (1992), le continent dans son ensemble aurait accueilli à la veille de la conquête un peu plus de 50 millions d’habitants, dont 4 millions pour l’Amérique du Nord et 14 millions pour le seul Mexique. La caractéristique de ce peuplement est sa grande dispersion, avec une densité importante d’abord sur la zone Pacifique, puis sur la zone Atlantique, alors que les grandes plaines par exemple semblaient bien « vides ».

Grâce à l’archéologie, nous savons que ces populations vivaient dans des villages denses. Une partie était aussi nomade, essentiellement en Amérique du Nord. Au XVe siècle, ce sont par exemples les Inuits qui migrent vers l’est, jusqu’au Groenland.

L’Amérique du Nord

Nous appelons ainsi ce qui est devenu le Canada et les Etats-Unis. Ce sont les linguistes du XIXe siècle qui ont recensé les langues et dialectes, et ont permis un classement en douze grands groupes permettant de voir les mobilités des tribus et les brassages ethniques. Les grandes aires géo-culturelles dans lesquelles on peut situer ces groupes sont généralement : le Nord-est boisé (avec par exemple les familles des Algonquiens et des Iroquoiens), le Sud-est (Cherokees, Séminoles), le Sud-ouest aride (d’abord les Hopi, puis les Apaches et les Navajos), les Grandes Plaines (les Sioux, les Blackfeet ou les Cheyennes), les plateaux des Rocheuses (Paiutes, Nez-Percés), la côte Pacifique (Yuroks, Tlingits, Nootkas), et les régions arctiques (Inuits, Aleuts).

Cette liste est non exhaustive, mais donne une idée des différents groupes rencontrés par les conquérants, et des liens entre eux. De même, si on connaît une partie du fonctionnement de ces sociétés très diverses (et pas toutes nomades), il est bien plus difficile de faire leur « histoire » avant la conquête que pour les peuples mésoaméricains ou andins, faute de sources. On a seulement quelques exemples de constructions politiques à la fin du XVe siècle, comme la réunion des tribus iroquoises en Ontario, qui amène à la création d’un système quasi-démocratique, qui aura son importance au XVIIe siècle.

Des Mayas « disparus » ?

La chute des grandes cités mayas de l’époque dite classique (généralement située entre 300 et 900 ap. J-C) provoque encore aujourd’hui nombre de fantasmes, donnant parfois l’impression que les Mayas eux-mêmes ont quasiment disparu à l’arrivée des conquistadores ! Evidemment, ce n’est pas le cas, et si les principales grandes cités ont été désertées, il en existe encore quelques-unes, comme Mayapan, qui succède à Chichén Itza vaincue dans la première moitié du XIIIe siècle. La population de Mayapan est estimée à plus de 10 000 habitants à la veille de la conquête, même si elle aussi est finalement abandonnée peu avant l’arrivée des Espagnols (sans doute autour de 1440).

La situation des Mayas est donc difficile à la fin du XVe siècle : les grandes cités ont été abandonnées, et le peuple maya est divisé en provinces rivales (il en existe dix-huit au moment où Cortès lance la phase finale de la conquête, dans les années 1530) qui ne cessent de lutter les unes contre les autres, facilitant la tâche du conquistador, même si la résistance est farouche jusqu’à la fin du XVIe siècle…

Les Aztèques (ou Mexicas)

Nous n’allons pas ici retracer toute l’histoire du peuple aztèque, mais s’il fallait résumer sa marche vers son statut de puissance impériale, il faudrait tout de même remonter à la chute de la cité toltèque de Tula au XIIe siècle. En effet, les Aztèques font partie des peuples nahuas venus du Nord de la Mésoamérique pour se rendre dans la vallée de Mexico, suite à la chute de Tula. Cette migration est un mythe à la base même de la culture aztèque, dont les origines sont incertaines (on dit qu’ils seraient venus du cité mystérieuse appelée Aztlan). On sait toutefois que les Aztèques atteignent la vallée en question au XIIIe siècle, guidés selon la tradition mexica (leur vrai nom à partir de leur installation dans la région) par le dieu Huitzilopochtli.

Le peuple mexica n’est pas encore véritablement structuré, pour ne pas dire « civilisé », et il est mal accueilli par les autres groupes de la région. Après une période difficile, les Mexicas fondent finalement une capitale, Tenochtitlan (Mexico), en 1325. Cependant, ils demeurent sous la menace (voire la tutelle) des cités Tezcoco, et surtout Azcapotzalco (cité des Tépanèques). Mais la rivalité entre ces deux cités rayonnantes finit par servir les Mexicas : la guerre éclate en 1418, Tezcoco est vaincue et doit se soumettre au tépanèque Tezozomoc. Les Mexicas, alliés de ce dernier, obtiennent une part du tribut et un droit de regard sur la cité vaincue.

Le conflit reprend néanmoins après la mort de Tezozomoc. Mais cette fois, Tenochtitlan est alliée avec Tezcoco et une autre cité voisine, Tlacopan ; c’est la Triple Alliance. Le but, écraser Azcapotzalco, est atteint dès 1428. Les véritables vainqueurs, leaders de cette alliance, sont bien les Mexicas et on peut alors parler d’empire aztèque. En effet, principalement avec Moctezuma à partir de 1440, le peuple de Tenochtitlan impose ses vues à ses alliés (même si Tezcoco joue un rôle non négligeable) et commence sa conquête de la Mésoamérique. Ainsi, dès les années 1480, il ne reste que quelques cités comme Tlaxcala ou les régions tarasque et de Guerrero qui résistent. La période voit aussi l’emploi de la capture d’habitants des cités extérieures à la Triple Alliance pour ce qu’on appelle « la guerre fleurie », qui offre au Soleil un nombre conséquent de sacrifiés.

C’est un "empire" en pleine puissance, mais pourtant frappé par le doute, que les Espagnols trouvent à leur arrivée en 1519. En effet, les Mexicas interprètent comme des signes de mauvais augure des phénomènes comme l’apparition d’une comète en 1509, et d’autres événements tragiques comme l’incendie du sanctuaire de Toci, ou différentes maladies et famines qui entraînent des troubles.  Moctezuma II est comme paralysé par ces prophéties, et l’arrivée des conquistadores est vue dans la même logique, expliquant peut-être l’attitude du souverain mexica, qui va entraîner la chute de l’empire…

Les Incas

Le XVe siècle est celui de la naissance de "l’empire" inca. C’est une petite société centrée autour de la cité de Cuzco, dans les Andes, qui au début de ce siècle s’étend sur les rives du lac Titicaca. Leur chef est alors Viracocha Inca. A l’instar des Aztèques avec Tula, il semblerait que les Incas se soient sentis liés à une civilisation ancestrale de cette région, qui occupait la cité de Tiahuanaco autour du Xe siècle.

Les Incas ont toutefois des rivaux, les Chancas, qui sont principalement installés au Nord-ouest de Cuzco. La guerre intervient à la fin des années 1430, quand les Chancas tentent d’envahir le territoire de leurs voisins, et font le siège de Cuzco défendue par un fils de Viracocha Inca, le futur Pachacuti (« Celui qui bouleverse le monde »). L’offensive chanca est un échec cuisant et, pire, la contre-attaque inca est radicale : le territoire ennemi est envahi, ses chefs exécutés.

Arrivé au pouvoir, Pachacuti engage un grand nombre de réformes, et commence alors le début de l’essor inca dans les Andes. La route est l’un des éléments qui permettent cette impressionnante expansion en quelques années. C’est avec Tupac Inca que l’empire s’étend le plus dans le dernier tiers du XVe siècle, allant même jusqu’aux abords de l’Amazonie. Le successeur de Tupac, Huayna Capac, prolonge le réseau routier jusqu’à Quito et assoit le pouvoir de l’Inca sur toutes les Andes.

Le début du XVIe siècle est dans la continuité, les Incas ne connaissant pas les troubles des Mexicas. Ils continuent à fortifier leur empire et à s’étendre vers l’Amazonie. Mais la mort de Huayna Capac en 1524 montre que la puissance inca est finalement plus fragile qu’il n’y paraît : commencent des troubles qui affaiblissent le pouvoir et, à la veille de la conquête, l’empire inca est fragilisé.

Un continent connecté ?

Cet immense continent, à la population nombreuse mais irrégulièrement dispersée, aux systèmes politiques très différents mais comprenant au moins deux "empires" (Aztèques et Incas) très puissants et structurés, ce continent donc était-il « connecté » ? Y avait-il des relations commerciales ou même diplomatiques entre tous ces espaces et ces populations ?

On sait d’abord que les peuples du Grand Nord avaient des contacts avec les peuples d’Asie, via Bering, contacts visibles par des pratiques culturelles proches. Au sein de l’Amérique du Nord, c’est autour des grands fleuves qu’interviennent les échanges, essentiellement commerciaux : le long de l’Ohio, du Tennessee et du Mississippi existe un réel commerce, connectant les peuples du Sud de cette partie des Amériques à ceux du Nord-est, et ce jusqu’aux Iroquois. Il y a même des traces d’objets mésoaméricains et d’Amérique du Sud, ce qui indique que les échanges étaient continentaux. La Mésoamérique est aussi très connectée, y compris avec les Caraïbes, grâce à un commerce de cabotage et à une route dans le Yucatan reliant les fleuves à l’intérieur. On sait aussi que les Mayas avaient des rapports avec les peuples du Panama. Et c’est justement au Panama que Pizarro apprend l’existence au Sud d’un grand empire, celui des Incas. Evidemment, les politiques impériales favorisent ces connexions par leur volonté d’expansion ; nous avons même quelques exemples légendaires mais qui contiennent sans doute une part de réalité, comme ces voyages maritimes dans le Pacifique à l’époque de Tupac Yupanqui. Cet Océan est le cadre d’un intense trafic maritime le long du Pérou actuel, en cabotage et en lien avec le trafic marchand terrestre. Les fleuves, dans tout le continent (de l’Orénoque à l’Amazone) sont également des vecteurs forts de connexion.

Sans tomber dans la caricature sur le déclin du continent au XVe siècle, il faut tout de même noter qu’à la veille de la conquête, le trafic et les échanges entre tous ces espaces peuvent sembler moins florissants qu’à l’époque classique, que ce soit dans le Mississippi ou en Mésoamérique avec l’abandon des grandes cités mayas. De plus, il ne semble pas y avoir eu de réels contacts entre les deux grands empires, aztèque et inca. Toutefois, les Amériques que les Européens s’apprêtent à explorer puis à conquérir sont bien développées et connectées, et ne sont pas des civilisations perdues ou totalement « barbares » par rapport aux conquistadores, comme on l’a souvent affirmé. Et certains peuples vont résister très longtemps, à l'instar des Mapuches qui tiendront...jusqu'à l'indépendance du Chili (1818) !

 

Bibliographie

-          P. Boucheron (dir), Histoire du monde au XVe siècle, Fayard, 2009.

-          S. Gruzinski, Le destin de l’empire aztèque, Gallimard, 1995.

-          C-F, Baudez, Les Mayas, Les Belles Lettres, 2009.

-          H. Trocmé, J. Rovet, Naissance de l’Amérique moderne (XVIe-XIXe siècle), Hachette, 2005.

-          H. Favre, Les Incas, PUF, 1984.

-          C. Bernand, Les Incas, peuple du Soleil, Gallimard, 1988.

-          E. Taladoire, B. Faugère-Kalfon, Archéologie et art précolombiens : la Mésoamérique, Ecole du Louvre, 1995.

-          C. Bernand, S. Gruzinski, Histoire du Nouveau Monde tome 1 : de la découverte à la conquête, Fayard, 2002.

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