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Les uniformes de la guerre de Sécession (1/3)

Fopo_reenactersDans l’imaginaire collectif, la guerre de Sécession demeure le conflit des « Bleus » (les Nordistes) contre les « Gris » (les Sudistes), en référence à la couleur des uniformes portés par les soldats des deux camps. Cette vision correspond à l’acception contemporaine de la notion d’uniforme, dans laquelle la standardisation demeure la caractéristique première. Il en résulte pour le conflit qui nous occupe l’impression d’une certaine pauvreté, notamment en comparaison des uniformes flamboyants et variés des guerres napoléoniennes – où dans certains corps de troupe (les hussards, par exemple), il n’existait pas deux régiments d’une même armée qui portassent la même tenue. Mais si l’on y regarde de plus près, les uniformes de la guerre de Sécession s’avèrent en réalité beaucoup plus diversifiés qu’il n’y paraît, bien que cette variété tendît à s’effacer au fil du conflit pour des raisons pratiques.

 

Les usages d’une armée

Le bleu foncé fut la couleur principale de l’armée des États-Unis dès 1779, date à laquelle les premières régulations sur les uniformes furent adoptées – à une époque où elle s’appelait encore « armée continentale ». Le bleu était la couleur traditionnelle des « Whigs », les opposants au pouvoir de la monarchie britannique, un nom que reprirent les révolutionnaires américains lorsqu’ils se battirent pour leur indépendance. C’est là l’explication la plus fréquemment donnée à ce choix, mais le bleu était déjà prépondérant parmi les uniformes que se donnaient les compagnies de miliciens coloniaux levées occasionnellement au cours du XVIIIème siècle, pour combattre les Indiens ou les Français. Quoi qu’il en soit, le bleu foncé véhicule une telle symbolique pour l’U.S. Army que celle-ci y est revenue, depuis 2008, pour ses tenues de service – après des décennies en vert olive.

La coupe, quant à elle, demeura inspirée des armées européennes contemporaines, qu’il s’agisse de l’habit ou du couvre-chef. Au manteau classique se substitua en 1812 un coatee, sorte de queue-de-pie coupé à la ceinture devant mais laissé long derrière, et le shako s’imposa à partir de 1810. L’uniforme devenant progressivement de moins en moins adapté au service en campagne, l’armée le supplémenta bientôt d’une « tenue de corvée » : casquette ronde en 1825, puis vareuse courte bleue ciel en 1833. Ajoutés au pantalon bleu ciel de la tenue de service, ces éléments constitueront l’uniforme le plus souvent employé par les soldats américains lors de la guerre contre le Mexique, le climat local rendant franchement inconfortable le port de la tenue réglementaire.

o_h_ogdenEn 1851, l’armée fédérale adopta un uniforme très largement inspiré, dans sa coupe, par celui de l’armée française – alors arbitre des élégances en matière militaire. La différence principale résidait dans le coatee, abandonné au profit d’une redingote longue bleue foncée. Celle-ci étant peu pratique pour monter à cheval, les unités de cavalerie et d’artillerie légère reçurent en lieu et place une vareuse courte, assez proche de la tenue de corvée – laquelle était elle aussi, désormais, bleue foncée. Une autre nouveauté concernait la couleur des parements, qui adoptaient un nouveau système d’identification des unités. Ces couleurs étaient le bleu ciel pour les huit régiments d’infanterie, le rouge pour les quatre régiments d’artillerie, l’orange pour les deux régiments de dragon, le vert pour le régiment d’infanterie montée, et le noir pour les officiers d’état-major. Lorsque furent créés les deux régiments de cavalerie en 1855, ils reçurent des parements jaunes.

La casquette ronde de la tenue de corvée fut pour sa part remplacée par un képi bleu foncé, lui aussi dérivé du képi rouge de l’armée française. Le shako subsista dans la tenue de service jusqu’en 1858, date à laquelle lui fut substitué un chapeau de feutre bleu marine. Connu sous le surnom de « chapeau Hardee », ou encore de « chapeau Jeff Davis » parce qu’il avait été initialement dessiné alors que Jefferson Davis était secrétaire à la Guerre (entre 1853 et 1857), il était décoré d’une plume noire et de marques d’identification : un cordon de la couleur du corps de troupe auquel appartenait le soldat, et des insignes en laiton, autre nouveauté. Ces derniers représentaient deux canons croisés pour l’artillerie, un clairon pour l’infanterie, deux sabres croisés pour les unités montées et un château pour le génie.

Vêtir les volontaires

Aussitôt que le début des hostilités firent affluer dans les bureaux de recrutement des dizaines, puis des centaines de milliers de volontaires, la question de les habiller s’avéra encore plus problématique que celle des les armer. L’armée fédérale, en 1861, s’approvisionnait en uniformes auprès d’une de ses propres installations, l’arsenal Schuylkill à Philadelphie. Suffisante pour assurer l’habillement d’une armée de 16.000 hommes, cette unique manufacture ne l’était plus pour vêtir les 75.000 volontaires demandés en avril 1861, et encore moins les 500.000 hommes appelés sous les drapeaux en juillet. Sans parler des volontaires, il fallait aussi tenir compte du renforcement de l’armée régulière, décidé par le président en mai et validé par le Congrès en août : 11 régiments représentant un total de 24.000 soldats.

Pour pallier à cette insuffisance, il fallut faire appel à l’industrie privée, tant sur le territoire national qu’en dehors de celui-ci. Des dizaines de milliers de tenues furent ainsi importées d’Europe, les manufactures nordistes n’ayant pas encore la capacité de production qu’elles acquerraient au cours du conflit. Pour ne rien arranger, ces premières fournitures allaient être marquées du sceau de la corruption. Des entrepreneurs sans scrupules vendirent au gouvernement des vêtements de mauvaise qualité à des prix exorbitants. Bien trop souvent, ces uniformes de pacotille tombaient en lambeaux au bout de quelques semaines ou quelques mois. Les soldats inventèrent même un adjectif, shoddy, pour désigner le matériel de seconde zone que le département des fournitures (Quartermaster Department) leur distribuait – le plus souvent à son corps défendant et à son propre dam.

452px-Smn_Cameron-SecofWarCette situation permit à de nombreux profiteurs de guerre de s’enrichir grassement. Elle fut encore aggravée par la présence à la tête du département de la Guerre de Simon Cameron. Ce démocrate rallié au parti républicain – il avait réussi l’exploit d’être sénateur à deux reprises sous chacune des deux étiquettes – passait pour être le membre le plus corrompu de l’administration Lincoln. À tel point qu’on lui attribue cette édifiante citation : « L’honnête politicien est celui qui, une fois corrompu, ne change plus d’avis ». Cameron s’était fait une spécialité de passer des commandes au nom de son ministère sans recourir à un appel d’offres, en privilégiant systématiquement des fournisseurs de son État d’origine, la Pennsylvanie. Ce n’est qu’après son remplacement par Edwin Stanton, en janvier 1862, que la situation s’améliora sensiblement. À la fin de l’année 1862, le soldat nordiste pouvait s’estimer correctement vêtu.

Du moins était-ce vrai en ce qui concernait la qualité intrinsèque des vêtements. Mais les uniformes étaient inconfortables et, de fait, ils le restèrent durant toute la guerre. La source du problème résidait dans le matériau utilisé : la laine, qui présentait l’avantage d’être produite en grandes quantités par l’agriculture nordiste. Par commodité, les tenues militaires produites durant la guerre étaient généralement faites de ce tissu – intégralement, c’est-à-dire sous-vêtements compris, bien que ceux-ci dussent en principe être en jersey ou en flanelle. Les soldats qui le purent se firent bien souvent confectionner des chemises et des caleçons par leurs mères, leurs sœurs ou leurs épouses, pour ne plus avoir à supporter le frottement désagréable et irritant de la laine sur leur peau. Malgré cela, le combattant de la guerre de Sécession dut le plus souvent supporter un uniforme suffoquant en été, et perpétuellement humide en hiver, pour peu que le temps s’y prêtât.

L’autre problème majeur était que les uniformes destinés aux soldats se voyaient fabriqués en masse sans qu’on se préoccupe de savoir s’ils seraient correctement ajustés à ceux qui devraient les porter. En fonction de sa taille et de sa corpulence, chaque soldat pouvait se retrouver à flotter dans sa tenue, ou au contraire à être engoncé dans un uniforme trop serré. Pour cette raison, on finit par expérimenter pour la première fois un système de tailles standardisées, analogue à celui en usage de nos jours dans le prêt-à-porter. De façon plus générale, la guerre de Sécession allait grandement contribuer à l’essor de l’industrie textile dans le Nord, une expansion qui allait se répercuter sur l’ensemble de l’économie américaine après le conflit.

A suivre