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Guerre de Sécession : de Belmont au fort Donelson (2/4)

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La bataille de Belmont, malgré son caractère fondateur pour Ulysses Grant et ses soldats, n’avait été qu’une escarmouche dépourvue de signification stratégique à l’échelle de la guerre. D’autres opérations bien plus importantes allaient suivre, bien que leurs résultats devaient s’avérer surprenants même pour ceux les ayant entreprises. Appliquant les leçons apprises à Belmont, Grant allait faire d’une offensive lancée sans conviction une victoire décisive pour l’Union.

 

Les réticences de Halleck

Début 1862, le président nordiste Abraham Lincoln s’impatiente. Au cours des mois précédents, les effectifs de ses armées avaient été considérablement accrus, un énorme effort d’équipement avait été consenti, et les hommes étaient à présent bien mieux entraînés qu’ils ne l’étaient à l’été précédent. Malgré cela, aucun des principaux généraux nordistes ne lançait d’offensive sérieuse. Soucieux des retombées politiques de leur inaction, Lincoln les exhorta à une offensive générale pour le 22 février, anniversaire de George Washington, le premier président des États-Unis.

Déjà naturellement timoré, le général Halleck, qui commandait le département militaire du Missouri, devait faire face à d’autres facteurs. Le premier était l’absence de commandement unifié dans l’Ouest. Trois départements distincts devaient y coordonner leurs efforts : outre celui du Missouri, on comptait également celui du Kansas, plutôt mineur (il couvrait les opérations au Nouveau-Mexique et dans le Territoire indien) et le département de l’Ohio, dont les troupes étaient concentrées dans l’est du Kentucky. Halleck, pour sa part, devait gérer un territoire vaste et difficile. Ses forces devaient assurer la sécurité du Missouri, un État déjà en proie aux agissements de la guérilla pro-sudiste. Celles que cette tâche laissait disponibles constituaient deux armées très éloignées l’une de l’autre, celle de Samuel Curtis dans le sud-ouest du Missouri, et celle de Grant dans le sud de l’Illinois.

General-BuellCe dernier, enhardi par son demi-succès de Belmont, n’avait eu de cesse, dans les semaines suivantes, de demander à Halleck l’autorisation de passer à l’attaque. Son idée était de remonter la rivière Tennessee pour attaquer le fort Henry, que les Confédérés avaient construit pour en contrôler le cours. Malheureusement pour lui, son supérieur ne lui faisait aucune confiance à cause de sa tenace réputation d’alcoolique. Pour ne rien arranger, Halleck ne parvenait pas à s’entendre sur une stratégie commune avec son homologue du département de l’Ohio, Don Carlos Buell. Celui-ci n’avait entrepris que des avancées limitées dans le Kentucky, l’une d’elles menant à la petite victoire de Mill Springs.

Malgré tous ses défauts, dont le moindre n’était pas son incapacité à entretenir de bonnes relations avec ses subordonnés, Halleck n’en restait pas moins très attaché aux convenances militaires. Une fois qu’il reçut de Lincoln l’ordre de passer à l’offensive, il l’exécuta – contrairement à un McClellan, par exemple. Il autorisa finalement Grant à faire mouvement contre le fort Henry. Dans l’esprit de Halleck, il ne pouvait s’agir que d’une opération limitée ayant essentiellement valeur de diversion. Grant, en effet, n’avait que 20.000 hommes, contre 56.000 pour Buell. Il était donc entendu que l’offensive principale serait l’œuvre de ce dernier.

Le choc de deux stratégies

Lincoln lui-même comptait également beaucoup sur Buell mais pour le comprendre, il faut remonter quelques mois en arrière. Lorsque les premiers États sudistes emboîtèrent le pas de la Caroline du Sud et firent sécession en janvier 1861, le Tennessee rejeta de peu cette option par un référendum populaire. L’État était partagé géographiquement : les plaines de l’ouest, propices à l’exploitation du tabac et du coton, soutenaient la sécession tandis que l’est, très montagneux et où l’esclavage était peu pratiqué, restait fidèle à l’Union. Le centre demeura indécis jusqu’à ce que la guerre civile n’éclate. L’influence du gouverneur Isham Harris fut alors déterminante : le Tennessee central bascula dans le camp de la sécession et cette dernière fut approuvée par un nouveau référendum, le 8 juin 1861.

À l’instar de leurs homologues de Virginie occidentale, les unionistes du Tennessee oriental tentèrent de s’opposer à la sécession en formant leur propre État, en y ajoutant quelques comtés du nord-est de l’Alabama. Ils n’eurent toutefois pas la même réussite, l’armée confédérée prenant rapidement le contrôle d’une région par ailleurs trop éloignée des États nordistes pour espérer recevoir une aide militaire de leur part. Ces régions demeurèrent toutefois des foyers de soutien à la cause de l’Union, et son occupation allait devenir une des obsessions majeures d’Abraham Lincoln durant les deux années à venir. L’offensive que Lincoln réclamait à Buell était dirigée vers cet objectif – une cible dont la valeur était bien plus politique que militaire ou stratégique.

East_Tennessee-countiesLe Tennessee oriental était enclavé par les montagnes escarpées qui bordaient les hautes vallées des rivières Tennessee et Cumberland. Depuis le Kentucky, l’accès le plus direct était la cluse de la Cumberland, un passage étroit et facile à défendre que Buell était peu désireux d’attaquer de front. Il était plus aisé de passer plus au sud, par Chattanooga via Nashville, mais cela imposait d’abord de prendre d’assaut les principales positions confédérées autour de Bowling Green. En conséquence, Buell demeura circonspect et se limita à quelques démonstrations durant les premières semaines de 1862.

De leur côté, les Confédérés avaient l’avantage de bénéficier d’un commandement unifié pour tout l’Ouest. Ce « département militaire numéro deux », ainsi qu’il était provisoirement désigné, avait été confié à Albert Sidney Johnston. Ce dernier n’avait aucun lien de parenté avec Joseph Eggleston Johnston, qui commandait les forces sudistes en Virginie. Militaire de carrière, A.S. Johnston avait été nommé à la tête du département militaire du Pacifique de l’armée fédérale peu de temps avant la guerre. Né dans le Kentucky mais Texan d’adoption, il s’était rangé dans le camp du Texas lorsque celui-ci avait fait sécession. Sa réputation était celle d’un officier prometteur, et le président sudiste Jefferson Davis le tenait en haute estime.

Conformément à la stratégie élaborée par Davis, Johnston avait disposé ses troupes de façon à défendre la frontière nord du Tennessee sur toute sa longueur. En conséquence, ses troupes étaient très étirées. Polk, à Columbus, disposait à présent de 12.000 hommes. Le fort Henry comptait une garnison de 3.000 soldats aux ordres de Lloyd Tilghman, tandis que 2.000 autres occupaient le fort Donelson, à quelques kilomètres de là sur la Cumberland. William Hardee commandait la force principale des Confédérés dans le sud du Kentucky – 22.000 hommes basés à Bowling Green – et Carter Stevenson disposait d’au moins trois brigades pour défendre la cluse de la Cumberland.kentucky_90

Déploiement des armées dans le Kentucky au début de 1862.La ligne rougematérialise la stratégie de défense des Confédérés. Carte annotée par l'auteur à partir d'un original de la cartothèque Perry-Castaneda.

Des voies fluviales sous-estimées

Albert_sidney_johnstonA.S. Johnston s’était vu adjoindre Pierre Beauregard, le vainqueur du fort Sumter et de Bull Run, que le président Davis n’appréciait guère et qu’il était surtout désireux d’éloigner de Richmond. En ce début d’année 1862, ni lui ni les autres généraux détenant des commandements supérieurs dans l’Ouest n’avaient correctement évalué la valeur réelle des voies navigables dans les opérations à venir. Les uns comme les autres étaient surtout préoccupés par le contrôle des voies ferrées, jugées plus propices au ravitaillement d’une armée importante.

 

Dans l’Ouest, le seul axe ferroviaire continu (si l’on fait abstraction des différences d’écartement) orienté dans le sens nord-sud reliait justement Louisville, dans le nord du Kentucky, à Nashville, la capitale du Tennessee, et transitait par Bowling Green – ce qui explique que les Sudistes aient choisi de défendre cette ville en priorité. C’était d’autant plus nécessaire que Nashville, dotée d’un important arsenal, était l’un des rares centres industriels du Sud. Il en émanait un réseau ferré relativement dense permettant d’accéder aux États du Mississippi, de l’Alabama et de Géorgie.

En matière de voies fluviales, seul le Mississippi était considéré comme un axe de pénétration majeure dans la stratégie sudiste et à ce titre, il avait été puissamment fortifié. La Tennessee et la Cumberland, pour leur part, avaient été tenues pour secondaires – de là, la faible garnison affectée aux forts Henry et Donelson. Conformément à la pensée militaire du temps et malgré les succès obtenus par la marine de l’Union contre les forts de la passe d’Hatteras ou ceux de la baie de Port Royal, les fortifications et leurs canons étaient toujours considérées comme supérieurs à une flotte.

Admiral-United-003Le seul qui semblait accorder davantage d’importance aux rivières était Ulysses Grant, ce qui allait effectivement lui réussir. Encore ne faut-il pas nécessairement voir là le fruit d’une clairvoyance stratégique à long terme : à ce moment, Grant n’imaginait pas à quelle point la prise des forts Henry et Donelson s’avérerait décisive. L’opération pour laquelle il avait finalement obtenu l’autorisation de Halleck devait rester limitée, et les deux forts présentaient une cible plus facile que Columbus – la bataille de Belmont l’avait bien montré. En revanche, il est certain que l’expérience de Grant à Belmont lui avait montré tous les avantages que présentait une opération combinée par voie fluviale, une chose que les autres généraux ne concevaient pas, faute de l’avoir expérimentée eux-mêmes.Grant fut bien aidé dans sa tâche par la marine fédérale. Dès mai 1861 avait été créée une « flottille de canonnières de l’Ouest » (Western gunboat flotilla). Cette unité était sous le contrôle opérationnel de l’armée fédérale, mais elle était servie par des marins et encadrée par des officiers de l’U.S. Navy.

En février 1862, elle était commandée par Andrew Foote. Outre les navires de transport, elle comprenait deux types de bâtiments de combat. Les premiers (timberclads) étaient des navires civils modifiés pour recevoir des canons et des protections en bois épais, tandis que les suivants (ironclads) reçurent un véritable blindage en fer, quoique peu épais. Ce fut toutefois suffisant pour leur permettre de tenir la dragée haute à l’artillerie des forts sudistes. Ces navires livrèrent aux canonnières confédérées plusieurs engagements non décisifs durant l’hiver 1861-62, et leur puissance de feu allait s’avérer précieuse au cours de la campagne à venir.


Sources

Biographie de Henry Halleck.
Article sur les tentatives de créer un État unioniste dans le Tennessee oriental.
Une animation sympathique décrivant la campagne des forts Henry et Donelson.
Site consacré aux flottilles fluviales de l’Union.
Page sur les ironclads fluviaux de James Eads.