Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle L'Empire britannique au Moyen-Orient

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

L'Empire britannique au Moyen-Orient

lawrencegrandLe Moyen-Orient tient une place à part dans la politique de l’Empire britannique au XIXe siècle et au début du XXe, jusqu’à la Première Guerre mondiale. S’il ne fait pas à proprement parler partie du « monde britannique », il n’en est pas moins un enjeu important, voire central, dans le Grand Jeu avec la Russie, puis lors de la guerre, comme le montre l’aventure de Lawrence d’Arabie. De la Méditerranée orientale à l’Afghanistan, en passant par l’Egypte et le golfe Persique, découverte d’un « grand Moyen-Orient » sous influence britannique jusque dans les années 1930.

 

L’Empire britannique et « la question d’Orient »

Si la Grande-Bretagne domine depuis longtemps la Méditerranée occidentale (prise de Gibraltar en 1704), il faut attendre la fin des guerres napoléoniennes et le congrès de Vienne (1815) pour qu’elle se tourne vraiment vers la Méditerranée orientale, le Levant. Toutefois, elle doit d’abord régler « la question d’Orient », notamment dans le cadre d’une rivalité croissante avec la Russie. Cette eastern question concerne avant tout l’Empire ottoman qui, dès la fin du XVIIIe siècle (perte de la Crimée au profit de la Russie en 1774), a commencé à tomber dans une spirale négative, qui ne cesse de s’aggraver au XIXe siècle. La guerre d’Indépendance grecque est un tournant car, après une certaine neutralité au début des années 1820, les puissances européennes –parmi lesquelles, évidemment, la Grande-Bretagne – entrent en jeu en 1827, et contribuent à l’indépendance de la Grèce en 1830. Mais les Britanniques doivent dès l’année suivante réagir à l’arrivée au pouvoir en Egypte de Muhammad Ali, puis en 1833 à l’alliance entre la Russie et la Turquie. Une perte d’influence de l’Empire sur l’Egypte menace les intérêts britanniques aux Indes, et selon lord Palmerston et le Foreign office la question des détroits doit rester européenne.

Commence alors une intense activité diplomatique et militaire des Britanniques pour conserver un certain équilibre au Levant. D’abord, restreindre le pouvoir de l’Egypte de Muhammad Ali, avec la prise d’Aden en 1839. Puis, l’année suivante, alors que les tensions avec la France augmentent autour de la question égyptienne, s’opère un rapprochement avec la Russie au traité de Londres. Cela permet de casser les ambitions de l’Egypte en Syrie, et d’ainsi aider l’Empire ottoman face aux ambitions de Muhammad Ali et de son fils Ibrahim Pacha. Entre temps, la Grande-Bretagne et La Porte ont signé le traité de Balta Liman (1838), renforçant la puissance économique britannique dans la région, et son influence sur la Turquie.

Durant les années 1840, la Grande-Bretagne augmente cette influence au Levant grâce au libre-échange et à un réseau de clientèles régionales (Druzes, Arméniens,…). Le principal rival semble alors être la France, qui commence à connaître des réussites en Méditerranée occidentale. Se développent chez les Britanniques les French scares, qui conduisent entre autres au renforcement des fortifications de Malte (sous contrôle de l’Empire depuis 1800). Pourtant, c’est à nouveau la Russie qui change la donne. D’abord lors de son conflit avec la France sur la gestion des Lieux saints (1852), puis surtout quand la Russie envahit les provinces ottomanes du Danube en 1853. C’est le début de la guerre de Crimée, dans laquelle la Grande-Bretagne s’engage aux côtés de la France et de l’Empire ottoman. En effet, les Britanniques ne veulent pas de l’influence russe dans la région, qui pourrait menacer jusqu’à la Perse et, de plus, ils tiennent aux réformes conduites par La Porte, positives pour le commerce et donc la puissance économique de l’Empire. Le traité de Paris (1856) met fin à la guerre, dont sortent vainqueurs la France et la Grande-Bretagne, qui renforcent leur présence dans la région, mais aussi leur tutelle sur l’Empire ottoman.

La fin des années 1870 est une nouvelle période de crise pour la Turquie : révolte en Herzégovine, puis en Bosnie et en Bulgarie (1875-1876), banqueroute en 1876, déclaration de guerre de la Russie l’année suivante,…Le chancelier allemand Bismarck réunit un congrès à Berlin, en juillet 1878. Sont entérinées les indépendances de la Serbie, du Monténégro et de la Roumanie, alors que la « Grande Bulgarie » est scindée en deux entités (Bulgarie et Roumélie). Les Britanniques, qui ont participé au congrès avec Disraeli pour contrer l’influence russe, sont satisfaits et obtiennent même la tutelle sur Chypre. Mais cette crise a montré que l’Empire ottoman n’était vraiment plus fiable, ce qui pousse l’Empire britannique à « abandonner Istanbul pour Le Caire ».

L’Empire britannique et l’Egypte

Si la période Muhammad Ali avait été néfaste pour l’influence britannique en Egypte, la fin des années 1850 constitue un nouveau tournant. L’Empire a alors comme rivale la France, autour de la question du canal du Suez, dont le projet est vu d’un mauvais œil par lord Palmerston. Néanmoins, la politique du Foreign office ne parvient pas à empêcher la réussite du projet en 1869, et le choix est alors fait de s’y associer avec l’achat au khédive égyptien de ses actions en 1875. La France doit faire avec, même si elle reste toujours majoritaire dans la Compagnie du canal de Suez.suez

La banqueroute ottomane de 1876, puis celle de l’Egypte ensuite, renforcent l’influence étrangère, et particulièrement britannique. Cela provoque des réactions nationalistes, comme celle d’Urabi en 1878. La Grande-Bretagne intervient en bombardant Alexandrie, puis en occupant le pays en 1882. Les Britanniques ne peuvent cependant pas pousser jusqu’au Soudan, pour le moment (révolte du Mahdi en 1885). Le divorce avec la France est consommé, et un accord avec l’Autriche et l’Italie est signé en 1887.

De fait, l’Egypte devient un protectorat britannique, même si elle ne l’est officiellement qu’en 1914. La Grande-Bretagne profite de cette position pour contrôler les ambitions allemandes dans la région au début du XXe siècle, et servir les intérêts britanniques dans la question des détroits. L’Egypte tient évidemment lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale une place décisive.

L’Empire britannique, de l’Irak à l’Afghanistan

Le Grand Jeu qui oppose les Britanniques aux Russes ne se joue pas seulement en Méditerranée orientale, mais également aux portes de l’Inde. L’Empire veut contrer l’avancée de la Russie en créant un glacis autour de son joyau indien mais, dès les années 1830, les difficultés s’accumulent à cause de la résistance de l’Afghanistan. C’est d’abord le désastre de Khyber Pass (1842), puis celui de Maiwand (1880). Finalement, c’est par la diplomatie que les Britanniques l’emportent en convainquant l’émir de Kaboul d’un accord au début des années 1890.

En Mésopotamie, où l’Empire ottoman n’exerce qu’un contrôle symbolique, la Grande-Bretagne est présente depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle (Bassorah en 1764, Bagdad en 1798). La région est indispensable dans la protection de la route des Indes, et les Britanniques n’hésitent pas à transformer les émirats côtiers du golfe Persique en protectorats, souvent sous le prétexte de combattre la piraterie. Les accords avec le Koweït, signés en 1899, sont dans cet esprit. On peut alors parler d’une « pax britannica » dans la péninsule Arabique.

Mais la rivalité allemande au XIXe siècle menace les intérêts britanniques ; ce sont les projets du Bagdadbahn, ou du chemin de fer du Hedjaz au début du XXe siècle. Il faut en fait attendre la Première Guerre mondiale pour que les Britanniques prennent vraiment l’ascendant dans la région.

La guerre au Moyen-Orient : Lawrence d’Arabie

Quand la Première Guerre mondiale éclate, le Moyen-Orient est un enjeu fondamental pour la Grande-Bretagne pour de nombreuses raisons. Au-delà du combat contre l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, il faut se placer dans la région pour continuer à contrôler la route des Indes, mais aussi rattraper un certain retard sur des enjeux stratégiques nouveaux comme le pétrole. Par rapport aux Américains, les Britanniques ne se « placent » que dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et au début du XXe, malgré la création de Shell dès 1833. En mai 1914, le premier lord de l’Amirauté, Winston Churchill, achète 51% des parts de l’Anglo-Persian Oil Company (créée en 1909) pour contrôler une ressource devenue indispensable pour la flotte britannique (passée au mazout en 1913), et donc pour l’Empire. L’essentiel des gisements se trouve alors en Perse.

lawrencegrandLes débuts de la guerre au Moyen-Orient ne pas sont pas très bons pour les Britanniques, avec notamment le désastre des Dardanelles en 1915. Même en Egypte, leur pouvoir est contesté et ils doivent instaurer la loi martiale en 1914. Dès la fin de l’année 1914, des troupes venues d’Inde arrivent en Irak, mais elles sont incapables de l’emporter et, pire, sont défaites en avril 1916 ! Le général Allenby transfère alors ses efforts dans le Sinaï, puis en Palestine, en prenant Gaza et Jérusalem entre mars et décembre 1917. Il peut bénéficier du front ouvert en Arabie grâce à l’action diplomatique puis militaire du lieutenant Thomas Edward Lawrence, connu plus tard sous le nom de Lawrence d’Arabie. Celui-ci est engagé volontaire en 1914, et il travaille au Renseignement au Caire. En 1916, il est envoyé comme émissaire auprès de l’émir Fayçal au moment où éclate la révolte arabe. Bien accepté par les Arabes, il est l’un des leaders des offensives dans le Hedjaz, où il s’illustre en isolant la garnison turque de Médine, puis en prenant le port d’Aqaba en juillet 1917. Il rejoint ensuite Allenby en Palestine puis, avec ses alliés arabes, prend Damas et Alep en octobre 1918. Entre-temps, une nouvelle offensive britannique a permis la prise de Bagdad (11 mars 1917). Mais l’engagement de la Grande-Bretagne dans la région a des conséquences très importantes bien après la guerre.

L’Empire britannique, le sionisme et le nationalisme arabe

Le projet sioniste apparaît à la fin du XIXe siècle, dans le contexte des pogroms d’Europe de l’est, qui provoquent une première alya en Palestine, dans les années 1880-1890. Le fondateur du sionisme, Theodore Herzl, veut créer un Etat juif, comme il l’affirme à la suite du congrès de Bâle en 1897. Ce projet est rapidement vu comme une menace par les Arabes, surtout après la première alya. Quelqu’un comme Rachid Rida (qui inspirera les Frères musulmans), dès 1902, voit dans le sionisme un projet visant à s’emparer de la souveraineté politique en Palestine. La seconde alya intervient en 1914, faisant passer le yichouv (foyer juif) à plus de 80 000 personnes. Les Britanniques s’engagent alors dans un double-jeu, soutenant d’un côté le sionisme, et de l’autre le nationalisme arabe.

murbrits

L’accord Sykes-Picot, d’abord, signé en mai 1916, juste avant la révolte arabe, par le Français Georges Picot et le Britannique Mark Sykes. Ratifié par les ministres des Affaires Etrangères des deux pays, il est également soumis à l’approbation de la Russie. Cet accord se veut dans la lignée des discussions entre le chérif Hussein et McMahon, et il ouvre la voie vers « un Etat arabe indépendant ou une confédération d’Etats arabes » que la France et la Grande-Bretagne seraient disposées à reconnaître. Toutefois, l’accord reste secret et les partisans d’Hussein l’ignorent quand ils lancent leur révolte. L’autre aspect de l’accord Sykes-Picot est de faire de la Palestine un régime d’internationalisation garanti par la Russie, alors que France et Grande-Bretagne revendiquent ce territoire…

L’évolution de la guerre modifie la situation, notamment en Palestine justement. Alors que les sionistes avaient espéré un temps le soutien des Ottomans, ils se tournent finalement vers les Alliés, avec par exemple des combattants juifs engagés en tant qu’unité dans l’armée impériale. Puis, ce sont des responsables britanniques qui commencent à s’intéresser aux avantages que pourrait amener un soutien au sionisme, surtout dans les rapports avec les Etats-Unis. Le retrait de la guerre de la Russie change la donne de l’accord Sykes-Picot, c’est le moment décisif qui conduit à la déclaration Balfour du 2 novembre 1917. Elle est adressée à lord Rothschild, de la fédération sioniste anglaise, et soutient l’établissement d’un Foyer national juif en Palestine. Les populations arabes de la région sont désignées comme des « communautés non juives », dont les droits religieux et civils devront être garantis, mais leur statut de peuple et leurs droits politiques ne sont pas mentionnés.

La situation se complique après la guerre, dans le contexte des rivalités franco-britanniques dans la région. Les Arabes souhaitent l’unification de la Syrie, du Liban et de la Palestine avec comme roi Fayçal, fils du chérif Hussein. Mais la conférence de San Remo en avril 1920 attribue les mandats de Syrie/Liban et de Palestine/Mésopotamie respectivement à la France et à la Grande-Bretagne. Les violences commencent en Palestine. Un soulèvement nationaliste éclate en Irak en 1920, et les Britanniques en profitent pour donner le trône à Fayçal en 1921, en compensation de la Syrie, et la Transjordanie à son frère Abdallah. En Arabie, les Britanniques perdent la main quand, en 1925, leur allié Hussein est défait par les Saoud, dont les Américains vont rapidement se rapprocher…

En Palestine, les tensions ne cessent de monter entre Juifs et Arabes à mesure que l’immigration juive augmente (la population juive a doublé entre 1919 et 1929). Les Britanniques s’engagent à protéger les Palestiniens non juifs, et en 1930 tentent en vain de limiter l’immigration juive. Le conflit israélo-palestinien est en germe.

La situation en Egypte n’est pas tellement meilleure. L’influence et la présence britanniques ont exacerbé le nationalisme, et Saad Zaghoul fonde le parti Wafd pour réclamer l’indépendance. Celle-ci est proclamée en février 1922, et le sultan Fouad devient roi d’Egypte, contre l’avis du Wafd cependant. L’indépendance ne signifie pas la fin de la tutelle de la Grande-Bretagne, ni des tensions, et la création des Frères musulmans par Hassan el-Banna en 1928 se fait en grande partie sur le rejet des Britanniques.

 

Le Moyen-Orient tient donc une place à part dans le monde britannique au XIXe siècle et dans la première partie du XXe siècle. Sa position stratégique, sur la route des Indes, pousse l’Empire à intervenir régulièrement et à se maintenir par tous les moyens (souvent économiques, et de plus en plus militaires), dans le contexte des rivalités avec la Russie, mais aussi la France, et évidemment l’Empire ottoman. Les décisions politiques de la Grande-Bretagne, notamment aux débuts du XXe siècle, en Palestine, en Egypte ou en Irak, ont des conséquences jusqu’à aujourd’hui.

 

Bibliographie

-          P. Chassaigne, La Grande-Bretagne et le monde de 1815 à nos jours, A. Colin, 2009.

-          H. Laurens, L’Orient arabe. Arabisme et islamisme de 1798 à 1945, A. Colin, 2004.

-          H. Laurens, Le grand jeu, Orient arabe et rivalités internationales, A. Colin, 1991.

-          F. Jarrige, I. Avila, B. Agnès, Le Monde britannique (1815-1931), Bréal, 2009.

 

Pour aller plus loin

-          T. Mitchell, Colonising Egypt, University of California Press, 1988.

-          J-M. Bourne, Britain and the Great War, 1914-1918, Arnold, 1989.

-          N. Picaudou, La Décennie qui ébranla le Moyen-Orient, Complexe, 1983.

-          M. Barthorp, Afghan Wars and the North-West Frontier 1839-1947, Cassell, 2002.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire