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Guerre de Sécession : campagne fluviale sur le Mississippi (2/2)

USSCarondeletEntamés le 23 mars, les travaux de ce qui fut pompeusement appelé par la suite le « canal du bayou Wilson » furent achevés le 2 avril. Malheureusement, à cette date le niveau du Mississippi avait commencé à baisser, et le « canal » ne permit de faire passer à New Madrid que quatre navires de transport. Les canonnières, dont le tirant d’eau était trop important, demeuraient coincées en amont. Dès qu’il le réalisa et avant même l’achèvement du canal, Pope en appela à Halleck, et celui-ci ordonna à Foote d’envoyer au moins un de ses navires en aval pour fournir un soutien à l’armée. Le capitaine de frégate Henry Walke de la Carondelet se porta volontaire le 30 mars pour cette « mission-suicide ».

 

Chute de l’île numéro 10

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Le navire fut renforcé avec tout ce qu’on pût trouver comme « blindage » additionnel : bois, chaînes et même… bottes de paille. En préparation, un coup de main audacieux fut lancé contre la batterie sudiste la plus en amont. Dans la nuit du 1er au 2 avril, un détachement de 40 matelots l’attaqua par surprise et s’en empara. Elle encloua les canons avant de se retirer. Le 3 avril, la flottille nordiste bombarda violemment la batterie flottante de l’ennemi et réussit à en détruire les amarres, la faisant dériver au loin. Après ces deux succès, la Carondelet n’avait plus, conformément aux ordres de Foote, qu’à attendre la prochaine nuit nuageuse ou sans lune. L’occasion se présenta finalement au soir du 4 avril, et la canonnière tenta de se glisser discrètement dans l’obscurité. Malgré les précautions prises, elle fut bientôt trahie par le bruit de ses machines. Les canons sudistes se déchaînèrent mais la Carondelet fonça à toute vapeur et réussit à passer, sans avoir reçu un seul projectile.

Dans le camp sudiste, la situation commençait à devenir délicate. Le manque de vêtements et de nourriture accroissait chaque jour le nombre de malades, diminuant la capacité de résistance de la garnison. McCown réclamait des renforts, mais Beauregard et Johnston, ses supérieurs, étaient accaparés par la préparation de leur offensive contre l’armée de Grant et n’avaient aucune force à lui envoyer. Abandonner l’île numéro 10 n’était pas non plus une option envisageable car cela mettrait Memphis à portée des troupes de Pope. Beauregard opta finalement pour une solution hybride : il ordonna à McCown de se replier sur une nouvelle position défensive au nord de Memphis, le fort Pillow, qui était en cours d’achèvement. Ce mouvement fut exécuté le 31 mars. McCown laissait derrière lui 4.000 hommes aux ordres de William MacKall, un protégé de Beauregard. Environ 400 de ces soldats n’avaient même pas d’armes.

mackall750aaLe 6 avril, la Carondelet entreprit de réduire au silence les batteries que les Sudistes avaient hâtivement installées pour empêcher les Fédéraux de traverser le Mississippi. Elle y parvint sans difficultés. Le soir venu, un nouvel orage permit cette fois à la Pittsburg de forcer le passage de l’île numéro 10 à son tour. Ainsi renforcé, Pope disposait d’une supériorité totale sur le Mississippi. Le 7 avril, il fit traverser le fleuve au gros de ses forces, pratiquement sans opposition. Ne laissant qu’un unique régiment garder l’île numéro 10, MacKall emmena 2.500 hommes à sa rencontre, mais l’écrasante supériorité numérique de l’Union rendait suicidaire toute velléité de contre-attaque. Il se replia rapidement vers Tiptonville, mais les canonnières nordistes puis une brigade d’infanterie lui coupèrent la route.

Cette manœuvre ne laissait à MacKall qu’une seule échappatoire : le lac Reelfoot. Compte tenu de l’état de son armée, le général sudiste réalisa immédiatement la vanité de l’entreprise, et capitula avant l’aube du 8 avril. Sur l’île numéro 10, les défenseurs tentèrent de bloquer le cours du Mississippi en y coulant les navires dont ils disposaient, mais la flottille nordiste les en empêcha. Eux aussi cherchèrent leur salut à travers le lac Reelfoot, mais seule une minorité d’entre eux y parvint. L’île numéro 10 se rendit à son tour, très tôt dans la matinée. En tout, les Nordistes firent près de 4.000 prisonniers. Cette victoire, très peu coûteuse en vies humaines, laissait l’Union maîtresse de presque tout le cours moyen du Mississippi.

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Carte des opérations autour du méandre de Madrid, du 18 mars au 8 avril 1862 (annotations de l'auteur sur une carte tirée des Official Records).


En route vers Memphis

USS_Carondelet_tied_upAussitôt après la chute de l’île numéro 10, Foote reçut le renfort de la canonnière cuirassée USS Cairo et embarqua dès le 12 avril la division de Schuyler Hamilton pour aller mettre le siège devant le fort Pillow. Néanmoins, ces plans furent rapidement bouleversés par les événements. Pendant que Pope traversait le Mississippi pour s’emparer de l’île numéro 10, le général Grant avait livré et remporté – à quel prix ! – la sanglante bataille de Shiloh. Son armée avait subi des pertes considérables. Pour mener à bien les opérations qu’il projetait contre Corinth, Halleck dut rameuter des renforts d’un peu partout. Le 16 avril, il ordonna à Pope d’abandonner les opérations contre le fort Pillow, et de transférer son armée à Pittsburg Landing. Elle allait y prendre part, durant le mois et demi suivant, au siège de Corinth.

Ce mouvement stratégique laissa la flottille du commodore Foote faire face, seule, au fort Pillow. Ce dernier allait de surcroît recevoir des renforts. Si les canonnières en bois du commodore Hollins étaient trop endommagées pour être engagées, et se trouvaient en réparation à Yazoo City dans l’État du Mississippi, elles allaient être remplacées par une escadre d’un tout autre genre. Dans le courant de l’année 1861, l’armée confédérée avait fait l’acquisition à la Nouvelle-Orléans de 14 navires fluviaux – généralement de puissants remorqueurs – commandés et manœuvrés par des équipages civils. Dans les mois qui suivirent, ils furent convertis en navires-éperons. Leurs proues furent renforcées par d’épaisses poutres de chêne et doublées de rails de chemin de fer. Leurs machines furent également protégées par deux épaisseurs de bois entre laquelle on entassa des balles de coton compressé – ce qui valut à ces navires le surnom de « cottonclads », les « cuirassés de coton ».

memphisCarte du Tennessee occidental, avec le principales localités concernées par les opérations (annotations de l'auteur sur un original de la cartothèque Perry-Castaneda de l'Université du Texas).

 

Le processus de conversion fut achevé en mars 1862. Initialement, cette « flotte de défense fluviale », selon sa désignation officielle confédérée, devait protéger le cours du Mississippi contre une attaque venue de la mer, mais la perte de New Madrid poussa le commandement sudiste à la diviser en deux pour faire face à la menace que représentait la flottille de Foote. Huit des cottonclads furent confiés au capitaine James Montgomery, un des mariniers qui avaient suggéré leur transformation, et envoyés vers le nord. Début mai, ils atteignirent le fort Pillow. La force navale confédérée comprenait les navires CSS General Van Dorn, CSS General Price, CSS General Bragg, CSS General Sumter, CSS General Thompson, CSS Colonel Lovell, CSS General Beauregard et le navire amiral CSS Little Rebel.

NavalBattleOfFortPillowLe 9 mai, le commodore Foote fut remplacé par le commodore Charles Davis et rappelé à Washington, où il devait assumer de plus hautes fonctions. Le lendemain matin à 6 heures, la flottille sudiste passa à l’attaque dans le méandre de Plum Point Bend, légèrement en amont du fort Pillow. La force nordiste fut totalement prise au dépourvu, avec les chaudières encore éteintes. La Cincinnati, qui était la plus avancée des canonnières fédérales, fut éperonnée par le General Bragg avant même de pouvoir faire mouvement. Elle parvint à se mettre en route mais n’alla pas bien loin, recevant une nouvelle attaque qui l’immobilisa. Le General Price l’atteignit alors à son point le plus vulnérable, à l’arrière, broyant son gouvernail. Le General Sumter, lancé à pleine vitesse, lui asséna le coup de grâce, et la Cincinnati s’enfonça dans les eaux du Mississippi. Pendant ce temps, le General Van Dorn s’en prit à la Mound City et l’éperonna violemment, laissant dans sa coque une brèche de 1,20 mètre qui l’envoya par le fond. Constatant que le reste de la flotte nordiste s’était regroupée pour employer à son avantage sa puissance de feu supérieure, Montgomery sonna prudemment la retraite.

La perte de deux canonnières cuirassées était particulièrement humiliante pour le Nord, bien qu’elle fût provisoire : la Cincinnati et la Mound City furent renflouées quelques semaines plus tard et remises en service. Les canons nordistes avaient placé plusieurs coups au but, mais aucun des navires-éperons confédérés n’avait subi de dommages significatifs. Les Sudistes n’avaient à déplorer que deux morts et quelques blessés, et ils avaient remporté une victoire significative à l’issue d’un combat qui n’avait pas duré plus d’une demi-heure. La bataille de Plum Point Bend donna aux Confédérés une confiance exagérée dans les capacités militaires de leurs navires-éperons. Au lendemain de l’engagement, le capitaine Montgomery n’hésitait pas à proclamer que les Nordistes « ne [descendraient] pas plus avant le Mississippi ».

elletBataille navale et spectacle

Cette euphorie allait être de courte durée. Trois semaines après la bataille de Plum Point Bend, l’évacuation de Corinth par l’armée du général Beauregard mettait Memphis à portée d’une offensive terrestre de l’Union et menaçait d’encerclement le fort Pillow. Ce dernier fut évacué le 1er juin, et Memphis fut abandonnée dans la foulée, tandis que la flottille fédérale se mettait en route vers le sud. Les canonnières nordistes étaient réduites à cinq, mais elles avaient entre temps reçu du renfort. Aussitôt connue la mise en service des navires-éperons confédérés, le département de la Guerre avait autorisé un ingénieur civil, Charles Ellet, à transformer neuf remorqueurs fluviaux en navires-éperons sur le même modèle que les bateaux sudistes, quoiqu’un peu plus sommaires – ils étaient dépourvus de canons. Nommé colonel dans l’armée nordiste, Ellet rejoignit Davis avec ses navires, dont plusieurs étaient commandés par des membres de sa famille.

Le capitaine Montgomery avait reçu l’ordre de se replier sur Vicksburg, dans l’État du Mississippi, mais il n’avait pas assez de charbon pour ce faire. Plutôt que de saborder sa flotte, il se décida à affronter l’ennemi. Le 6 juin, la flottille de Davis apparut devant Memphis. Les habitants de la ville se massèrent sur les collines surplombant le Mississippi pour assister à la bataille navale à venir, tandis que les deux escadres se préparaient au combat. L’une et l’autre étaient très mal organisées. Les commandants civils des navires sudistes étaient indisciplinés et incapables de coordonner leurs actions. Quant aux navires-éperons nordistes, ils formaient un commandement distinct des canonnières, et leurs chefs respectifs ne firent aucun effort pour agir de concert. Pour ces raisons, l’engagement qui s’ensuivit fut particulièrement confus.

Memphis_h42367Les canonnières fédérales commencèrent par bombarder leur adversaire à longue distance, sans grand succès. De sa propre initiative, Ellet fit avancer son navire-amiral l’USS Queen of the West et ordonna à ses autres bateaux de le suivre, mais son instruction ne fut pas comprise et seul l’USS Monarch l’accompagna. Ellet fonça sur le Colonel Lovell, dont l’une des chaudières tomba en panne : n’ayant plus qu’une seule roue à aubes en marche, le navire sudiste présenta involontairement son flanc au Queen of the West, qui l’éperonna si fort qu’il resta momentanément coincé dans la brèche ainsi ouverte. Cela permit au General Sumter de l’éperonner à son tour, Ellet récoltant au passage une balle de pistolet dans le genou. Le Monarch asséna alors un second coup au Colonel Lovell, l’envoyant par le fond.

La mêlée devint bientôt générale. Le General Beauregard et le General Price foncèrent tous deux sur le Monarch, mais ils se gênèrent et ne réussirent qu’à entrer en collision, le second laissant son gouvernail dans l’affaire. Le Queen of the West lui asséna le coup de grâce, prenant ensuite à l’abordage le navire sudiste gravement endommagé. Les canonnières étaient à présent suffisamment près pour tirer au but. Prise à partie par les canons du General Beauregard, la Benton lui expédia en retour une salve dévastatrice qui fit exploser sa chaudière, détruisant le navire sudiste. Incendié par les obus nordistes, le General Thompson fut abandonné par son équipage et explosa à son tour. Quant au Little Rebel, sévèrement pris à partie par la Carondelet, il fut achevé par un coup d’éperon du Monarch. Échoué pour ne pas sombrer, il sera abandonné et pris par les Fédéraux.

USSSterlingPriceCe fut le signal de la curée. Le General Bragg et le General Sumter furent eux aussi échoués pour ne pas être coulés, et se virent capturés par les Nordistes. Seul le General Van Dorn parvint à s’échapper, se réfugiant dans la rivière Yazoo, en amont de Vicksburg. Le soir même, les équipages de la flottille fédérale prirent possession de Memphis. En quelques heures seulement, la flottille fluviale confédérée avait été presque entièrement anéantie, au prix de pertes insignifiantes pour l’Union : quelques dégâts sur le Queen of the West et un unique blessé, Charles Ellet. Celui-ci, toutefois, n’allait pas s’en remettre : affaibli, il contracta la rougeole à l’hôpital et mourut le 21 juin.

Parachevant les succès nordistes précédents, la victoire de Memphis offrit aux Fédéraux le contrôle intégral du cours moyen du Mississippi. Conjuguée à l’abandon de Corinth, il leur permettait également d’occuper toute la partie occidentale du Tennessee, s’ajoutant au Tennessee central conquis après la chute du fort Donelson. Avec la prise de la Nouvelle-Orléans par l’amiral Farragut le 25 avril 1862, le Mississippi était presque entièrement entre les mains de l’Union. Mais cette dernière allait bientôt se trouver confrontée à un nouvel obstacle sur le cours du fleuve, qu’elle mettrait plus d’un an à prendre : Vicksburg. La campagne du Mississippi avait également permis à deux chefs, le commodore Foote et le général Pope, de gagner en prestige et d’être appelés à des commandements plus importants. Ces succès, toutefois, allaient être de courte durée. La carrière de Pope n’allait guère survivre à la cuisante défaite que lui infligèrent Lee et Jackson lors de la seconde bataille de Bull Run (29-30 août 1862). Quant à Foote, il allait mourir subitement le 26 juin 1863, à l’âge de 56 ans, alors qu’il prenait le commandement de l’escadre de blocus de l’Atlantique sud.

 

Sources

Un article général sur les opérations autour de New Madrid et de l’île numéro 10.

Autre article réalisé par le site Civil War Homepage

Page regroupant des documents sur la campagne, dont :

Le rapport du général Pope sur le siège de New Madrid

Le rapport du général McCown sur la campagne

Le rapport du général MacKall sur le siège de l’île numéro 10

Divers courriers rédigés par le commodore Foote durant les opérations

Le rapport de Schuyler Hamilton sur les opérations, incluant les premières actions autour du fort Pillow

Résumé de la bataille de Plum Point Bend

Rapports sur la bataille de Plum Point Bend

Résumé de la bataille de Memphis

Article sur les cottonclads sudistes