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La chute de l'Empire romain (1963)

la_chute_de_lempire_romainRécemment (2000) Gladiator nous a rappelé aux bons souvenirs d’un genre quelque peux oublié, quand on pense à sa gloire passée. Le peplum, dont l’ancienneté est presque égale à celle du cinéma lui-même, a subi une longue traversée du désert depuis les années soixante dix, alors que Ben Hur (1959) était le film de tous les superlatifs. Or, Gladiator marche sur les traces d’un illustre prédécesseur, tombé dans l’oubli depuis ; La chute de l’Empire romain, un film pourtant servi par un casting impressionnant et une réalisation très réussie.

La chute de l'Empire romain, titre accrocheur s'il en est, résume en fait assez mal la réalité du scénario, mais explicite bien l'idée générale qui est développée sur la pellicule. En effet, nous sommes loin ici des dernières heures de Rome. L'action se déroule entre le règne de Marc Aurèle et de son fils Commode à la fin du IIe siècle de notre ère. Selon un mythe consacré, l'empereur souhaite léguer le trône à son général le plus fidèle, Livius, contre une succession héréditaire qui verrait Rome entre les main d'un Commode immature et surtout empreint d'esprit agonistique, le portant naturellement vers l'arène. Le film s'ouvre sur le paysage gigantesque et magnifique de la Germanie, où guerroient les Romains contre de farouches barbares. La question abordée ici traite d'un moment clef de l'historiographie ; la fin de la pax romana et le début de ce qui a longtemps été interprété comme un déclin de la puissance romaine.

Le film ne suit guère de manière rigoureuse l'histoire « réelle » de l'époque. Ainsi, le fameux Livius est une création de toute pièce, de même que sa romance avec la fille de l'empereur. Mais le but recherché par Anthony Mann n'est pas de verser dans la reconstitution historique, mais bien de retracer une idée et une atmosphère. Il faut bien comprendre que la pellicule cinématographique ne permet pas de suivre fidèlement tous les développements des intrigues et événements très complexes de cette période. En effet, usurpations et complots émaillent la fin du règne de Marc Aurèle et surtout celui de Commode. Mais l'histoire qui est retracée par ce scénario est très intéressante. Tout d'abord, de part sa longueur (3h07), le film possède une grande densité dans la structure de son intrigue, qui a le temps de se mettre en place et d'occuper le spectateur par de nombreux évènements et dialogues. On est ainsi amené à se familiariser avec de nombreux acteurs ayant un rôle important mais qui n'apparaissent et ne tiennent une place fondamentale qu'à certains moment de l'oeuvre. Le casting est là aussi plutôt efficace :

bande annonce du film

Une distribution de premier plan

Stephen Boyd, Livius, tient le rôle premier avec sérieux mais avec une certaine froideur. Il est peu expressif, néanmoins cela colle avec son personnage résolu, fidèle, sobre (hormis lorsqu'il retrouve son vieil ami Commode...). Il est en quelque sorte un îlot de stabilité et de tempérance dans cette Rome vouée aux hommes indignes.

Alec Guinness, est un Marc Aurèle plus que convaincant. Il dégage un charisme et une sagesse vraiment impériale ce qui est en adéquation avec l'image que nous nous faisons de l'empereur philosophe.

Christopher Plummer est affublé d'un rôle très délicat ; celui de Commode, l'empereur volontiers décrit comme fou par l'Histoire Auguste, un texte tardif et peu fiable historiquement parlant, et qui est ici représenté d'une manière un peu moins noire. En effet, véritable immature , volontiers dispendieux et autoritaire, le Commode du film reste un enfant turbulent, précipité à une charge qui le dépasse et qui pourtant le fascine. Il n'est pas un « méchant » absolu, et est en quelque sorte parfois victime des évènements. La très belle Sophia Loren dans le rôle de Lucilla, assume une représentation très sobre de la femme romaine, dévouée et pourtant romantique. Il y a bien d'autres acteurs de renom qui apparaissent dans ce film, en particulier James Mason et Omar Sharif.

Tous ces personnages évoluent dans des décors plutôt convaincants, comme les forêts germaniques ou la ville de Rome, en passant par l'Orient et son paysage désertique. On peut regretter que les scènes de bataille dans les bois ne soient pas tournées dans ce même décor nordique, mais probablement sous des latitudes plus clémentes, en témoignent certaines essences absentes des forêts de conifères en Germanie. Malgré tout, on a le sentiment que les décors sont solides et crédibles ; ils ne tiennent pas des poncifs en carton-pâte. Le fort où commence l'action semble prêt à repousser les attaques des barbares. Les combats quant à eux ne sont guère exaltants et les figurants se contentent d'agiter mollement leurs armes dans un désordre souvent total. Néanmoins, les costumes sont corrects et on peut remarquer que le casque des légionnaires est une copie d'une pièce de fouille archéologique ; le modèle Niedermörmter. En tout cas, l'aspect général n'a pas grand chose à envier à la très récente série (de très bonne facture) Rome.

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Décimation et duel de chars

L'empire : mosaïque ethnique et culturelle

Comme nous l'avons indiqué plus haut, le but de ce film est confondu avec l'idée maîtresse de l'oeuvre qui la structure. Ici, la tolérance tient une place fondamentale, faisant référence à quelque chose de tout à fait réel dans l'Empire romain. Rome a soumis de nombreux peuples par les armes, mais elle n'a pas essayé d'éradiquer les coutumes et croyances locales, bien au contraire. Les peuples adoptaient spontanément la culture romaine grâce à leurs élites locales qui voyaient un intérêt à participer à la bonne marche de l'Empire, ce que les Romains encourageaient par tout un ensemble de privilèges. Une publication disponible aux Presses Universitaires de France explique d'ailleurs à merveille cet aspect de la civilisation romaine ; Rome et l'intégration de l'Empire, en deux Tomes (ouvrages collectifs).

Dans le film qui nous occupe ici, une partie de l'intrigue se tisse autour de la question des barbares que Livius et son fidèle Timonides souhaitent intégrer, alors qu'une partie du Sénat veut les faire massacrer. Le film réédite une question brûlante à Rome au moment de la guerre sociale (90-88 av. J.-C.) qui voit les alliés Italiens de Rome se révolter contre elle, car ils souhaitent pouvoir participer à la vie politique de la cité, alors en train de devenir un Empire. La Ville, victorieuse, n'en octroie pas moins des droits politiques très larges aux Italiens, amorçant une tendance à l'intégration vis à vis de ses « sujets ». C'est à ce moment que l'idée quasi transcendante de Rome prévaut aux diverses « nationalités » qui peuplent l'Empire.

Et cela est parfaitement montré dans le film d'Anthony Mann, lorsque les divers proconsuls et gouverneurs de l'Empire romain se présentent devant Marc Aurèle, en habits chamarrés, symbolisant la mosaïque ethnique que représente alors Rome. Mosaïque qui n'en tient pas moins solidement, grâce à une forte conscience d'appartenance, à un ensemble commun. Seule Rome permettait à des Gaulois, des Égyptiens, des Rèthes, des Ibères, des Bretons, des Syriens... de cohabiter dans un seul et même ensemble politique. Mais le propos traite aussi de décadence, terme beaucoup moins en vogue aujourd'hui en histoire car il est chargé de connotations très négatives et orientant notre esprit d'une manière fort inexacte. Ainsi, le IVe siècle romain reste une période de richesse et de stabilité, où les travaux récents montrent que les thèses alarmistes, prévalant jusque dans les années 1970-1980, sur un déclin de Rome, étaient infondées.

Mais dans La chute de l'Empire romain, nous sommes dans un film qui se doit de faire tenir son intrigue dans un tout, et qui doit amener son idée maîtresse à son aboutissement. Livius et son sérieux, seront-ils assez fort pour enrayer ce que les vices des hommes ont amorcé ?

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