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James Bond et l’Histoire

Logo_de_la_franchise_James_Bond_007__1962_Danjaq_LLC_and_United_Artists_Corp._All_Rights_ReservedSon nom est Bond, James Bond ! Et il fêtait le 5 octobre dernier ses cinquante ans au cinéma. Devenu sur grand écran un véritable phénomène culturel de masse, symbolisé par son Aston Martin, son smoking, ses femmes sublimes et ses gadgets en tout genre, il apparaît comme un homme plus faillible et complexe sous la plume de son créateur, Ian Fleming (avec Casino Royale en 1953). À l’occasion de la sortie du dernier film de la saga Skyfall, Histoire-pour-tous vous propose de revenir sur la place de l’agent secret le plus célèbre de sa Majesté dans l’histoire.

 

James Bond, un héros éternel ?

Tout le monde connaît son nom, tout le monde connaît aussi son numéro, le fameux matricule 007 dont le premier zéro signifie qu’il est autorisé à tuer et le second qu’il l’a déjà fait. Mais que savons-nous réellement du personnage de James Bond et de sa personnalité ? Des romans de Ian Fleming et de ses nombreux continuateurs en passant par les différents interprètes de l’espion britannique au cinéma, coexistent ainsi de multiples avatars bondiens qui n’hésitent pas à se contredire, rendant le personnage protéiforme et interdisant une réelle biographie.

Certes, il subsiste une certaine unité entre les différents films et livres de l’agent double zéro s’étant très vite codifiés à travers des principes d’identité de cohérence interne : des contrées exotiques, des méchants génialement diaboliques, des voitures inouïes tout comme des femmes magnifiques mais aussi des habitudes et des préférences comme la vodka-martini servie au shaker non à la cuillère, secouée mais non agitée ou encore des personnages récurrents comme M ou Q. Mais qu’en est-il de sa personnalité ? James Bond est avant tout le héros créé par Ian Fleming, journaliste, écrivain et officier de renseignements durant la Seconde Guerre mondiale. Il se serait inspiré de l’un de ses amis, Wilfred Dunderdale, agent au MI6 pour définir les principaux traits de caractère de son personnage qui apparaît sous les traits d’un tueur ambigu, cruel et sans pitié, une véritable machine à tuer. Nous sommes bien loin des légers clins d’œil plaisantins de Roger Moore. Par conséquent, si la brutalité du premier James Bond blond au cinéma interprété par Daniel Craig s’approcha le plus de la description du héros de Ian Fleming pourvu d’un visage dur marqué par une longue cicatrice, 007 n’a pas de visage défini tout comme il n’a pas de personnalité propre, chacun de ses interprètes lui en donnant une différente. Timothy Dalton chercha par exemple à jouer un espion plus sombre dans le sens shakespearien du terme.

james_bond_sean_conneryPar conséquent, il est plus aisé de définir James Bond par son entourage et un noyau commun de qualités inamovibles plutôt qu’à une personnalité définie noyée dans la pluralité des interprétations. Sous couvert de variations, nous retrouvons des traits caractéristiques comme la virilité, hédonisme, l’ironie ou encore le patriotisme. Naturellement, les mutations sociétales l’ont modifié : du buveur invétéré et misogyne fumant trois paquets de cigarettes par jour dans les romans, James Bond est devenu un non-fumeur et un séducteur respectueux. Autre exemple : l’agent secret de sa Majesté est aussi un très grand joueur quelque soit la période. Du roman Casino Royale de 1953 où il joue au baccarat au film du même titre de 2006 où il joue au poker, il n’a fait que suivre l’évolution de la société. Si la forme change, le fond demeure le même à tel point qu’on peut se demander s’il n’est pas éternel ? Au final, l’agent 007 ne se définirait pas par une personnalité précise mais plus par son univers. Et cet univers s’est toujours servi de l’histoire immédiate.

Géopolitique d’un espion : de la Guerre froide au post 11 septembre

Saga la plus longue de l’histoire du cinéma, les films de James Bond ne cessent de suivre et de s’approprier les mutations historiques et culturelles, réagissant aux différents contextes historico-socio-économique. Ils apparaissent ainsi tel un miroir des évolutions du monde de la seconde moitié du XXe siècle et aujourd’hui des enjeux internationaux du XXIe siècle.

bond_espionJames Bond, c’est avant tout l’espion évoluant dans le contexte de la guerre froide, du tout premier premier film Dr. No sorti en 1962 se faisant l’écho de la crise des missiles de Cuba à Tuer n’est pas jouer (1987) abordant le question de l’invasion soviétique en Afghanistan. Ce contexte de guerre froide, nous le retrouvons jusque dans les enjeux de la conquête spatiale avec Moonraker (1979) où Bond s’envole dans une réplique exacte de la navette Columbia deux ans avant son réel lancement. Si les premiers films comme On ne vit que deux fois rallient les missions de 007 à empêcher à affrontement direct entre les deux blocs, les années 1970 et les films joués par Roger Moore présentent un relâchement introduisant la période de la Détente. Ainsi, L’Espion qui m’aimait (1979) met en scène une alliance anglo-russe afin de protéger le monde. Avec historiquement le retour des tensions – la guerre fraiche – et le durcissement des relations entre les deux grands, l’Union soviétique devient à nouveau l’ennemi à abattre dans la saga comme dans l’introduction de Dangereusement Vôtre (1985) ou dans Octopussy (1983).

Par la suite, avec l’effondrement de l’Union soviétique et quelques années d’absence cinématographique, James Bond se retrouve confronté à un monde qui a changé et à de nouveaux enjeux qui continuent de suivre l’actualité directe : la corruption et les narcotrafiquants (Permis de tuer, 1989), la finance et le blanchiment d’argent (Casino Royale, 2006), les médias internationaux (Demain ne meurt jamais, 1997), la lutte pour le contrôle des ressources naturelles avec le pétrole (Le monde ne suffit pas, 1999) ou l’eau (Quantum of Solace, 2008). Après le 11 septembre – que James Bond n’a pu empêcher, étant prisonnier en Corée du Nord –, c’est bien évidemment le terrorisme international qui occupe le devant de la scène qu’il soit abordé au travers d’anciens pays de l’Union soviétique (introduction de Demain ne meurt jamais), des derniers bastions du communisme totalitaire avec la Corée du Nord et Cuba (Meurs un autre jour, 2002) ou tout simplement de pays jugés à risque par les Etats-Unis comme le Monténégro (Casino Royale). Plus récemment, le dernier épisode Skyfall (2012) s’attache à la question du cyber-terrorisme. Même la question du réchauffement climatique est abordée – très sommairement il est vrai – que cela soit avec la disparition d’un palais de glace dans Meurs un autre jour ou avec l’effondrement de bâtiments à Venise, symbole d’une future destruction de la cité des Doges sous la montée des eaux dans Casino Royale. Ainsi les films de James Bond se servent de l’histoire, mais c’est avant tout pour mieux se l’approprier et ensuite la réécrire.

Une réécriture de l’histoire au service de sa Majesté ?

bond_anatomieLors de la scène d’introduction de L’espion qui m’aimait (1979), James Bond délaisse la couche d’une femme arguant que sa patrie a besoin de lui. Puis à l’issu d’une course poursuite en ski contre des agents russes dont 007 tue le chef, il s’échappe d’un saut en parachute s’ouvrant sur les couleurs du drapeau du Royaume-Uni. Si James Bond est le sauveur du monde, il l’est avant tout pour sauver l’honneur de la reine et témoigner de la grandeur britannique. Les aventures de James Bond amènent une réflexion sur le statut international de la Grande-Bretagne et l’agent 007 peut être facilement identifié comme un symbole de résistance au déclin géopolitique d’après guerre de son pays alors que la décolonisation amène la perte de son empire. Autant opposé qu’associé à des agents de l’Union soviétique, allié aux Etats-Unis qui via la CIA qui ne fait que jouer un rôle très secondaire de soutien, les films de la saga ne cessent de présenter la puissance britannique comme égale voire supérieure à ces deux Etats, notamment sur le plan des services de renseignements comme dans On ne vit que deux fois. Dans Demain ne meurt jamais, c’est sur le plan militaire où la marine britannique est censée faire jeu égal avec l’aviation chinoise et que James Bond allié à son alter ego chinoise évite de justesse un conflit entre les deux pays. D’un point de vue scénaristique, les passages de James Bond à Londres permettent de valoriser la ville autour de stéréotypes internationaux comme son architecture impériale avec Trafalgar Square et non comme une ville cosmopolite, multiethnique et multiculturelle. Londres est perçue comme une capitale stable par rapport au reste du monde, loin de toute agitation ou bouleversement politique et encore moins d’actes terroristes – il serait intéressant de se pencher sur les conséquences de Skyfall sur cette théorie –.

Romans comme films sont ancrés dans la réalité géopolitique et historique de leurs temps, cependant cette réalité ne reste que très allusive et est bien souvent réécrite afin de faire tenir à la Grande-Bretagne une place centrale et démesurée sur l’échiquier mondial. Elle n’est pas sous l’influence de son grand frère américain mais son égal.

James Bond, un objet de l’histoire culturelle

James Bond n’a pas seulement un rapport à l’histoire, il est lui même un objet d’histoire plus particulièrement de l’histoire contemporaine et culturelle. Très tôt, les chercheurs se penchèrent sur son cas tel Umberto Eco lui consacrant une étude dès 1965 et aujourd’hui, la bibliographie sur l’espion britannique s’avère des plus prolifiques. Atemporel à l’instar des super-héros américains, l’agent 007 est devenu un mythe contemporain. Par sa formidable longévité cinématographique, par ses impacts socio-culturels, il est un artisan d’une culture populaire de masse faite pour durer. Ainsi comme à l’issu de chaque film, quoi qu’il advienne, nous savons que James Bond reviendra.

 

Bibliographie

- F. Hache-Bissette, F. Boully et V. Chenille (dir.), James Bond (2)007 - Anatomie d'un mythe populaire,   Belin, Histoire et Société, 2007.

- Umberto Eco, « James Bond : une combinatoire narrative », Communications, n°8, 1966.

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