18 JUIN 1807 : Friedland

Discussions et échanges autour du siècle des Révolutions et du Romantisme.

18 JUIN 1807 : Friedland

Messagepar gaete59 » 13 Juin 2011, 17:13

Bataille de Friedland

Combien il est précieux de pouvoir dire "J'étais là et voici ce que j'ai vu..." :shock:

Norvins, donc, commente : « ...Ce fut au milieu de cette grande bataille, dont à deux genoux sur ma selle je suivais avec le plus avide intérêt toutes les péripéties que l'Empereur, à pied et, je le vois encore cinglant et brisant de hautes herbes à coup de cravache, dit au maréchal Berthier :
"Quel jour est-ce ce jour d'hui ?
- C'est le 14 juin, Sire.
- Jour de Maringo, jour de victoire ! Reprit l'Empereur. ;)

Il continua de jouer sa bataille comme une partie d'échecs. :ugeek:

De mon observatoire, je vis Grouchy charger dix fois avec les dragons. Je vis aussi deux superbes régiments de cuirassiers saxons, l'un rouge, l'autre blanc, faire au travers de la ligne russe une irruption foudroyante et se perdre à nos yeux dans ses derniers rangs puis en ressortir victorieux par l'immense brèche qu'ils y avaient faite avec leurs grands sabres. Aussi, nous nous associâmes avec ivresse aux vivats dont l'armée salua leur bravoure. :D

Je vis enfin la dernière et terrible scène de ce grand drame dont sept à huit cents pièces de canons composaient l'orchestre et 300 000 combattants fournissaient la pantomime. :geek:

Notre infanterie de ligne du corps de Ney et de la division Dupont alla attaquer à la baïonnette la garde impériale russe, toute recrutée de colosses du Nord, dans le ravin qui entourait la ville de Friedland et où, fortement embusquée, elle était la dernière et redoutable espérance de la grande armée ennemie. :?

"Ce fut la victoire des pygmées sur les géants..." 8-)

Source wikipédia :

Lieu : Pravdinsk (Russie actuelle

Issue : Victoire française décisive

Belligérants : Français / Russe

Commandants : Lannes puis Napoléon / Levin August von Benningsen

Forces : 66 800 hommes (France) / 84 000

Pertes : France Russie
1 645 morts 12 000 morts et blessés
8 995 blessés 10 000 prisonniers
2 426 prisonniers 80 canons
400 disparus 70 drapeaux

Cette bataille fait partie de la Quatrième Coalition (1806 - 1807) qui aboutit au Traité de Tilsit.

Cette coalition verra la Campagne de Dalmatie (Raguse etc.) ; la Campagne de Prusse (Auerstaedt, Iéna etc.) ; la Campagne de Pologne (Eylau, Gdansk etc).
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Messagepar Eginhard 38 » 13 Juin 2011, 18:08

35.000 pertes en une journée... Les armées de la guerre de Sécession n'ont guère fait "mieux", je crois - alors que paradoxalement, elles étaient mieux armées et parfois plus nombreuses.
In hoc signo vinces, coin coin ! - http://leseigneurdesoiseaux.blogspot.com/
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Messagepar gaete59 » 13 Juin 2011, 23:41

.... d'avoir écrit ce que j'ai pu lire dans wiképédia car je sais que Napoléon est un personnage, pour certains, difficilement "à remettre en question". Aussi, faute de connaissance et ne préférant pas prêter le flan à une polémique, j'ai préféré laisser parler les chiffres... :roll:

Existait aussi une magnifique carte où l'on pouvait voir les positions des belligérents mais je n'ai pas su comment l'exporter : mes bons vieux couper/coller ne voulaient rien entendre. :?: :idea:

C'est dommage car cette fameuse bataille était loin d'être gagnée... Mais que de pertes ! Je me souviens du mot cynique de Napoléon a qui certains reprochaient de ne pas plus "profiter" de son état d'empereur et lui de rétorquer "... qu'une rente de XX milliers d'hommes lui était acquise..." ceci lui suffisant amplement. :cry:

L'Histoire est cruelle quelquefois car nous souhaiterions tous que certains hommes dont on s'enorgueillit de gonfler notre passé, aient pu avoir de telles considérations (je n'oublie pas Charles de Gaulle et ses "brèves" après son rappel). :oops: Ceci a aussi du bon car le français a vite fait de dresser des statues qu'il croit de marbre et à y regarder de plus près, constate que ces statues sont "...d'émail dont on fait les bidets..." (Napoléon) ! ;) :shock:
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Messagepar Desaix » 16 Sep 2011, 12:58

Les pertes des batailles comme Austerlitz, Iéna, Friedland et les autres peuvent être impressionnante. C'est tout simplement parce que Napoléon faisait en sorte d’écraser l'armée adverse en une fois pour mettre un terme à la campagne. Batailles meurtrières en effet mais campagne courte. A savoir que la majorités des pertes dans les armées de l'époque ne sont pas sur le champs de bataille mais sur les routes et dans les casernes: maladies, malnutrition, épuisement, accidents, désertion...
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Messagepar gaete59 » 16 Sep 2011, 18:38

Certes, mais j'ai traité la bataille et justement pour ce qui est des pertes, j'ai tenu à scrupuleusement mettre ce qui était donné sur wiki. car le sujet est toujours sensible.
Maintenant, sur certaines batailles wiki. va jusqu'à donner les pertes, les blessés et les disparus. Aussi dans les blessés compte-t-on peut-être les maladies ?
Là, je m'en remets à votre jugement, certainement plus au fait que le mien. ;)
Il est cependant à noter la récurrence du mot "boucherie" pour certaines batailles, Eylau par exemple mais là encore je ne suis pas experte, je me contente de vous écrire ce que j'ai lu et ce plus d'une fois pour l'avoir en mémoire. :idea:
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Messagepar Desaix » 18 Sep 2011, 20:38

Non le nombre de blessés donné après une bataille n'inclue pas les malades. Les malades sont abandonnés dans les hôpitaux pendant les marches.
Toute bataille est une boucherie, c'est indéniable.
Mais toute campagne qui dure est meurtrière proportionnellement à sa durée.
Si vous ne faites que de petites batailles il y a certes moins de boucheries comme ces grandes batailles mais les pertes sont au final plus lourdes sur le long terme.
Comprenez que les campagnes commandées par l'Empereur furent marquées par de grandes batailles meurtrières mais firent moins de mort au final que des campagnes trainant en longueur comme en Espagne.
Napoléon savait qu'une armée fond comma la neige au soleil durant une campagne, voilà pourquoi il cherchait à les finir le plus rapidement possible.
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Messagepar gaete59 » 18 Sep 2011, 23:25

Desaix a écrit:Mais toute campagne qui dure est meurtrière proportionnellement à sa durée.
Comprenez que les campagnes commandées par l'Empereur furent marquées par de grandes batailles meurtrières mais firent moins de mort au final que des campagnes trainant en longueur comme en Espagne.

Je suis beaucoup moins au fait que vous sur ces choses. Je me permets de penser que l'Empereur -avec l'Espagne- imaginait une guerre "enlevée".
[...Napoléon confie à Las Cases : "cette malheureuse guerre d'Espagne a été une véritable plaie, la cause première des malheurs de la France", et l'empereur déchu ajoutait : "j'embarquai fort mal toute cette affaire, je le confesse ; l'immoralité dut se montrer par trop patente, l'injustice par trop cynique, et le tout demeure fort vilain, puisque j'ai succombé". De 1808 à 1813, la guerre d'Espagne représenta une véritable épine dans le pied de Napoléon. Jamais, il ne parvint à vaincre une résistance espagnole dont les premières manifestations furent pourtant un avertissement sur la détermination de ce peuple à préserver sa liberté...]
Source :
http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/guerre_Espagne_Bayonne_Baylen1.asp
Rien que vous ne connaissiez certainement mais une bonne base pour une néophyte comme moi. Vous n'y trouverez aucune analyse, juste le résumé des faits. Certes, il manque l'analyse de fond mais je ne dispose pas de cette capacité à analyser.
Ces quelques phrases et cette analyse de l'Empereur auraient été plus profitable avant l'engagement du conflit. Mais dans l'action, il est certain que l'on perd de vue, bien souvent la qualité de l'adversaire.
Manifestement les conflits ressentis comme une expansion voire une annexion avec un déni du peuple sont souvent voués à l'échec. Et cependant, de nos jours encore, nous n'avons guère tiré de leçon.
Un peuple qui se bat non tant pour sa liberté mais pour pour se défendre de l'inféodation est toujours gagnant. Le temps, seul, se pose en paramètre.
Emprisonné, le jeune Bonaparte eut tout le loisir d'étudier César. L'approche d'Alexandre n'aurait pas été à négliger, lui qui aura su exporter sa culture et assimiler celle des pays conquis à un point tel que ses propres généraux s'en inquiétèrent. Il sut cependant agrandir son armée au fur et à mesure de son avance. Apports qui lui furent d'autant plus fidèles que ne se sentant pas inféodés. La tactique est quelque chose de grand mais qu'est-ce sans une stratégie appropriée ? Il est plus facile de gagner une guerre que d'installer une paix durable.
Napoléon savait qu'une armée fond comma la neige au soleil durant une campagne, voilà pourquoi il cherchait à les finir le plus rapidement possible.

Hélas, il est dommageable qu'il ait quelque peu oublié ceci avant que d'aller se perdre dans l'immensité russe.
Votre expression "fondre comme neige au soleil" est une métaphore glaçante.
Des personnes bien plus au faite que moi pour ce qui concerne l'Empereur auront beau m'expliquer cent fois le bien fondé de cette décision, mon esprit se heurte toujours à cette question : "qu'allait-il faire dans cette galère ?".
Il faut un don d'analyse qui me fait défaut afin de comprendre. Je me heurte avec autant de force sur l'opération "Barbarossa"...
J'imagine qu'il faille une approche masculine pour les conflits.
Une politique de régence (Catherine de Médicis) aboutissant sur des épisodes plus que sanglants m'est moins hermétique, sans doute l'approche "politique" d'une femme est-elle différente ? Pas forcément meilleure et paraissant certainement plus retorse ; moins dans le "Si vis pace para bellum", plus dans le compromis voire la compromission, plus frileuse a priori mais sur la longueur peut-être plus constructive ou du moins cherchant à gagner... du temps sur les évènements.
gaete59
 

Messagepar Desaix » 19 Sep 2011, 09:21

Napoléon n’a pas attendu d’être enfermé pour étudier César, a l’école militaire et plus tard en garnison il passera son temps à lire. Il connaissait parfaitement Alexandre également. Son livre préféré ? La vie des hommes illustres de Plutarque.

Pour la guerre d’Espagne effectivement Napoléon n’avait pas prévu une guerre si longue, il espérait même qu’il n’y aurait pas de guerre du tout. Ses informateurs lui disaient que l’Espagne était un pays las des basses querelles politiques et des intrigues entre le prince, le roi, la reine et son amant de premier ministre. Il pensait que le peuple voulait avant tout la stabilité politique et une reprise économique, conditions nécessaires à son bien être. Mais on le sais les choses n’ont pas été ainsi. Le peuple s’est montré attaché à la monarchie des Bourbons, les prêtres ont vu l’armée française comme celle de l’Antéchrist et des bandes de brigands de grands chemins y ont vus l’occasion de continuer leurs méfaits à grande échelles avec en plus un statut de « héros national ». Au final les motivations des révoltés ne sont pas unanime, mysticisme détourné, guerre politique et indépendantiste, recherche de gains personnels…

Pour la Russie Napoléon n’a pas oublié qu’une campagne devait être courte, c’est même pour ça qu’il s’enfonce toujours plus loin dans les terres en quête de cette bataille décisive qui lui tient tant à cœur et qu’il n’aura pas. Sa seule erreur et d’avoir eu trop d’espoir en Alexandre et d’attendre à Moscou, ce dont nous avons déjà parlé dans un autre sujet.

Vous citez la fameuse maxime "Si vis pace para bellum" et il est vrai que c’est un concept clef dans le système napoléonien. Comprenez que la France bien qu’ayant l’armée ma plus redoutable n’en reste pas moins une proie facile pour les armées réunies du Royaume-Uni, de la Prusse, de l’Autriche et de la Russie. La stratégie de Napoléon est de faire en sorte d’écraser au plus vite tout tentative anti-française avant que la grande coalition ait eu lieu. C’est très clair pendant la campagne de 1805 où il bat l’Autriche et la Russie pendant que la Prusse hésite. Une Prusse qui fini par attaquer en 1806 et se fait écraser car l’Autriche n’est plus en état de l’aider… Napoléon les sépare politiquement (mariage autrichien, dont du Hanovre anglais aux Prussiens…) et les bats un à un avant qu’ils ne puissent se réunir contre lui. On peut dire que c’est une situation précaire, contraignant la France à d’infinis conflits. Mais Napoléon prévoyait de faire cesser l’agressivité de ses voisins européens. Comment ? En leur coupant les moyens de faire la guerre, en coupant les vannes de l’argent anglais. Comment ? En étouffant financièrement le Royaume-Unis pour le pousser à la paix. Comment ? Par le blocus continental. Et c’est ce blocus continental qui pousse Napoléon à intervenir au Portugal et en Russie.
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Messagepar gaete59 » 19 Sep 2011, 20:28

Pour ce qui concerne le blocus, vous aviez déjà évoqué ceci, je m'en souviens lors d'un échange sur Louis, roi de Hollande...
Là encore à moins d'être présent militairement dans chaque pays et ce jusqu'autour de la Mer Noire (pour Odessa entre autres...) ; le blocus n'était pas une réponse sur la longueur.
Et là encore l'approche de Napoléon face à la population manque étrangement de psychologie : s'il eut fallu, les Anglais auraient mangé des racines et léché des pierres, croyez-moi !
De plus, en face, il y a Pitt (un whig forcené) et si les échanges au niveau de la Hollande vont voir un léger appauvrissement du marché dans certains comtés anglais, on est loin de la famine et d'une économie chamboulée (de plus les récoltes furent bonnes et la seule année qui vit un moins, l'Angleterre sera approvisionnée par l'extérieur)
Source :
- Jouvel de - Napoléon et l'économie dirigée
La Hollande comme nous l'avions évoqué, se montre plus que poreuse. Même si elle tourne son économie vers le continent, elle ne "s'y retrouve pas".
De plus la donne est changée grâce à la paix passée avec l'Empire ottoman et les colonies canadiennes.
L'Angleterre, petite île, avait déjà asphyxié l'économie de certaines villes (Florence et autres) durant la Guerre de Cent Ans, le concept de blocus ne lui est pas étranger et moins encore celui de le contourner.
Le Directoire s'y était déjà cassé les dents. De plus avec Pitt ceci prend une autre dimension et devient le blocus britannique qui réveille la nationalisme.
Alfred T. Manhan le démontre fort bien. L'Angleterre possède la maîtrise des mers, et la main mise sur certaines de nos colonies.
La marine anglaise n'est pas simplement un outil de guerre mais aussi une source d'économie exploitée de manière optimale. D'îles en îles, de bases en bases, le blocus même avec une étanchéité maximale de la Hollande était une politique de courte vue. L'Empereur ne pouvait l'ignorer.
De plus entre signer des Traités sous la Révolution, le Directoire, l'Empire afin d'isoler l'Angleterre et les appliquer, il y a de la marge. Le traité d'Amiens n'a pas fait long feu.
Bonaparte devenu Napoléon aurait dû s'en souvenir.
Sans compter qu'avec ce blocus, l'Empire doit aussi revoir son économie.
Source :
http://www.histoire-empire.org/articles/blocus/chapitre_1.htm
[La France, l'Angleterre et le blocus continental]
A contrario, l'effet de ce blocus sur l'Angleterre la fera entrer de plein pied dans le XIXème avec une approche autre de l'économie et déjà sur les rails de la révolution industrielle.
gaete59
 

Messagepar Desaix » 19 Sep 2011, 20:54

Effectivement il est difficile de tenir indéfiniment un blocus, le but est justement de le rendre parfaitement hermétique pour « couler » rapidement l’économie britannique. Je pense que vous surévaluez la hargne antinapoléonienne du peuple. Le peuple est miséreux au Royaume-Uni (ceux qui étudient la question pour le CAPES cette année ne me contrediront pas) et un écroulement de l’économie pouvait je pense engendrer une révolution (populaire ou politique) dans ce pays. Il y a eu des troubles très importants dès 1808 et je ne parle du luddisme en 1811 et 1812. Le Royaume-Uni allait mal et l’idée de le finir d’asphyxier n’était pas forcément bête. Hélas (ok je ne suis pas neutre avec ce mot… :roll: ), la contrebande, le non respect du blocus et le commerce avec l’Amérique latine ont sauvé l’économie britannique.

Le blocus était une stratégie incertaine et difficile mais pas impossible et irréfléchie. C'était la seul stratégie possible aux yeux de l'Empereur pour soumettre la Perfide Albion depuis la perte de la flotte française.
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