Quelques remarques sur la forme, tout d'abord.
Je suis franchement déçu du style d'écriture. De mémoire, il me semble que c'est le premier Gallo que je lis, peut-être m'étais-je fait des idées. En tout cas ça manque clairement de fluidité, et parfois de précision (au sens littéraire) dans le propos. De nombreux passages donnent même franchement l'impression de blocs déposés en vrac les uns à la suite des autres.
Au niveau des illustrations: surtout des photos des protagonistes, de piètre qualité et trop petites, sans grand intérêt du coup. Et surtout, pratiquement aucune carte des positions militaires. Là, sans attendre la précision d'un Heinz Magenheimer, j'aurais bien aimé que quelques cartes illustrent le déroulement des offensives. Ici c'est le service minimum, et sur le peu de cartes existantes, les positions des armées n’apparaissent pas. On nous affirme que la France s'est battue, mais la pauvreté des illustrations donne clairement le sentiment du contraire, c'est le grand vide. Ou était l'armée Française après la percée de Sedan ? Mystère ! Pourtant on nous affirme que des troupes se battent, résistent. Mais à part la poche de Dunkerque, rien. Quid de la ligne de défense Weygand, sur la somme, qui constituait pourtant une ultime tentative de rempart ? Même si l'armée Française s'est fait enfoncer de toutes parts, elle était bien sur le front, pourtant.
Une autre chose qui m'a étonné: la section bibliographie et références est tout bonnement passée à la trappe
Notre ami Max a pondu cet ouvrage de tête, il a tout vu de ses yeux vus ?
Bref, une réalisation plutôt décevante et pas à la hauteur du fond. J'imagine que le calendrier imposé par l'éditeur devait être franchement tendu, afin que le bouquin sorte dans le bon timing sur le marché. Dommage.
Venons-en maintenant au fond.
Le volet militaire est finalement assez peu mis à profit, et l'on sent assez vite que là n'est pas le sujet de l'ouvrage. C'est même carrément le grand vide, dont je n'ai finalement retenu que l'épisode de la poche de Dunkerque, puis les récits des généraux Allemands s'adressant à leurs femmes et décrivant des scènes totalement surréalistes de promenades touristiques des Panzers au milieu des colonnes de soldats français en retraite, sans un seul coup de feu échangé.
Si le volet militaire est donc assez réduit et ne prétend visiblement pas postuler au titre de référence absolue dans le récit de la bataille de France, le volet politique occupe inversement un énorme 'espace. Et bonne nouvelle: il est passionnant.
Tous les ingrédients du drame sont ainsi passés au peigne fin:
- L'incompétence et l'anachronisme stratégique de l'état major Français, incapable de tirer des leçons de la campagne de Pologne, malgré 8 mois de délai accordé par les Allemands pour se faire une idée de ce qu'ést une guerre moderne.
- L'instrumentalisation de la défaite par Laval , Pétain puis Darlan à des fins purement idéologiques et personnelles. Impressionnant de voir à quel point le monde politique français a été soit côté d'une passivité à des années lumière des enjeux du moment, soit d'une perfidie sans nom.
- La transparence de Paul Reynaud et son charisme de poulpe, qui était tout sauf l'homme de la situation. Si seulement nous avions eu un Churchill Français... Et la déliquescence du parlement, désuni, qui vote l'instauration d'un régime totalitaire - Laval ne cache pas son objectif - avec moins d'émoi que pour la création des congés payés.
- L'installation éclair d'un régime fasciste à la française bien au delà des demandes et des attentes Nazies. La France a du passer bien près d'un tel régime dès les années 30 pour qu'il soit aussi naturellement installé, cynique et décomplexé à l'été 40.
- Le drame des combats fratricides entre les premières Forces Françaises Libres et l'armée régulière de Vichy. Pauvre marine! Et surtout les risques d'entrée en guerre de la France Vichiste contre l'Angleterre. Quelles traces diplomatiques indélébiles une telle trahison aurait-elle causée ? ! Que serait devenue la France au soir de la " libération " ?
- Les hésitations diplomatiques de Hitler à l'égard de l'Angleterre, que personne n'aurait cru capable de résister à la tentation d'une paix à l'amiable
- La détermination sans faille de Churchill, justement, qui sauve politiquement et militairement l'Europe du désastre total en refusant de renier ses convictions
- L'inactivité totale des Etats-Unis, incapables d'évaluer les enjeux et qui ne réalisent pas qu'un ordre planétaire nouveau est en train de se mettre en place et qu'il viendra bientôt frapper vivement à la porte, et pas pour réclamer des bombons,
- La Russie, qui joue avec le feu et qui va bientôt le payer très cher
- L'émergence de vrais mouvements de résistance dès les débuts de l'occupation, expression d'un refus franc et net de l'inacceptable
- Et bien sûr de Gaulle, fin visionnaire dans les années 30, métamorphosé en vrai homme d'état doté de convictions inébranlables dès 1940. Un seul homme pour incarner la dignité de la France au lendemain de la défaite, qui d'autre aurait pu le remplacer à un tel niveau ?
Finalement, dès la fin 40, et donc la fin de l'ouvrage, la voie des cinq années suivantes en Europe semble déjà toute tracée: un régime Fasciste à la Française bien enraciné, entreprenant, avec en parallèle l'émergence d'un mouvement de résistance qui ne fera que se fortifier, une Angleterre déterminée à se battre jusqu'à la mort, et d'inespérées hésitations stratégiques Nazies - associées au non règlement de la question britannique lorsque cela était encore possible - qui jetteront l'Allemagne dans une fuite en avant - l'enfer des étendues Russes- qui signera l'échec de la stratégie de guerre éclair.
Au final, que retenir ?
L'ouvrage manque de cohésion et à mon sens, de finition. Mais finalement, on s'en affranchi, pris dans le récit.
Le volet politique est absolument passionnant. Il parait assez complet, et raconté au plus près des personnages, sans fioritures.
Et le récit est franchement poignant lorsque sont évoqués l'exode, les millions de civils mitraillés, bombardés et parfois, souvent, assassinés sans justification.
Quel sentiment de honte, lorsque l'on découvre comment l'Homme est capable d'exploiter les pires situations à des fins personnelles, comment cette France a pu se jeter à bras le corps dans un régime qui tâchera à jamais l'Histoire de la nation.
Puis revient la fierté, à lire que d'autres hommes, du plus petit au plus grand, ont su restaurer l'espoir pour, plus tard, restaurer la dignité.