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Les guerres de religion en France (1562-1598)

IvryrubensS’il est une période de l’histoire de France qui revient régulièrement dans le débat, avec probablement la Révolution, c’est bien celle des guerres de religion. On évoque leur influence pêle-mêle sur la création du concept de laïcité, sur l’affirmation de la monarchie absolue et sur celle des Etats-nations, quand on sort du contexte franco-français pour s’intéresser à l’Europe. Quelles en furent les origines et le déroulement ?

 

Le contexte : Réforme et pouvoir royal affaibli

C’est dès les années 1520, soit peu de temps après que Luther a « affiché » ses thèses à la chapelle du château de Wittenberg, que commencent les premières tensions et persécutions contre ceux qui adhèrent à ses idées ; les écrits de Luther sont condamnés en France dès 1521. Cela s’aggrave durant les années 1540-1550, avec la politique de répression de Henri II, qui créé par exemple la Chambre ardente pour les procès en hérésie. La mort brutale de Henri II laisse le trône à François II pour une petite année, puis à Charles IX en 1560. François II ne peut rien contre la première manifestation des futures guerres de religion, la conjuration d’Amboise, où il manque d’être enlevé par des membres du parti protestant cherchant à le soustraire à l’influence des Guise. Les répressions qui suivent annoncent les guerres de religion, malgré une relative accalmie à la fin de son court règne et au début de celui de son frère. Le pays voit le pouvoir royal faible face à l’influence de la régente Catherine de Médicis, mère des jeunes rois, et à la montée des différents partis nobles, qu’ils soient protestants ou catholiques.

De Wassy à la Saint-Barthélémy

L’édit de Saint-Germain le 17 janvier 1562 est censé apaiser les tensions et offrir un signe d’ouverture aux protestants, mais il a pour effet de rendre furieux le parti catholique ! C’est ainsi qu’en mars de la même année, des soldats de François de Guise massacrent des protestants dans la ville de Wassy en Champagne, arguant du fait que ces derniers avaient pratiqué leur culte dans un lieu interdit. C’est le début « officiel » de la guerre, avec la levée de ses armées par Louis de Condé. Les armées protestantes, malgré quelques succès catholiques dans le Nord, avancent rapidement et ne sont finalement freinées qu’en décembre à la bataille de Dreux, grâce au duc de Guise (assassiné un peu plus tard, au siège d’Orléans).

En mars 1563, Catherine de Médicis impose la paix d’Amboise, reprenant les grandes lignes de l’édit de janvier 1562, tout en le limitant. Avec Charles IX, qui a atteint sa majorité, elle entreprend un « tour de France » de janvier 1564 à mai 1566 pour apaiser les conflits en multipliant les actes symboliques. Sont ainsi décrétés l’édit de Crémieu (1564) ou l’ordonnance de Moulins (1566), cette dernière proclamant officiellement la réconciliation.

C’est en partie le contexte international qui relance le conflit en France, quand Philippe II d’Espagne décide d’écraser la révolte calviniste aux Pays-Bas ; les huguenots semblent y avoir joué un rôle, soupçonnant Charles IX de vouloir se rapprocher du souverain espagnol. En septembre 1567, les hommes de Louis de Condé tentent d’enlever le roi près de Meaux (« la surprise de Meaux »), mais c’est un échec. C’est le début de la seconde guerre de religion, qui se termine pourtant dès mars 1568 avec la paix de Longjumeau. Le problème n’est toujours pas résolu…Charles IX publie en mai 1568 l’ordonnance de Saint-Maur qui, pour résumer, rend responsables les protestants de l’échec des négociations : la guerre reprend, en particulier dans le Sud-ouest, sur l’instigation de la reine de Navarre, Jeanne d’Albret. Les armées catholiques remportent alors des victoires importantes, dont une à Jarnac qui voit la mort du prince de Condé. L’amiral de Coligny doit finalement se retirer à La Charité, restant menaçant dans toute la vallée de la Loire. Ce sont seulement les difficultés financières du roi qui stoppent à nouveau le conflit, avec la paix de Saint-Germain-en-Laye le 8 août 1570, plutôt favorable aux protestants.

Massacre_saint_barthelemyEvidemment, le parti catholique est à nouveau mécontent, surtout suite au retour de Coligny à la cour fin 1571, où il tente d’imposer une politique hostile à l’Espagne. Le rapprochement entre Charles IX et les huguenots se confirme avec le mariage entre Henri de Navarre, fils de Jeanne d’Albret, et la sœur du roi, Marguerite le 18 août 1572. Quatre jours plus tard, Coligny est victime d’un attentat, et c’est dans un Paris chauffé à blanc, tant par la haine du huguenot que par la peur de représailles de leur part qu’éclate la nuit de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572. Rien que dans la capitale elle fait environ 3000 victimes (sur plusieurs jours), de tous sexes et âges, et même de toute condition sociale. Les massacres ont un caractère « purificateur », on éventre les huguenots pour extirper le démon de leur corps…Les violences s’étendent les jours suivants dans le reste du pays, et le cycle de la guerre ne s’achève qu’en octobre, provoquant environ 10 000 morts.

Le conflit s’enlise, la guerre continue

Les conséquences directes de ce massacre de masse sont la fuite des protestants du royaume, ou alors une dissimulation voire un reniement de leur foi (la « théorie du refuge »). Ainsi, Henri de Condé et Henri de Navarre doivent-ils abjurer pour sauver leur vie. Mais cela provoque aussi une radicalisation des protestants et le développement de courants pamphlétaires, déjà existants pour la plupart, mais qui explosent à ce moment : c’est le cas des monarchomaques. La guerre continue, les guerres même, mais sans réelle prise d’avantage, se concentrant autour de villes comme La Rochelle et Sancerre.

En décembre 1573 sont mises en place les Provinces-Unies du Midi, signe d’une réelle contestation du pouvoir royal avec la création d’un « Etat huguenot ». En 1581, Henri de Navarre en devient le gouverneur général, transformant peu à peu cette « République » en système princier.

Dès 1574 apparait également le mouvement dit des « Malcontents ». Au sein de la noblesse, certains soupçonnent le roi de vouloir exercer un pouvoir absolu à leurs dépens. Ce mouvement touche aussi bien des catholiques que des protestants (dont Henri de Condé et Henri de Navarre), et on voit ainsi un Henri de Montmorency-Danville, catholique, être reconnu par les protestants gouverneur des Provinces du Midi. Les « Malcontents » sont rejoints en 1574 par François d’Alençon, frère de Charles IX, qui s’allie aux trois Henri entraînant un nouveau conflit. Ce dernier est donc à la fois confessionnel et politique, et il intervient au moment même de la mort de Charles IX, auquel succède Henri III (en 1575). La paix est signée rapidement à Beaulieu en mai 1576.

La Sainte Ligue

Une fois de plus, les catholiques les plus radicaux sont offusqués par les clauses de la paix de Beaulieu, jugées trop en faveur des protestants. En 1576 est fondée une « Sainte Ligue » à Péronne, en Picardie, le but étant d’aboutir à l’abrogation des accords de Beaulieu. D’autres villes prennent cet exemple les années suivantes, dans tout le royaume. Logiquement, c’est le duc de Guise, puis surtout Henri III, qui prennent la tête de cette « Ligue Catholique » alors que la guerre reprend. C’est la victoire des armées royales à La Charité, qui impose la paix de Bergerac et l’annulation de l’édit de Beaulieu auquel se substitue celui de Poitiers, nettement moins favorable aux huguenots (8 octobre 1577). Les années suivantes, le conflit reprend de manière sporadique, à un niveau local, mais il provoque tout de même la fuite de Condé en Allemagne.

Henri III et les Ligueurs

Henri_IIIA partir des années 1580, la guerre reprend une ampleur nationale, touchant tout le territoire, et atteignant son plus haut niveau de violence. Elle se déroule dans une ambiance eschatologique, dont la ferveur touche jusqu’au roi qui entre dans une confrérie de pénitents, et en introduit plusieurs dans Paris. Henri III, avec l’aide de sa mère, s’entoure également d’hommes compétents aussi fervents que lui, et réorganise le royaume autour de la cour et surtout de sa personne. Ce pouvoir personnel, mais aussi les difficultés financières du royaume et l’image d’un souverain isolé du peuple, le rendent petit à petit impopulaire.

La mort de François d’Alençon en 1584 n’arrange pas les choses ; elle fait d’Henri de Navarre le successeur légitime d’Henri III sur le trône ! Les catholiques réagissent en créant une nouvelle Ligue, voyant dans la mort de l’héritier un nouveau signe de la venue de l’Apocalypse. Ils décident de s’allier avec l’Espagne, dans le dos de Henri III.

De nouvelles Ligues fleurissent à nouveau, en particulier dans les villes, et les soulèvements s’enchainent durant l’année 1585 ; Henri III en prend la tête dès le mois de juillet de la même année, s’engageant à faire disparaître le culte huguenot du royaume, même s’il n’est pas vraiment favorable aux Ligueurs (dont beaucoup sont des « Malcontents », rejetant la monarchie absolue). Les combats reprennent avec les huguenots, qui obtiennent des victoires, comme celle d’Henri de Navarre à Coutras, le 20 octobre 1587.

La Ligue tend rapidement à vouloir prendre l’ascendant sur le roi, qui essaye de la désarmer en mai 1588 ; mais c’est un échec et Henri III doit fuir Paris ! Le roi parvient tout de même à gagner du temps et à négocier avec les Ligueurs, attendant son heure. Après avoir fait profil bas durant plusieurs mois, il parvient à faire arrêter et exécuter les chefs de la Sainte Ligue, dont Henri de Guise (dont le corps sera dépecé et brûlé) les 23 et 24 décembre 1588, à Blois. Pourtant, l’effet escompté ne se produit pas, au contraire : les restes de la Ligue se radicalisent contre le roi ! Pire, en mai 1589, le pape excommunie Henri III ! Les appels au régicide se multiplient, le souverain est à présent vu comme l’Antéchrist…

L’avènement d’Henri IV et la fin des guerres de religion

Le roi, rejeté de toutes parts, décide de se tourner vers Henri de Navarre. En avril 1589, les deux hommes s’allient pour marcher sur Paris, toujours aux mains des Ligueurs. Pour ces derniers, c’est la confirmation que le roi est démoniaque : il est poignardé par le dominicain Jacques Clément dans son camp à Saint-Cloud et meurt de ses blessures ; il désigne avant de mourir Henri de Navarre comme son successeur.

henri4Celui-ci profite des divisions entre nobles et notables urbains au sein de la Ligue pour les défaire à Arques et Ivry, mais il échoue devant Paris en 1590. Il laisse mourir en captivité son concurrent au trône, Charles de Bourbon, son oncle. Henri IV ne parvient pas non plus à enlever Rouen, toujours sous le contrôle de la Sainte Ligue, en 1591 et 1592.

Cependant, la Ligue voit ses divisions s’aggraver entre d’un côté les plus radicaux des catholiques, prêts à livrer le trône à Philippe II, et de l’autre les partisans de Charles de Lorraine, duc de Mayenne ; la Sainte Union se scinde en deux camps, dont une partie se rallie au roi. Ce dernier apparaît peu à peu comme le symbole d’une possible unité. Pour cela, il sait qu’il doit se convertir à la foi catholique : il abjure sa foi calviniste le 25 juillet 1593, est sacré à Chartres (Reims étant ligueuse) le 24 février 1594, et entre dans Paris le mois suivant après d’âpres négociations.

Les années suivantes, Henri IV les passe à soumettre les derniers bastions de la Ligue, usant tant de la force que de la négociation. Il doit aussi faire face à l’offensive des Espagnols, qu’il parvient à battre et auxquels il impose la paix de Vervins, le 2 mai 1598. Quelques semaines auparavant, il a déjà scellé la paix en son royaume par la promulgation de l’édit de Nantes, le 13 avril. Les guerres de religion sont terminées, en France.

Bibliographie

-          D. CROUZET, Les guerriers de Dieu (la violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610), Champ-Vallon, 2009 (1ère éd 1990).

-          A. JOUANNA, J. BOUCHER, D. BILOGHI, G. LE THIEC, Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Gallimard, 1998.

-          W. KAISER (dir), L’Europe en conflits (les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne, vers 1500-vers 1650), Presses Universitaires de Rennes, 2008.

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