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La Guerre Iran-Irak (1980-1988)

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22 Septembre 1980 : après plusieurs jours de tension ouverte, l’aviation Irakienne s’engage dans une offensive de grande ampleur contre des cibles iraniennes. L’armée de l’air de Téhéran est prise pour cible, ainsi que les champs pétrolifères d’Abadan. Le jour suivant, six divisions Irakiennes se lancent à l’assaut du territoire Iranien. La guerre Iran-Irak vient de commencer...

 

 

Saddam Hussein a tablé sur une offensive fulgurante, sur une guerre courte qui fera de son Irak baasiste la première puissance du Moyen-Orient. Cette ambition ne résistera pas à la dure réalité d’un conflit acharné, l’un des plus dévastateur du XXe siècle, qui ne se terminera que huit ans plus tard. Guerre complexe par ses enjeux et ses acteurs, la guerre Iran-Irak qui transcendera le cadre classique de la guerre froide, aura par ses conséquences un impact profond sur tout le Golfe Persique et au delà.

Saddam Hussein et la Révolution Khomeyniste

La révolution islamique iranienne de 1979 bouleversa les rapports de force entre les puissances du Moyen-Orient. L’Iran jusque là pièce maîtresse du dispositif de 'containment’ américain s’érigeait en perturbateur, résolument opposé à l’influence de Washington, sans pour autant se rapprocher de Moscou. Pour Saddam Hussein maître de l’Irak depuis peu, il y avait là autant une menace que d’alléchantes opportunités.

L’Iran Khomeiniste par sa rhétorique révolutionnaire et son influence au sein des communautés chiites irakiennes (majoritaires sur le plan démographique, mais écartées du pouvoir depuis la création de l’Irak), représentait un danger immédiat pour le régime baasiste. Néanmoins, son isolement sur la scène internationale et la faiblesse supposée de ses nouvelles institutions faisait de lui une cible tentante.

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Le vieux contentieux Irano-Irakien pouvait fournir à cet égard un casus belli commode. Les deux états rivalisaient depuis longtemps pour obtenir le statut de puissance dominante dans la région (ce qui avait valu à Khomeini d’être soutenu par Bagdad du temps où il n’était qu’un opposant…). Au cœur de leur rivalité la région frontalière du Khuzestân, possédée par l’Iran mais peuplée d’arabes et que l’Irak revendiquait comme sienne. Une région riche en gisements d’hydrocarbures, qui donnait de plus à son possesseur une grande latitude pour contrôler les eaux du Golfe Persique.

Dans le courant de l’année 1980, Saddam Hussein prend la décision de s’en prendre militairement à l’Iran. Il espère là abattre un régime potentiellement dangereux, ce qui lui permettra de se présenter en protecteur des monarchies du Golfe (cibles l’activisme iranien, notamment en raison du traitement qu’elles réservent à leurs communautés chiites et à leur alignement sur Washington) et d’assouvir ses ambitions territoriales. A n’en pas douter, une telle victoire ferait de l’Irak le leader d’un monde arabe, fort divisé depuis la guerre du Kippour (si ce n’est avant).

La marche à la guerre fut rapide et organisée de main de maître par le dictateur Irakien. Après avoir, par une propagande intensive souligné  le danger que faisait peser le régime de Khomeiny pour la région (aidée en cela par les déclarations hostiles de Téhéran), Saddam Hussein accuse l’Iran d’avoir organisé un attentat contre son vice premier ministre. Une fois les relations diplomatiques rompues, le président Irakien dénonce les accords d’Alger de 1975 censés régler les désaccords frontaliers avec l’Iran. 5 jours plus tard, le 22 septembre, les forces armées Irakiennes lancent leur grande offensive.

L’Iran Khomeyniste à l’épreuve de la guerre

A bien des égards, la République Islamique d’Iran de septembre 1980 semble fragile. Issue d’une révolution animée par des mouvements très divers (des libéraux modernisateurs aux communistes), elle n’a vu s’imposer les partisans de Khomeiny qu’au terme d’une lutte sourde et violente. Certaines parties du pays (Balûchistân, mais surtout Khuzestân) connaissent des rebellions armées contre le régime. Economiquement, le pays subit encore le contrecoup des deux années d’agitation précédente, ainsi que de la fin du soutien financier américain.

Tout aussi grave, les forces armées iraniennes sont dans un état préoccupant. Du point de vue de l’encadrement, elles ont fait les frais des purges menées à l’encontre des officiers suspectés d’être hostiles au nouveau régime. La création des gardiens de la révolution (Pasdarans), garde prétorienne du régime, affaiblit un peu plus la cohérence de l’ensemble.  Si sur le plan matériel, la situation initiale est loin d’être désespérée (l’armée iranienne étant largement pourvue en système d’armes modernes), Teheran ne peut envisager un conflit qui se prolongerait avec sérénité. Privés d’industrie lourde d’armements, les Iraniens sont dépendants pour leurs blindés et leur aviation de pièces étrangères  (souvent américaines), qu’ils auront du mal à se procurer.

Enfin, pour leur offensive initiale (nommée Qadisiyya en référence à l’invasion arabe de la Perse au 7e siècle) les Irakiens jouissent d’une grande supériorité en moyens due à une plus grande concentration de leurs forces ; ce, face à une armée iranienne  astreinte à la sécurisation d’autres points chauds (frontières avec l’URSS et le Pakistan notamment). Le plan irakien se base sur une offensive principale au sud dans le Khuzestân (avec 4 divisions), tandis que deux autres divisions attaquent plus au nord pour prémunir une contre attaque iranienne. Bagdad suppose qu’une fois le Khuzestân occupé, le régime des mollahs tomberait au profit d’un gouvernement prêt à céder à ses exigences.

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L’effondrement ainsi espéré ne se produira jamais. Premièrement, l’aviation iranienne n’a pas été détruite au sol après les bombardements du 22 septembre. Elle va garder pour un temps des capacités offensives qui vont gêner la progression des Irakiens. D’autre part, malgré le peu de coordination de la défense iranienne (en raison des rivalités entre pasdarans et unités régulières) celle-ci est acharnée. Encore divisée par rapport au régime islamique, la population iranienne se soude derrière Khomeiny pour défendre la mère patrie. Les volontaires affluent sous les drapeaux (qu’ils soient d’ethnie arabe, perse ou autre) et dans le respect d’une certaine tradition chiite, ne rechignent pas au martyr.

La volonté de résistance Iranienne a été signifiée à l’opinion internationale après que Teheran ait refusé une offre de cessez le feu de l’ONU (28 septembre 1980). Les combats dans le Khuzestân deviennent alors acharnés, et les pasdarans acquièrent vite une réputation de férocité auprès de leurs ennemis Irakiens. Début 1981, Saddam Hussein fait cesser les opérations offensives pensant que le temps joue en sa faveur. La résistance de Teheran a en effet eu un coût exorbitant en terme de pertes humaines et matérielles.

Pourtant, la république islamique est encore prête à de nouveaux sacrifices, puisqu’elle prend l’initiative d’une grande contre offensive blindée en janvier 81. Elle sera cependant contenue par une armée irakienne, mieux commandée et plus apte aux opérations mécanisées. Suite à cet échec, le front s’enlise dans des combats de tranchées qui ne sont pas sans rappeler ceux de la 1ére guerre mondiale. Sur mer, les marines des deux camps, après une bataille indécise au large d’Umm Qasr, se contentent de harcèlement limités.

L’Enlisement et les ingérences internationales

L’année 1982 voit les forces armées iraniennes briser pour un temps l’immobilisme du front. En mars 1982, elles partent à l’assaut des unités irakiennes qui occupent le Khuzestân.  Trois opérations savamment coordonnées permettent aux Iraniens de libérer la province. La bataille de Khorramshahr, qui coûtera près de 25 000 hommes aux Irakiens (dont 7000 tués), illustre bien le renouveau des unités iraniennes qui compensent leur infériorité matérielle et leur inexpérience par une ardeur au combat sans faille.

Au début de l’été, les forces Irakiennes se replient sur la frontière internationale et établissent de solides positions défensives. Les attaques Iraniennes vont venir s’y briser et ce malgré le renfort de très jeunes miliciens volontaires, qui n’hésitent pas à se lancer dans des charges suicidaires. Se font alors face deux armées de près de 50 divisions chacune, qui exigent de leurs pays respectifs de grands sacrifices pour rester opérationnelles.

C’est là que l’enjeu des soutiens internationaux se révèle crucial. Il est en effet impensable pour Bagdad ou Téhéran d’alimenter seules de telles machines de guerre, que ce soit en raison de difficultés financières (les deux pays dépendent de leurs exportations d’hydrocarbures rendues difficiles par les combats) ou de la faiblesse de leur industries d’armement. L’Irak de Saddam Hussein, qui a d’emblée présenté le conflit comme une défense du monde arabe face à la révolution « perse » est soutenu non seulement par les pétromonarchies, mais aussi par le camp occidental. Les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France, l’Italie fournissent à Saddam Hussein de quoi renouveler constamment son arsenal.

Quant à l’Iran, initialement isolé il finit par trouver quelques fournisseurs, qu’il s’agisse de la Chine, de la Corée du Nord ou de la Lybie. Teheran parvient même à se procurer des armements cruciaux auprès des Etats-Unis, après une manipulation habile impliquant le Hezbollah et Israël (qui préfère que Saddam Hussein soit occupé face à l’Iran). L’affaire éclatera au grand jour en 1986 aux Etats-Unis, c’est le fameux « Irangate » et ternira le 2e mandat de Ronald Reagan.

Alimenté par les principaux fournisseurs d’armements de la planète, le conflit est devenu une véritable guerre totale. Outre la mobilisation idéologique de la population (surtout en Iran, où une génération est sacrifiée au feu pour compenser le déséquilibre matériel), les belligérants ne reculent devant rien pour obtenir la victoire. Les principales villes sont régulièrement bombardées et du côté Irakien on ne rechigne pas à employer des armes chimiques pour briser l’élan adverse. Enfin, à partir de 1984 Iran et Irak se livrent une véritable guerre au transport pétrolier dans le Golfe Persique, qui n’exclut pas les bâtiments neutres. Cette guerre des Tankers, fournira d’ailleurs un prétexte à Washington pour renforcer son aide à l’Irak et durcir ses sanctions à l’égard de la République Islamique.

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Malgré cette escalade dans la terreur, aucun camp ne semble à même de l’emporter entre 1983 et 1988. Les offensives iraniennes successives, qui pour beaucoup se déroulent dans les marais et en direction de Bassora, sont contenues (avec difficulté) par une armée Irakienne disposant d’une plus grande puissance de feu. La révolte des Peshmergas Kurdes dans le nord de l’Irak ne constitue pas non plus la diversion escomptée et est finalement écrasée au printemps 1988 (ce qui donnera lieu au bombardement chimique d’Halabja). Cependant, saignée par les opérations iraniennes de 1984 et 1987, l’armée de Saddam Hussein manque de mordant. Sa dernière offensive en avril 1988, qui vise à favoriser une prise de pouvoir en Iran des moudjahidin du peuple (rébellion iranienne gauchiste) sera d’ailleurs un échec.

Sous la pression de l’ONU et convaincus que le champ de bataille ne pouvait plus les départager les deux belligérants se sont entendus pour signer un cessez-le feu entré en vigueur le 20 août 1988 (résolution 598 du conseil de sécurité nations-unies).

Une guerre pour rien ?

Lorsque les canons se taisent enfin, Iran et Irak se retrouvent également épuisés. Les pertes économiques cumulées des deux pays se montent à plusieurs centaines de milliards de dollars actuels. Le bilan humain est lui aussi terrifiant. 300 000 morts pour l’Irak, peut-être un million pour l’Iran.

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Politiquement, Saddam Hussein est largement perdant. Non seulement il n’est pas parvenu à faire plier Téhéran et à faire de l’Irak un hégémon moyen-oriental, mais d’autre part  il est désormais largement débiteur des pétromonarchies du Golfe. Son prestige auprès de la population est alors au plus bas. Pour retourner la situation à son avantage, le dictateur Irakien finira par s’embarquer dans une aventure bien trop risquée : l’invasion du petit émirat du Koweït (censée renflouer les caisses irakiennes en exerçant un chantage sur Riyad).

Le régime Iranien lui, est ressorti largement renforcé de la guerre. Non seulement il y a gagné une légitimité aux yeux de sa propre population (réunie dans un grand élan patriotique et abreuvée de propagande) mais aussi auprès de régimes et de groupes politico-militaires favorables à ses thèses. Cela ne fera que renforcer son rôle régional de puissance perturbatrice qui encore aujourd’hui continue d’agiter le Proche-Orient et le Moyen-Orient.

Bibliographie

- Iran-Irak : une guerre de 5000 ans de Paul Balta. 1999.

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