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Clovis et le baptême de la France

clovis1Le baptême de Clovis un 25 décembre 496 (1), suivi par 3.000 de ses guerriers, est un événement majeur de l’histoire médiévale balbutiante. Pas plus qu’il n’illustre la naissance de la France, qui interviendra bien plus tard, cet acte ne consacre la conversion d’une Gaule acquise depuis longtemps à la foi chrétienne. Plus sûrement , cet évènement marque le début de la renaissance de la civilisation chrétienne occidentale, qui failli périr noyée avec l’empire romain sous les coups portés par les invasions. Paradoxalement, le sauveur de la chrétienté en Europe et ses successeurs ne s’embarrasseront guère des principes des évangiles, conservant durablement leurs bonnes vieilles habitudes germaniques.

Lorsque Clovis devient à quinze ans le chef des francs saliens en 481, il n’est qu’un roitelet (un "Rix") issu d’une dynastie barbare régnant sur la région de Tournai, dans une Gaule romaine ravagée par plus d’un siècle d’invasions. L’âge d’or de la prospérité version « pax romana » n’est plus qu’un lointain souvenir, laissant place à l’anarchie, à la famine et aux épidémies. Calfeutrée dans des villes qui tombent en ruines faute d'entretien, la population a fuit les campagnes, démolissant les monuments et les temples pour construire des enceintes. Les échanges commerciaux deviennent impossibles, l’insécurité est permanente.

L'occident chrétien en péril cherche son sauveur

Face au chaos, la seule institution qui tente de maintenir un semblant de civilisation et de lien social organisé était, il faut bien le dire, l’Eglise catholique. Courageusement, les évêques et le clergé ont fait face aux envahisseurs, fort de l’autorité morale dont ils disposent sur une population gallo-romaine largement chrétienne. Se réclamant de la tradition romaine et sous l’autorité du Pape, ils conservent dans leurs églises les vestiges de la culture antique, bien décidés à reconstruire la civilisation. Craignant que l’Eglise d’occident ne soit emportée elle aussi par le chaos, il lui faut trouver un chef politique et militaire capable de restaurer un semblant d’ordre et d’unité.

C’est là que les choses se compliquent. Que ce soit les Wisigoth installés dans le sud-ouest, les Burgondes dans le sud-est, ou les Alamans à l’est, tous les chefs barbares sont ariens, une hérésie chrétienne venue d’orient et qui dénie le caractère divin du Christ, empêchant tout rapprochement et encore moins une alliance avec le clergé catholique. Coincé au nord-ouest, il y a bien un reste d’état gallo-romain, mais son souverain Syagrius est un faible et sa Romanie une chimère sans avenir. Reste dans le nord un obscur mais robuste blondinet, Clovis, chef des Francs, qui pratique un paganisme sans grande conviction, ce qui le rend plus avenant que les autres barbares aux yeux des évêques.

royaume_clovisLes Francs, venus de Germanie, se sont peu à peu installés en marge de l’empire sur le Rhin dès le IIIème siècle. Fédérés par des romains affaiblis qui leur confient la défense de la frontière, ils ne peuvent guère opposer de résistance aux invasions suivantes, dont celle des Vandales en 407. Ils gagnent néanmoins quelques galons en participant à la résistance contre les huns, au coté du célèbre général romain Aetius, et peut-être sous la conduite du mythique Mérovée. Lentement mais sûrement, ils s’incrustent dans le nord de la Gaule et en Belgique, profitant de la lente agonie de l’empire romain.

Le chef franc Childéric, père de Clovis, comprit rapidement l’intérêt d’entretenir de bonnes relations avec l’Eglise catholique et de s’inscrire dans la tradition, pour conforter son autorité et sa légitimité sur ses sujets gallo-romains. Il noue des relations diplomatiques avec Byzance, seule véritable dépositaire de l’empire, et s’attire les bonnes grâces du clergé catholique, puisant dans son trésor pour faire des dons aux églises, témoignant ainsi du respect pour les valeurs et traditions qu’elle représente.

Au fil du temps les relations se renforcent et quelques ecclésiastiques commencent à prendre leurs habitudes à la cour des francs. Ainsi quand son fils Clovis lui succède, l’église catholique dispose t’elle déjà de relais influents auprès du nouveau chef des Francs, dont l’évêque de Reims Rémi. Malgré son jeune âge, Clovis dispose déjà d’un fin sens politique et du pragmatisme de son père, et se garde bien de défaire les liens habilement noués par Childéric. L’église entrevoit alors une opportunité de se faire du jeune chef un allié de choix. Contre toute attente, ce dernier va s’avérer coriace à convaincre d'embrasser la foi chrétienne.

Clovis : le barbare providentiel

Dès l’avènement de Clovis, Rémi lui envoie une lettre dans laquelle il lui reconnaît implicitement une légitimité et lui offre l’appui de l’Eglise si celui-ci poursuit la politique de son père et daigne écouter les conseils qui lui seront prodigués par les ecclésiastiques, voire franchir le pas que son père s’apprêtait à faire avant de mourir en se convertissant. Mais c’est encore trop tôt. Le jeune chef est conscient qu’il est entouré de puissants chefs barbares hostiles à l’église catholique et que son propre peuple reste attaché aux traditions païennes, et n’entend pas tout bousculer alors que sa situation reste précaire.

Clovis préfère renforcer cette dernière et se contente de vagues promesses de conversion. Il jette son dévolu sur la Romania, le royaume gallo-romain de Syagrius. Habilement, il se fait attribuer par l’empereur byzantin le titre de Patrice des romains pour légitimer son invasion, et défait les restes de l’aristocratie gallo-romaine près de Soissons. Toujours soucieux de ménager la hiérarchie chrétienne, il lui fait restituer une partie du butin pillé, dont le célèbre vase, mais refuse toujours t’entendre parler de conversion.

Les évêques ne désespèrent pas et envoient au fougueux chef franc quelques signes d’impatience, notamment en soutenant discrètement la résistance de Lutèce, sur laquelle Clovis se casse les dents. La défense de la ville est encouragée par une chrétienne célèbre, Geneviève, celle la même qui, montant sur les remparts, aurait promis aux habitants qu’au nom de Dieu Attila ne s’attaquerait pas à la ville. Mais le message ne passe toujours pas auprès de Clovis, qui continue avec quelques succès l’expansion de son domaine, faisant exécuter au passage ses derniers rivaux francs.

Il faut attendre l’année 491 et la mort de l’épouse de Clovis pour qu’une opportunité favorable à l’Eglise se présente enfin. Le chef franc était encore jeune et pas d’humeur à rester éternellement veuf. Les évêques s’empressent de lui présenter Clotilde, une princesse burgonde convertie et convaincue. Comme elle est belle et qu’elle représente une avantageuse alliance avec un puissant voisin, Clovis l’épouse en 492, lui concédant que les enfants à naître soient baptisés. L’Eglise dispose dans le lit du chef franc d’une alliée vers le chemin de la conversion.

Mais l’espoir est de courte durée, contrarié par le décès prématuré du premier fils de Clotilde et Clovis. « Si l’enfant avait été consacré au nom de mes dieux, il vivrait encore »(2) rugit le chef franc dans son chagrin. Clotilde et l’évêque Rémi ne désespèrent pas pour autant d’obtenir la conversion du chef franc. Il faudra attendre quelques années et la bataille de Tolbiac en 496 pour que la situation se débloque enfin. En grand péril contre les alamans, Clovis ne sait plus à quel dieu païen se vouer pour retourner l’issue du combat.

Voyant ses compagnons gallo-romains se signer et repartir au combat, il songe aux exhortations de son épouse à embrasser la foi chrétienne. Saisi par le doute et le désespoir, Clovis tend ses mains vers le ciel et clame son impuissance « Jésus-Christ, toi que Clotilde déclare fils du Dieu vivant, si tu me donnes de triompher de mes ennemis, je me ferai baptiser en ton nom »(2). Peu après le roi des alamans est tué et la victoire change de camp. Et le chef des francs ne va pas pouvoir se soustraire longtemps à cette promesse publique.

Bapteme_de_clovisClotilde finit par le convaincre définitivement et Clovis annonce fin 496 (1) qu’il se ferra baptiser le 25 décembre à Reims avec 3.000 de ses guerriers. Outre le choix de la date, on ne lésine pas pour l’occasion sur les symboles, tant l’événement est d’importance. L’évêque Rémi assure le futur converti d’avoir reçu en songe le destin glorieux qui attend la Gaule et ses souverains, défenseurs de la foi chrétienne, et l’assurance de la protection de la vierge Marie, faisant de la future nation la fille ainée de l’Eglise. Le saint chrême est déposé par une colombe le jour du baptême dans les mains de l’évêque qui oint Clovis, donnant au sacrement un caractère sacré, un rite qui sera reproduit pour tous les rois de France, leur confiant une légitimité divine.

Un barbare reste un barbare

Si la conversion de Clovis semble sincère, il va avoir bien du mal à assimiler les enseignements des évangiles. Ecoutant le récit de la passion du christ lors de son baptême, il s’exclame, levant le poing devant des prélats médusés « Si j’avais été la avec mes francs, j’aurais vengé le Christ ! »(2). Né et élevé barbare, il gardera jusqu’au bout les mœurs et usages barbares, usant de la ruse et de la violence pour étendre et affermir son pouvoir, se débarrassant par le meurtre de ses adversaires et même de ses proches parents.

De mauvaises habitudes qui vont rester monnaie courante auprès de ses descendants mérovingiens, au grand dam de l’épiscopat. C’est d’ailleurs une étrange cohabitation qui va s’installer pendant trois siècles entre une Eglise désormais protégée et confortée dans ses prérogatives, et une monarchie franque qui bien que consacrée va s’obstiner à conserver ses mœurs barbares cruelles et sa « législation » d’origine germanique, la loi salique.

Peu importe. Par sa conversion, Clovis a scellé une alliance durable entre l’Eglise catholique et la monarchie franque, sauvant par ses victoires la chrétienté occidentale d’un anéantissement possible, inspirant par son exemple d’autres conversions royales en Europe. Il faudra néanmoins attendre Charlemagne et ses successeurs pour que cette alliance reprenne un réel sens politique et religieux.

(1) Aussi incroyable que cela puisse paraître pour un évènement de cette ampleur, l'année du baptème de Clovis est incertaine, variant selon les sources de 496 à 499.

(2) Les propos de Clovis cités ici et les évènements liés ont été relatés bien après son règne et sont à prendre avec les réserves d'usage.

Bibliographie

- De Joel Schmidt, Le Baptême de la France : Clovis, Clotilde, Geneviève. Seuil, 1998.

- De Ivan gobry, Le baptême de Clovis 495. 2008.

- De georges Bordonove, Clovis et les Mérovingiens. Pygmalion, 2009

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