Juillet 1942: la rafle du Vél' d'Hiv
Les 16 et 17 juillet 1942, la police française procéda à l'arrestation massive de milliers de Juifs, lesquels furent bientôt ramenés au sein de l'enceinte du Vélodrome d'Hiver, à Paris, lieu du commencement. Non le commencement d'une vie, mais plutôt le début d'une mort. C'est cet épisode qui nous est narré dans le film de Roselyne Bosch, "La Rafle", dans les salles ce mercredi 10 mars.
La modification des rapports de force et le retour de Laval
Si l'Axe ne subit encore que des revers limités et peu nombreux, les rapports de force tendent pourtant à évoluer. Depuis juin 1941, Hitler s'était de facto embourbé, dans le cadre de l'opération Barbarossa, en URSS où il rencontrait une vive résistance du peuple pratiquant notamment la politique de la terre brûlée. De plus, les Etats-Unis étaient entrés en guerre contre les forces de l'Axe après l'attaque de Pearl Harbor (7 décembre 1941) et dans le même temps, la résistance continuait à s'amplifier autour de la personne du général de Gaulle et connaissait ses premiers succès (Bir Hakeim). C'est pourquoi Hitler, depuis décembre 1941, s'était convaincu de l'importance de la mise en place d'une solution finale, visant à annihiler la "race juive" (Mein Kampf), pour laquelle il nourrissait une haine incommensurable. Aussi la collaboration s'accentua-t-elle considérablement après le retour de Pierre Laval (1) qui reçut le titre de "chef du gouvernement" et employa tout son zèle à la collaboration d'Etat. Jugeant Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives, trop inactif, il le fit remplacer par un homme encore plus antisémite, Louis Darquier de Pellepoix, dont l'inclination pour les nazis ne faisait alors aucun doute.
La rafle du vel' d'hiv et ses conséquences: 16-17 juillet 1942
En juillet, le collaborationnisme vichyste se manifesta dans une répression envers les étrangers. Le secrétaire général de la police de Vichy, René Bousquet, s'accorda pour livrer les Juifs étrangers de la zone occupée aux Allemands. Le 16 juillet débuta donc à Paris l'arrestation massive de ces Juifs. 12 884 personnes, hommes et femmes (dont 4 115 enfants), sur un total de 28 000 prévues par l'opération "Vent Printanier", furent ainsi arrêtées par près de 9 000 policiers français et amenées au Vélodrome d'Hiver, dans le XVème arrondissement, en attendant d'être internées à Drancy pour la majorité, au nord-est de Paris ou encore à Beaune-la-Rolande. C'est dans des conditions déplorables que vécurent ici pendant cinq jours ceux qui y avait été parqués. Les parents furent contraints de partir les premiers, laissant des enfants désemparés, livrés à eux-mêmes, lesquels ne tardèrent pas à partir à leur tour: au total, un tiers des personnes qui foulèrent le sol du Vél' d'Hiv se retrouvèrent in fine à Auschwitz-Birkenau, en Silésie (2).
Ce n'était là que le prélude à la déportation de plusieurs autres dizaines de milliers de Juifs. Au total, on estime qu'environ 80 000 Juifs de France trouvèrent la mort dans les camps d'extermination nazis, soit 20% de la population juive vivant en France en 1939 (3). Face à cette politique raciste et collaborationniste de l'Etat Français, certains ne tardèrent pas à protester et à pourfendre l'antisémitisme d'Etat, à l'instar de l'archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, d'abord maréchaliste, qui déplora que "des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue" (Et clamor Jerusalem ascendit) ou encore le cardinal Gerlier à Lyon et Mgr Théas à Montauban. Les rafles, quantitativement moins importantes, n'en continuèrent pas moins: pour la seule année 1942, 42 600 Juifs quittèrent ainsi la France pour les camps d'Europe centrale.
Montrer pour comprendre: "La rafle" de Roselyne Bosch
Ce mercredi 10 mars sortira dans les salles de cinéma le film "La Rafle" de la réalisatrice française Roselyne Bosch. Un casting assez impressionnant (Jean Reno, Gad Elmaleh, Mélanie Laurent, Sylvie Testud) pour une histoire tragique. Le film a pour dessein de montrer les conditions sinon atroces, du moins très précaires dans lesquelles vécurent, pendant plusieurs jours, des milliers d'hommes et de femmes (4): une odeur insoutenable mêlant l'urine émanant des latrines à celle de la sueur de ces individus entassés dans des gradins. Prélude à une déshumanisation annoncée ?
(1): Laval avait été évincé du pouvoir le 13 décembre 1940, non seulement car sa puissance était montante et qu'elle pouvait amoindrir celle du maréchal mais aussi car Weygand s'opposait à cette collaboration d'Etat que Laval souhaitait mettre en place.
(2): Selon la réalisatrice, une très grande majorité des raflés trouvèrent la mort à Auschwitz.
(3): On considère généralement qu'entre 300 000 et 350 000 Juifs vivaient en France à cette date.
(4): Le film parle de plus de 13 152 juifs arrêtés.
Bibliographie non exhaustive :
- La Grande Rafle du Vel d'Hiv : 16 juillet 1942 de Claude Lévy. Texto, 2004.
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