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Avant la Révolution : le règne de Louis XVI

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Lorsque Louis XV meurt, le 10 mai 1774, le dauphin, son petit-fils, est un jeune homme de 19 ans, Louis-Auguste, dauphin en titre depuis la mort de son frère aîné en 1761. Si la mort de Louis XV suscita un profond soulagement dans la population, l’avènement du jeune roi fit naître de grandes espérances. Réputé bon et généreux, le nouveau roi était également d’une moralité irréprochable qui garantissait qu’on ne verrait plus régner à la Cour de ruineuses favorites comme à la fin du règne précédent. Mais le jeune Louis XVI allait devoir mener dans son royaume plusieurs chantiers majeurs et faire bientôt face à une crise économique et financière qui allait bouleverser l’ensemble de la société française.

Les premiers pas du règne : le ministère Turgot

Lorsqu’il monte sur le trône, Louis XVI hérite d’une crise déjà vieille de plusieurs décennies : la crise parlementaire. Les parlements, ces tribunaux d’Ancien Régime, se considèrent en effet, depuis le début du XVIIIème siècle, comme les défenseurs des populations des provinces face aux abus du pouvoir monarchique. En réalité, la position sociale des parlementaires et le mode d’acquisition de leurs charges, qui sont vénales et héréditaires, font que ceux-ci n’ont aucun intérêt commun avec la majeure partie de la population française. Néanmoins, ils se servent de leur droit de remontrance sur les édits royaux comme d’une arme de contestation, et refusent à plusieurs reprises d’enregistrer les actes législatifs du roi. Pour briser cette opposition, le roi peut procéder à un lit de justice ou, dans les cas les plus extrêmes, exiler le parlement hors de sa ville. Louis XV avait eu plusieurs fois recours à cette mesure et, lors de l’avènement de Louis XVI, le parlement de Paris est exilé depuis qu’il s’est opposé aux réformes du chancelier Maupeou en 1771. L’un des premiers actes politiques de Louis XVI consiste à rappeler le parlement à l’automne 1774.

De fait, Louis XVI contribue à reconstituer une force conservatrice qui s’était toujours accrochée à ses privilèges et avait constamment refusé les réformes pourtant nécessaires proposées par le souverain. Louis XVI est un roi profondément pénétré de l’importance du respect des lois fondamentales du royaume de France et il ne souhaite donc pas aller à l’encontre de cette institution traditionnelle.

TurgotPour l’heure, Louis XVI nomme ministre des Finances l’homme qui a écrit les articles économiques de l’Encyclopédie, Turgot. Ce ministre va aussitôt lancer une série de réformes extrêmement audacieuses comme la liberté du commerce des grains ou l’abolition de la corvée royale, des maîtrises et des jurandes. Turgot n’aura cependant pas le temps de mener à bien toutes ses réformes car il est contraint à la démission en 1776. Son projet ambitieux de « subvention territoriale uniforme », c’est-à-dire un impôt payé par tous, y compris le clergé et la noblesse, avait suscité les oppositions les plus vives des privilégiés par la voix des parlements.

La crise économique et financière

En deux ans, Turgot avait bâti un système de perception d’impôts permettant à la France d’avoir des finances saines et de ne devoir recourir à l’emprunt. Mais cet ensemble va être totalement ruiné par la participation de la France à la guerre d’indépendance des Etats-Unis à partir de 1776. Les tractations diplomatiques de Benjamin Franklin, envoyé par les Insurgents à Paris, avaient finalement entraîné la France dans la guerre contre la Grande-Bretagne. Le ministre des Affaires Étrangères français, Vergennes, espérait ainsi laver l’affront fait à la France en 1763 à la fin de la Guerre de Sept Ans. Si la guerre fut un succès militaire pour les Franco-Américains, elle creusa considérablement le déficit des finances du royaume.

L’homme nommé au poste de ministre des Finances pour tenter de combler ce déficit fut le banquier genevois Necker. Il consentit à contracter un emprunt mais avait bien conscience que cela serait inutile sans une réforme profonde du système fiscal du royaume. Les expériences nouvelles qu’il tenta de mener déclenchèrent l’hostilité des parlements. Ne pouvant venir à bout de ces oppositions, il publia un Compte rendu au roi où il dévoila au public l’état des finances de l’État. En réalité, ce bilan était faux car il y avait omis les dépenses militaires, les véritables responsables du déficit. En révélant combien coûtaient réellement au pays les ordres privilégiés, Necker s’attira la sympathie du grand public, mais concentra sur lui l’hostilité de la noblesse qui obtint son renvoi en 1781.

Il fallut attendre 1783 pour qu’un ministre des Finances s’attaque de nouveau au problème du déficit. Entre-temps, celui-ci était devenu la principale préoccupation de l’État. Ce nouveau ministre, Calonne, dut de nouveau recourir à l’emprunt et lança une véritable campagne de communication afin de restaurer la confiance en la bonne santé financière de la France. Mais, sans s’attaquer au cœur du système fiscal, de tels expédients ne pouvaient avoir d’effets durables. Le déficit continuait de se creuser toujours plus et Calonne dut se résoudre à présenter au roi un plan d’économies beaucoup plus drastique.

Entre-temps, la situation économique du pays s’était considérablement dégradée. L’accord de libre-échange conclut avec la Grande-Bretagne en 1786 était alors en cause : en permettant l’afflux massif en France de marchandises industrielles à bas prix, il avait conduit au chômage des milliers d’ouvriers dans les villes manufacturières françaises. Cette population misérable, de plus en plus nombreuse, inquiétait fortement les autorités royales qui craignirent un embrasement à la moindre étincelle.

La reine et le discrédit jeté sur la Cour

marieantoinettePour comprendre les errements de la politique de Louis XVI dans les premières années de son règne, il est nécessaire de percevoir le rôle de la Cour et principalement de la reine auprès du roi. On a souvent critiqué le manque de volonté et de fermeté du roi, son irrésolution et sa faiblesse face aux courtisans et à sa femme. De fait, Louis XVI a été élevé au sein du parti dévot de la Cour de Versailles, ce qui ne le prépara guère à accepter facilement les projets de modernisation que lui proposèrent ses ministres. Il céda d’ailleurs face aux récriminations des privilégiés qui réclamèrent le départ de Turgot en 1776. Cela explique que la plupart des grandes réformes du règne ne purent jamais aboutir ou ne débouchèrent que sur des demi-mesures : les ministres manquèrent toujours du soutien du roi face à l’opposition des nobles ou des parlements.

La personnalité de la reine, Marie-Antoinette d’Autriche, a également eu un rôle important dans cette période. Mariée au dauphin en 1770, elle est la garante de l’alliance entre la France et l’Autriche. Face à cette étrangère subsista toujours une sourde méfiance qui encouragea la propagation de nombreuses rumeurs à son sujet. On moquait également le peu d’empressement de Louis XVI auprès d’elle, et on lui prêta par conséquent une foultitude d’amants ainsi qu’une relation avec la comtesse de Polignac. En réalité, sa spontanéité et son dédain pour l’étiquette rigide de Versailles provoquèrent la réprobation d’une population très attachée au respect des valeurs et des protocoles de la monarchie.

Un coup très rude fut porté au prestige de la Cour en général et de la reine en particulier par l’affaire du collier en 1785. Cette vaste escroquerie montée aux dépens du cardinal de Rohan confirma auprès de l’opinion la réputation de légèreté de mœurs de Marie-Antoinette et ne fit que renforcer l’hostilité à son égard bien qu’elle n’eût, objectivement, aucune part dans l’affaire.

Tenter de sortir de l’impasse : l’assemblée de notables ou les États généraux ?

Alors que commence l’année 1787, Calonne n’a plus aucun moyen de faire face au déficit. Les nouveaux emprunts levés ne servent qu’à payer les intérêts des emprunts précédents. On évoque alors la possibilité de convoquer les États Généraux, antique institution monarchique dont la fonction est théoriquement de consentir à de nouveaux impôts levés par le roi. Pour éviter ce recours, Calonne créé une assemblée de notables qui remplirait ce rôle. Placer tous les espoirs de relever la situation financière du pays dans une assemblée, même composée de privilégiés, voilà qui constitue déjà une révolution.

Bibiographie

- Louis XVI de Jean-Christian Petitfils. Perrin, 2005.

- Les Rois qui ont fait la France : Louis XVI de Georges Bordonove. Pymalion, 1983

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