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Louis XIV, le Grand (roi de France, 1643-1715) - Biographie 3/3

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Plus que beaucoup d’autres entreprises le projet Versaillais est associé au nom de Louis XIV. Il évoque à la fois le raffinement d’une société de cour parvenue à un extrême degré de sophistication mais aussi de sombres intrigues et des dépenses somptuaires qui pesèrent lourdement sur le destin du Royaume.  Qu’en était-il en réalité ? Pourquoi Louis décide t-il au cours des années 1670 (la décision fut semble t-il définitivement prise en 1677) de fixer la cour à Versailles ?

Si sa relative méfiance par rapport à l’agitation Parisienne joue un rôle dans cette décision, rappelons-nous les frayeurs de la Fronde,  nul doute que pour le Roi Soleil le départ du Louvre est un moyen d’imprimer sa marque dans l’Histoire de France. Passionné d’architecture et d’ordre, voulant plier la nature à sa volonté tout comme les hommes, la transformation d’un modeste relais de chasse en un vaste complexe curial est un acte éminemment politique.  A bien des égards il signifie le passage de l’âge baroque, violent et chaotique à l’âge classique, qui se veut raison et unité.

Le Roi Soleil et Versailles

 

Tout au long du règne, Versailles sera un immense chantier où travailleront jusqu’à 36 000 personnes. Le Roi participe largement à la conduite des travaux et s’entoure des meilleurs artistes de son temps. On estime que la construction de Versailles représente, l’équivalent de 3 à 4% des dépenses annuelles de l’Etat, ce qui est à la fois considérable mais moins ruineux que ce que l’on a pu affirmer.  Sans compter que ces dépenses constituent un investissement politique précieux.

 

Si Versailles va permettre de fixer la grande aristocratie au sein d’un système où le Roi exerce un contrôle renforcé, c’est aussi un moyen de promouvoir l’excellence de l’art et de la culture française dans l’Europe tout entière. Ainsi la cour Versaillaise devient-elle rapidement la grande référence pour les souverains Européens, qui n’auront de cesse de s’en inspirer.

 

Au sein de cette nouvelle cour, Louis incarne largement sa propre idée de la monarchie. La cour du Louvres des années 1660-1670, rappelait encore à bien des égards celle de Louis XIII. Il ne faut pas oublier non plus qu’elle restait aussi tributaire des fréquents voyages du Roi, tout comme les ministères. A Versailles l’ordre s’impose selon les conceptions mécanistes de l’époque. Tout gravite autour du Roi, astre et repère des courtisans. Louis XIV va mettre en scène sa vie, comme peu de souverains avant lui, avec un sens inné du spectacle. Un cérémonial élaboré rythme sa journée, qu’il s’agisse de son lever (à 7 heures 30 chaque jour), sa toilette, ses besoins naturels (accompagner le Roi lorsqu’il est à la chaise percée est un insigne honneur !),  ses repas ou son coucher.

 

A Versailles, la principale préoccupation des courtisans reste l’étiquette et les nombreux conflits d’égo qu’elle peut entrainer. Louis saura en user avec un art consommé pour maintenir la noblesse dans un état de tension et de dépendance permanente. Poussés à tenir leur rang, les courtisans bien vite endettés, représentent  d’autant moins une menace que leur présence à Versailles affaiblit leur influence en Province. C’est ainsi qu’à l’instar de nombreux auteurs l’on peut parler de véritable ‘domestication de la noblesse’. Noblesse qui ne justifie plus son rang et ses privilèges que par le service du Roi, à la cour ou sur les champs de bataille.

 

Néanmoins le système Versaillais, dont le maintien exige de constants efforts de la part du Roi, connait ses côtés sombres. Un tel rassemblement de puissants, aiguillonnés par la jalousie et la constante recherche de la faveur du Roi ne peut que devenir un lieu d’intrigues. Ainsi le scandale de l’affaire des Poisons (1679-1680), qui implique de très hauts personnages (comme la duchesse de Bouillon) rappelle que la vie du Roi et celle de ses proches reste à la merci de complots. Complots en partie motivés et favorisés par la vie sentimentale agitée de Louis.

 

Marié à la sage et prude Marie-Thérèse, Louis en a eu six-enfants dont un seul parviendra à l’âge adulte : Louis de France dit le Grand Dauphin. Le Roi ne se satisfait pas de cette relation conjugale terne et entretient diverses amours (les tentations ne manquent pas) adultères. On retiendra notamment parmi ses maitresses, sa belle sœur Henriette d’Angleterre ou encore  la délicieuse Louise de la Vallière (qui lui fera cinq ou six enfants), mais surtout Madame de Montespan et Madame de Maintenon.

 

Madame de Montespan fit irruption dans la vie de Louis au cours de l’année 1666. Cette marquise ravissante dotée d’un esprit vif, fut pour beaucoup dans la prise de confiance en soi d’un Roi jusque là encore gauche et mal à l’aise avec les femmes. Odieuse avec ses rivales et bien décidée à conserver le Roi pour elle, la Marquise de Montespan donnera à Louis quatre enfants qui parviendront à l’âge adulte. Parmi eux, ses deux fils fils (le Duc du Maine et le Comte de Toulouse) joueront un rôle politique important. La relation passionnée et sensuelle qui unissait  Louis et Mme de Montespan, est à certains égards révélatrice de l’éloignement du Roi par rapport à la religion. Malgré les sermons de Bossuet et le conformisme catholique du temps, Louis parvenu à la quarantaine restait l’esclave de ses sens.

 

Ce fut son dernier et grand amour qui le ramena à la Foi, ce qui ne fut pas sans conséquences politiques. Pour élever ses enfants, la Marquise de Montespan avait porté son choix sur Françoise d’Aubigné, veuve de Scarron un poète libertin. Intelligente et pieuse, sans pourtant renoncer aux plaisirs de l’amour, la veuve Scarron s’était fait remarquer pour son bons sens et son esprit. Sa fonction d’éducatrice des bâtards royaux lui permit de rencontrer le Roi. Ce dernier tomba progressivement sous le charme de celle qu’il fit marquise de Maintenon. Au-delà de la relation charnelle qui va les unir, existe entre eux une grande complicité intellectuelle, Françoise étant à même d’être une confidente compréhensive mais ferme pour le Roi.

 

maintenonElle jouera ainsi un rôle de conseillère officieuse et ne sera pas pour rien dans le rapprochement du Roi avec les cercles dévots. Un retour à la foi, que marquera leur union secrète après la mort de la Reine et dont on ignore encore la date exacte (1683 ou 1688 ?).

 

De la révocation de l’Edit de Nantes à la Succession d’Espagne

 

Egaré dans le péché (selon les conceptions du temps) jusqu’au début des années 1680, Louis revenu à une pratique plus régulière de la religion catholique va se rapprocher peu à peu des options du parti dévot. Il ne faut cependant pas simplement y voir, l’acte d’un homme vieillissant (et à la santé de plus en plus fragile) mais aussi la décision longuement réfléchie d’un Roi qui ne cesse de repenser le rôle de la France en Europe. Les années 1680 sont celles de l’affirmation d’un bloc Protestant (Provinces-Unies puis Angleterre) rival de Paris, mais aussi d’une opposition renouvelée avec les Habsbourg dans la perspective de la succession d’Espagne.

 

Louis XIV a pour intérêt d’incarner le renouveau catholique afin de légitimer ses entreprises internationales. On le sait cela se traduira notamment, par ce que l’on cite souvent comme l’une des plus grandes fautes de son règne : la Révocation de l’Edit de Nantes. Cette décision est le résultat d’un long processus entamé sous le règne précédent et qui vise à mettre fin à l’exception religieuse française. En effet la France est l’un des très rares états d’Europe où cohabitent officiellement deux religions. Une situation mal vécue par Louis qui y voit une entrave à l’unité du Royaume et un danger politique potentiel. En effet il n’est pas sans ignorer que les rivaux protestants de la France (et au premier chef Guillaume d’Orange) répandent leur propagande au sein des milieux huguenots et y comptent un certain nombre d’alliés.

 

Louis entend parvenir à la fin du protestantisme dans son royaume, par la contrainte et le prosélytisme. Les grands nobles protestants sont poussés à la conversion, les huguenots les plus modestes se voient forcés d’héberger des soldats, ce qui donnera lieu aux terribles dragonnades. En 1685 l’ultime pas est franchi, lorsque l’Edit de Fontainebleau est proclamé. La Religion Prétendue Réformée (RPR) est interdite, le Royaume redevient un état où un seul culte est autorisé : le culte catholique. Si un certain nombre de protestants de convertissent, de nombreux autres vont fuir la France et iront grossir les rangs des ennemis du Roi-Soleil, tant en Angleterre, qu’aux Pays-Bas et en Prusse. La France y perd peut être 200 000 sujets, dont de nombreux artisans et bourgeois réputés. Elle y gagne cependant un grand crédit auprès des puissances catholiques. L’Edit de Fontainebleau constituera d’ailleurs l’une des mesures les plus populaires du règne du Roi-Soleil et sera accueillie par un concert de louanges et de festivités. L’esprit de tolérance des Lumières était encore loin…

 

Les années 1680 marquées par la gloire Versaillaise et l’affirmation de l’unité religieuse du Royaume, sont aussi celles d’une politique extérieure agressive qui provoque un nouveau conflit européen. A partir de 1678, Louis (trop) sûr de sa force après la Paix de Nimègue tente d’agrandir son royaume en prenant parti du flou juridique institué par les divers traités européens antérieurs. Par un mélange subtil d’artifices juridiques (les fameuses Chambres de Réunion), d’achat des faveurs de Princes étrangers et de coups de force, le Roi-Soleil met la main sur divers territoires en Alsace, en Lorraine puis aux Pays-Bas Espagnols.

 

Devant cet expansionnisme à peine voilé se constitue une ligue défensive, la Ligue d’Augsbourg qui finir par réunir : les Provinces-Unies (Pays Bas actuels), la Suède, l’Espagne, le Brandebourg (futur royaume de Prusse), la Bavière, la Saxe mais aussi l’Angleterre et l’Autriche… Louis qui n’a pas su convaincre de la légitimité de ses revendications, se retrouve donc face à une alliance réunissant l’essentiel des puissances d’Europe. Le conflit qui va en résulter durera neuf ans (1688-1697).

 

louis xiv roi de guerre

 

Cette guerre de Neuf-Ans, constitue une épreuve terrible pour le royaume de France mais aussi un test pour la solidité du régime mis en place par Louis XIV. La France qui bénéficie de revenus importants, d’infrastructures développées et d’une unité de direction parvient à se mesurer une fois de plus à une coalition paneuropéenne. L’armée crée par Louvois, la Marine rêvée par Colbert et ce malgré certains revers parviennent globalement à prendre la main sur leurs adversaires.

 

L’empreinte du Roi sur les opérations, tout comme sur les diverses négociations est plus forte que jamais après 1691. Cette année voit en effet avec la mort de Louvois la fin du système ministériel initié depuis la chute de Fouquet. Jamais plus la France de Louis XIV ne connaitra de ministre disposant d’une vaste clientèle aux ordres.

 

1691 bien plus que 1661 représente l’avènement de la monarchie absolue. A 53 ans Louis doté d’une solide expérience, plus Roi-Soleil que jamais se consacre à sa tâche avec une passion étonnante. Chaque ministre rend compte de la moindre de ces décisions à Louis, qui d’ailleurs entretient avec habileté un flou artistique sur leurs attributions et compétences respectives. Aux clientèles ministérielles se substitue une monarchie ‘administrative’ qui contribuera largement à l’évolution politique ultérieure de la France. Néanmoins cette concentration des pouvoirs ne sera pas sans conséquences néfastes. Louis désormais entouré de courtisans, s’isole peu à peu dans un arbitraire royal qui le coupe des réalités du terrain.

 

Or pour la France des années 1690, celles-ci sont terribles. Les aléas climatiques de l’époque (le petit âge glaciaire, décrit par Emmanuel Le Roy Ladurie) ont des effets catastrophiques sur l’activité agricole. Aux famines qui en résultent, viennent s’ajouter les désordres politiques  et les révoltes entrainés par la pression fiscale. Entre 1693 et 1694 la situation tourne au drame national et l’on estime le nombre de victimes à plus d’un million (sur 22 millions de sujets). Cette crise entraine l’émergence d’un mouvement diffus d’opposition à l’absolutisme royal, qui trouvera finalement à s’exprimer à la mort du Roi et au début de la Régence de Philippe d’Orléans.

 

Dans cette atmosphère de contestation, qu’alimente des débats religieux intenses (problématique du Jansénisme, mais aussi engouement pour le quiétisme) le Roi s’il continue son action réformatrice doit cependant renoncer à certains projets. Ainsi celui d’une refonte du système fiscal (en partie inspiré des réflexions de Vauban) n’aboutira jamais, avec de graves conséquences à long-terme pour l’avenir du Royaume. D’autre part Louis désireux de ménager les cercles Ultramontains (c'est-à-dire partisan du Pape contre les velléités d’autonomie de l’Eglise de France) fini par verser dans une orthodoxie religieuse répressive.

 

En 1697 lorsque la guerre de neuf ans prend fin par le Traité de Ryswick, le royaume de France apparait une fois de plus comme victorieux. Louis XIV se voit reconnaitre l’annexion de l’essentiel de l’Alsace ainsi que St Domingue. Néanmoins ce n’est là qu’une suspension d’armes, tous les regards étant tournés vers Madrid. Le Roi Charles II d’Espagne, que Louis a souhaité ménager en lui rendant les Pays-Bas Espagnols qu’il occupait, prépare alors sa succession. Cette dernière pourrait bien décider de l’avenir de l’Europe…

 

Le crépuscule du Roi Soleil

 

Voilà prés de 35 ans que les principales puissances du continent attendent la mort du Roi « ensorcelé »  (El Hechizado, c’est ainsi que l’on surnommait Charles II en raison de ses nombreuses infirmités). Charles II qui n’a  jamais eu d’enfant est à la tête d’un immense empire, 23 couronnes, des possessions sur 4 continents…

 

lensorcelLa cour de Madrid grouille d’agents étrangers qui essaient de convaincre Charles et ses conseillers de rédiger un testament favorable à leurs souverains. Le Roi exsangue est sous l’influence de deux grands partis. Le plus puissant est certainement celui qui représente les intérêts de son cousin de Vienne, l’Empereur Léopold 1er. Face à cette camarilla pro Autrichienne, s’est constitué un parti pro Français qui après la paix de Ryswick apparait de plus en plus puissant. Charles II craint en effet qu’à sa mort son empire soit dépecé entre différentes puissances (et d’ailleurs divers accords de partage seront signés, mais jamais respectés) ce qui signifierait à terme la ruine de l’Espagne.

 

Le Roi ‘ensorcelé’ cherche donc à confier son héritage à un état suffisamment puissant pour en maintenir l’unité. Il finit par lui apparaitre que ce dernier ne peut être que la France, un choix qui lui a d’ailleurs été recommandé par le Pape en personne. Le 2 octobre 1700, Charles II mourant rédige un ultime testament qui fait de Philippe d’Anjou son légataire universel. Philippe d’Anjou n’est autre que le deuxième fils de Louis de France, le Grand Dauphin. Si Louis XIV accepte le testament, la maison de France montera donc sur le trône d’Espagne. Ce serait dépasser là, les rêves les plus fous de ses prédécesseurs Bourbon. Mais ce serait aussi mécontenter toutes les autres grandes  puissances européennes et risquer une nouvelle guerre continentale.

 

Lorsque la nouvelle de la mort de Charles II parvient à la cour de Louis XIV le 9 novembre 1700, ce dernier est pleinement conscient de l’enjeu. Il sait que la France ne s’est toujours pas remise des guerres précédentes et que malgré son rapprochement avec le Pape, sa cause reste perçue comme illégitime à l’étranger. Après une longue réflexion, Louis prend la décision d’accepter le testament. Par un de ses coups de théâtre dont il fut si coutumier, il convoque son petit-fils à son lever et le présente aux courtisans avec ses simples mots : « Messieurs, voilà le Roi d’Espagne ! ».

 

Dans les mois qui suivent Philippe d’Anjou, devenu Philippe V d’Espagne va prendre possession de son nouveau royaume. Il est assisté dans sa tâche par un entourage français, largement influencé par Versailles. Cette véritable révolution diplomatique, qui permet à la France de tirer profit des richesses inouïes de l’Empire Espagnol devait conduire une fois de plus l’Europe au conflit. Après diverses tractations sans lendemain, l’Angleterre, les Provinces-Unies et l’Empereur déclarent la guerre à la France le 15 mai 1702.

 

Ces trois puissances sont bientôt rejointes par divers princes allemands (dont le Roi en Prusse) mais aussi par le Danemark. Financièrement les opérations sont assurées par une Angleterre en pleine expansion économique. Sur le plan politique la coalition anti-française est animée par trois personnalités exceptionnelles : le Prince Eugène de Savoie Carignan brillant général des armées autrichiennes, Heinsius l’avisé Grand pensionnaire de Hollande et John Churchill Duc de Marlborough arriviste génial et sans scrupules, mari de la favorite de la reine Anne d’Angleterre.

 

Face à triumvirat d’exception, le sort de l’alliance Franco-espagnole (à laquelle s’est greffée la Bavière, Cologne et une Savoie peu fiable) repose sur les épaules d’un Louis XIV sur le déclin. Le Roi Soleil est en effet entré dans une vieillesse douloureuse, marquée par la maladie et le poids d’une charge de plus en plus écrasante. Dans l’épreuve il favorise désormais la fidélité sur la compétence et accorde ainsi sa confiance à des chefs militaires loyaux mais médiocres, au premier chef le maréchal de Villeroy.

 

A la déclaration de guerre, le Royaume de France peut compter sur une armée d’environ 250 000 hommes et d’une marine considérable. Néanmoins face à elle ses ennemis accomplissent un effort militaire sans précédent : 100 000 hommes pour l’Empereur, 75 000 pour l’Angleterre, plus de 100 000 pour les Provinces Unies. Si la France a pour elle d’occuper une situation stratégique centrale, ses rivaux peuvent aisément la forcer à des efforts divergents. D’autre part la centralisation du système de commandement Français, où tout doit passer devant le Roi, prive les armées franco-espagnoles de la réactivité de leurs ennemies.

 

La Guerre de Succession d’Espagne, par son ampleur, sa durée et l’étendue de ses opérations (en Europe, mais aussi aux Amériques) préfigure les conflits mondiaux. Elle se caractérise aussi par une mobilisation des opinions publiques, à grand coup de propagande et de pamphlets. Elle participe ainsi de la longue maturation des consciences nationales qui bouleverseront l’Europe par la suite.

 

Les premières années sont à l’avantage de la France qui conserve une certaine initiative stratégique. L’Empereur qui doit affronter une révolte Hongroise soutenue par la France passe même très prés de la catastrophe en 1703. Néanmoins les divergences entre l’électeur de Bavière et le maréchal de Villars permettent aux armées autrichiennes de se ressaisir et de sauver Vienne. Dans les mois qui suivent la défection de la Savoie au profit de l’Empereur amorce un retournement de situation contre la France. Avec la prise de Gibraltar par les anglais en 1704 et la révolte protestante des Camisards, Louis XIV semble avoir définitivement perdu la main.

 

le duc de marlborough  blenheim

 

C’est le début d’une période extrêmement rude pour Louis et son royaume. Aux défaites militaires (Blenheim, Ramillies…) et à l’agitation intérieure viennent s’ajouter une fois de plus la colère de la nature. Le début de 1709 est celui de l’hiver le plus rigoureux du règne, le « Grand Hyver » selon la langue du temps. La Somme, la Seine, la Garonne sont prises dans les glaces tout comme le vieux port de Marseille. Les oiseaux gèlent vivant sur les branches des arbres, on ne coupe plus le pain qu’à la hache…Au dégel succèdent des précipitations records qui achèvent de ruiner les récoltes. Malgré tous les efforts déployés par la couronne, la famine est inévitable et tuera plus de 600 000 français.

 

Le Roi isolé dans sa cour de Versailles, cède comme beaucoup au pessimisme. De telles calamités ne sont-elles pas le signe que Dieu désapprouve sa conduite ? Soutenu en ce sens par Madame de Maintenon, Louis se résigne à négocier la paix. Mais voilà les conditions proposées par les coalisées frisent l’insulte. Heinsius demande notamment à Louis XIV de s’engager à chasser par les armes, si besoin est, son petit fils du trône d’Espagne, qui doit revenir à Charles III le nouvel empereur. Faire la guerre à son petit-fils au profit de l’Autriche ? C’est une condition à laquelle Louis ne peut se résigner. La guerre continue…

 

La guerre continue, mais la France est épuisée et la France a faim. Des émeutes éclatent un peu partout, le Dauphin lui-même manque se faire lyncher par la foule à Paris. On demande la Paix et du Pain. La vindicte populaire n’épargne même plus le roi et son entourage, notamment Madame de Maintenon. Beaucoup hésitent encore à s’attaquer au monarque sacré et préfèrent donc accuser son épouse secrète des pires crimes. D’autres s’en référent à Ravaillac et Brutus, dans des affiches qui rappellent celles que l’on retrouvera en 1792. Louis accuse le coup et congédie Michel Chamillart, le contrôleur général des Finances, qui servira de bouc-émissaire. Pour la première fois un ministre du Roi-Soleil est chassé par la pression extérieure.

 

La crise politique de 1709 trouve son aboutissement dans l’une des dernières grandes initiatives de Louis et certainement l’une des plus étonnantes. Le 12 juin 1709 le roi adresse au peuple une lettre pour lui expliquer sa politique et les raisons de la poursuite de la guerre. Cet appel au peuple, traduit les limites de l’absolutisme Louis quatorzien. On ne demande plus aux FRANÇAIS (le mot est écrit en majuscules) d’obéir, mais bien de soutenir le Roi, en bons patriotes. Ce texte que Jean-Christian Petifils qualifie de « Churchillien » va connaitre un très large succès. Très largement diffusé, lu jusque sur les champs de bataille, il va contribuer à un sursaut national qui stupéfiera l’Europe.

 

En 1709 les armées françaises ont du se replier sur le « Pré Carré » et abandonner l’Italie et l’Allemagne. Mais que ce soit au siège de Tournai où à Malplaquet elles font payer chèrement toute avancée aux troupes des coalisés. Face à cette résistance inattendue et les nouveaux sacrifices qu’elle entraine, la coalition commence à se fissurer. A Londres Marlborough entre en disgrâce et l’on commence à dissocier les intérêts du nouveau Royaume-Uni (l’Angleterre et l’Ecosse se sont unies en 1707) de ceux de Vienne. Les Britanniques placent désormais leurs projets coloniaux et commerciaux au dessus de la compétition entre Vienne et Paris. Ils sont prêts à sortir du conflit à condition de renforcer leurs possessions outre-mer. Du côté de l’Empereur on comprend que l’Espagne est définitivement perdue (les partisans des Habsbourg y sont repoussés par les Franco-espagnols). Enfin tous les belligérants sont confrontés à l’épuisement de leurs finances et de leurs économies. Les négociations reprennent donc.

 

Elles aboutissent en 1712-1713 au Congrès d’Utrecht. Le résultat fait la part belle au concept d’équilibre des puissances (voire de sécurité collective en étant ambitieux) naissant. Philippe V conserve le trône d’Espagne, mais doit renoncer à celui de France pour lui et ses descendants. La France conserve ses conquêtes antérieures (Alsace, Franche-Comté, Artois, Roussillon) mais cède l’Acadie aux Anglais. Quant à l’empereur il récupérera par la suite les Pays-Bas espagnols (sécurisés par des garnisons néerlandaises) et le Milanais.

 

Louis XIV accueille ce traité d’autant plus de soulagement que le destin s’est abattu lourdement sur sa famille au cours des mois précédents. En 1711 son fils a été terrassé par la Variole, l’année suivante son petit fils et nouvel héritier : le Duc de Bourgogne est lui aussi emporté par la maladie. L’héritier du trône est alors un petit garçon de deux ans de santé fragile : son arrière petit fils, le futur Louis XV. Cette situation ouvre la porte à toute une série d’intrigues et de conspirations qui menacent la stabilité du royaume.

 

Le Roi Soleil conscient des risques que cela représente, va en 1714 inclure dans la lignée de succession ses deux bâtards : le Duc du Maine et le Comte de Toulouse. C’est là une innovation qui viole les lois non écrites du royaume (dites Lois Fondamentales) et qui va provoquer une énième poussée de contestation. Devant ce que l’on estime être une ultime manifestation de l’arbitraire absolutiste, on complote et on conspire, préparant la France à une monarchie équilibrée (par le poids politique de la noblesse) qui sera une source d’inspiration pour les théoriciens libéraux du 18éme siècle.

 

Pour régent de son arrière petit-fils, le Roi a choisi son neveu : Philippe d’Orléans. L’homme réputé fantasque et libertin, semble à priori proche du parti de la réaction aristocratique anti-absolutiste. C’est mal connaitre cet officier compétent et très instruit, certes inconstant mais qui saura préserver l’essentiel de l’héritage politique des Bourbons.

 

Ainsi rassuré sur sa succession, Louis XIV va vivre ses derniers mois dans une atmosphère pesante marquée par le poids des deuils et des chagrins accumulés. Le 9 août 1715 le Roi Soleil se plaint à ses médecins de douleurs à la jambe gauche. Le 21 l’on arrive à la conclusion que celle-ci est affectée par la gangrène. Les médecins reconnaissent leur impuissance et le 26 Louis fait venir son héritier à son chevet. Il lui confie ces quelques mots : « Mon cher enfant, vous allez être le plus grand roi du monde, n’oubliez jamais les obligations que vous devez à Dieu. Ne n’imitez pas dans les guerres ; tâchez de maintenir toujours la paix avec vos voisins, de soulager votre peuple autant que vous pourrez… » Face à la mort le Roi-Soleil reste lucide et ne cache pas ses remords.

 

Bien décidé à faire de sa mort un spectacle, comme il le fit de sa vie, il fera en sorte que ses courtisans assistent à son agonie. Après tout comme il le déclare : « Ils ont suivi tout le cours de ma vie ;  il est juste qu’ils me voient finir. » Son dernier souci sera de se mettre en paix avec un Dieu, dont il redoutera jusqu’au dernier moment le jugement. Le 1er septembre 1715, vers 8 heures 45 du matin il rend son dernier souffle. 72 ans de règne viennent de s’achever. En apprenant la nouvelle Frédéric Guillaume 1er de Prusse déclare : « Messieurs, le Roi est mort ! ». Tout est dit…

 

Louis le Grand, quel bilan ?

 

louis xiv en 1661 par lebrunComment rendre justice et évaluer en quelques lignes, le bilan d’un règne effectif de 54 ans ?

 

En 1661 la France sur laquelle Louis XIV va régner est encore une puissance émergente dont les frontières sont à la merci de l’encerclement que lui fait subir les Habsbourg. En 1715 c’est la 1ére puissance militaire d’Europe, dotée de frontières sûres et d’un prestige culturel sans équivalent.

 

Cependant l’amour de la gloire et de la guerre du Roi-Soleil auront coûté à la France, la modernisation de ses structures économiques et financières qui assureront à plus long-terme le triomphe de sa rivale Britannique. Engoncé dans l’absolutisme, charge trop lourde pour un seul homme, le Royaume n’aura pu se défaire des archaïsmes socio-économiques qui pèseront tant sur son avenir.

 

Malgré tout, le souverain sera parvenu à s’ériger comme l’incarnation du principe d’unité de la nation. Par la domestication d’une noblesse, autrefois si turbulente, par la mobilisation de toutes les énergies vers un seul et même but, Louis XIV aura ancré dans la culture nationale l’idée d’un édifice institutionnel, patrimoine et intérêt commun de tous les Français.

 

Comme il l’énonça si bien lui-même : « Je m’en vais, mais l’Etat demeurera toujours… »

 

Bibliographie non exhaustive :

 

-          Lucien Bély, Louis XIV : le plus grand roi du monde, Gisserot, coll. Histoire, 2005

 

-          François Bluche, Louis XIV, Hachette, coll. « Pluriel », 1999

 

-          Max Gallo, Louis XIV (2 tomes : Le Roi Soleil (1638-1682) et L'Hiver du grand roi (1683-1715))

 

-          Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Perrin, 2002

Lien externe

- Le chateau de Versailles

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