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Accueil Histoire de France Philippe II Auguste (roi de France, 1180-1223)

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Philippe II Auguste (roi de France, 1180-1223)

piece-philippe-augusteLe roi de France Philippe II, dit Auguste, est celui qui a vraiment permis à la dynastie des Capétiens de consolider son pouvoir. Mieux, par ses conquêtes et ses réformes, il est parfois considéré comme l’un des fondateurs de ce qu’est devenue la France, probablement l’un de ses plus grands souverains.

 

 

 

La succession de Louis VII

 
 

Philippe succède à son père le roi Louis VII, qui a épousé sa mère Adèle de Champagne après l’annulation de sa précédente union avec Aliénor d’Aquitaine, et un mariage sans héritier mâle avec Constance de Castille.

 

Il est associé au trône dès 1179, et sacré roi à Reims la même année. Il succède à son père à seulement quinze ans, en 1180. Mais le trône capétien est alors affaibli et le jeune souverain doit lutter contre l’influence de sa mère, de ses oncles et de certains féodaux qui s’allient contre lui. Habile politique, il a réussi avant même la mort de son père à signer un traité de paix avec le Plantagenêt Henri II, à Gisors. Il a alors les mains libres pour affronter ses rivaux, qu’il vainc en 1185 ; il leur impose le traité de Boves et met la main sur le Vermandois, l’Artois et Amiens. C’est à cette occasion qu’il aurait été surnommé Auguste par le moine Rigord, en référence à son mois de naissance mais surtout au premier empereur romain.

 
 

La lutte contre les Plantagenêts

 
 

Comme son père, Philippe II entretient des relations conflictuelles et complexes avec les Plantagenêts, maîtres de l’Angleterre mais aussi d’une bonne partie de la France grâce à la dot d’Aliénor. Il n’hésite pas à s’allier avec les fils d’Henri II (Richard, Henri le Jeune, Geoffroy et Jean) contre leur père puis à inverser ses alliances. Le roi d’Angleterre doit lui prêter hommage pour ses possessions continentales en 1183. La lutte reprend cependant à la mort d’Henri le Jeune, alors que Philippe soutient Geoffroy ; celui-ci meurt en 1186, et le roi de France n’hésite pas alors à soutenir son rival Richard ! Les deux hommes deviennent très proches.

 

Alors que le pape parvient à suspendre le conflit en prêchant une croisade pour libérer Jérusalem, reconquise par Saladin, les hostilités reprennent tout de même en 1188 quand Henri II parvient à se réconcilier avec son fils Richard. Néanmoins, les belligérants finissent par se lasser, et signent le traité de Bonsmoulins à la fin de l’année. Cela n’empêche pas Philippe de réussir à retourner une fois de plus Richard contre son père ; cette fois cela porte ses fruits, Henri II malade et affaibli doit se soumettre à son fils, rejoint par le cadet Jean. Il meurt peu de temps après, en juillet 1189. Richard Ier devient roi, et il est temps pour lui d’aller en croisade avec son ami Philippe.

 
 

La Croisade

 
 

couronnement_de_philippe_augusteC’est donc plus de deux ans après l’appel du pape (décédé entretemps) que les deux souverains partent pour la Terre Sainte libérer Jérusalem une nouvelle fois ; ils doivent être rejoints par l’empereur Frédéric Ier Barberousse, mais celui-ci mourra en chemin.

 

L’amitié entre Richard et Philippe ne tient pas longtemps devant la rivalité que créé cette expédition prestigieuse.  Les problèmes commencent en Sicile, où ils restent six mois ! Les deux hommes se disputent l’influence sur les différents partis de l’île, mais se fâchent aussi à cause du refus de Richard d’épouser la demi-sœur de Philippe, Aélis, lui préférant Bérangère de Navarre (Aliénor ne serait pas pour rien dans ce revirement de son fils). Ils parviennent tout de même à se réconcilier avant de repartir. Leur arrivée est décisive pour la prise d’Acre en juillet 1191. Mais très vite ils se retrouvent impliqués dans les querelles de succession du royaume de Jérusalem ; celles-ci n’intéressent pas Philippe, qui est pressé de retourner dans son royaume. Il quitte la Terre Sainte le 27 décembre, laissant la gloire à Richard.

 
 

Mariages et manoeuvres

 
 

La mort du comte de Flandres à Acre a précipité le retour de Philippe, car les prétendants à sa succession sont nombreux. L’affaire de la Flandre a éclaté durant les années 1180, quand le roi de France épouse Isabelle de Hainaut, nièce du comte de Flandre Philippe d’Alsace. Philippe utilise sa femme pour intervenir dans les querelles de succession qui suivent la mort de la femme du comte, Elisabeth, en 1182. Philippe d’Alsace tente alors de réunir des féodaux autour de lui, mais il échoue grâce aux manœuvres politiques du roi de France et à l’intervention d’Henri II ; cela aboutit au traité de Boves mentionné plus haut. Son rapide retour de croisade est dû à l’agitation de nouveaux prétendants à ces terres de Flandre, dont Baudouin de Hainaut. Le roi parvient à obtenir l’hommage de ce dernier, une forte somme et de nouveaux territoires. Il confirme son habileté politique.

 

Sa femme Isabelle est décédée en 1190, et il doit se remarier pour assurer sa succession, son jeune fils Louis étant de santé fragile. Il se choisit alors Ingeburge, sœur de Knut VI du Danemark, qu’il épouse en 1193. Mais, apparemment, la nuit de noces se passe mal et Philippe décide d’enfermer sa femme dans un monastère et d’en chercher une autre ! Soutenu par des ecclésiastiques de son royaume, il se marie avec Agnès de Miranie en 1196, provoquant la colère du pape Innocent III. Philippe doit finalement céder et se séparer de sa femme en 1200, et se résigner à récupérer Ingeburge en 1213…

 
 

Philippe vainqueur des Plantagenêts

 
 

Durant toutes ces années, il n’a pas pour autant cessé d’œuvrer comme souverain et de préparer sa revanche contre Richard, toujours en croisade en 1191. Le roi de France décide alors de s’allier avec Jean, frère de Richard, qui brigue sa couronne. La capture du roi d’Angleterre leur facilite les choses et Philippe met tout son talent de diplomate pour persuader l’empereur de ne pas libérer Richard ! Mais celui-ci recouvre tout de même la liberté au début de l’année 1194, grâce à l’action (et beaucoup d’argent) de sa mère Aliénor ; il est bien décidé à punir Philippe et son frère qui a tout cédé au rival français. Il débarque en Normandie et combat Philippe et ses armées pendant plusieurs années, où les victoires se partagent. Richard parvient néanmoins à battre Philippe à Fréteval, et surtout à cette occasion à récupérer et détruire les archives du roi de France, épisode qui sera décisif dans les réformes futures de Philippe.

 

Les trêves ne sont jamais respectées, ou les paix signées toujours partagées : aucun vainqueur ne se dessine vraiment. C’est le destin ou la chance qui règle le conflit en faveur de Philippe, quand Richard est tué d’un carreau d’arbalète lors du siège de Châlus, en 1199. Une nouvelle fois, Philippe II joue des querelles de succession en prenant parti pour Arthur de Bretagne contre Jean, son ancien allié. L’année 1204 est décisive, car le roi de France met la main sur la Normandie. Les années suivantes, il consolide ses conquêtes et son avance n’est guère troublée que par l’incertitude causée par le départ de son vassal le comte de Flandre pour la IVè croisade…

 

C’est ensuite la situation dans le Saint Empire Germanique qui lui devient favorable, avec la guerre de succession opposant d’abord Otton de Brunswick et Philippe de Souabe. Le premier est soutenu par son oncle Jean d’Angleterre, et par le pape ; le second, frère du défunt empereur Henri VI, par Philippe Auguste, mais il est assassiné en 1208. Pourtant, Philippe ne perd pas sa réussite car le nouvel empereur Otton IV est rapidement excommunié, et le roi de France choisit alors le camp de Frédéric II, fils d’Henri VI. C’en est trop pour ses rivaux : Jean Sans Terre parvient à réunir une alliance avec Otton et le comte de Flandre. Philippe peut compter sur l’aide de son fils Louis, et il obtient lui-même la victoire célèbre de Bouvines en juillet 1214, alors que le futur Louis VIII a battu Jean en personne quelques jours plus tôt à La Roche-aux-Mines ; en revanche, Louis le Lion échoue dans sa conquête du trône d’Angleterre, malgré le soutien un temps des barons anglais. Philippe Auguste est néanmoins à l’apogée de sa puissance.

 
 

Un roi réformateur

 
 

Philippe Auguste est souvent considéré comme l’inventeur de l’Etat français, il est aussi le premier roi appelé « roi de France » et plus « roi des Francs ». Il réorganise la structure administrative du royaume en nommant des baillis et des sénéchaux, écarte la grande noblesse du gouvernement et soutient globalement le mouvement communal ; sous son règne, les finances royales sont excédentaires.

 

Il a aussi considérablement agrandi le domaine royal grâce à ses victoires sur les Plantagenêts. C’est encore lui qui fait de Paris une capitale organisée et fortifiée (avec le Louvre), qui soutient la création de l’Université de Paris. Et c’est sous son règne que commence vraiment à se développer les histoires d’Amour Courtois, et la construction de l’idéal chevaleresque.

 

Toutefois, la personnalité du roi intrigue : on le sait fragile physiquement, et de caractère parfois impétueux et changeant ; il est impatient, malgré une capacité d’analyse surprenante. Sa réputation d’homme machiavélique est renforcée par ses multiples manœuvres et renversements d’alliance, et s’il est réputé pieux il n’en est pas moins coureur de femmes, surtout après la mort d’Agnès…

 
 

La fin du règne

 
 

L’après-Bouvines ne signifie pas encore la paix pour le royaume de France. Philippe Auguste décide tout d’abord, sur l’insistance de Simon IV de Montfort, de s’attaquer aux hérétiques albigeois. Une véritable croisade est lancée contre eux dès 1208, mais la situation se complique quand Raymond de Toulouse est suspecté de soutenir les Cathares. Le siège de Toulouse échoue, et Simon (devenu entretemps comte de la région, avec le soutien du pape et du roi) y meurt en 1218. Philippe, qui a déjà envoyé son fils Louis dès 1215, doit prendre les choses en main ; mais il ne semble guère motivé, malgré l’insistance du pape, et envoie en général son fils (1219) ou des vassaux. A sa mort, Toulouse tient toujours et les Albigeois ne sont pas vaincus.

 

Parallèlement, le roi obtient enfin la paix grâce à son triomphe de Bouvines. Il impose une trêve en 1215, prolongée en 1220. Il prépare aussi sa succession en associant au trône son fils Louis, et en rédigeant un testament en 1222. Sa santé devient très fragile mais, malgré l’avis des médecins, il pense à préparer de nouvelles croisades. Un dernier voyage l’achève, il meurt le 14 juillet 1223 et est enterré à Saint-Denis ; son fils Louis lui succède.

Bibliographie

- Philippe Auguste : La naissance de l'Etat monarchique de Jean Flori. Tallandier, 2007.

- Philippe II Auguste : Le Conquérant de Georges Bordonove. Pygmalion, 2009.

- Philippe Auguste de Gérard Sivery. Perrin, 2003.

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