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La propagation du christianisme sous Charlemagne

charlemagne

La société franque, sous Charlemagne, voit la diffusion d’un phénomène massif de christianisation de tous les territoires placés, directement ou indirectement, sous son influence. La Dilatatio Regni, c’est-à-dire l’expansion territoriale du royaume, est avant tout une Dilatatio Christianitatis, autrement dit la christianisation de la société toute entière, la diffusion de la chrétienté dans toutes les sphères de la société.

 


 

Les mécanismes qui avaient permis  aux Arnulfiens-Pippinides, cette famille caractéristique de la noblesse franque, d’accéder aux plus hautes instances du pouvoir sont toujours d’actualité lors du « moment carolingien ». Ils ont même tendance à s’accentuer, voire même à se renouveler, en proposant des modalités toujours plus novatrices les unes que les autres.

La conquête de nouveaux territoires est caractéristique de ce phénomène majeur de l’histoire carolingienne : l’assujettissement du royaume Lombard en 774, puis des Marches d’Espagne en 778, et enfin de la Bavière et de la Carinthie en 788. De ce fait, la - compliquée - conquête de la Saxe (entre 777 et 797) s’accompagne d’une large entreprise de christianisation, très visible dans le capitulaire saxon de 785 (appelé aussi capitulaire de partibus Saxonie), et qui trouve son apogée lors de la rédaction de l’Admonitio generalis de 789.

L’Admonitio generalis (789).

Néanmoins, si l’on peut observer une véritable volonté d’instaurer de la part de Charlemagne une politique de christianisation par la force, il faut rappeler que son règne est surtout l’occasion d’affermir de façon pérenne les institutions chrétiennes du Royaume, et notamment des pratiques religieuses. Même si le capitulaire saxon de 785 avait mis en place des pratiques très rudes de christianisation en cherchant à « forcer » les individus à l’abandon du paganisme, le second capitulaire saxon, promulgué en 797 et faisant suite à la fin de la conquête de la Saxe par Charlemagne, mit en place des pratiques plus clémentes. Par exemple, on abolit la peine de mort qui sanctionnait les païens jusqu’alors, et on la commue en amendes diverses et variées.

Tout le mécanisme réformateur instauré sous les premiers carolingiens trouve son zénith dans l’Admonitio generalis, promulgué en 789. La portée de ce document est fondamentale pour comprendre les mécanismes du règne de Carolus Magnus: parce qu’il légifère toujours plus en matière de justice religieuse, le roi pose les principes d’une vision nouvelle du pouvoir politique, qui se voudrait véritablement théocratique. L’Admonitio generalis, qui est un capitulaire, définit l'entreprise de christianisation prônée par Charlemagne, et confirme également les dispositions qui ont été adoptées lors des différents conciles réformateurs de l’Eglise promulgués par le passé. Les institutions ecclésiastiques s’en trouvent revigorées, en suivant les fondements institutionnels de l’Eglise. Il s’agit pour les ecclésiastiques de l’entourage direct du souverain de puiser allègrement dans les collections canoniques de Rome (de la papauté), comme la Collectio Dionyso-Hadriana de Denys le Petit, rédigée à l’attention du pontife Hadrien Ier à la même époque. On cherche véritablement à réglementer les rapports entre le roi, le souverain, et les religieux, notamment par la définition des modalités de désignation des évêques.

L’Admonitio generalis cherche aussi à s’occuper de la vie quotidienne du chrétien, du fidèle, en organisant notamment un contrôle élargi des croyances et des rites, et en définissant les fondamentaux de l’orthodoxie religieuse, de la bonne conduite à suivre en matière de foi. En réalité, il s’agit pour Charlemagne de combattre avec fermeté le paganisme qui sévit toujours à l’époque. L’Admonitio generalis établit purement et simplement « l’institution paroissiale », et est un témoin direct de la création des missi dominici, ces envoyés du souverain (chargés d’une mission de contrôle, qui peut être répressive en cas de désobéissance du fidèle) qui vont toujours par deux, et qui sont cités pour la première fois dans ce capitulaire.

Les diocèses francs au cœur du processus

Les évêques sont des personnages centraux dans tout ce qui concerne la gestion des possessions du royaume de Charlemagne, puis de l’Empire dès l’an 800 (après le sacre du souverain franc à Rome, qui marque de fait la fondation de l’Empire romain d’Occident). Ils sont régulièrement envoyés en « mission » dans les contrées de l’Empire en qualité de missi dominici, et peuvent même détenir le pouvoir de ban, c’est-à-dire un pouvoir de commandement sur les hommes. Cela est essentiellement dû à la conception carolingienne de l’exercice de la politique, qui met en avant ces idées spécifiques en son territoire. Cependant, à l’époque de Charlemagne, c’est bien le souverain qui a la primauté sur les évêques. En ce sens, il s’agit véritablement d’une « théocratie impériale », comme cela a été évoqué précédemment.  Le souverain dispose d’une prérogative essentielle sur les clercs, par le simple fait qu’il ait lui-même été « désigné » par Dieu, et que le pape Léon III en personne se soit agenouillé devant lui.

Cette prédisposition a néanmoins tendance à s’inverser à partir du début du règne de Louis le Pieux – et donc à la mort de Charlemagne -, dès 814, au moment même où l’influence des évêques ne cesse de s’accroître au sein de l’Empire et de ses diverses institutions. Dès lors, il est possible d’évoquer l’existence d’une véritable « théocratie épiscopale ». Des conciles – comme celui de Paris, convoqué en 614 - insistent lourdement sur le rôle primordial qu’ont les évêques lorsqu’il s’agit de traiter de morale : ces derniers sont considérés comme des « guides », des véritables « directeurs de conscience », et ont tendance à affirmer leur position de manière toujours plus virulente dans la sphère du politique de l’Empire carolingien, puisqu’ils peuvent même se permettre de juger du bon comportement moral de tel ou tel souverain, et ainsi de définir leur probable – et possible – comportement tyrannique. Jonas d’Orléans, bien connu par les médiévistes pour avoir conseillé Pépin d’Aquitaine au VIIIè siècle dans son De institutione regia, en est un exemple flagrant : il participa au règlement de plusieurs conflits afférents à l’Empire, en tant que « missus » de l’empereur Louis le Pieux.

Ces personnages hauts en couleurs n’hésitent absolument pas à prendre position, comme le prouve notamment l’intervention des évêques en 833, lors de la prononciation de la destitution de Louis le Pieux, qui est condamné par les clercs pour manque de respect de l’Ordinatio Imperii de 817. Ils l’ont même destitué de la dignité impériale par le biais de son fils Lothaire, qui fut couronné empereur en 817 et sacré à Rome en 823. Cette destitution entraîna notamment la pénitence – bien connue - de Saint-Médard de Soissons, monastère où Louis le Pieux était déchu.

La christianisation de la société carolingienne est donc un phénomène intéressant, qui met en scène bien évidemment des facteurs religieux, mais également des considérations politiques et institutionnelles du pouvoir et des entreprises de conquête militaire de première importance.

 

Sources bibliographiques

P. RICHÉ, Les Carolingiens, Hachette Littératures, Collection Pluriel Histoire, 1997.

G. BÜHRER-THIERRY, L’Europe carolingienne (714-888), Armand Colin, Collection Campus, 2001.

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