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De Gaulle, du militaire au chef de la France libre

de_gaulleS'il est légitime de se questionner sur la multiplication abusive des commémorations, toutefois celles-ci nous permettent-elles parfois des digressions édifiantes. Dans cette optique, qui est celle de l'étrange commémoration du 70ème anniversaire de « l'Appel », il nous est apparu intéressant de retracer brièvement et modestement la carrière, pour le moins remplie (euphémisme), de celui qui avait décidé de dénoncer sans ambages ce qu'il considérait être une trahison, à savoir la demande d'armistice du 17 juin 1940 et le refus de la poursuite du combat. Au fond, pour de Gaulle, il s'agissait de montrer que si défaite il devait se produire, cependant celle-ci devait-elle être une défaite dans l'honneur, les armes à la main.


Naissance, études et carrière militaire de De Gaulle

Enfance

Le 22 novembre 1890, alors que Henri de Gaulle, professeur de lettres et d'histoire, fêtait ses quarante-deux ans, naquit Charles de Gaulle, issu de la relation charnelle entre le premier et Jeanne Maillot. Belle et confortable était la maison, rue Princesse à Lille (ci-contre, intérieur dudit habitat), dans laquelle Charles fut élevé, au sein d'une famille catholique relativement aisée. Très tôt vit-on les ferments d'une passion du jeune homme pour la lecture et l'Histoire, et plus particulièrement pour Voltaire, les « classiques » Racine et Corneille, enfin et surtout pour Chateaubriand et Alfred de Vigny. En juillet 1906, il obtint le convoité baccalauréat, non agrémenté toutefois d'une mention. Après des études chez les Jésuites, il fit son entrée au collège parisien Stanislas afin d'y préparer le concours de la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr. Et c'est avoir brio et non sans quelque fierté (1) que Charles fut reçu, en septembre 1909, 119ème sur 221 au concours.

Des premières armes au premier conflit mondial

degaulle_lilleUne carrière militaire s'ouvrait donc à lui, l'adolescent qui avait tant songé aux grandes gloires militaires françaises du passé. Quatre ans déjà avant son admission, il s'était imaginé en acteur de l'Histoire et en sauveur de la France dans un court texte qu'il avait intitulé « La Campagne d'Allemagne » et dans lequel sa venue – ô combien salvatrice ! - venait débarrasser la France de l'Allemagne, l'ennemi d'hier et d'aujourd'hui, qui avait triomphé dans la galerie des Glaces du château de Versailles le 18 janvier 1871. A Saint-Cyr, le général choisit d'effectuer son année obligatoire au 33ème régiment d'Arras. L'année terminée, il y revient, alors que le 33ème régiment d'Arras était passé sous la direction du colonel Pétain, qui apprécia les qualités du jeune homme (Pétain vit peu après en celui que ses camarades surnommaient alors le « Connétable » en raison de sa posture altière, un homme « très intelligent », « digne de tous les éloges », qui « aime son métier, avec passion » (2)).

Le Connétable ne fut guère étonné, lorsque vint l'été 1914, du déclenchement de la guerre (3). Les conflits s'étaient de facto multipliés depuis le début du siècle tandis que les chances d'une guerre circonscrite aux Balkans (4) se rétrécissaient comme peau de chagrin. Le 15 août, de Gaulle fut pour la première fois blessé à Dinant en Belgique. En mars 1916, il fut fait prisonnier près de Douaumont (5) puis emmené en captivité en Allemagne d'où il tenta vainement de s'échapper à cinq reprises.

L'entre-deux-guerres: des appels inécoutés

Libéré in fine quelques jours après l'armistice de novembre 1918, ce fut une grande déception qui s'empara de lui que de n'avoir pu combattre pour son pays. Cherchant une triste compensation, il se proposa pour partir en Pologne en vue de former des soldats contre la Russie bolchévique, la Pologne n'acceptant pas l'occupation d'une partie orientale de son territoire par la Russie. A son retour, il rencontra puis convola avec Yvonne Vendroux (avril 1921), qui lui donna un fils, Philippe, en décembre, alors que de Gaulle entamait dans le même temps une carrière d'officier. Cette année-là, il enseigna l'histoire à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. En 1924 parut son premier livre, "La Discorde chez l'ennemi", où il traita de la stratégie militaire de la puissance allemande durant la dernière guerre. Huit ans plus tard, il publia "Le Fil de l'épée", dans lequel il évoquait déjà la nécessité de la création de blindés. En 1934, année où il fit l'acquisition de la propriété dite de « La Boisserie » à Colombey-les-deux-Eglises, il fit paraître "Vers l'armée de métier", reprenant l'idée susmentionnée d'un corps de blindés, dont il expliquait que la création était obligatoire, prévoyant que la guerre ne serait plus une guerre de tranchées, mais bien davantage une guerre de mouvement. En percevant cette importance future des chars dans la guerre, de Gaulle fit indéniablement figure de « prophète dans le désert » (Éric Roussel), même s'il ne sut voir le rôle de premier plan que s'apprêtait à jouer l'aviation. D'ailleurs, à la fin de 1936, on nomma le sectateur des forces blindées commandant du 507ème régiment de chars à Metz.

Colonel_degaulleAu moment de la guerre d'Espagne, celui qui fut bientôt promu colonel, était bel et bien seul, ses idées ne retenant l'attention que de très rares personnes en France, si ce n'est Paul Reynaud, futur président du Conseil, qui en reprit au demeurant quelques-unes dans un de ses livres. Mais l'état-major n'entendait pas quant à lui les lointains appels du colonel, si bien qu'à partir de l'automne 1939, les 3.000 chars alliés en présence ne devaient avoir pour utilité que de soutenir les fantassins, quand, dans le même temps, 2.800 chars allemands étaient regroupés dans 10 Panzerdivisionen.

Un homme dans la seconde guerre mondiale

Durant la drôle de guerre (septembre 1939-mai 1940) et la Blitzkrieg

« Ce sont les grandes occasions qui font les grands hommes ». Cette phrase devenue célèbre du Discours sur les sciences et les arts de Jean-Jacques Rousseau, pourrait aisément s'appliquer au destin du général de Gaulle, comme à celui de Pétain du reste. Si ce dernier est passé de l'ombre à la lumière durant la première guerre mondiale, à l'issue de laquelle il accéda au maréchalat, il en fut parallèlement de même pour de Gaulle. Nommé commandant des chars de la Vème Armée lorsque la guerre éclata, il présenta ses chars au président de la république Albert Lebrun qui lui rendit visite (6) le 23 octobre 1939 et lui rappela que ses idées sur les forces blindées lui étaient connues. De Gaulle eut éventuellement pu s'en réjouir cinq ou six ans auparavant, mais en 1939, l'alarme avait déjà été sonnée depuis trop longtemps et la guerre avait débuté. Au milieu de la « drôle de guerre », en janvier 1940, de Gaulle fit une ultime tentative pour demander d'urgence le changement de la stratégie militaire française. Pour ce faire, il adressa un mémorandum ("L'avènement de la force mécanique") à quatre-vingts hommes politiques dans lequel il préconisait l'utilisation à bon escient des chars et des avions. Du 15 au 28 mai, la Wehrmacht débutait son entreprise d'annihilation de l'aile gauche du dispositif français tandis que de Gaulle, à la tête de la quatrième division cuirassée, s'illustra à Montcornet le 17 mai puis plus tard à Abbeville, où il réussit un temps à contenir les Allemands. Le 6 juin, de Gaulle fut nommé sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement de Paul Reynaud. Dès lors, son action va être placée sous le signe de la poursuite du combat et ce, d'autant plus que le 11 juin à Briare, Pétain et Weygand (qualifiés de traîtres par de Gaulle le 15 à Brest), en ont appelé à un armistice.

La France libre: les difficultés (1940-1942)

appel-18-juin-de-gaulle-microAu lendemain de la démission de Paul Reynaud le 16 juin, de Gaulle se rendit à Londres avec son aide de camp Geoffroy de Courcel. A son arrivée à Londres, de Gaulle fut reçu par le Premier ministre qui lui offrit de parler à la BBC dès la demande d'armistice, ce qui fut chose faite le 17 ("C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat", dixit Pétain). De Londres, de Gaulle avait donc choisi à dessein de continuer la lutte. Dans l'après-midi du 18, sur les ondes de la BBC, fut enregistré un Appel dans lequel il demanda aux "officiers et soldats français", aux "ingénieurs" et aux "ouvriers spécialistes des industries d'armement", de le rejoindre. De Gaulle rappela pour finir que "la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas". C'est vers vingt-deux heures que la diffusion fut faite en différé, et rares furent les français qui, en ce 18 juin, entendirent véritablement de Gaulle parler. L'appel du 18 juin (la photo ci-contre, largement utilisée pour illustrer l'Appel, ne date pourtant pas de juin 1940 et est postérieure de plusieurs mois, de Gaulle portant sur son costume l'insigne des Forces Françaises Libres, la croix de Lorraine) fut réitéré les 19 et 22 juin, permettant à davantage de Français de l'entendre. Les premiers gaullistes, parmi lesquels les 130 de l'île de Sein, - que nous appelleront ici les "gaullistes primitifs" -, venaient d'horizons politiques différents. L'adhésion à de Gaulle se voulait au fond apolitique, transcendant les clivages politiques, dont on devait faire fi dans une période si dramatique pour la France et son avenir.

Le gouvernement britannique, après avoir reconnu le général de Gaulle « chef des Français libres » (27 juin) accepta, par l'accord du 7 août, l'existence d'une force militaire française distincte de l'armée britannique. A la fin de l'année 1940, ces forces, les Forces Françaises Libres (FFL) ne comptaient pourtant que 35 000 hommes. A ces difficultés de recrutement s'ajoutèrent des tensions dans les relations avec Churchill, qui restaient très complexes: le premier ministre, même s'il reconnaissait que de Gaulle était le principal représentant de la France résistante, eut voulu d'autres interlocuteurs que le seul Charles de Gaulle. A Londres, tout le monde n'avait d'ailleurs pas vu d'un oeil bienveillant la venue de ce dernier, qui était persona non grata à Vichy. Qui était-il cet inconnu qui avait été condamné à mort par contumace par le régime de Vichy ? Surtout, c'est sa forte personnalité qui a pu parfois constituer un point d'achoppement avec Churchill, possédant lui-même un fort tempérament.

La France combattante (1942-1945)

degaulle_champselysesLe premier grand succès militaire de la résistance vint de Libye où s'opposèrent les FFL de Koenig et l'Afrika Korps (juin 1942) de Rommel. Largement inférieurs numériquement, les troupes de Koenig combattirent pourtant vaillamment, bloquant l'avance de l'ennemi pendant une dizaine de jours. La résistance enregistra peu à peu d'autres succès. A mesure en effet que le régime de Vichy se radicalisait (la Rafle du Vél d'Hiv est presque concomitante), le nombre des résistants augmentait largement. 

Bientôt la Résistance intérieure, qui était auparavant sporadique depuis l'immédiat lendemain de la demande d'armistice, fut-elle unifiée, non sans coup férir, par l'action de Jean Moulin (FFI), parachuté en France le 2 janvier 1942. Décidée dès mai 1943 par Churchill et Roosevelt, l'opération Overlord du 6 juin 1944 précipita la fin de la guerre, perçant les constructions allemandes - le "Mur de l'Atlantique" - érigées depuis 1943. Les 23, 24 et 28 août, les villes de Toulon, Paris et Marseille furent respectivement libérées. Le 26 août, de Gaulle, entouré des principales figures de la Résistance, descendit les Champs-Elysées dans l'allégresse populaire (7). Mais en 1944, l'allégresse n'était pas réellement synonyme de fierté, a contrario de la première guerre mondiale et des festivités du 14 juillet 1919. De Gaulle tint désormais à coeur de faire de la France combattante, une puissance victorieuse. Dans cette lignée, la Ière armée prit part à l'invasion du territoire allemand et le 8 mai 1945, le général de Lattre de Tassigny, fut présent lors de la capitulation allemande. La victoire ayant été assurée, il s'agissait pour de Gaulle de rétablir la légalité en France. Le 9 août, le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) décida ainsi de rendre nul l'acte du 10 juillet 1940 qui avait donné les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

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1: L'armée bénéficiait alors d'une image de marque chez Charles qui écrit dans ses Mémoires de guerre (1954): « Quand j'entrai dans l'Armée, elle était une des plus grandes choses du monde ».

2: Cité dans Jean-Raymond Tournoux, Pétain et de Gaulle, p 49.

3: Toutefois la soudaineté du déclenchement de la guerre, favorisée par le jeu des alliances, avait-elle étonné.

4: Voir à ce sujet la Une du Petit Journal du 29 Juillet 1914.

5: D'aucuns, à l'instar de Casimir Albrecht (1966) ont prétendu a posteriori qu'il avait fait montre de couardise en se rendant sans résistance aucune. Mais « quelle valeur peut-on en effet accorder à un témoignage formulé cinquante après les faits ? » (De Gaulle, Éric Roussel).

6: Voir à ce sujet la vidéo suivante de l'Institut National de l'Audiovisuel (INA)

7: Dans ses Mémoires de Guerre, de Gaulle écrit: "A chaque pas que je fais sur l'axe le plus illustre du monde, il me semble que les gloires du passé s'associent à celle d'aujourd'hui".

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Bibliographie indicative

De très nombreuses études ont porté sur la figure du général de Gaulle et son rôle durant la seconde guerre mondiale. Conseillons-en seulement quatre, qui permettent de mieux appréhender sa personne et la Résistance:

- MICHEL Henri, Histoire de la France libre, Paris, PUF, 1967, 128p.

- MURACCIOLE Jean-François, Histoire de la Résistance en France, Paris, PUF, 1993.

- PEYREFITTE Alain, C'était de Gaulle (tome 1), Paris, Fayard, 1997, 610p.

- ROUSSEL Eric, De Gaulle, tome 1: 1890-1945, Paris, "Tempus", Perrin, 2007, 277p.

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