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Les femmes de Charlemagne

dameQu’évoque le nom de Charlemagne dans la mémoire de chacun ? Le célèbre sacre qui le fit empereur d’occident en l’an 800 mais ce qu’on sait moins c’est que sans les femmes qui ont traversé sa vie, il n’aurait peut-être jamais occupé une situation aussi importante. Il serait peut-être resté simple roi des Francs comme son père Pépin le bref, si sa mère Berthe au grand pied, charmante et ambitieuse personne, n’avait rêvé pour lui d’un autre destin.

Par bonheur, Charlemagne ne pouvait se passer de compagnie féminine. Il eut cinq femmes voire six et plusieurs concubines officielles qui toutes contribuèrent peu ou prou à faire de lui cet homme fort audacieux, diplomate et cultivé dont nous parlent les historiens. Toutes en effet exercèrent une influence sur sa politique, ses idées, ses mœurs, ses décisions militaires, la conduite de ses finances… Elles lui firent entreprendre par leur diplomatie et autres charmes féminins d’étonnants exploits. C’est dire si les femmes sont habiles !

Il faut ici rectifier les faux clichés qui enjolivent l’histoire à propos du physique de Charlemagne : pas de barbe fleurie (flori en latin veut dire éclatant) d’après le biographe Eginhart « la vie de l’empereur Charles grand ».  Il était très grand,  1m 90, avec un visage rond, des yeux vifs et malins un grand nez  une épaisse et longue moustache à la mode Franque et les cheveux coupés au bol mais encore une fois pas de barbe. C’était un grand chasseur, un très bon nageur, bref un sportif fait pour la vie en plein air. On aurait pu attribuer à pareille constitution une forte voix tonitruante mais il aurait eu un timbre fluet. Cela dit il plaisait beaucoup aux femmes et sa vie amoureuse aurait pu à elle seule faire l’objet d’un roman !

Epouses et concubines

A l’âge de 18ans il épouse Himiltrude en 767, jolie personne vertueuse et effacée qui l’aida à se débarrasser de sa gaucherie mis supporta tant bien que mal les ardeurs de son époux. Elle lui donnera deux enfants dont Pépin le bossu mais sera répudiée en 769 au bénéfice d’un mariage plus flatteur préparé par sa mère avec une princesse de Lombardie, Désirée, qu’il épouse en 770 pour des raisons politiques ou l’amour n’avait aucune part, Désirée étant, malgré un nom prometteur sans charme terne et laide. Charles s’empressera de la répudier pour cause de stérilité et la renverra chez son père à Pavie avec sa suite et ses effets.

C’est alors qu’il rencontre une jeune Souabe de treize ans, la gracieuse Hildegarde de Vintzgau, dont le charme et la beauté l’éblouiront. Il l’épousera en 772, conscient d’avoir enfin trouvé la compagne rêvée : fine, gaie, ardente et vigoureuse. Lui qui était encore méfiant, embarrassé et timoré dans ses décisions sera complètement transformé par cette jeune femme pleine d’entrain qui jouera un grand rôle dans sa vie (sinon le plus grand). Lorsqu’il organise sa 1e expédition contre les Saxons, Hidegarde dont il ne pouvait se passer le suivit durant toute sa campagne lui promulguant sagesse et amour. B. Haureau cîte dans  Charlemagne et sa cour « la touchante simplicité d’Hildegarde et l’agrément de son commerce corrigèrent cette sauvage vivacité qui fait de bons soldats mais ne peut faire de bons rois « .

Pendant des années dans des chariots inconfortables tirés par des bœufs la jeune reine courut avec son époux les chemins mal dessinés d’un empire en formation. Il faut dire que Charlemagne avait l’habitude de faire suivre toute sa famille dans ses moindres déplacements : femmes, enfants serviteurs tout le monde était du voyage. Cela n’empêcha pas Hildegarde de donner neufs enfants à son cher époux : quatre fils Charles, Pépin, Louis (futur Louis le Pieux), Lothaire son jumeau et cinq filles : Adélaide, Rotrude, Berthe, Gisèle et Hildegarde. Mais les épouses et les concubines de Charlemagne ne se contentaient pas de filer la laine au coin du feu ! Elles avaient en charge l’administration de la maison et des domaines de l’état. C’est elles qui géraient les affaires économiques et dépenses royales. C’étaient de grandes responsabilités dont certaines s’acquittèrent avec succès. Après onze ans de cette vie exténuante, Hildegarde épuisée aussi par ses grossesses mourut à l’âge de 24 ans en 783 en donnant naissance à la petite fille qui devait porter son nom. Tous la pleurèrent le peuple autant que le roi désespéré.

Quelques temps plus tard il épousait néanmoins la fille d’un comte franc l’altière et belle Fastrad sa quatrième épouse. Au contraire d’Hildegarde, elle devait avoir une influence déplorable sur Charles : foncièrement méchante, envieuse, cruelle, elle le poussait sans cesse à punir et persécuter tous ceux qui avaient le malheur de lui déplaire. Tous les prétextes lui étaient bons pour exercer ses sournoises manigances. Elle fit ordonner des sanctions, tortures et exécutions massives. Par faiblesse devant cette femme intraitable qui d’ailleurs fut la seule à ne pas le suivre dans ses expéditions, Charlemagne commit des erreurs dont profitèrent ses ennemis. Un complot se forma mené par son propre fils Pépin le bossu destiné à supprimer Charles et Fastrad.

Ce complot échoua de très peu, tous les conjurés furent mis à mort. Quant à Pépin il fut tondu (ce qui était un signe infamant à l’époque) et jeté dans un couvent pour le reste de ses jours malgré Fastrad qui demandait sa mort. Charlemagne aurait peut-être ouvert les yeux sur les agissements de son épouse, mais celle-ci eu la bonne idée de trépasser ! Elle avait eu le temps en dix ans de lui donner deux filles et de faire beaucoup de dégâts.

L’ange et le démon

dame_1Ces deux épouses, à l’opposé l’une de l’autre, marquèrent leur temps chacune à sa façon : l’une sut se faire aimer pour son calme sa chaleur son amabilité l’autre fut haïe et redoutée pour son orgueil, sa froideur et son extrême cruauté très mérovingienne.

Aussitôt débarrassé de cette mégère, le roi se chercha une compagne plus reposante. Il la trouva en la personne de Liutgard d’Arémanie, belle jeune fille de 18 ans aux longues tresses blondes dont la douceur l’avait séduit. Il l’épouse en 794, et retrouve à son contact une nouvelle jeunesse. Il faut dire qu’il était à 59 ans doté d’une grande prestance, et passait pour le plus bel homme de son époque si bien que Liutgard en fut très amoureuse.

Pendant ces années de bonheur conjugal se succédèrent les événements qui devaient l’amener à la cérémonie du sacre de Rome. Las ! Il ne put partager ce moment extraordinaire avec sa belle épouse car celle-ci mourut sans descendance peu de temps avant. Ironie du sort, cet homme qui ne pouvait vivre sans femme fut seul sans épouse au jour de sa plus grande gloire ! A partir de ce moment, Charlemagne arrivé au faîte du pouvoir n’eut plus que de nombreuses concubines : le terme « concubine » dans les textes anciens pourrait signifier que celles-ci étaient peut-être en fait des épouses.

Dans l’antiquité Romaine et jusqu’aux Carolingiens, on nommait concubine une épouse légitime du point de vue des lois civiles et religieuses, droit impérial et droit canon, mais qui n’était pas de naissance égale. Ce pouvait être une fille noble, mais si un fils de roi épousait une femme qui n’était pas fille de roi, cette femme même noble était dite concubine. Maldegard fut donc la concubine de Charlemagne suivie de Gersvind  qui fut très efficace dans les fonctions de gestionnaire et suivit également son compagnon à la guerre et à la chasse au taureau sauvage. Elle fut la seule à porter le titre d’impératrice.

Toute sa vie, cet homme vigoureux  qu’était Charlemagne avait fait montre d’une virilité peu commune, mais il devint avec l’âge un véritable paillard. Il ne pouvait voir une femme sans se livrer sur elle à d’impudiques extravagances! Il eut encore deux autres concubines : Régina et Adelind. Il est impossible de dénombrer toutes celles qui croisèrent sa route, ni le nombre exact des enfants issus de ses habitudes libertines !

Berthe au grand pied ne s’était pas trompée quand elle eut la prescience d’un grand destin pour son fils, mais elle n’aurait pas  supposé qu’il atteindrait cette ampleur. Lorsqu’il mourut en 814 à l’âge de 72 ans, nombre de femmes durent le pleurer.

Bibliographie non exhaustive :

- Charlemagne de Georges Minois, Edtions Perrin 2010.

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