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Histoire de la Bourgogne (1) : Le royaume Burgonde

SigismondRendus célèbre par Richard Wagner à travers l’épopée des Nibelungen, le royaume burgonde et son peuple n’apparaissent cependant pas moins dans l’Histoire comme un voisin discret face aux principaux royaumes barbares. Nous ne possédons que peu de sources sur eux. Sans chroniqueur tel un Grégoire de Tours pour relater leurs faits, entourés par de grandes puissances, les Burgondes se montrent trop peu pour intéresser les auteurs grecs et latins de l’Antiquité tardive. En effet, ils ne ravagent pas la Gaule, ils ne s’emparent pas de Rome, ils ne tuent pas non plus l’empereur, ils restent dans l’ombre et demeurent aujourd’hui encore méconnus. Leur histoire, bien que lacunaire, est toutefois riche en événements et en rebondissements.


Le peuple burgonde

Les Burgundiones sont un peuple germanique parmi tant d’autres, venus probablement de l’île danoise de Bornholm dans la Baltique signifiant étymologiquement « îlot des Burgondes » (Burgundarholm). C’est Pline l’Ancien le premier à les nommer et à les localiser au Ier siècle de notre ère à l’est de l’Oder, en Pologne actuelle. Au début du IIIe siècle, ils sont cette fois dans l’Allemagne actuelle sur l’Elbe avant de s’installer à la fin de ce siècle sur le Main, guerroyant constamment avec leurs puissants et séculaires ennemis, les Alamans. En 369, l’Empereur roman Valentinien s’allie avec eux contre ces mêmes Alamans.

Vers 409, ils entrent dans l’Empire romain derrière les Suèves, les Alains et les Vandales avec la volonté d’en faire partie. Ils bénéficient ainsi du statut de fédérés : en échange d’une participation militaire, ils reçoivent terres et revenus et conservent leurs coutumes. Etablis dans la région de Worms (Allemagne), ils font l’erreur de chercher à agrandir leur territoire au détriment de l’Empire romain dont le pouvoir était tenu par le général Aetius dit « le dernier des Romains », alors allié des Huns et d’Attila.

Chanson_NibelungenDe cet affrontement est né le cœur historique de la légende des Nibelungen. D’après les récits médiévaux, le roi des Burgondes, Gunther ou Gondichaire fit tuer son beau-fils, le mythique Siegfried. Son épouse Krimhild chercha vengeance auprès de son second mari, Etzel qui historiquement peut tant représenter Aetius que Attila et qui massacra les dirigeants burgondes. Dans la réalité historique, retenons que les Burgondes subissent un terrible choc et sont écrasés par les Huns, on parlerait de 20 000 morts dans l’armée burgonde, dont le roi Gondichaire en 436. Le peuple burgonde est réduit à quelques dizaines milliers de personnes chassées de leur royaume de Worms. Ces survivants migrent aux environs du lac Léman pour établir leur nouveau foyer.

La Sapaudia, le fondement du royaume burgonde

Les rescapés du choc avec les Huns avec à leur tête le successeur de Gondicaire, Gondioc, sont à nouveau intégrés, à leur demande ou par obligation, comme peuple fédéré dans l’Empire. Aetius les installe dans la Sapaudia, qui éthymologiquement est l’origine de la Savoie moderne. Ce territoire correspond alors aux montagnes du Jura et aux lacs suisses dont le lac Léman et sert au fondement de leur royaume. Avec son frère Chilpéric Ier qui prendra la succession, Gondioc s’enhardit et décide de s’étendre vers l’ouest. Vers 470, les Burgondes contrôlent la zone de Vienne et de Lyon, Gondioc établit d’ailleurs sa cour dans cette dernière. Vers 480, ils vont au nord et à l’est sur Langres et Besançon avant de prendre les villes de la vallée du Rhône jusqu’à la Provence et Avignon.

Leurs conquêtes ne cherchent pas à détruire la romanisation, au contraire, ils la complètent. Ils sont en effet en trop petit nombre pour remplacer les populations gallo-romaines en place. On estime qu’ils sont au maximum autour des 25 000 individus mais peut être beaucoup moins. Ils se contentent donc de prendre les postes clés, de contrôler les rouages du pouvoir sans être omniprésents, se partageant les ressources et les terres avec les propriétaires fonciers et l’aristocratie sénatoriale en place. Les Burgondes prennent ainsi les deux tiers de la terre cultivable, un tiers des esclaves et la moitié des maisons, fermes, jardins, forêts et pâturages en échange de la défense militaire de ces territoires. Ils se considèrent à cet effet comme des auxiliaires militaires de Romaine, bénéficiant du magister militum, soit du titre de « maître de la milice des Gaules ».

Ainsi, si les Burgondes sont des germains, ils respectent néanmoins les occupants antérieurs, s’intégrant partiellement dans l’ensemble gallo-romain. Toutefois, les deux groupes ethniques restent très distants. Les coutumes burgondes heurtent parfois le raffinement de la fin du Bas-Empire. Si les Romains relèvent du catholicisme, les Burgondes sont ariens. Chaque ethnie possède son code de lois.

Apogée et chute de la Burgundia

portail_saint_maurice_dagauneA la mort de Chilpéric, le royaume burgonde dit Burgundia a atteint son extension maximale, allant de la ligne des Vosges à Avignon et c’est sous le règne de Gondebaud qu’il connaît de longues années de paix et de tranquillité. Son éducation a été faite à la cour impériale, il a reçu la distinction de patrice, haute dignité romaine légitimant l’autorité du roi burgonde sur ses sujets gallo-romains. Gondebaud doit néanmoins lutter contre les Francs et leur roi Clovis. Le chroniqueur Grégoire de Tours rapporte un affrontement militaire entre les deux peuples aux environs de Dijon. Bien que vaincu, Gondebaud parvient à faire la paix avec le roi des Francs, lui offrant sa nièce Clothilde en mariage. C’est ainsi un règne de paix qu’il offre à son royaume, s’efforçant tout du long de calmer les tensions entre ariens et catholiques. Et si lui même reste arien, son fils et dernier roi burgonde Sigismond, lui prend la foi catholique.

Il s’agit cette fois d’un règne chaotique qui voit la fin du royaume burgonde. Ses débuts royaux sont marqués par des violences familiales dignes des tragédies grecques. Sa seconde femme manœuvre contre le fils de sa première afin que Sigismond le tue par erreur, ce qui lui attire les foudres de ses puissants voisins et l’amène à partir en pénitence au monastère d’Agaune qu’il avait fondé. Sigismond doit ensuite combattre à nouveau les Francs. L’un des fils de Clovis, Clodomir, roi d’Orléans décide d’attaquer le royaume burgonde et fait assassiner Sigismond. Son frère Gondomar reprend le combat contre Clodomir et le défait en 524, mais il ne s’agit que d’un répit avant que le royaume ne tombe aux mains des Francs qui se le partagent en 534.

C’est la fin de la dynastie burgonde et de ce royaume qui n’aura tenu qu’à peine un siècle mais pas pour autant de la Burgondia qui continue d’exister au sein même du royaume franc laissant planer la prochaine naissance du duché de Bourgogne sous les rois mérovingiens.

 

Bibliographie

- Justin Favrod, Les Burgondes. Un royaume oublié au cœur de l'Europe, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2002.

- Jean Richard (dir.), Histoire de la Bourgogne, Éditions Privat, 1988.

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