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Histoire de la Bourgogne (2) : l'ère mérovingienne

monastere_st_benigneDeuxième quart du VIe siècle, les rois burgondes sont définitivement vaincus par les Francs. Pour autant, le peuple burgonde lui n’a pas disparu. Ses lois et son aristocratie, alliée à la noblesse gallo-romaine survivent. Le regnum Burgondiæ, ne fait que passer sous l’égide mérovingienne où s’opposent neustriens et austrasiens.


 

Une douce transition

Gontran, roi d'Orléans et petit fils de Clovis, hérite du royaume burgonde et assure une stabilité sous son long règne (561-592). S’il s’agit d’un prince franc, l’aristocratie burgonde et gallo-romaine lui prêtent une fidélité durable qui ne connaît que de rares et exceptionnelles révoltes. En effet, établissant sa capitale dans le castrum de Chalon-sur-Saône, il maintient l’identité propre de ce royaume principalement au niveau religieux, réunissant des conciles d’évêques. Il établit également une mairie du palais de Bourgogne et fonde son sanctuaire : l’abbaye de Saint Marcel.

En raison de la mort prématurée de ses héritiers, il prend pour successeur le roi d’Austrasie Childebert II. Après sa mort, c’est en son nom et celui de ses fils que la reine mère Brunehaut (ou Brunehilde) régente ces territoires – l’Austrasie et la Bourgogne – pendant une trentaine d’années. D’origine wisigothique dont le royaume d’Espagne est l’un des plus raffinés, elle hérite du modèle politique de l’Empire romain. Elle s’appuie sur l’aristocratie sénatoriale et les évêques dont principalement Syagrius de la ville d’Autun. Elle s’attache notamment à la restauration du réseau routier et des voies romaines. Elle réforme la fiscalité et la justice s’appuyant sur le droit romain. Cependant cette alliance étroite avec le monde antique n’est pas du goût d’une aristocratie franque exaspérée et sujette à la trahison.

Brunehaut et Frédégonde ou l’impitoyable faide

supplice_de_brunehautLe royaume de Bourgogne devient alors le théâtre des querelles entre Austrasiens et Neustriens. L’histoire retiendra principalement le noir combat de la reine Brunehaut contre sa rivale neustrienne Frédégonde entrainant une sanglante faide, c’est à dire un système de vengeance privée opposant deux familles ou deux clans dans les sociétés germaniques. C’est en effet le temps des complots, trahisons et assassinats mérovingiens. Frédégonde, concubine du roi de Neustrie Chilperic Ier, fait assassiner son épouse légitime vers 568, la reine Galswinthe, afin de prendre sa place. Cependant, cette dernière n’est autre que la sœur de Brunehaut réclamant vengeance. Débute ainsi une guerre civile, Brunehaut poussant son époux, Sigebert Ier, roi d’Austrasie à reprendre les cités et domaines apportés par sa sœur en dot. Proche de la victoire, Sigebert meurt poignardé en 575 vraisemblablement par les émissaires de Frédégonde qui parallèlement enchaine dans son camp les assassinats envers toute personne susceptible de lui nuire. Le fils de Brunehaut, Childebert II, meure a priori à son instigation par empoisonnement en 595. Brunehaut entend alors exercer la régence au nom de ses petits fils sur l’Austrasie et la Bourgogne tout en continuant de livrer une guerre à la Neustrie.

Néanmoins, l’aristocratie austrasienne ne supporte plus la vieille reine. Son règne se termine tragiquement en 613. Elle est livrée au fils de Frédégonde (morte en 597), Clotaire II, et mise à mort sur les bords de la Vingeanne, non loin de Dijon, suppliciée et humiliée pendant trois jours puis attachée – notamment par les cheveux – à un cheval lancé au galop avant que ses restes ne soient brûlés.

Un royaume de Bourgogne disputé

martyre_st_legerLe royaume de Bourgogne est alors rattaché au royaume de Clotaire II, unique roi des Francs. Son fils, le roi Dagobert poursuit l’unification de l’ensemble des royaumes francs et intègre la Bourgogne qui connaît alors une période de calme, les contemporains retiendront de son voyage les confiscations, les exécutions des récalcitrants ainsi que la vacance de la mairie du palais de Bourgogne. Toutefois, à sa suite, l’autorité royale décline, c’est le temps des « rois fainéants ». La Bourgogne garde une certaine autonomie pour ne pas dire une certaine anarchie, l’aristocratie bien établie entend conserver son pouvoir et tenir à l’écart les représentants royaux en dépit des tentatives de contraintes à l’obéissance de la part des rois francs.

Parallèlement, les maires du palais de Neustrie et d’Austrasie livrent toujours une lutte féroce entre eux et le territoire du regnum Burgondiæ se trouve au cœur de la rivalité entre les Herstal d’Austrasie et Ebroïn de Neustrie. Ce dernier, cherchant au cours de la seconde moitié du VIIe siècle à intégrer la Bourgogne, se heurte à l’évêque saint Léger d’Autun de tradition gallo-romaine. Ce dernier est exécuté en 678 alors que l’éternel antagoniste entre Neustrie et Austrasie demeure. Le dénouement final a lieu en 687, à la bataille de Tertry où le camp neustrien est mis en déroute par Pépin de Herstal. La Bourgogne passe ainsi sous son influence et celle de ses successeurs, Charles Martel et Pépin le Bref. L’ère carolingienne s’ouvre sur ce royaume.

Le monachisme dans la Bourgogne mérovingienne

Un nouvel élément religieux apparaît en Bourgogne à partir du Ve siècle, il s’agit du monachisme. En effet, l’époque mérovingienne correspond à une période de développement du monachisme sur cette « terre des moines » par excellence qui verra naître Cluny, Molesme et Citeaux. Si le premier monastère fondé apparaît être celui de Réôme datant du Ve siècle, entre le VIe et le VIIIe siècle, un véritable maillage monastique va s’établir à commencer par Saint Marcel fondé par le roi Gontran. Viens ensuite l’abbaye Saint Bénigne de Dijon. A cette époque, la capitale des ducs de Bourgogne n’est qu’une petite agglomération ancrée dans un castrum. Un culte populaire se développe autour de la sépulture d’un saint faisant des miracles. L’évêque de Langres, Grégoire décide d’interdire ce mystérieux culte qu’il voit comme une forme de paganisme. La légende raconte alors que le saint intervint en songe auprès de l’évêque qui décida alors de bâtir un sanctuaire du nom de saint Maurice Bénigne, la mystérieuse tombe n’ayant pas de nom.

monastere_st_benigneA la fin du VIe siècle, c’est la reine Brunehaut qui fonde le monastère saint Martin à Autun. A l’extrême Nord de la Bourgogne, à Sens nait le monastère Saint Pierre le Vif, Clotaire II fonde celui de Sainte Colombe. Plus au centre, les maires du palais fondent Saint Pierre de Bèze. Enfin, le dernier grand monastère est celui de Flavigny qui apparaît vers 720, fondé par un grand propriétaire terrien, Guiré, et qui accueille un prestigieux scriptorium conservant de précieux écrits de tradition romaines comme le Missale gallicanum aujourd’hui conservé au Vatican, ou encore les Formules flaviniacenses, recueil de formules juridiques.

A l’aube de la Bourgogne carolingienne

Malgré les guerres et les incessantes luttes de pouvoir, le royaume de Bourgogne aspire également à être une terre de paix comme en témoigne les nombreuses fondations de monastères. Ce royaume inspire également à conserver ses traditions. Etonnamment, la Bourgogne demeure avec l’Aquitaine l’une des régions mérovingiennes les plus romanisées. L’aristocratie cherche à garder ses lois et ses coutumes tout comme son indépendance, une indépendance toutefois grandement remise en cause sous les Carolingiens.

 

Bibliographie

Bruno Dumézil, La reine Brunehaut, Fayard, 2008.

Jean Richard (dir.), Histoire de la Bourgogne, Éditions Privat, 1988.

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