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Inventaires et vie quotidienne de nos ancêtres

entrons_chezGrâce aux inventaires établis jadis par acte notarié, au moment du décès souvent prématuré de l'un ou l'autre des époux, il nous est permis d'avoir une idée très précise de la vie de nos aïeux. Ces documents riches en détails décrivent aussi bien leurs niveaux de fortune, l'histoire de leurs régions, les mentalités de leurs temps, que leurs coutumes, leurs vies quotidiennes, les rapports de leurs membres, leur place au sein de la famille et dans la société. Ils nous font pénétrer de plein-pied dans l'univers de nos ancêtres !


 

Procédures des inventaires

Juges et plus souvent notaires étaient dépêchés sur les lieux de l'inventaire sur la demande du veuf ou de la veuve. Celui-ci commençait par apposer des scellés sur les portes des pièces et objets de valeur, puis, accompagné de témoins, se chargeait d'énumérer biens et effets, de les ''priser'' autrement dit de les évaluer pour en fixer le prix. Il sortait pour cela son « kit » de parfait greffier, feuilles de papier rendu officiel par un sceau, sa plume et son encrier, cérémonial qui impressionnait l'assistance par la force magique de l'écriture réservée à quelques initiés.

Après serment noté en préambule de l'acte nommé ''minute'' rédigé d'une écriture menue et minutieuse, venait la copie nommée la ''grosse'' faite d'une écriture plus grossière. Selon les cas ou les milieux, l'inventaire des biens pouvait durer de plusieurs jours à quelques instants. Ces actes très descriptifs ont permis à des généalogistes une reconstitution sous forme de dessins et maquettes véritables mines d'or de renseignements pour l'histoire !

Inégalités sociales et recyclage

Ce document vous dira si votre ancêtre était riche ou pauvre, dominant ou dominé. Un grand fossé existe entre les classes sociales, les premières nécessitant un épais catalogue de luxe, dont l'énumération éblouissante peut laisser rêveur, tandis que les seconds, pouvant aller de quelques lignes à une page n'offrent qu'un implacable constat de dénuement hélas le plus fréquent, avec des descriptions ''d'effets'' pitoyables.

Mais qu'ils soient riches ou misérables, ces patrimoines énuméraient tous les biens les composant, n'omettant pas le moindre objet, car pour nos ancêtres (qui produisaient la presque totalité de ce dont ils avaient besoin : aliments, vêtements, outillages et mobiliers) tout avait une valeur de récupération même en très mauvais état. Rien n'était jeté !

C'est pourquoi on trouve mentionné ici un seau de cuivre ''fracassé'' une chemise sale et déchirée, des bas troués, des souliers hors d'usage, un bois de lit vermoulu, un banc ''effoncé'' un coffre vieux et fort ''gasté'', un buffet ''rompu et pertusé'' du linge usé et rapiécé (qui pouvait finir comme chiffons ou être revendu à un maître-papetier, ou encore servir de charpies pour les blessés de guerre)

De même quelques sacs de noix sèches, trois bêches cassées, un boisseau de cendres (pouvant servir pour la lessive) les animaux de ferme (qualifiés de meubles vifs) ou un tas de fumier étaient évalués. Partout, le lin, le chanvre et la laine, ainsi que des stocks de plumes abondaient dans ces inventaires.

L'absence de couleur signe extérieur de pauvreté

Dans les milieux modestes, la teinture était très rare du fait de son prix élevé c'est pourquoi les textiles n'offraient au regard que des tonalités ternes. Rideaux, couvertures de lits, vêtements étaient souvent décrits : couleur feuille morte, couleur de ''suye'' (suie) ou couleur de fumée. Pour la robe de mariée, le rouge garance, le bleu indigo ou le jaune safran restait l'apanage des riches tandis que la plupart des femmes se contentaient pour leur mariage de la teinte la moins chère : le noir, longtemps portée par nos aïeules.

Le savoureux charabia des archives

Une mée à patte = une maie à pétrir la pâte pour la fabrication du pain

Un juste de droguet, un autre de moucheton = un justaucorps (corsage) de drap commun plus un autre de tissu bigarré

Un corps de poulangy = corsage fait d'une étoffe de chanvre et de laine

Un lodier fourré de fillasse = édredon fourré se chanvre non filé

Un charnier de fouteau = saloir fait d'un bois de hêtre

Une chaudière d'airin et un tripier = un chaudron de bronze ou de cuivre jaune et un trépier

Un travouil avec ses fusées = métier à tisser avec ses fuseaux

Un traversier ensouillé de coutty = traversin (chevet ou traverslit) dans sa housse de coutil

Deux chartées de manier = charrettes de fumier

Un charlit de noyer à quenouilles = un bois de lit à colonnes

Une vieille montée, composée de dix marches = échelle à dix barreaux

Une custode et une nappe servant de bonne grasse = rideau et nappe au chevet du lit

Une presse à deux huisseaux = un bahut à deux serrures

Deux petites casses et un bassin d'airin = deux casseroles et un bassine de cuivre rouge

Une vieille huge de chesne sans cléf ni clavure = une vieille huche de chêne sans clé ni serrure

Un frusquin de grenade = un habit écarlate

Une civière roulière = une brouette

Autres temps, autres langages que décrit cet inventaire expressif !...

La maison de nos ancêtres

chaumiere_XVIIIeTous n'avaient pas le privilège d'habiter de riches demeure et de beaux châteaux. La plupart de nos aïeux vivaient dans des chaumières, modestes maisons recouvertes de chaume (pailles de blé ou de seigle) couvertures peu onéreuses et très résistantes aux intempéries, épousant les courbes des charpentes. Son seul défaut étant d'être particulièrement combustible, les incendies étaient fréquents et pouvaient détruire tout un village, entrainant les familles dans la misère.

Selon les bourses ou les régions, les toits se paraient de pierres plates d'ardoises ou de tuiles (en terre cuite ou en bois). Chez les riches il pouvait être surmonté de divers éléments épis de faîtage ou girouettes longtemps réservées aux nobles car considérées comme des signes d'autorité et de pouvoir.

Les murs très épais étaient faits de pierre, de torchis ou de pisé, étayés au moyen-âge de colonnades de bois (les colombages). En Beauce et en Normandie, ils furent longtemps faits de bauge, mélange de terre argileuse, de paille ou de foin et de bouse de vache, arrosé d'eau, foulé aux pieds ou pétri à la pelle. Les rares crépis étaient réservés pour les murs des églises (blanchis à la chaux).

Les fenêtres étroites et peu nombreuse avec des croisées de bois étaient rarement pourvues de vitres et ne s'ouvraient pas toujours (ce n'est qu'au XIV e siècle que Philippe Cacqueray, fondera la première verrerie à vitres dans le vexin normand) Souvent, leur ouverture béante se fermaient par un ''contrevent'' (lourd volet de bois plein) ou étaient protégées au moyen de toiles cirées, de peaux d'animaux, et jusqu'au XVIIIe siècle de papiers huilés grillagés.

Les protections de la maison

La porte, fabriquée avec d'épaisses planches de bois et constellée de clous de fer, son seuil (ou son ''pas'') et en haut son linteau, grosse pièce de bois ou épaisse pierre plate gravé de quelque inscription votive ou symbolique (cœur, pain, couronne torsadée, fleur, croix ou ostensoir) constituait une protection contre le fléau des gens de guerres qui pillaient les maisons, violant et tuant sans vergogne, les intempéries, et les agressions surnaturelles provoquées par les sorciers et sorcières omniprésents dans un monde où l'on était toujours prêt à justifier l'inexplicable par une intervention de Satan ou de l'un de ses ''lieutenants''. La méfiance était de mise contre les individus de passage dont la langue incompréhensible, le costume différent pouvaient très vite constituer une menace, jeter des sorts sur la maisonnée et le bétail. Contre tout cela, on s'entourait de statues de saints, de dessin d'arbre de vie destiné à détourner la mort, de croix multiples, ou par un « oculus » placé au-dessus de la porte, barré d'une clavette doublement chevillée nommé « nœud de sorcières ». Sculptés dans la pierre ou dans le bois du colombage suivant les régions ces symboles que l'on appelait les Runes étaient répétés de siècle en siècle par les maçons, héritage d'un alphabet très ancien des peuples du Nord.

Différents rites complétaient ces superstitions : cornes de bouc, de chèvre ou de bélier étaient censés éloigner le mauvais œil. Le seuil pouvait être arrosé du sang d'un coq ou d'une chèvre selon une tradition sans doute païenne, ou jonché d'herbes réputées protéger des personnes aux pouvoirs nuisibles. Une tradition voulait que la pierre de fondation de la maison soit inaugurée par le plus jeune de ses habitants et portait gravés la date et le nom de celui-ci. La sécurité était un souci constant car, comme l'on disait « qui n'a sûreté n'a nul bien » !

Toquons à la porte

A l'aide d'un heurtoir (anneau orné d'une figurine de bronze) ou d'un simple marteau sonnant la tête d'un clou, frappons à l'huis ! Vous répondra-t-on ? Oui, car il y avait toujours quelqu'un à la maison, chez les riches comme chez les pauvres, où l'on vivait nombreux, en famille, avec les apprentis ou les domestiques suivant les cas. A la campagne, la femme ne sortait presque jamais de la ferme assurant le ménage, les repas, l'éducation des enfants, l'entretien du jardin (ce principe était établi et accepté) seuls les hommes travaillaient aux champs, se rendaient aux foires et marchés, au moulin ou à la forge. Quant aux vieillards, ils étaient les gardiens du foyer, veillant sur le feu et sur la marmite où mijotait le ''fricot''. Il n'existait pas de maison de retraite et chacun avait son rôle et son utilité.

L'éclairage de la maison

Les fenêtres ne laissant guère passer le jour dans la maison enfumée (les cheminées tiraient mal) la pénombre était le lot commun des chaumières. Il fallait bien s'éclairer car l'on y voyait ''goutte''! La lampe à huile présentait de lourds inconvénients d'attentions constantes et de nettoyage, d'entretien de la mèche, souvent constituée de chanvre ou de lin torsadé, l'huile très taxée restait chère.

On préférait les torches, faites de chanvre entouré de résine pour l'extérieur, à l'intérieur on utilisait des joncs trempés dans de la graisse brûlant dans des « brûles-joncs ».

Les chandelles, plus onéreuses, pouvaient être faites de corne fabriquées par les « peigniers-tabletiers » ou de suif obtenu à partir de graisse de bœuf ou de mouton dont les bouchers avaient le monopole avant de devoir le céder aux chandeliers. Il fallait lutter contre les fraudes de certains fabricants véreux n'hésitant pas à mêler aux graisses ''nobles'' des graisses de porc connues pour produire des fumées noires et pestilentielles. Les paysans fabriquaient souvent eux-mêmes leurs chandelles et leurs suifs, faisant fondre la graisse de bœuf dans un chaudron pour en écumer les impuretés.

Chez les plus riches, des cierges de cire d'abeille offrait une lumière agréable et sans odeur, distribués par les marchands ciergiers nombreux près des églises car le clergé en brûlait de grandes quantités. Puis vint la bougie tirant son origine de la ville maritime de Béjaia en Kabilie qui exportait une cire d'excellent qualité. La diffusion du coton permettra de tresser des mèches n'ayant pas besoin d'être mouchées.

Les rythmes de vie

Ainsi la vie de nos ancêtres, du lever au coucher et suivant les saisons étaient était réglée sur le soleil. Au moyen-âge, les rues se transformaient en redoutables coupes-gorges à la tombée de la nuit jusqu'à ce que Philippe le Bel se préoccupe de l'éclairage nocturne qui mettra longtemps à se mettre en place dans les grandes villes de France demandant de multiples édits et ordonnances.

Diverses sources d'éclairage se succèderont à partir du XIXe siècle passant tour à tour de l'huile au pétrole puis à l'électricité avec l'invention en 1879 de l'ampoule électrique. L'ampoule a été, à son apparition considérée comme un objet quasi magique, en référence à la sainte ampoule, avec laquelle on sacrait les rois de France.

La plupart de nos ancêtres se contentaient, à la veillée, de la lumière de l'âtre où la combustion de différents matériaux (bois, bouse, tourbe) constituait finalement la principale source d'éclairage.

Depuis notre confort toujours plus performant en ce XXIe siècle, pouvions-nous imaginer le quotidien de nos aïeux ? Y voyez-vous goutte ?

Sources

Entrons chez nos ancêtres de Jean-Louis Beaucarnot. J.C Lattès, Novembre 2010.

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