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Accueil Histoire de France Les Mérovingiens (1) : Clovis

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Les Mérovingiens (1) : Clovis

bapteme_clovisDynastie matrice de la royauté française, les Mérovingiens ont pourtant été longtemps victimes d’une « légende noire », entretenue dès le VIe siècle par Grégoire de Tours, puis par leurs successeurs, les Carolingiens, sous la plume d’Eginhard. Ils sont ainsi devenus les « rois fainéants » des images pour écoliers jusqu’au XIXe siècle (et au-delà…). A part Clovis, et pour d’autres raisons Dagobert, la période mérovingienne était comme un trou noir dans l’histoire de France. Tentons donc de (re)découvrir ces rois, et reines, à la frontière entre la fin d’une Antiquité « barbare » et un Moyen Âge où allait se construire la France. Construction à laquelle les Mérovingiens eux-mêmes furent loin d’être étrangers…


 

La Gaule avant Clovis

La fin de l’Empire romain d’Occident en 476 a longtemps marqué le début du Moyen Âge dans l’historiographie. Or, on sait aujourd’hui que la transition a été bien plus longue, et les mutations complexes, loin du cliché des « invasions barbares » qui auraient balayé Rome en quelques décennies.

Les peuples dits « barbares » sont installés dans l’Empire depuis longtemps déjà, à des degrés et sous des formes divers. L’historiographie parle aujourd’hui d’ethnogenèse pour expliquer la « fusion » entre Romains et Barbares. Ces derniers, quand ils entrent en Gaule au Ve siècle, sont déjà familiers de la civilisation romaine, avec laquelle ils vont créer de nouveaux peuples. Des peuples germaniques sont présents en Gaule dès le début du Ve siècle, suite aux lourds problèmes que connaît l’Empire à cette époque (sac de Rome en 410,…). Les Wisigoths la traversent pour aller se fixer en Aquitaine et en Espagne. Puis, ce sont les Burgondes qui s’installent autour de Lyon et Genève. Ceux que l’on commence seulement à la fin du siècle à appeler « Francs » (en particulier les futurs « Saliens »), quant à eux, traversent le Rhin et apparaissent en Gaule un peu plus tardivement, malgré la prise éphémère de Cambrai par le roi Clodion ; ils sont ainsi repoussés par le maître de la milice Aetius et le futur empereur Majorien en 448. Cela permet tout de même de faire un peu connaissance avec les Francs, leur roi Clodion donc, son fils Mérovée et le fils de ce dernier Childéric. Toutefois, il semblerait qu’il y ait eu bien d’autres rois francs et qu’aucun d’entre eux n’ait réussi à unifier les différents peuples francs, jusqu’à Clovis. Cela les empêche longtemps de progresser vers le Sud.

Il faut insister sur le fait que ces peuples finissent par s’installer durablement, et que leurs rapports avec les Gallo-romains sont loin d’être mauvais. De plus, leurs chefs signent des traités avec Rome, ou avec les généraux romains locaux, de plus en plus indépendants du pouvoir central impérial. Tous, Gallo-romains et Barbares "fédérés", défendent la Gaule contre la menace des Huns d’Attila, défaits en 451 aux Champs Catalauniques. Vingt-cinq plus tard, la chute de Romulus Augustule n’a finalement que peu de conséquences directes sur la Gaule. Elle est alors divisée entre, au Sud, le puissant royaume Wisigoth qui s’étend de l’Espagne jusqu’à la Loire ; à l’Est, le long du Rhône, les Burgondes ; tout au Nord, de chaque côté de la Meuse, Francs saliens et Francs rhénans. Enfin, coincé au milieu, entre la Loire et Soissons, une « royauté romaine » menée par Syagrius. C’est ce dernier que Clovis va affronter.

Les conquêtes de Clovis

330px-La_division_de_la_Gaule_en_481.svgQuand il succède à son père Childéric en 482 (ou 481), Clovis doit s’affirmer comme tout chef barbare face à ses rivaux. Le meilleur moyen est évidemment la conquête. Il n’est pas gêné par les Rhénans, trop occupés avec les Alamans, mais en revanche on ne sait pas vraiment comment le roi franc écarte les autres, en particulier les puissants Saliens établis près de Cambrai. Clovis parvient en tout cas à s’organiser pour attaquer la vallée de la Somme assez rapidement après son avènement. Il défait ainsi Syagrius à Soissons vers 486, le chef romain devant se réfugier auprès des Wisigoths d’Alaric II (qui le livre au Franc peu après). C’est lors du fameux épisode du « vase de Soissons » que Clovis affirme son autorité, mais aussi annonce son futur rapprochement avec l’Eglise gauloise.

Clovis commence alors une grande politique d’alliance avec les puissances de la région, en particulier l’Ostrogoth Théodoric, auquel il marie sa sœur Audoflède. Il va même plus loin en nouant des liens avec les empereurs romains d’Orient Zénon, puis Anastase, dont il se veut un représentant légitime. C’est à la même époque qu’il épouse en secondes noces Clotilde, nièce du roi des Burgondes.

Le souverain franc continue ses conquêtes : au tournant du VIe siècle, il écarte les Alamans à Tolbiac, et en même temps soumet les Francs rhénans qu’ils menaçaient. Puis, il se tourne vers ses grands rivaux du Sud, les Wisigoths ; il doit alors calmer ses ardeurs devant les menaces de Théodoric, récemment allié à Alaric II. Ce n’est que partie remise : en 507, allié avec les Burgondes, il attaque le royaume wisigoth et bat Alaric II à Vouillé. Cette victoire décisive, où son rival trouve la mort, lui permet d’atteindre Toulouse et de bientôt contrôler l’Aquitaine. Parallèlement, pour contrer l’expansion du Franc, l’Ostrogoth Théodoric met la main sur la Provence.

En 508, Clovis est reconnu officiellement par l’empereur Anastase qui le fait consul, preuve supplémentaire des liens étroits entre les Barbares et l’Empire…

La consolidation du royaume franc

Son territoire s’étant considérablement étendu, Clovis se doit de l’organiser pour mieux le contrôler. Il s’installe à Paris, dont il fait sa capitale (vers 508), en particulier à cause des liens entre sainte Geneviève et son père Childéric. Cela n’empêche pas ce que l’on n’appelle pas encore la cour de rester itinérante bien longtemps après.

bapteme_clovisDe façon autoritaire, voire violente, Clovis écarte tous ses rivaux, y compris au sein de sa famille. En ce qui concerne les populations, il laisse aux Gallo-romains leur législation tandis que les peuples germaniques présents sur place gardent eux aussi les règles imposées par Rome à leurs alliés en Gaule. Dans la même logique, les Francs, qu’ils soient Saliens ou Rhénans, conservent également leurs lois et traditions.

Sa conversion au catholicisme (la date de son baptême divise plus que jamais, mais elle est sans doute postérieure à 500) lui permet de se voir confirmer le soutien des évêques de Gaule. Dans ce domaine, Clovis respecte la tradition impériale, et convoque un concile à Orléans peu avant sa mort. L’empereur, dans la lignée de Constantin, reste celui qui dicte les canons de l’Eglise. En revanche, l’épiscopat franc commence déjà à revendiquer une relative autonomie dans certains domaines.

Les fils de Clovis, premiers « rois des Francs »

Le souverain meurt le 27 novembre 511. Premier "rex francorum", un titre repris par ses successeurs.

La succession n’est en tout cas pas de tout repos. Sous la pression de Clotilde, qui refuse que Thierry, qui n’est pas son fils, soit le seul successeur de Clovis, l’immense royaume de ce dernier est partagé entre Childebert (l’actuelle Normandie, jusqu’à Paris), Clotaire (le Nord de la Gaule), Clodomir (la vallée de la Loire) et donc Thierry (la région du Rhin). Le sort de l’Aquitaine est plus flou, car sa situation s’est rapidement compliqué après sa conquête.

Cette division n’entame pas pour autant le pouvoir franc sur la Gaule. Au contraire, l’expansion va continuer…

 

Bibliographie

-         G. Bührer-Thierry, C. Mériaux, La France avant la France (481-888), Belin, 2010.

-         C. Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siècle, PUF, 2005.

-         M. Coumert, B. Dumézil, Les royaumes barbares en Occident, PUF (Que sais-je), 2010.

-         « Mérovingiens, les premiers rois du Moyen Âge », L’Histoire, 358, novembre 2010.