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Charlemagne, roi des francs et empereur d'occident - Biographie

Charlemagne-11.jpgPour beaucoup d’entre-nous, Charlemagne restera l’inventeur de l’école comme le chantait France Gall « Qui a eu cette idée folle / un jour d'inventer l'école / c'est ce sacré Charlemagne ». Bien que cette idée soit partiellement fausse, elle est tout de même significative et met en valeur le véritable tour de force qu’a su mettre en œuvre l’empereur carolingien. Mais qui était réellement Charlemagne ? Comment a-t-il réussi à marquer l’histoire ? C’est ce que nous allons tenter de voir.

 

La jeunesse de Charles

La date précise de naissance de Charles est sujette à controverse. La date communément admise est celle du 2 avril 742 et se base sur le récit d’Eginhard, abbé et intellectuel du IXe siècle. Le lieu de naissance n’est nullement mentionné cependant. Plusieurs historiens situent sa naissance en Austrasie[1]. Fils de Pépin Le Bref et de Berthe au grand pied, la naissance de Charles se serait faite dans l’illégitimité. En effet, ses parents se seraient mariés religieusement entre 743 et 744, soit plus d’un an après sa venue au monde. Tout ceci participe à la dispute entre les historiens sur la date et le lieu exacts de sa naissance. Il se fit baptiser en 754 par le pape Etienne III qui venait rendre visite à son père. Dans sa jeunesse, le jeune Charles n’apprend pas à écrire. Il rattrapera cette lacune à l’âge adulte. Cependant il sait lire et connait un peu le latin. Mais les sources qui évoquent son enfance et sa jeunesse ne sont que trop rares, voire inexistantes, pour dresser un portrait exact du petit Charles. On sait toutefois qu’il fut très attaché à sa sœur, l’extravagante Ghisla, un peu plus jeune que lui. Une enfance qui, pour une grande part, reste mystérieuse.

L’homme qui aimait les femmes

Officiellement, Charlemagne a connu six épouses. Officieusement, il a eu de multiples aventures. Physiquement, son biographe Eginhard le décrit ainsi « D’une large et robuste carrure, il était d’une taille élevée, sans rien d’excessif d’ailleurs, car il mesurait sept pieds de haut (1m90). Il avait le sommet de la tête arrondi, de grands yeux vifs, le nez un peu plus long que la moyenne, de beaux cheveux blancs, la physionomie gaie et ouverte. On ne remarquait même pas que son cou était gras et trop court et son ventre trop saillant. Il avait la démarche assurée, une allure virile. La voix était claire, sans convenir tout à fait à son physique[2] ». L’homme bénéficie apparemment d’un physique avantageux et d’une stature impressionnante, surtout pour l’époque où l’homme mesurait en moyenne 1m67[3].

Son premier mariage date de 768. Il épouse Himiltrude, fille d’un comte de Bourgogne. Deux ans et deux enfants plus tard, il la délaisse et prend pour épouse Désirée, fille du roi des lombards, Didier. Ce mariage, avant tout politique, est rapidement abrégé sous prétexte de stérilité. Charlemagne, alors âgé d’une trentaine d’années, épouse une jeune fille de treize ans, Hildegarde. Neuf enfants plus tard, elle meurt en 783 d’une fausse couche. Pour se consoler et deux mois après, Charlemagne prend pour épouse Fastrade qui lui donnera deux filles. Celle-ci décède en 794, elle est immédiatement remplacée par Liutgarde, âgée de dix-huit ans et fille du comte d’Alsace. Elle s’éteint en 800 et huit ans plus tard, notre Dom Juan carolingien entre en concubinage avec Gerswinde, fille du roi des Saxons. Elle lui donne une fille à l’âge de soixante six ans. A côté de ses épouses officielles, Charlemagne eut de nombreuses aventures, notamment avec sa sœur Ghisla vers 771. Celle-ci serait même tombée enceinte. Par honte et déshonneur, Charlemagne s’empresse de lui trouver un époux, Roland, et édicte dans le même instant un capitulaire interdisant l’inceste. Charlemagne aura eu dix-sept enfants au total.

Toutes ces unions ne sont pas sans significations. Charlemagne ne choisit pas ses épouses par hasard. Ce sont avant tout des choix politiques qui visent à gagner la confiance de ses ennemis. Ainsi il dira lui-même « Moi seul ai le devoir et le droit de prendre femme. Dans une famille comme la nôtre, le mariage ne doit servir qu’à conclure des alliances, payer des dettes, ou assurer un héritier au trône [4](…) ».

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Charlemagne, un monarque bien entouré

A regarder de près les sources, on sait finalement peu de choses sur la vie personnelle de Charles. Les seuls compagnons qu’on lui connaît vraiment sont ses frères d’armes avec qui il part en campagne. L’un de ses plus fameux comparses n’est autre que Roland (736-778) dit le preux. Neveu de Charlemagne, Roland est un chevalier franc qui a laissé son nom à la célèbre chanson qui porte son nom. Comte de la marche de Bretagne il est aussi très proche de son oncle. Lors de la bataille de Roncevaux (778) où il périt, alors que l’armée de Charles bat en retraite, Roland est ses soldats se retrouvent pris en embuscade entre deux falaises. Ce dernier emmanche  alors son épée Durandal et livre bataille. Rapidement en sous-nombre, il souffle dans son olifant pour appeler à l’aide son ami Charles. Ce dernier arrivera trop tard. Lorsqu’il voit la dépouille de son neveu, il la serre fort dans ses bras et se serait exprimé ainsi « Il n’y aura jamais de jour que je ne souffrirai en pensant à toi. ».

A la cour, nombre de lettrés viennent voir le souverain carolingien. Alcuin d’York est un proche conseiller de l’empereur. Il fut à la tête de la plus grande école de l’empire, l’Académie Palatine. Eginhard dira de lui qu’il est « l’homme le plus savant de sons temps ». Dungal de Bangor, moine irlandais, est l’astronome officiel de Charlemagne. Il est le précurseur de ce que développera sept-cents ans plus tard Nicolas Copernic. Bien d’autres lettrés se bousculent à la cour comme Eginhard, Théodulf ou encore Raban Maur faisant de l’empire carolingien un lieu où les hommes échangent leurs savoirs.

Charles était proche de sa mère, Berthe au grand pied. Celle-ci serait même intervenue dans les affaires politiques de son fils. Ainsi, certains[5]écrivent que Berthe aurait poussé Charles à épouser Désirée, fille du roi lombard, pour conclure une alliance. Pour la petite histoire, leur étroite relation s’envenima le jour où Carles traita sa mère de « putain ». Celle-ci lui aurait alors rétorqué « Mon fils, n’évoque pas mes infidélités, cela pourrait te revenir en pleine figure ».

Charlemagne, homme de guerre

Sa vie « politique » débute réellement en 768, lorsque son père Pépin Le Bref lègue son royaume, récemment grossi par l’Aquitaine, à ses deux fils : Charles et Carloman. Les deux frères ne s’aiment guère et se disputent le royaume. Finalement Carloman meut en 771, Charles devient le seul et unique roi des francs. Dès l’année suivante, Charles entreprend ses premières expéditions chez les Saxons qu’il finira par soumettre, non sans difficultés, définitivement en 804. En 785 il promulgue le capitulaire saxon qui impose le baptême aux Saxons et punit  de mort l’attachement aux rites païens. En 774, il s’empare de Pavie et prend la couronne de Didier, roi déchu des lombards. Entre 785 et 801[6], il conquiert ce que les historiens appellent la Marche d’Espagne[7]. La force de Charles réside dans la qualité de son armée et dans la rudesse, voire même l’atrocité, avec laquelle il livre bataille. Le service militaire est obligatoire dans le royaume[8]. Mais les effectifs restent tout de même relativement modestes avec 5 000 cavaliers lourds, 36 000 cavaliers légers auxquels s’ajoutent nombre de fantassins[9]. L’armée gagne car elle est bien formée, sa cavalerie cuirassée perce aisément les rangs ennemis. La rapidité de manœuvre et la stratégie de tenaille assurent des succès décisifs à chaque campagne. A sa mort, Charlemagne aura unifié un territoire qui s’étend de la Saxe au Nord jusqu’en Navarre ou à Rome au Sud et de l’Aquitaine à l’Ouest jusqu’en Carinthie (Autriche) à l’Est. Certains voient en sa personne l’empereur qui est parvenu à reconstruire une  « nouvelle Rome ». A ce propos, peu de temps après son couronnement, Charlemagne fait inscrire sur plusieurs sceaux la formule Renovatio romani imperii, preuve du désir qu’il a de reconstruire l’Empire romain.

Un homme de foi

courronement_charlemagneTout au long de son règne, Charlemagne ne cesse de propager la foi chrétienne. Toutes ses conquêtes sont accompagnées d’une conversion au catholicisme, pour la plupart du temps forcée. L’unité de la foi est le véritable ciment de l’empire. Dans cette vision de « l’Etat », l’empereur à pour mission de conduire son peuple au salut. Pour ce faire, Charles intervient à de multiples reprises dans la définition du dogme. En 794, lors du synode [10]de Francfort, il fait condamner une hérésie diffusée en Espagne. Il s’oppose violement au concile de Nicée en 787 et confie à Théodulfe [11] la rédaction d’un dossier de controverse, le Libri Carolini.

Lorsque Charlemagne s’empare d’un territoire, il édicte aussitôt des capitulaires qui visent à convertir la population assujettie. L’un des plus « célèbres » est le capitulaire saxon qui, en 785, impose le baptême forcé aux Saxons et punit de mort l’attachement aux anciens rites païens. Ce texte qui impose la loi de l’empereur, ressemble au lointain code d’Hammourabi [12] sur la forme et s’exprime en ces termes : « quiconque entrera par violence dans une église (…) sera mis à mort. Quiconque tuera un évêque (…) sera condamné à mort. Désormais tout Saxon non baptisé qui cherchera à se dissimuler parmi ses compatriotes et refusera de se faire donner le baptême, voulant demeurer païen, sera mis à mort (…). ».

Le couronnement de Charlemagne comme empereur s’est avant tout fait sur des bases idéologiques religieuses. Lorsqu’il étend son royaume, il étend l’Eglise du Christ. Charlemagne a vocation à rassembler tous les peuples occidentaux en un même empire qui lui-même s’identifie à l’Eglise. C’est donc dans cet esprit là qu’il se laisse couronner à Rome, le 25 décembre 800 à la basilique Saint-Pierre, par le pape Léon III.

Charlemagne, propagateur de culture

Pour beaucoup, Charlemagne serait l’inventeur de l’école. L’empereur carolingien n’a pas « inventé » l’école en soit, dont on retrouve des traces jusqu’à l’an 3 000 av J.C en Egypte, mais a été le premier souverain à réellement légiférer sur la mise en place de cadres scolaires. Le texte le plus important est l’Admonitio Generalis rédigé en 789. Le texte préconise une instruction avancé du clergé qui à son tour pourra dispenser une éducation au peuple, le tout dans la foi chrétienne. L’Admonitio engendre nombres d’écoles et son enseignement constituera la base de la culture scolaire et universitaire de tout le Moyen Âge au travers la mise en pratique des sept arts libéraux qu’il diffuse. L’un des objectifs premiers est de restaurer le latin afin de traduire les textes religieux.

Grâce au système que Charlemagne met en place, la foi chrétienne peut se propager beaucoup plus facilement. L’empereur carolingien permet aux arts de se développer, à la culture gréco-latine de refaire surface, aux lettrés d’Europe d’échanger leurs cultures au sein de la cour royale en particulier.

 

On l’aura compris, tout au long de son règne qui fut extrêmement long, Charlemagne n’aura eu de cesse de propager la foi chrétienne au sein de toute l’Europe. Si certains le considèrent aujourd’hui comme « père de l’Europe », on peut penser que lui-même n’a jamais pensé de cette manière là. Sur le plan politique et spirituel, deux principales préoccupations l’animèrent : reconstruire l’Empire romain et diffuser la foi chrétienne. Sur le plan personnel, Charles aura marqué son temps grâce à l’importance qu’il a su donner à son royaume.

 

Bibliographie

- De georges Minois, Charlemagne, Editions Perrin, mars 2010.

- De Jean Favier, Charlemagne. Fayard, 1999.

- De Georges Bordonove, Charlemagne : Empereur et Roi. Pygmalion, 2008.


[1] Nord-Est de la France actuelle

[2] EGINHARD, Vita Karoli Magni, 829-836

[3] D’après une étude de Richard STECKEL, professeur d’économie à l’Ohio State University

[4] EGINHARD, Vita Karoli Magni, 829-836

[5] Alain Dag’Naud

[6] Prise de Barcelone

[7] Catalogne actuelle

[8] Ost

[9] Michel KAPLAN, Le Moyen Âge IVe-Xe siècle, Paris, Bréal, 1994

[10] Assemblée délibérative d’ecclésiastiques

[11] Théodulfe d’Orléans (755-821) : homme d’église et lettré de l’époque carolingienne

[12] Texte de loi babylonien daté d’environ 1750 av J.C

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