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André Le Nôtre (1613-1700), jardinier des Rois

le_notreL’an de grâce 2013 marque les 400 ans de la naissance d’André Le Nôtre, le « Roi des Jardiniers et le Jardinier des Rois ». A cette occasion, Versailles lui rend un hommage particulier dès le 12 mars, avec la création d’un jardin à la française installé sur la place de la cathédrale Saint Louis, un « jardin des senteurs » ainsi que le « jardin des Etangs Gobert », ces anciens étangs qui servaient à alimenter les grandes eaux du château, devenant jardin public, des concerts et des expositions.Quant au site de Vaux-le-Vicomte, dont les jardins firent partie des premiers à être transformés par Le Nôtre, il accueillera une exposition portant son nom. Mais qui était donc le « Jardinier des Rois » ?

 

Jardinier de père en fils

André Le Nôtre nait le 12 mars 1613 aux Tuileries, dans une famille de jardiniers : son grand père jardinier de Catherine de Médicis ; son père titré « dessinateur des plants et jardins » et « jardinier du roi aux Tuileries ». André passe donc naturellement sa jeunesse dans la galerie du Bord de l’eau au Louvre, puis suit des cours d’architecture avec François Mansart ainsi que ceux de peinture dans l’atelier de Simon Vouet, rencontrant Le Brun et Mignard. Toujours à vouloir s’instruire, il apprend l’agronomie, l’hydrologie, les mathématiques et réalise déjà des dénivelés en paliers. A partir des années 1630, Le Nôtre travaille dans le jardin sous les ordres de son père et de Claude Ier Mollet avant d'obtenir en 1637 le brevet de jardinier des Tuileries puis en 1643 le poste de « dessinateur des plans et parterres de tous les jardins de Sa Majesté », mais jamais il ne portera le titre de « Premier Jardinier du roi ».

Il épouse en 1640 Françoise Langlois, fille d'un commissaire ordinaire de l'artillerie de France ; leurs trois enfants meurent en bas âge. Toutefois, la tradition se perpétue puisque deux des trois sœurs d'André épouseront des jardiniers.

Entre temps, à 22 ans, il devient Premier jardinier de Monsieur, s’occupant en même temps des jardins des Tuileries, ceux du Luxembourg, du Palais Royal et de Fontainebleau. Il se fait remarquer par Fouquet qui l’attire à Vaux le Vicomte, tout en acquérant la charge de Contrôleur général des Bâtiments et des jardins du Roi en 1657, en logeant toujours aux Tuileries et en entretenant toujours des jardins. De part sa fonction, il doit être capable de surveiller des travaux les plus divers au niveau de la serrurerie, la sculpture, la maçonnerie et contrôler les mémoires des entrepreneurs en vue de leur paiement par les trésoriers généraux.

Sa conception des jardins

Le_Notre_perspective_jardin_VersaillesIl fixe désormais les règles des jardins dits « à la française », en transformant les terrains marécageux en jardins magnifiques, en espaces aérés offrant une perspective lointaine, contrairement à l’usage de la Renaissance qui voulait des jardins clos, avec une alternance de lumière et d’ombre, un mélange de sculptures de marbre et de végétaux. Utilisant un nombre restreint de formes géométriques simples faites de cercles, carrés, rectangles, hexagones, octogones, parfois combinées, il associe des parties très ornées à proximité des habitations à d’autres plus épurées. Les terrasses sont ouvertes sur le paysage composé de parterres raffinés, de bosquets, à perte de vue, comme à Saint Germain en Laye où la terrasse surplombe la Seine mais offre une vue sur Paris ou comme la perspective au bout des jardins des Tuileries, estimant que « les Tuileries ne débouchent sur rien d’autre qu’un vilain chemin » créant ainsi les futurs Champs Elysées !

André Le Nôtre, jardinier des Rois

Louis XIV n’entendant que du bien au sujet de cet homme, l’appelle en 1661 pour s’occuper des jardins de Versailles. Le Nôtre est surpris de voir un grand marais face au château, mais il a une solution « Pardi ! Nous allons le transformer en grand canal ! ». Ses cours de peinture ainsi que la connaissance de Le Brun et Mignard lui servent alors ; il rehausse le terrain, créé des perspectives où la taille des arbres s’allonge à mesure que l’on s’éloigne du château.

Dès lors, les grands du royaume le demandent : Monsieur à Saint Cloud, Colbert à Sceaux, Madame de Montespan à Clagny ; il travaille sur les chantiers de Trianon, Maintenon, Saint-Cyr, Marly, Chantilly, Paris, ainsi que dans plusieurs hôtels particuliers à Saint-Maur, Saint-Martin de Pontoise, Chaville, Louvois, Pontchartrain et Conflans.

Le_Notre_Drottningholm_SudeEn Europe, Charles II d’Angleterre fait appel à lui pour les jardins de Greenwich, Hampton Court et Windsor ; le nom de Le Nôtre est associé au jardin de Charlottenburg à Berlin ; les jardins royaux de Drottningholm en Suède ressemblent aux bassins de Chantilly ; en Russie, les jardins de Peterhof à Saint-Pétersbourg sont agrémentés de cascades, de fontaines, de pavillons rappelant le faste des grands jardins français ; en Espagne, on retrouve « sa patte » dans les jardins de la Granja près de Ségovie…Même le pape lui demande de refaire ses jardins ! Le Nôtre est aimé de partout.

André Le Nôtre est un courtisan subtil, restant à l’écart des intrigues de la Cour, mais sachant s’attirer les bonnes grâces du roi, à tel point qu’il est le seul à embrasser Louis XIV lors d’une promenade, à lui tenir tête ou à placer sa chaise à côté de celle du roi dans les jardins. Anobli en 1675, il compose ses armoiries de « trois limaçons couronnés d’un trognon de choux, avec une bêche et un râteau ». En 1693, le roi le fait chevalier de l'ordre royal de Saint-Michel, distinction rare réservée aux écrivains et aux artistes. Pendant trente ans, il partage ainsi l’intimité du roi, à tel point que le jeune Louis XIV le considère presque comme son père… Pour remercier le monarque et lui exprimer sa reconnaissance, Le Nôtre lui offre environ soixante dix tableaux, des bronzes ainsi que des porcelaines tirés de sa collection qu’il constituait depuis 1650, grand collectionneur il possédait des estampes, des tableaux de peinture italienne, hollandaise et flamande, des sculptures, des porcelaines et surtout un grand nombre de médailles modernes.

Les Grands lui rendent hommage

Très attaché à sa maison près du pavillon de Marsan, il s’y retire à partir de 1694 et meurt le 15 septembre 1700 à 87 ans.

Le Mercure Galant commente sa disparition en ces termes élogieux : "Le Roy vient de perdre un homme rare, & zélé pour son service, & fort singulier dans son art, & qui luy faisoit honneur. C'est Mr. Le Nostre, Controlleur Général des Bastimens de Sa Majesté, Jardins, Arts et Manufactures de France. (...) Jamais homme n'a mieux sçu que luy tout ce qui peut contribuer à la beauté des Jardins..."

Le_Notre_jardin_chateau_de_cordsSaint Simon n’est pas en reste et fait son éloge funèbre « illustre pour avoir le premier donné les divers dessins de ces beaux jardins qui décorent la France, et qui ont tellement effacé la réputation de ceux d’Italie, que les plus fameux maîtres en ce genre viennent d’Italie apprendre et admirer ici. Le Nôtre avait une probité, une exactitude et une droite qui le faisaient estimer et aimer de tout le monde. Jamais il ne sortit de son état ni ne se méconnut, et fut toujours parfaitement désintéressé. Il travaillait pour les particuliers comme pour le roi, à réduire le vrai beau aux mains de frais qu’il pouvait…un mois avant sa mort, le roi, qui aimait à le voir et à le faire causer, le mena dans ses jardins, et à cause de son grand âge, le fit mettre dans une chaise que des porteurs roulaient à côté de la sienne et Le Nôtre disait là « ah ! mon pauvre père, si tu vivais et que tu puisses voir un pauvre jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne manquerait à ma joie ».

Son portrait trône depuis quatre siècles dans le Bâtiment des jardiniers près de l’Orangerie. Sur la table principale, on découvre le « plan général du jardin » datant de 1720 demandé par Louis XV, plan qui sert toujours de référence aux jardiniers depuis 1992, afin de remettre le parc dans son état d’origine.

Considéré aujourd’hui comme le premier paysagiste moderne, ses contemporains s’appuient toujours sur son œuvre, pour utiliser toutes les qualités d’un site : le relief, les vues, l’orientation, l’eau, le substrat afin de réaliser une belle composition. De ce fait, en juillet 2013, sera décerné pour la première fois le « Prix International André Le Nôtre » à un paysagiste-concepteur pour l’ensemble de son œuvre !

Bibliographie

- Portrait d'un homme heureux : André Le Nôtre, 1613-1700, d' Erik Orsenna. Folio, 2012.

- André le notre, de Patricia Bouchenot-Déchin. Fayard, avril 2013.

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