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Charlemagne et son administration

missichLa dynastie carolingienne s’étend sur plus de deux siècles, de 751 jusqu’au Xème siècle. Parmi les rois qui la composent, Charlemagne (768-814) jette les bases d’une administration et d’une politique interne nouvelles, qui lui permettront de contrôler au mieux son vaste empire. Entre institutions supplétives et nouvelles répartitions des "rôles", les fondations de l'Etat moderne dévoilent leurs premières pierres.

Elargissement de l’empire : l’armée faite par l’ost

Peu de temps après son accession au trône en 768, puis de manière définitive en 771, Charlemagne se lance dans de vastes campagnes de conquêtes. Peu à peu son territoire prend de l’importance et devient de plus en plus compliqué à gérer. Le souverain carolingien va alors instaurer nombre d’institutions et de points de relais de son pouvoir dans les différentes parties de son empire. Qui dit guerres, dit soldats. Le conflit militaire a faim d’hommes, telle une monstrueuse bête insatiable. Le service d’ost prend alors une autre dimension. Dérivé du latin hostis [1], le sens du terme « ost » a varié tout au long du Moyen Âge. Il a pu désigner une troupe en armes, une expédition militaire, un service de guerre ou enfin une taxe visant à compenser le service de guerre par un paiement en nature et/ou en biens. Charlemagne porte la guerre de plus en plus loin. On ne s’affronte presque plus entre provinces, désormais on part affronter les Saxons, les Sarrasins ou encore les Avars. La guerre commence lentement à s’exporter ailleurs que sur son propre territoire.

Le service d’ost - qui auparavant concernait en majorité une classe plus aisée allant à la guerre avec honneur – devient de plus en plus lourd et écrase les petits paysans qui cherchent à tout prix à en échapper. Les affrontements le tirent de son champ, la plupart des combats sont menés en été. L’armement étant aux frais du soldat, les pauvres se trouvent exclus des combats et doivent payer une taxe de remplacement. Afin de recruter un maximum d’individus, le souverain répartit la charge militaire en fonction de la fortune des hommes libres. Charlemagne tente d’agrandir son armée et si le paysan-soldat n’a pas les moyens de s’armer, il paie en s’associant, de ce fait, il contribue tout de même – de façon indirecte- à la guerre Seul le détenteur de quatre manses [2] au minimum est astreint à servir avec son équipement. Le détenteur de trois manses est alors associé au détenteur d’une seule manse afin qu’un des deux puisse partir en campagne. A noter que le manquement à l’appel est puni d’une amende très lourde, les déserteurs sont exécutés.

Après la conquête, l’organisation

armee_charlemagne_2A partir de l’empire carolingien, une fois un territoire conquis, celui-ci prend le nom de « marche » et suit une organisation précise qui répond à une juridiction établie par le souverain lui-même. Les « marches » forment les frontières militaires de l’empire en servant de sortes « d’Etats-tampons ». Le commandement est confié à des officiers qui cumulent les pouvoirs civils et militaires et reçoivent le titre de dux ou de marchio [3]. L’empire carolingien comprend alors nombre de marches, comme la marche de Saxe, de Bavière, de Bretagne – confiée à Roland – la Nordmark, l’Ostmark… Chacun de ces « états dans l’Etat » connaît des périodes houleuses où le comte de la marche tente d’asseoir un peu plus son autorité. Entre 791 et 802, le fils de Charlemagne, Louis, profite des troubles de l’émirat de Cordoue et se dirige droit sur Barcelone en 801, qu’il confie par la suite au comte Bera. De ce fait, il forme la Marche d’Espagne qui protège le royaume carolingien de ses adversaires au sud. Dans ces nouvelles zones conquises, on assiste à un mélange culturel entre les francs carolingiens et les peuples soumis. Ainsi, ces marches sont un des symboles du rayonnement et de l’influence culturelle sur le reste de l’Europe.

La délégation du pouvoir

Au centre de l’Empire se trouve le Palais qui sert à la fois de résidence à l’empereur et de gouvernement central. Pour des raisons politiques et économiques, Charlemagne reste longtemps un souverain itinérant, s’inscrivant dans la tradition de ses ancêtres. En 794, il fait édifier un somptueux palais à Aix-la-Chapelle où il passera les dernières années de son règne. C’est du Palais qu’émanent les décisions importantes. Au centre même du Palais se tient la chancellerie qui rassemble les notaires qui formulent les capitulaires, lettres ou autres décisions prises par le souverain. L’administration locale est toutefois déléguée aux comtes qui reçoivent la délégation de la puissance publique à travers ce qu’on appelle le ban. Originellement, le ban représente le pouvoir de commandement du chef de guerre dans les sociétés germaniques. Avec les monarchies barbares, celui-ci forme le fondement de l’autorité royale. Le ban représente alors le pouvoir de contraindre et de châtier, uniquement détenu par le souverain. Charlemagne étend sa signification et l’élargit à l’extrême. Désormais toute infraction à l’ordre public peut être sévèrement réprimandée. Les comtes sont les représentants directs du roi et « héritent » en quelque sorte de ce droit. Plus tard, nombre d’agents locaux prétendront disposer eux-aussi du ban, ce qui participera – en partie – à l’effondrement de l’autorité royale au profit de notables locaux.

Le système et l’organisation de la justice

missi.1238055250.thumbnailCharlemagne à pour volonté d’imposer à son empire et à ses sujets un cadre précis qui s’applique à tous. Ainsi, il met en place un système de surveillance des comtes : les missi dominici. Ces « envoyés du souverain » sont chargés d’inspecter le gouvernement des comtes. Cette sorte de commissaire judiciaire existait déjà depuis l’époque mérovingienne. Mais ce fut Charlemagne qui les organisa vers 780, puis définitivement après son sacre en 800. Choisis chaque année parmi de riches palatins [4], ils sont toujours envoyés par deux – un ecclésiastique et un laïc – dans les régions d’inspection dites missatica. Quatre « tournées » sont effectuées chaque année [5]. Les missi dominici sont alors les représentants directs et absolus de l’empereur et peuvent juger en dernier ressort les affaires judiciaires les plus importantes. Leur rôle est vaste : ils peuvent contrôler la perception de l’impôt, vérifier l’état des routes, du domaine royal… En cas de non respect de la loi, ils possèdent le droit de sanctionner les fonctionnaires négligents. De plus, pour encore mieux contrôler les actions des comtes, Charlemagne opère une réforme du système judiciaire et nomme des juges assesseurs – les échevins – qu’il enjoint aux comtes. Les vengeances privées – les faides – autrefois très prisées, sont désormais interdites.

Charlemagne édicte nombre de textes de lois et surtout nombre de capitulaires. Ces actes législatifs se divisent en petits chapitres dits capitularia. Le capitulaire impose en des termes clairs et concis, tout ce à quoi les sujets du royaume et de l’empire doivent se soumettre. C’est aussi un moyen précis d’inscrire par écrit les lois qui vont se révéler être le principal moyen de gouvernement de Charlemagne : le verbum regis.

Le mode de fonctionnement des comtes et les institutions supplétives

Le territoire de l’empire carolingien est uniformément divisé en comptés ou pagi [6]. Ils sont plus étendus au nord et plus réduits au sud, où ils se calquent sur les anciennes cités. A leurs têtes se trouvent les comtes. Chaque comté est à son tout subdivisé en vigueries ou centaines, à la tête duquel le comte est représenté par un viguier ou un centenier. Fonctionnaires d’Etat, les comtes sont nommés par l’empereur, déplacés et révoqués selon sa propre volonté. Ces derniers sont rémunérés par une dotation foncière – honor, res de comitatu – et une part des revenus de justice. Représentant direct du souverain dans toute l’étendue de son pouvoir, ils peuvent agir sur de nombreux terrains. Leur rôle premier est de faire respecter les décisions impériales mais ils peuvent également rassembler l’ost, percevoir des revenus directs et présider les sessions d’un tribunal public ou mallus. Le mall est formé par un groupe d’hommes libres du comté et se charge de rendre la justice. Cette assemblée se réunie en sessions périodiques. Le comte s’entoure alors de juges spécialisés – les scabini – à qui il ordonne de dire le droit.

Soucieux de créer entre lui et ses sujets des liens personnels, Charles décide en 789 puis en 792 de soumettre tous les hommes libres à un serment de fidélité. La pratique du serment à pour but de donner une forme à la fois visible et personnelle de la soumission et de la fidélité dues au souverain. De plus, Charlemagne fait entrer dans sa vassalité tous les comtes de son royaume. Ainsi, en plus d’une fidélité naturelle due à son souverain, le comte est chargé d’une fidélité toute personnelle, plus contraignante, qui compense la concession d’un bienfait.

Prisent une par une, toutes ces institutions supplétives ne paraissent pas avoir une grande influence sur la manière de gouverner. Mais misent ensembles, elles forment un outil de contrôle puissant, tout entier tourné vers le souverain.

 

Charlemagne a su mettre en place une administration forte qui a permit d’accompagner l’élargissement de l’empire, tout en le structurant. De la manière de gouverner aux outils pour le faire, Charlemagne a posé les bases d’un système administratif révolutionnaire pour le VIIIe et IXe siècle.



[1] Ennemis.

[2] Petite exploitation qui contient la plupart du temps une chaumière basique, un verger dans le meilleur des cas et des terres cultivables.

[3] Marquis.

[4] D’après le Larousse : « Se disait d’un seigneur chargé de quelques offices dans le palais d’un souverain dans l’Empire Carolingien et le Saint Empire ».

[5] Janvier, Avril, Juillet et Octobre.

[6] Selon les estimations on en compterait de 250 à 400.

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