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Accueil Histoire de France Les derniers jours de Louis XV

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Les derniers jours de Louis XV

XVIl y a 240 ans, le 10 mai 1774, Versailles servait pour la seconde et dernière fois de décor à la mort d'un souverain. Louis XV s'éteint après une lente et terrible agonie. Sa fin de règne est délicate : Mme du Barry est indésirable, le dauphin et son épouse Marie Antoinette sont très jeunes. Avec cette mort du roi, surnommé le "bien aimé" au début de son règne, s'éteignent les derniers feux de la gloire royale.

 

Les premiers symptômes

En ce mois d'avril 1774, Louis XV a 64 ans et se trouve à Trianon. En se levant le 27 avril, il a des douleurs dans la jambe, une forte migraine et des frissons. Le déjeuner lui est répugnant, il n'a de goût à rien. Même la partie de chasse ne l'enchante pas, il reste dans sa voiture et a très froid. Le duc de Cröy qui l'accompagne est inquiet en disant « le roi est malade ».

Son premier chirurgien Mr. de la Martinière, diagnostique une fièvre sérieuse et insiste pour que le roi regagne Versailles « Sire, c'est à Versailles qu'il faut être malade ». Faisant fi de l'avis de Mme du Barry, le chirurgien organise le transport : sous son manteau, en robe de chambre, le roi monte dans sa voiture. Son lit est fait à la hâte, un lit de camp est installé à côté. C'est là qu'il finira ses jours...

Le premier médecin et le premier chirurgien se consultent et décrètent un traitement avec application de mouches sur les tempes et administration d'opium. La nuit du roi est catastrophique. Le lendemain, les hommes de médecine le saignent, mais aucune amélioration n'est visible. Ils envisagent une seconde, voire une troisième saignée si besoin est. Louis XV sait ce que cela signifie : après la troisième saignée, il devra recevoir les derniers sacrements. Ces hommes de médecine sont impuissants, ne savent plus quel remède proposer et demandent l'aide de deux confrères : le médecin de Mme du Barry et un médecin renommé de Paris. Mais personne n'arrive à mettre un nom sur ce mal.

La petite vérole est déclarée

Medecin de Louis XV Mr de la MartiniereDans la nuit du 28 au 29 avril, le visage du roi se couvre d'une éruption, ce sont les symptômes de la petite vérole. Le nom est prononcé ! Mr. de La Martinière ose déclarer « qu'il regardait le roi comme perdu ». La famille royale est priée de ne pas approcher et la rumeur court dans tout le château ; du domestique au courtisan, tout le monde est au courant.
Le roi est surpris « c'est la petite vérole, c'est étonnant ». Les médecins tentent de le rassurer en mentionnant que « cela ressemble à une rechute de la varicelle » que le roi a contracté il y a bien longtemps. En effet, il avait été atteint par cette maladie en 1728, mais de façon légère. Pourtant le monarque sait que la survie est quasi impossible car ses deux filles jumelles sont mortes de cette maladie.

A partir de ce moment, les trois dernières filles du roi se succèdent à son chevet le jour, la comtesse du Barry assure la nuit. L'état du roi se détériore et dès le 1er mai, la comtesse commence à déménager ses beaux bijoux, ses papiers et ses plus belles choses ; elle sait que si le roi vient à disparaître, elle n'aura aucun protecteur. A la Cour et dans tout Paris, la prière des quarante heures débute. L'archevêque de Paris arrive pour confesser le roi, mais sans résultat : Louis XV ne s'y résout pas. Le 2 mai, le visage et le corps du souverain sont pleins de boutons à tel point que le duc de Cröy écrit « sa tête est rouge et grosse comme un boisseau de la masse de la petite vérole ». Le 3 mai, il y a une petite amélioration et dans un regain d'espoir, Louis XV veut s'occuper du sort de la comtesse. Il demande au duc d'Aiguillon secrétaire d'Etat, d'accueillir Mme du Barry dans sa maison de campagne à Rueil puis s'entretient une dernière fois avec elle « à présent que je suis au fait de mon état, je me dois à Dieu et à mon peuple. Ainsi, il faut que vous vous retiriez sur l'heure ». La comtesse, en pleurs, quitte définitivement Versailles.

Les derniers devoirs du roi

Versailles chambre à coucher de Louis XVLe 4 mai, après la messe célébrée dans la chambre du roi, l'archevêque s'entretient avec lui. Le 5, son confesseur s'installe non loin de la chambre royale au cas où. Mais le roi n'arrive pas à se confesser, ses évanouissements et ses plaies l'empêchent d'avoir l'esprit clair pour cet acte ultime. Finalement, dans la nuit du 6 mai, il demande à l'abbé de venir, puis souhaite recevoir une dernière fois ses filles. A 7 heures du matin, il se fait administrer le Saint Sacrement. Seul le clergé est autorisé à approcher le malade, ses filles restent sur le seuil de la chambre, la dauphine dans la pièce voisine, le dauphin et ses deux autres petits-fils sont priés de s'installer au rez-de-chaussée du château.

Après s'être confessé, le roi se sent plus tranquille, accepte son sort avec calme et Mr. de la Martinière note même une légère amélioration. Mais le 8 mai, son état empire tout à coup, le roi délire, la gangrène se déclare, l'infection se généralise. Les serviteurs commencent à fuir. Le 9 mai, l'agonie est interminable, ses paupières sont fermées tant il y a de croutes, son visage est enflé et presque noir, le roi resté conscient, se demande combien de temps va durer son agonie. Il se souvient que l'agonie d'Henri II avait duré dix jours, celle de Louis XIII six semaines et celle de Louis XIV deux semaines !

Le Bien-aimé est mort

Comme il est d'usage, dans la nuit du 9 au 10 mai, une chandelle allumée est placée au balcon de la chambre royale, elle sera soufflée dès le constat de la mort du roi. A 3 heures du matin, le roi ne voit plus rien. A midi, il est inconscient et seuls les ecclésiastiques prient autour de lui, plus personne d'autre n'est autorisé à rester, les membres de la Cour et du gouvernement stationnent au seuil de la chambre dont les portes sont grandes ouvertes, puisque la mort d'un souverain doit être publique.

Entre 15h15 et 15h30, le roi expire. La chandelle est soufflée. Selon le protocole, le chambellan coiffé d'un chapeau à plumes noires, apparait à la fenêtre et s'écrit « le roi est mort », puis changeant de couvre-chef pour un chapeau à plumes blanches, réapparait pour annoncer « vive le roi ». Comme toujours en pareille circonstance, les courtisans se ruent vers les appartements du nouveau souverain.

Des obsèques discrètes

Toujours selon l'usage, l'embaumement doit être pratiqué, le cœur momifié et porté dans une église de France. Mais devant l'état du corps, les hommes de médecine refusent : il n'y a pas d'embaumement et le cœur reste à sa place. Des ouvriers mettent en bière « ces restes pestiférés » comme l'écrit Mme de Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette. Un seul abbé veille le mort, se tenant précautionneusement très éloigné et muni d'un mouchoir sous le nez, tant la puanteur règne dans la chambre. Aucune grande cérémonie n'est prévue, le cercueil quitte Versailles dans la nuit, escorté d'une quarantaine de gardes et pages, en direction de la basilique Saint Denis. Seul un officiel les accompagne, il s'agit du compagnon d'enfance de Louis XV, le prince Charles de Rohan-Soubise. Les obsèques ont lieu le 12 mai ; les Parisiens sont indifférents ; les provinciaux sont beaucoup plus tristes et organisent un grand nombre d'offices pour le repos de l'âme du roi.

Louis XV, surnommé le Bien-aimé, aura régné 58 ans, 8 mois et 9 jours, le second plus long règne de France.

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