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Louis le Pieux (814-840) et l'Ordinatio Imperii

louislepieux 1Louis Ier dit « le Pieux » ou « le Débonnaire » est né en 778. Il est le sixième enfant et le quatrième fils de Charlemagne. En 814, il apprend la mort de son père Charles alors qu'il se trouve à son palais de Doué-la-Fontaine. Il est alors âgé de 46 ans et est marié à Irmingarde, fille du comte Ingramm, depuis 794. Celle-ci lui a donné trois fils : Lothaire en 795, Pépin en 797 et Louis en 806. Il est roi d'Aquitaine depuis 781. Son père Charles l'a couronné et associé à la direction de l'Empire en 813.

 L'héritage de Charlemagne

« Au mois de septembre de cette même année (813), le susdit empereur Charles réunit une grande assemblée du peuple au palais d'Aix. Venant de tout son royaume et empire s'assemblèrent évêques, abbés, comtes, prêtres, diacres et assemblée des Francs auprès de l'empereur à Aix ; (...) Ensuite se tint une assemblée avec les dits évêques, abbés, comtes et nobles du royaume franc, et ils firent de son fils Louis un roi et un empereur. Ce à quoi tous consentirent pareillement, déclarant que cela était justifié ; et cela plut au peuple, et avec le consentement et l'acclamation de tout le peuple, il fit son fils Louis empereur avec lui, et il perpétua l'empire par la couronne d'or, le peuple acclamant et criant : Vive l'empereur Louis ! Et ce fut une grande joie dans le peuple ce jour-là. » Chronique des Abbés de Moissac, n°813, éd. G.H. Pertz, Scriptores, t. 1, M.G.H., Hanovre, 1826, p. 310.

Homme pieux, il entretient avec l'église des rapports beaucoup plus étroits que ceux de son père.
Lorsqu'il prend le pouvoir et arrive au palais d'Aix la Chapelle, Louis renvoie ses sœurs qui vivaient à la cour avec une grande liberté de mœurs, dans les monastères dont elles sont abbesses laïques. Il remplace par ses proches les conseillers de son père, dont notamment les deux cousins de celui-ci, Adalard (752, †826) et Wala (772, †836). Parmi ces proches se trouve Benoit d'Aniane (750, †821), chargé de mettre en œuvre la réforme des monastères et de promouvoir l'ordre bénédictin.

lamaisoncarolingienneadouéLouis se fait appeler « Louis, par ordre de la Providence Divine, Empereur et Auguste », et abandonne les titres de roi des Francs et des Lombards. Très influencé par ses conseillers ecclésiastiques, il promulgue en 817, un texte à caractère testamentaire, visant à assurer la cohérence de l'Empire à son décès, « l'Ordinatio Imperii ».

L'Ordinatio Imperii

La coutume franque prévoit le partage équitable du royaume entre les héritiers. Ainsi, à la mort de Pépin III dit le Bref (715, †768), le territoire franc a été divisé entre ses deux fils, Charles et Carloman. « l'Ordinatio Imperii », au contraire, cherche à maintenir l'Empire en un seul bloc et reconnaît un droit d'aînesse entre les héritiers. Ainsi, Lothaire, le fils aîné, est proclamé empereur et devient le seul héritier du royaume. Ses deux frères Louis et Pépin obtiennent des royaumes inclus dans l'Empire, respectivement la Bavière et l'Aquitaine, mais ils sont subordonnés à leur frère aîné. Ils doivent le visiter tous les ans en lui apportant des cadeaux. En outre, ils ne peuvent se marier et entreprendre la guerre sans l'aval de leur frère.

La première révolte : Bernard d'Italie

lothaire1La première réaction négative vis-à-vis de « l'Ordinatio Imperii » émane de Bernard, fils illégitime de Pépin à qui Charlemagne a confié le royaume d'Italie. Celui-ci se voit, avec inquiétude, placé sous la dépendance de Lothaire. En 817, il regroupe autour de lui plusieurs partisans, hostiles aux dispositions de Louis le Pieux, et entre en rébellion. Cependant, il est rapidement défait. Au printemps 818, lors d'un plaid tenu à Aix, il est condamné à mort. Sa peine est cependant commuée en aveuglement. Mais, il décède deux jours plus tard des suites de son supplice.

petinencebisEn 821-822, pour apaiser les esprits et conforter sa position, Louis gracie tous les complices de Bernard d'Italie ; il rappelle auprès de lui les anciens conseillers de son père, notamment ses deux cousins, Wala et Adalard, puis il fait jurer aux grands du royaume de respecter « l'Ordinatio Imperii ». Lors de l'assemblée qui se tient à Attigny en 822, il invite chacun à faire pénitence et lui-même confesse ses péchés, regrettant le supplice de Bernard et l'exil des conseillers de son père. Enfin, il marie ses fils et filles au sein des grandes familles de l'Empire.

« L'année suivante [822], il convoqua une assemblée générale en un lieu nommé Attigny. Ayant appelé dans cette assemblée les évêques, les abbés, les ecclésiastiques, les grands de son royaume, son premier soin fut de se réconcilier d'abord avec ses frères (...). Après quoi il fit une confession publique de ses fautes, et, imitant l'exemple de l'empereur Théodose, il subit de son gré une pénitence pour tout ce qu'il avait fait tant envers son neveu Bernard qu'envers les autres ; puis, réparant ce qui avait pu être fait de mal par lui-même ou par son père, il s'efforça d'apaiser la Divinité par de si abondantes aumônes, par les prières ardentes que firent pour lui les serviteurs de Jésus-Christ, et par une telle exactitude dans ses devoirs, qu'on eût cru que toutes les peines qui avaient légitimement frappé chaque coupable, avaient été l'œuvre de sa cruauté. » Vie de Louis le Débonnaire, par l'Anonyme dit l'Astronome. traduction remacle.org

L'arrivée d'un quatrième fils : Charles le Chauve

Veuf depuis 818, Louis le Pieux se remarie en 819 avec Judith, fils du comte bavarois Welf Ier (778, †825). Cette jeune femme de 18-20 ans, de toute beauté aux dires de ses contemporains, exerce immédiatement une forte influence sur son époux. En 823, elle donne le jour à un garçon, Charles, futur Charles le Chauve.

charleslechauveDès lors, Judith n'a de cesse de trouver un royaume pour son fils. Ainsi :

• Lothaire est renvoyé en Italie.
• Elle regroupe autour d'elle des fidèles, notamment Bernard (795, †844), marquis de Septimanie, lequel commande la marche d'Espagne. Il devient conseiller puis chambrier de Louis le Pieux.
• Wala est exilé à Corbie et Bernard reçoit la charge de veiller à l'éducation de Charles.
• Enfin, en 829, lors de l'assemblée générale qui se tient à Worms, alors que le jeune Charles entre dans sa septième année, un royaume lui est attribué, comprenant des territoires en Alémanie, Rhétie, Alsace et une partie de la Bourgogne.

Une nouvelle révolte

JudithWelfenchronikAussitôt et sans difficulté, Lothaire regroupe autour de lui un ensemble de mécontents : d'une part des ecclésiastiques qui estiment que Louis a trahi « l'Ordinatio Imperii », d'autre part d'anciens conseillers évincés par Judith et Bernard de Septimanie, dont notamment Wala. Une vaste compagne de calomnies est lancée envers Judith et Bernard qui sont accusés d'adultère, de sorcellerie, de tentative d'assassinat sur la personne de Louis. Les trois frères, sous le prétexte de libérer leur père de l'influence néfaste et dangereuse qu'il subit, lèvent des troupes et se mettent en campagne. Bernard de Septimanie s'enfuit à Barcelone ; Judith est enfermée dans le monastère de Sainte-Croix à Poitiers. Charles est confié à des moines qui doivent l'initier à la vie monacale. Enfin, Louis le Pieux est placé sous la tutelle de Lothaire qui gouverne en son nom.

Louis le Pieux parvient cependant à rallier à sa cause ses deux fils cadets, Pépin et Louis, en leur promettant un agrandissement de leurs territoires respectifs. Celui-ci retrouve la liberté et Judith quitte le monastère où elle a été reléguée. Elle se disculpe des accusations portées contre elle par un serment purgatoire. En échange, Louis le Pieux abandonne « l'Ordinatio Imperii » et partage l'Empire entre ses quatre fils.

Le champ du mensonge

Cependant Lothaire est mécontent de ne plus régner que sur l'Italie. Ses deux frères veulent être eux aussi associés au pouvoir. Les partisans de « l'Ordinatio Imperii » s'estiment floués par ce nouveau partage. Bientôt, une nouvelle coalition dirigée contre l'Empereur Louis se forme. De plus, Lothaire obtient le soutien du pape Grégoire IV. En juin 833, une rencontre militaire a lieu entre Lothaire et ses frères d'une part et Louis le Pieux d'autre part. Elle se déroule en Alsace, près de Sigolsheim, non loin de Colmar, dans un lieu qui gardera le nom de Lügenfeld, le « Champ du mensonge ». Car, alors que le pape tente de concilier tout le monde, Lothaire et ses frères débauchent la plupart des partisans de Louis qui l'abandonnent et passent dans le camp de ses fils.

« Le diable, ennemi du genre humain et de la paix, ne s'abstenait aucun jour de tourmenter l'empereur [en 833] ; il pressait par toutes les ruses de ses satellites les fils de ce prince, et leur persuadait que leur père ne voulait que les perdre, les aveuglant assez pour qu'ils oubliassent que celui qui était le plus clément des hommes envers les étrangers ne pouvait devenir inhumain à l'égard de sa famille. (...) C'est pourquoi on en vint au point d'exciter les fils de l'empereur à se réunir avec toutes les troupes qu'ils purent rassembler, et à faire venir auprès d'eux le pape Grégoire, sous l'honorable prétexte que lui seul devait réconcilier des fils avec leur père : or, le véritable motif de cette démarche éclata bientôt (...) Cependant le bruit se répandait de toutes parts que le pape n'était venu que dans l'intention de tenir sous le coup de l'excommunication l'empereur et les évêques, s'ils voulaient résister à la volonté des fils de ce prince ou à la sienne propre. (...) Enfin, l'on arriva le jour de la fête de la Saint-Jean en un lieu qui a conservé, de l'action qui s'y fit, un nom à jamais ignominieux, puisqu'il fut appelé le Champ du Mensonge. En effet, ceux qui avaient juré fidélité à l'empereur, ayant menti à leurs serments, les lieux qui furent témoins de cette trahison en conservèrent le nom. Les deux armées étaient placées à peu de distance l'une de l'autre ; et l'on croyait qu'on en viendrait bientôt aux mains, quand on annonça à l'empereur l'arrivée du pontife. A son approche, l'empereur s'arrêta pour le recevoir, quoique moins convenablement qu'il ne devait le faire, lui disant qu'il s'était préparé lui-même une telle réception en se présentant devant lui d'une façon si étrange. Le pape, conduit dans la tente de l'empereur, lui affirma qu'il n'avait entrepris un si long voyage que parce qu'il avait appris qu'il conservait contre ses fils un ressentiment implacable ; qu'ainsi il venait pour rétablir la paix entre eux. L'empereur défendit sa cause, et le pape demeura plusieurs jours auprès de lui. Renvoyé par ce prince vers ses fils pour qu'il les engageât à cesser cette guerre, il ne lui fut plus permis de revenir, comme il en avait l'ordre ; car l'armée de l'empereur, détachée de lui par des présents, ou gagnée par des promesses, ou effrayée enfin par des menaces, s'était jetée comme un torrent dans le camp de ses fils, et unie à leur armée. Lorsque tant de troupes enlevées à l'empereur se trouvèrent ainsi rassemblées, la défection augmenta de jour en jour (...). » Vie de Louis le Débonnaire, par l'anonyme dit l'astronome, traduction remacle.org.

humiliation louis le pieux lehugeurIsolé, Louis se soumet. Il est destitué en octobre 833 au profit de Lothaire. Puis, il est condamné à une pénitence perpétuelle. En la Basilique Saint-Médard de Soissons, il renonce devant tous à ses pouvoirs, s'accusant de s'être comporté en « violateur des lois divines et humaines » et se retire au couvent de Saint-Médard. Judith est exilée dans un couvent à Tortona en Italie. Charles est relégué à l'abbaye de Prüm.

La fin du règne

La violence de la dégradation subie par Louis le Pieux provoque un revirement d'opinion. De plus, les prétentions excessives de Lothaire qui entend gouverner seul dressent rapidement ses frères contre lui. En février 834, Lothaire doit s'enfuir et Louis le Pieux reprend le pouvoir. En février 835, après que son fils ait imploré son pardon, il est de nouveau intronisé empereur à Metz.

Tombeau de lempereur Louis le PieuxL'Empire est fragilisé. Les querelles se succèdent jusqu'à la fin du règne de Louis qui décède le 20 juin 840 à Ingelheim et est inhumé auprès de sa mère dans l'abbaye Saint-Arnould de Metz. Cependant de lourdes menaces planent sur les frontières de l'Empire. Au nord, les raids vikings se multiplient. Au sud, les Sarrasins menacent et attaquent les Baléares, la Corse et la Sardaigne. A l'est, Slaves et Bulgares s'agitent.

A la mort de son père, Lothaire s'arroge le titre d'empereur et la succession de son père, au titre de « l'Ordinatio Imperii ». 

A la nouvelle de la mort de son père, Lothaire envoya aussitôt des messagers par tout le pays des Francs, pour annoncer qu'il allait venir prendre possession de l'empire qu'on lui avait autrefois donné, promettant qu'il conserverait à chacun les honneurs et bénéfices qu'avait accordés son père, et qu'il voulait même les augmenter. Il ordonna aussi qu'on fit prêter serment de fidélité aux gens dont il doutait, leur enjoignant, en outre de venir à sa rencontre le plus vite qu'ils pourraient, et prononçant la peine de mort contre ceux qui s'y refuseraient. » Histoire des dissensions des fils de Louis le Débonnaire, par Nithard, traduction remacle.org

Pépin étant décédé, ses deux frères survivants Louis et Charles s'allient et battent leur aîné lors de la bataille de Fontenoy-en-Puisaye, le 25 juin 841. Le serment de Strasbourg, prêté en 842, renforce encore leur alliance. En juin 843 ; les trois frères parviennent à un accord quant à la répartition des terres de l'Empire entre eux trois, connu sous le nom de Traité de Verdun.

Bibliographie

• Christian Bonnet, Christine Descatoire, Les Carolingiens (741 – 987), Armand Colin, 2001.
• Geneviève Bûhrer-Thierry, Charles Mériaux, 481-888, la France avant la France, Belin, 2010.
• Pierre Riché, Les carolingiens, Une famille qui fit l'Europe, Pluriel
• Geneviève Bûhrer-Thierry, 714-888, L'Europe Carolingienne, Armand Colin
Vie de Louis le Débonnaire, par l'anonyme dit l'astronome. 
Histoire des dissensions des fils de Louis le Débonnaire, par Nithard.

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