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Pierre Stoppa, Helvète au service du Roi

Régiment des Gardes suissesPierre Stoppa surnommé « Stuppa » par Saint Simon, fut un personnage très important de la maison militaire du roi. Suisse du canton des Grisons, il a parfaitement su s'intégrer dans sa patrie d'adoption et tenir sa place auprès du roi, en accédant au prestigieux grade de Colonel du régiment des Gardes Suisses, sans renier pour autant ses origines.

 

Les Gardes Suisses

Charles VII est à l'origine de l'emploi des Suisses pour augmenter les régiments. En 1453, il négociait la première alliance perpétuelle ; Charles VIII constituait en 1497 la compagnie des Cent Suisses devenant sa garde personnelle. Cette alliance perpétuelle fut définitivement signée en 1515 après la bataille de Marignan. En 1616, le régiment d'infanterie des gardes suisses fut créé et le maréchal de Bassompierre en fut le premier Colonel général des Suisses et Grisons trois ans plus tard avec huit compagnies de 160 hommes chacune. Constitué par des hommes venant des XIII cantons helvètes, c'est le seul régiment affecté en permanence à la maison militaire du roi que l'on peut considérer comme l'élite des gardes.

L'homme

Pierre Stoppa ne fut pas le premier suisse à intégrer ce régiment, plusieurs officiers de cette famille s'y illustrèrent avant lui, mais il fut le plus important pour Louis XIV. Originaire des Grisons et protestant, il se fait remarquer dans plusieurs batailles dès 1648 (Casal, les Dunes, prise de Dunkerque, conquête de la France Comté) alors qu'il appartenait aux demi-compagnies franches. Il réussit à joindre ces demi-compagnies pour en faire une seule sous son nom, compagnie qu'il conserva jusqu'à sa mort.

Malgré toutes ces campagnes militaires, il réussit à épouser Anne Charlotte de Gondy en 1661. Cette cousine de la famille Retz apportait une belle dot ; discrète et pourtant influente, elle se fit bien apprécier de Madame de Maintenon. Le couple ne put avoir d'enfants et se prit d'affection pour Anne de la Bretonnière, dite Madame de Saint Ange, nommée prieure de l'Hôtel Dieu de Château-Thierry en 1682 par le roi.

L'officier négociateur

gardes suissesEn 1668, par manque de moyens financiers, Louis XIV devait se séparer de plusieurs compagnies de suisses. Stoppa comprit que ce serait une grosse perte pour les cantons suisses et intervint auprès de Louvois, secrétaire d'Etat à la guerre, pour recruter des troupes franches supplémentaires. Le roi lui accorda cette charge, mais en spécifiant que les soldats seraient bien moins payés. Avec sa nationalité de Suisse, Stoppa réussit à recruter quatre régiments, considérés comme mercenaires par leurs compatriotes (puisque leurs soldes seraient moins élevées). Satisfait de son travail, le roi le nomma brigadier au grade de colonel en 1672, de l'un des nouveaux régiments nommé « Vieux Stuppa ». Sa carrière militaire et celle de courtisan venaient d'être lancées.

Lors de la guerre de Hollande, il s'illustra à nouveau, devenant gouverneur d'Utrecht, recevant les louanges personnelles de Louis XIV lors du combat de Seneffe en 1674 ; il contribuait aussi à la prise de nombreuses villes jusqu'en 1678, devint maréchal de camp en 1676 et enfin lieutenant général des armées du roi en 1678.

La récompense du Roi

Malgré ses nouveaux grades d'officiers, sa plus grande récompense fut lorsque le roi le laissa jouer un rôle en le nommant « responsable de toutes les fonctions de Colonel général des Suisses et Grisons pendant le bas âge du duc de Maine ». Il avait environ 40 000 hommes sous ses ordres.
En 1685, lors d'une grande cérémonie et devant tous attisant ainsi la jalousie, il devenait Colonel général des gardes suisses et pouvait conserver son régiment d'infanterie ainsi que sa compagnie franche. Devenu l'officier suisse le plus important (après le jeune duc du Maine), il ne partait plus en compagne, mais fit des réformes de fond au sein des gardes suisses. Il s'attachât à l'attribution de logement pour les suisses, fit confectionner un nouvel uniforme rouge avec revers et parements permettant de distinguer les régiments, s'occupa de l'instruction, rédigea un règlement des manœuvres, s'attarda sur la répartition du travail de garde du roi, notamment aux postes d'accès au château, aux grilles des entrées, la fonction principale des gardes étant la sécurité de la personne royale.

Le roi : un allié de marque

Suisses le 10 aoutLorsque le duc du Maine fut en âge de prendre sa charge à 18 ans, il ne put rien décider tout seul du vivant de Stoppa. Le Colonel était toujours tenu au courant, le jeune duc lui demandant des conseils avant de prendre des décisions, tant cet homme était important. De même, lors des conflits pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg en 1689, Pierre Stoppa aplanit les tensions entre la Suisse et la France afin de perpétuer l'alliance d'origine. En 1698, Louis XIV fit encore appel à lui : le roi avait l'intention de réformer 16 000 suisses, alors que l'alliance prévoyait que la France devait en entretenir 25 000 en permanence. Stoppa réussit à force de discussions et de persuasion, à faire maintenir les règles de l'alliance. A la même époque, et suite aux très grands problèmes avec les cantons suisses depuis 1673 qui l'accusaient de complaisance avec la France au détriment de la Suisse, le roi en personne fit intervenir son ambassadeur pour obtenir la fin du procès contre cet officier de très grande valeur.

Sa fortune

Lion de lucerneAvec ses grades de grand officier et possédant son régiment d'infanterie sans oublier sa compagnie franche, il avait amassé une immense fortune. Il disposait d'un appartement dans l'aile Nord des ministres ainsi qu'un hôtel particulier luxueux avec chapelle privée dans Paris. Mais à sa mort en 1701, il ne laissa presque rien à ses héritiers : c'est à l'Hôtel Dieu que sont allés presque tous ses biens. Il fit des dons importants et la prieure put agrandir les terres, rassembler toutes les maladreries, transformer les espaces pour les malades, créer des chapelles, acheter des meubles, des orgues et accueillir de nouvelles religieuses...Elles reçurent aussi des provisions de bouche, des médicaments et des habits.
Le couple fut inhumé dans l'église des Dames religieuses de l'Hôtel Dieu ; Mme de Saint Ange fit élever un mausolée en leur honneur.

L'honneur des Gardes Suisses

À la veille de la Révolution en 1789, environ 14 000 Suisses servaient le roi de France en vertu de l'alliance perpétuelle.
Entre 400 et 600 hommes furent massacrés le 10 aout 1792 aux Tuileries. En leur honneur, un monument fut élevé en 1821 à Lucerne. Le Lion de Lucerne, encastré dans la roche, couché, blessé à mort retient dans ses pattes une fleur de lys, symbole de la monarchie française.

Pour aller plus loin

Au service du Roi – dans les coulisses de Versailles, de Mathieu da Vinha. Tallandier, 2015.

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