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Les ducs de Normandie (4) : Richard II le Bon

richardlebon.jpgLe principat du duc Richard II marque un tournant dans l'histoire de la Normandie : les descendants des Vikings achèvent de se libérer de leur racine et se tournent définitivement vers le monde franc, tant dans les structures de gouvernement que dans leurs croyances religieuses mais également en ce qui concerne le commerce.

Généalogie de Richard II 

Richard II est le quatrième duc de Normandie. Fils de Gunnor, la concubine du duc Richard I, il nait vers 960 et succède à son père en 996. Il décède le 23 août 1026. Il épouse en première noce, Judith, fille de Conan de Bretagne, qui lui donne plusieurs enfants :

- Richard, futur duc Richard III de Normandie ;
- Robert, futur duc Robert le Magnifique ;
- Guillaume de Fécamp, abbé de l'abbaye de Fécamp ;
- Adélaïde, épouse du comte Renaud Ier de Bourgogne ;
- Aliénior, épouse du comte Baudouin IV de Flandre ;
- Mathilde, épouse du comte Eudes II de Blois.

Judith décède en 1017 ; elle est enterrée à l'abbaye de Bernay, monastère qu'elle a fondé grâce au douaire reçu de son mari. Le duc prend pour concubine Papia, issue d'une riche famille du Talou. Elle lui donne pour enfants :
- Mauger de Rouen, archevêque de Rouen :
- Guillaume, comte d'Arques.

Les débuts du principat sous la tutelle de Raoul d'Ivry

Chateau-Ivry-la-bataille-le-donjonRichard a une quinzaine d'années lorsque son père décède et c'est son oncle Raoul d'Ivry ainsi que sa mère Gunnor qui prennent en main le gouvernement du duché. Raoul d'Ivry est un puissant seigneur, l'un des premiers sans doute à porter officiellement un titre de comte au sein du duché. Fils d'Asperleng de Pîtres et de Sprota, il est largement possessionné dans l'Hiemois. A sa demande, Dudon de Saint-Quentin reprend le travail commandé par le duc Richard Ier et poursuit donc la rédaction de son œuvre « De moribus et actis primorum Normanniae ducum » Vers 950, le comte Raoul fait bâtir le château d'Ivry (Ivry-la-Bataille) qui se dresse face aux possessions du comte d'Eudes de Blois. L'histoire raconte que c'est sa femme Éremburge qui aurait supervisé la construction réalisée par l'architecte Lanfred (lequel a bâti le donjon de Pithiviers) et qu'elle aurait ensuite fait assassiner celui-ci afin qu'il emporte dans la tombe ses secrets techniques. Le comte Raoul aurait tué plus tard sa femme pour garder le contrôle de la forteresse.

Le début du principat de Richard, entre 996 et 997, est marqué par une révolte qui soulève toute la Normandie. Guillaume de Jumièges parle d'une rébellion des paysans, exaspérés par les exigences des seigneurs au sujet de la gestion des cours d'eau, pêcheries, moulins et forêts, mais il est possible également que, comme pour les successions précédentes, la minorité du nouveau duc incite une partie des seigneurs normands à contester son autorité. Le comte Raoul réprime la révolte avec cruauté : les députés des paysans en révolte sont saisis ; on leur crève les yeux, coupe pieds et mains.

Raoul exécutant ses ordres sans retard, se saisit aussitôt de tous les députés et de quelques autres hommes, et leur faisant couper les pieds et les mains, il les renvoya aux leurs, ainsi mis hors de service, afin que la vue de ce qui était arrivé aux uns détournât les autres de pareilles entreprises, et rendant ceux-ci plus prudens les garantît de plus grands maux. Ayant vu ces choses, les paysans abandonnèrent leurs assemblées, et retournèrent à leurs charrues. (Guillaume de Jumièges, Histoire des Normands, livre III, chapitre I, traduction remacle.org)

Peu de temps après, Guillaume comte d'Hiémois, fils naturel de Richard Ier, se rebelle contre son demi-frère et conteste son titre de duc. Le comte Raoul capture le félon et l'enferme sous bonne garde dans une prison du château de Rouen. Le reste de l'aventure tient peut-être de la légende. Grâce à la complicité de Lesceline, la fille de son geôlier Tourquetil d'Harcourt, il parvient, au bout de cinq années de captivité, à s'évader - à l'aide d'une très-longue corde attachée à une fenêtre fort élevée. (Guillaume de Jumièges, Histoire des Normands, livre III, chapitre I, traduction remacle.org) - et reste seul, errant dans les bois. Un jour de chasse dans la forêt de Vernon, son frère Richard II le rencontre par hasard et découvre quel homme misérable il est devenu. - Aussitôt, se roulant par terre à ses pieds, il lui demanda avec douleur le pardon de ses fautes. Le duc, touché de compassion, et de l'avis du comte Raoul, le releva de terre, et lorsqu'il eut appris par son récit les détails de son évasion, non seulement il lui remit ses fautes, mais en outre, et dès ce moment, il l'aima avec beaucoup de bienveillance, et comme un frère très-chéri. (Guillaume de Jumièges, Histoire des Normands, livre III, chapitre I, traduction remacle.org) - Guillaume reçoit le comté d'Eu et épouse Lesceline. Celle-ci lui donne trois fils, Robert héritier du comté qui participera pour 60 navires à l'expédition du duc Guillaume le Conquérant vers l'Angleterre, Guillaume et Hugues, évêque de Lisieux.

Un duc à la réputation égale à celle du roi

Sacre Robert II de France 1Le duc Richard II est un très grand seigneur, à la tête d'un duché dont la vie économique et le rayonnement se développent rapidement. Il est l'égal des plus grands seigneurs du royaume des Francs, l'ami du roi Robert Ier le Pieux dont il partage notamment la piété. Le duc cumule tous les pouvoirs : il perçoit les impôts, bat monnaie, veille sur l'église, nomme évêques et abbés, lève des hommes pour assurer la défense de ses terres sans que le roi de France, son suzerain, intervienne.

Un duché en plein développement

Richard II réorganise les comtés de son duché et place à la tête de ceux-ci des membres de sa famille, issus d'unions légitimes ou non, notamment pour ceux qui se placent dans les zones frontalières de ses terres. Les comtes se voient déléguer la totalité des pouvoirs du duc sur le territoire qui leur est confiés, mais ils sont révocables à tout moment. Cette minorité dirigeante d'origine scandinave côtoie de grandes familles franques demeurées sur le territoire normand.

Le duc réside le plus souvent dans son château de Fécamp, mais il possède d'autres résidences dont notamment celles de Rouen et de Bayeux et il se déplace volontiers de l'une à l'autre. Il dispose sans doute d'une administration, composée au moins d'un chancelier, et de clercs pour rédiger les actes et diplômes, avec peut-être en plus un chapelain et un bouteiller.

chateaufécampIl maintient des relations avec les Grands du Royaume et notamment Robert le Pieux qu'il reçoit deux fois, une première fois à Fécamp en 1006 et une seconde fois à Rouen en 1024. Il est en relation avec l'Angleterre, les Royaumes Scandinaves. Pour la première fois, des relations sont établies avec le Pape. La vie économique se développe. Rouen est la capitale du duché et un grand port de commerce, plaque tournante du trafic d'esclaves et des butins de razzias d'armées vikings avec lesquelles le duché reste en contact. Dans ce port où tanneries et industries du drap se développent, Scandinaves, Français, Anglais et Flamands se côtoient. Les impôts prélevés sur les marchandises – les tonlieux - enrichissent le duc.

Les conditions de vie sont relativement bonnes et les paysans normands ne connaissent pas le servage. Ils ne sont pas écrasés par les corvées. Ils cultivent des céréales, blé et orge ainsi que la vigne. L'élevage de cochons et de bovins ainsi que l'exploitation du sel de mer complètent ces activités.

evequetemoinesRichard veille également au développement de la vie religieuse et monastique au sein de son duché, continuant ainsi l'œuvre de son père. Il achève de restaurer les évêchés et choisit des évêques au sein des membres de sa famille. Robert, archevêque de Rouen, est le frère du duc ; son successeur sera Mauger, fils naturel de Richard II. Hugues et Jean, fils de Raoul d'Ivry, sont respectivement évêque de Bayeux et évêque d'Avranches. Notons que ces évêques sont de grands seigneurs qui mènent une vie conforme à leur statut social. Ils chassent et font la guerre. Dans le même temps, Richard II souhaite soutenir le monachisme des moines de Cluny qui souhaitent rendre toute sa valeur à la règle de Saint Benoit, en favorisant la prière et le travail intellectuel. En 1001, il demande à Guillaume de Volpiano, prière de l'abbaye de Cluny, de venir s'installer à l'abbaye de Fécamp afin de la réformer. Après quelques hésitations dues au passé trouble des ancêtres du duc, Guillaume de Volpiano accepte. Il s'installe avec 12 compagnons dans l'abbaye qui rapidement connaît un rayonnement considérable. Par la suite, le duc confie à celui-ci les abbayes de Jumièges, Saint-Ouen et Mont-Saint-Michel. Par ailleurs des chartes rendent aux abbayes normandes les biens dont elles ont été spoliées et de nouveaux monastères sont créés. Le duc finance les constructions ; il patronne le voyage de cent pèlerins en Terre Sainte.

Les relations avec le roi Robert le pieux

Robert le Pieux succède à son père Hugues Capet en 996. Il trouve en la personne du duc Richard II un allié fidèle. A ce titre, Richard intervient militairement à plusieurs reprises aux côtés du roi. Selon Orderic Vital ou Guillaume de Jumièges, en 999, le comte Eudes de Blois, jaloux du prestige que le comte Bouchard II de Vendôme (†1007) encore appelé Bouchard le Vénérable a auprès du roi, s'empare de la place forte de Melun qui a autrefois appartenu à son aïeul Thibault le Tricheur. Le roi lui intime l'ordre de rendre celle-ci, mais le comte réplique que tant qu'il sera vivant, il ne la rendra à personne. Débute alors le siège de la cité. Le comte d'Anjou Foulques Nerra (970, †1040) et l'armée du roi campent sur la rive gauche tandis que les Normands de Richard II investissent la rive droite.

siegedemelunDe même, Richard II s'engage auprès du roi dans la lutte de dix années que celui-ci mène afin de ramener le duché de Bourgogne à la couronne, suite à la mort du duc Henri (848, †1002), fils d'Hugues le Grand. En 1006, il engage également ses troupes auprès de son suzerain et de l'empereur Henri II contre le duc de Flandres, qui s'est emparé de la ville de Valenciennes, en terre du Saint-Empire romain germanique.

Mais le roi veille aussi à ce que les intérêts de son allié ne soient pas bafoués. La comte Eudes II de Blois a épousé Mathilde, sœur de Richard II, avec pour douaire la moitié de la châtellenie de Dreux. La jeune femme décède rapidement et le duc Richard revendique la restitution de la totalité du douaire ce que refuse le comte de Blois. Richard bâtit alors la forteresse de Tilières pour faire face à celle de Dreux. Puis, après que le comte Eudes ait tenté de s'emparer de cette forteresse, le duc demande de l'aide aux rois Olaf de Norvège (995, †1030) et Lacman de Suède. Ceux-ci débarquent en Bretagne, assiègent et prennent le château de Dol qu'ils livrent aux flammes. Puis, ils font route vers Rouen où le duc les accueille avec empressement. Le roi Robert le Pieux, inquiété par ces mouvements de troupes vikings, provoque une assemblée de seigneurs à Coudres en 1013 et y convoque les deux ennemis. Chacun expose ses griefs ; le roi impose un accord : le comte de Blois garde Dreux et Richard le droit de conserver le château de Tilières. Il s'engage en plus à faire repartir les deux chefs scandinaves dans leur royaume. Mais avant de retourner en Norvège, le roi Olaf se convertit à la foi chrétienne et est baptisé à Rouen par l'archevêque Robert le danois, frère du duc Richard II de Normandie.

Les relations avec le roi anglais Ethelred

ethelredEn 991, le duc Richard Ier et le roi d'Angleterre Ethelred II (966, †1016) ont sous l'égide du pape Jean XV conclut un accord stipulant qu'ils ne doivent pas apporter d'aide à leurs ennemis respectifs. Le duc normand s'engage notamment à ne pas secourir les troupes vikings qui attaquent le royaume anglais.

Au début du principat de Richard II, le roi Ethelred considère que l'accord est violé et accuse le duc Richard de porter assistance aux troupes du roi danois Sven à la Barbe Fourchue (985, †1014) qui ne cessent d'assaillir son royaume. En 1000 et 1001, il organise un raid de représailles sur les côtes de Cotentin. Les troupes du roi anglais sont décimées. Cependant, Richard, épaulé par Raoul d'Ivry, négocie. Un nouvel accord est scellé ; Richard promet sa neutralité ; Ethelred épouse Emma, la sœur du duc.
Le 13 novembre 1002, jour de la saint-Brice, le roi Ethelred ordonne le massacre de tous les Scandinaves de son royaume. La sœur du roi Sven à la Barbe Fourchue fait partie des victimes. Ce dernier lance aussitôt des raids de représailles en 1003, 1006 et 1009. En 1013, Sven s'empare du royaume anglais ; Ethelred s'enfuit et il trouve refuge en Normandie avec sa femme Emma et ses deux fils, Edouard et Alfred.

Le duc Richard accueille Emma et ses deux fils, L'histoire du saint roi Edouard traduite du latin, v. 1250, Cambridge University Library.

En 1014, Sven décède. Aussitôt, Ethelred repart pour l'Angleterre avec Emma afin de lutter contre Cnut qui a succédé à son père. Mais Ethelred est vaincu et meurt. Cnut épouse Emma afin de légitimer sa position. Edouard et Alfred sont demeurés auprès du duc et sont élevés à sa cour, tissant ainsi avec les princes normands des liens très forts.

La fin

Richard II décède en aout 1026 à Fécamp. Son fils aîné Richard est désigné comme héritier du duché tandis que Robert, son cadet, est fait comte d'Hiémois.

Le duc Richard, (...). Honoré par ces vertus et par d'autres semblables, il commença à être violemment accablé d'une maladie de corps. Ayant donc convoqué à Fécamp Robert l'archevêque et tous les princes Normands, il leur annonça qu'il était déjà entièrement détruit. Aussitôt, dans tous les appartenons de la maison, tous furent saisis d'une douleur intolérable. Les moines et les clercs se lamentaient tristement, sur le point de devenir orphelins d'un père si chéri; dans les carrefours de la ville, des bandes de mendians se livraient à la désolation, en perdant leur consolateur et leur pasteur. Enfin ayant appelé son fils Richard, il le mit à la tête de son duché, après avoir consulté des hommes sages, et donna à Robert son frère le comté d'Hiesmes, afin qu'il pût être en état de rendre à son frère le service qu'il lui devait. Ayant ensuite fait d'un cœur ferme toutes ses dispositions pour les choses qui se pouvaient rapporter au service de Dieu, l'an 1026 de l'Incarnation du Seigneur, il dépouilla l'enveloppe de l'homme, et entra dans la voie de toute chair, régnant Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la divinité de la majesté du Père, et dans l'unité du Saint-Esprit, aux siècles des siècles. Amen! (Guillaume de Jumièges, Histoire des Normands, livre III, chapitre I, traduction remacle.org)

Bibliographie

- Jean Renaud, les Vikings et la Normandie, éditions Ouest France
- Annie Fettu, Les premiers ducs de Normandie, Orep Editions
- François Neveux, L'aventure des Normands, éditions Perrin
- Jean Renaud, Les Vikings en France, Editions Ouest France
- Pierre Bauduin, La première Normandie (Xe-XIe siècle) Caen, Presses universitaires de Caen, 2e édition, 2006.

Sources

- Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum Ducum, Histoire des Normands, traduction remacle.org
- Dudon de Saint-Quentin, De moribus et actis primorum Normanniae ducum, Éd. Jules Lair, Caen, F. Le Blanc-Hardel, 1865
- Richer, Histoire en quatre livres, publiée par l'académie impériale de Reims, traduction A.M. Poinsignon, source Gallica.

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