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Les blindés dans la grande Guerre (2/5)

Schneider_CA1_M16_tank

Si en 1914, de nombreux prototypes de véhicules blindés tout terrain avaient déjà étaient imaginés, c’est bien du fait de la Grande Guerre que s’accélère leur développement, le Colonel de l’Armée française Jean-Baptiste Eugène Estienne ayant affirmé dès le 23 août 1914 que « la victoire appartiendra[it] dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur un véhicule capable de se mouvoir en tout terrain ».

 

Arnold D. Harvey démontre par ailleurs dans Collision of empires: Britain in three world wars, 1793-1945 que les avancées britanniques et françaises furent quasi concomitantes en la matière. En effet, de l’aveu du correspondant de guerre britannique sur le front ouest Ernest Dunlop Swinton (il fut nommé par le Ministre de la guerre Herbert Kitchener), « Le Colonel Estienne fut saisi en même temps que [les Britanniques] de l’idée qu’une arme ayant les caractéristiques des futurs tanks était nécessaire pour aider l’infanterie ». Les Français commencèrent à étudier des plans de véhicules blindés dès janvier 1915 et à en tester le principe à partir du mois de mai, c’est-à-dire deux mois avant l’essai du Little Willie en Angleterre, le prototype du tank Mark I. Tandis que le Little Willie devenait le premier prototype de tank à être produit, les stratèges militaires français testaient à Souain un prototype de véhicule blindé, le Schneider CA1. Les Britanniques sont néanmoins les premiers à engager des tanks sur le champ de bataille lors de la bataille de Somme en septembre 1916.

Des premiers prototypes d’« engins blindés à chenille »

Des premiers prototypes de ces « engins blindés à chenille » sont mis au point dès le début du siècle. En 1905, le polytechnicien et Capitaine de l’Armée française Léon Levavasseur propose au Ministère de la guerre un projet de véhicule décrit par Chris Ellis et Peter Chamberlain dans Armoured Fighting Vehicules of the World comme « ayant toutes les caractéristiques plus tard requises pour le design de tanks, comprenant notamment un canon de 75mm monté en avant d’une sorte de caisson en acier et autopropulsé par des roues articulées. Ce canon autopropulsé aurait accueilli trois soldats ainsi que des munitions et serait adapté à tout type de terrain. ». Ce projet de « pièce d’artillerie automobile » comme le décrit le ministère est finalement rejeté le 13 août 1908, l’ingénieur britannique David Roberts ayant déjà développé un véhicule similaire, le Hornsby. Quelques années plus tard, en 1911, l’ingénieur militaire Autrichien Günther Burstyn et l’ingénieur civil Australien Lancelot de Mole devaient eux aussi développer des projets de tanks rejetés par leurs gouvernements respectifs.

Des engins blindés à chenille furent néanmoins commercialisés à partir de 1908, notamment aux Etats-Unis. L’Armée française en emploie en outre dès le début de la Grande Guerre pour déplacer ses pièces d’artillerie lourdes en terrain accidenté.

Les Français expérimentent également entre 1914 et 1915 le véhicule Boirault visant à détruire les fils de barbelés et à exploiter des percées sur le champ de bataille. Ce véhicule est constitué de chenilles parallèles révolutionnant autour d’un centre motorisé triangulaire. Demeurant toutefois trop fragile, trop lent et très peu maniable, il est rapidement abandonné.

Les prototypes français

Dans son ouvrage L'Aube de la Gloire, Les Autos-Mitrailleuses et les Chars Français pendant la Grande Guerre, l’historien militaire Alain Gougaud souligne également les travaux de l’ingénieur en construction Paul Frot qui propose en décembre 1914 au Ministère français les plans d’un « rouleau cuirassé » néanmoins dépourvu de chenilles. Son prototype, baptisé Frot-Laffy, est testé le 18 mars 1915 et parvient à détruire des barbelés mais se montre lui aussi trop lent et très peu maniable. Ce projet est ainsi abandonné au profit de celui du Général Estienne, le « Tracteur Estienne ».

Char Schneider CA1

Les Français tentent en 1915 de développer des véhicules avec un armement et un blindage lourds montés sur des châssis de tracteurs, au rang desquels figure notamment le Fortin Aubriot-Gabet qui est alimenté par un câble électrique et armé d’un canon de marine de 37 mm mais se révèle inutilisable.

En janvier de la même année, le fabriquant d’armements Schneider & Co. charge son chef de projet Eugène Brillié d’étudier les tracteurs à chenilles du fabricant américain Holt Company. A son retour du Nouveau continent, Brillié, qui avait déjà participé à la conception de véhicules blindés en Espagne, parvient à convaincre sa compagnie de lancer une étude de développement d’un tracteur blindé et armé basé sur un châssis Baby Holt.

Les essais qui sont initiés en mai 1915 dans l’usine Schneider mettent en exergue la supériorité du Baby Holt chenillé 45-hp. Le 16 juin, de nouveaux essais sont effectués devant le Président de la République Raymond Poincaré, puis le 10 septembre devant la Commandant Ferrus. Le premier véhicule blindé abouti est enfin testé à Souain le 9 décembre 1915 devant des officiers de l’Armée française (dont le Colonel Estienne).

Le 12 décembre, ce même Estienne présente à l’Etat-major un projet visant à mettre sur pied une force blindée équipée d’engins à chenille. Le plan est approuvé et dans une lettre datée du 31 janvier 1916, le Généralissime Joseph Joffre ordonne la production de 400 tanks (l’ordre de production de 400 Schneider CA1 étant néanmoins en réalité donné le 25 février 1916). Peu après, le 8 avril 1916, 400 autres tanks Saint-Chamond sont commandés. Schneider ayant toutefois des difficultés à remplir les délais de production, les livraisons de tanks s’étalent sur plusieurs mois à partir du 8 septembre 1916. Les tanks Saint-Chamond devaient quant à eux être livrés à partir du 27 avril 1917 (selon Ernest Dunlop Swinton dans Eyewitness; being personal reminiscences of certain phases of the Great War).

Char Saint-Chamond

Les prototypes britanniques

Le Royaume-Uni est l’autre grande puissance à avoir testé de nombreux prototypes de tanks durant les premières années de la guerre. Dès juin 1914, le Major de l’Armée britannique Duncan John Glasfurd soumet l’idée d’un véhicule doté d’une chaîne de roues (« pedrail wheels ») capable d’attaquer les lignes ennemies. En juillet 1914, l’ingénieur, correspondant de guerre et Lieutenant-colonel Ernest Swinton eut vaguement vent du développement des tracteurs Holt et de leur habileté à se mouvoir en terrain accidenté. De son propre aveu, il ne fit néanmoins le lien entre le principe des chenilles et le besoin d’un véhicule armé tout terrain qu’au mois de septembre.

Dès octobre 1914, Sinwton recommande au Comité britannique pour la défense de l’Empire dans une lettre envoyée au Secrétaire Maurice Hankey (et rapportée par Van Lee dans Vin Rouge, Vin Blanc, Beaucoup Vin, the American Expeditionary Force in WWI) que des tracteurs chenillés soient blindés et armés pour être utilisés au combat. Hankey réussit par la suite à convaincre le War Office qui, bien que sceptique, consent à mettre à l’essai un tracteur Holt le 17 février 1915. Sa chaîne étant néanmoins bloquée par la boue, le projet est abandonné, et le War Office délaisse pour un temps tout nouveau développement.

Il reprend néanmoins ses essais en mai 1915 avec le Tritton Trench-Crosser, un véhicule équipé de larges roues de tracteur de 8 pieds de diamètre et transportant des poutres qui lui permettraient de franchir les tranchées. Le véhicule se révèle toutefois trop encombrant et est lui aussi abandonné.

La Royal Navy et le Landships Committee (« Comité des chars ») créé le 20 février 1915 et dirigé par Winston Churchill acceptent de favoriser les essais de tracteurs blindés au titre de « chars ». En mars de la même année, Churchill ordonne la production de 18 chars expérimentaux, dont 12 utilisant des chenilles Diploack (un principe notamment défendu par l’officier de la Royal Navy Murray Sueter) et 6 utilisant de larges roues (une idée défendue par l’officier du Royal Naval Air Service Thomas Gerald Hetherington). Leur production est néanmoins abandonnée, les roues étant trop larges et trop fragiles, et les chenilles trop encombrantes et pas assez puissantes.

Du fait de l’échec de tant de projets, le principe de chars massifs est abandonné par les Britanniques en juin 1915. Le Landships Committee allait désormais étudier des prototypes de plus petite taille. L’essai d’un engin chenillé américain, le Bullock Creeping Grip se conclut lui aussi par un échec en juillet 1915. L’engin est modifié, et le nouveau véhicule dit No1 Lincoln Machine est mis en construction le 11 août 1915, avant d’être testé le 10 septembre. Cet essai est encore une fois un échec.

Les développements se poursuivent néanmoins, mettant notamment l’accent sur de nouveaux modèles de chenilles. Le Little Willie est ainsi testé le 3 décembre 1915. Un modèle de forme rhomboïde est ensuite mis au point pour compenser ses faibles capacités tout terrain, l’engin étant alors connu sous le nom de Centipede ou Mother, inaugurant les tanks Big Willie. Les essais conduits à partir du 29 janvier 1916 se révèlent cette fois-ci concluants et le War Office passe le 12 février une commande de 100 unités destinées à être utilisées en France. 50 nouvelles unités sont commandées en avril. Les premiers tanks britanniques étaient nés.

A suivre : Les premiers engagements de blindés.

Bibliographie

- Robin Prior & Trevor Wilson, La Première Guerre mondiale : 1914 - 1918. Autrement, 2001.

Les chars de la Grande Guerre de Paul Malmassari. 14-18 Editions, 2010.

La guerre des chars 1916-1918 de Henri Ortholan.

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