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Histoire du Japon (3) : Les ères Nara et Heian

JunihitoeL'ère Nara débute avec l'établissement, en 710 de notre ère, de la première capitale permanente du Japon, dans la ville de Nara, dans le centre du pays. Les réformes de l'ère Asuka ont entraîné le développement d'une bureacratie impériale, qui elle aussi s'installe à Nara. Rapidement, la ville devient le premier centre urbain japonais, avec une population de 200 000 personnes.

 

Printemps culturel et automne politique

Cette urbanisation, qui rassemble les penseurs et les artistes de tout le pays, va permettre une véritable explosion culturelle, durant laquelle la culture chinoise importée avec le bouddhisme décline, et ce malgré le fait que la capitale soit bâtie selon le même plan que la capitale chinoise de la dynastie Tang, et est remplacée par une culture japonaise originale. Dans le même temps, cependant, la permanence de la cour impériale va multiplier les intrigues de palais et les luttes de pouvoir, et si les ères Nara et Heian sont synonimes de printemps culturel pour le Japon, elles sont aussi indissociables du déclin du pouvoir impériale et des premières guerres de clans.

Développement des arts et de la culture japonaise

Le premier indice de renouvellement culturel est l'abandon dès 710 des titres et habits de cour de la tradition chinoise. Les critères de beauté évoluent, et hommes comme femmes de l'aristocratie se poudrent le visage, pour blanchir leur peau, et se noircissent les dents. Les hommes prennent l'habitude de porter une fine moustache, tandis que les femmes se peignent les lèvres d'écarlate, tout ceci dans le but de se rapprocher de la « perfection » divine décrite dans les légendes sur le panthéon shinto. Les premières robes de cour complexes font aussi leur apparition. Appelées « junihitoe », elles se composaient de plusieurs épaisseurs de tissus, arrangées selon un code complexe en fonction de la saison et des fêtes sacrées.

Dit du GenjiSur le plan artistique, le développement majeur de ces deux ères fut sans doute littéraire. Bien que le chinois demeure la langue de cour, l'apparition des « kanas » ces caractères destinés à exprimer des nuances, typiquement japonais, ont permis une explosion de la littérature. Les premiers grandes œuvres apparaissent au début de l'ère Nara, avec le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (724), les premières chroniques impériales. Plus tard, des œuvres de fiction, comme le célèbre Dit du Genji, premier roman japonais, et le Livre de l'Oreiller, de Sei Shonagon, l'une des premières femmes auteur, furent écrites. La poésie connu également un développement impressionant. Les poèmes japonais, nommés waka, fleurirent un peu partout durant cette époque, car être poète était la marque d'un esprit éclairé et serein. Fujiwara no Teika, Murasaki Shikibu, Saigyo, autant de poètes célèbres.
Pour rendre tout à fait claire la portée des créations littéraires de l'époque, l'hymne national actuelle du Japon, le Kimi Ga Yo, a été écrit durant le début de l'ère Heian, vers 800.

Le Bouddhisme dans l'Empire du Soleil Levant

Si les traditions chinoises tombent en désuétude, la cour de la dynastie Tang étant considérée comme décadente, ce n'est pas le cas du bouddhisme, pourtant importé de Chine. Bien implanté dans l'archipel, le clergé bouddhiste se lance plutôt dans un processus effréné d'adaptation à la réalité japonaise. Très proche des empereurs et impératrices de Nara, cela n'ira d'ailleurs pas sans poser quelque problèmes.

Au début de l'ère Nara, le bouddhisme à la vent en poure. Un immense complexe monastique, le temple Todaiji, est construit au début de l'ère, avec en son centre une immense statue de Bouddha en bronze, dites Daibutsu, qui mesurait plus de 16 mètres de haut. Assimilé à la représentation de la Déesse du Soleil, Amaterasu, cette statue faisait la synthèse entre le bouddhisme venu du continent et les traditions plus anciennes du shintoïsme, né au Japon. Elle est toujours visible à Nara, et constitue encore aujourd'hui un monument très apprécié des touristes japonais comme étrangers. Des temples provinciaux furent établis, appelés kokubunji, de manière à étendre l'influence du bouddhisme aux régions rurales, dans lesquels le shintoïsme était encore bien implanté.

Daibutsu BuddhaLes monastères les plus anciens de l'archipel datent également de cette période, comme par exemple le grand monastère du Mont Hiei, construit par le courant bouddhiste Tendai, proche de l'empereur, et basant sa doctrine sur le sûtra du Lotus. Des réalisations culturelles et des œuvres d'art de tout le monde bouddhiste trouvèrent leur route jusqu'au Japon, notamment jusqu'au temple Shoso-in, qui archivait des textes sacrés venus d'aussi loin que les premiers caravansérail d'Asie Centrale, sur la Route de la Soie. D'ailleurs, c'est aussi grâce au développement des œuvres d'art religieux que le bouddhisme gagna en influence au Japon, à travers les peintures sur soie, la statuaire bouddhiste, la décorations des temples (mandalas) la sculpture et la calligraphie.

Le bouddhisme, religion d'Etat ? Non, mais...

Le bouddhisme cessa d'être la religion d'Etat, mais resta néanmoins un moyen pour la famille impériale de conserver et augmenter son pouvoir et son influence. L'impératrice Kôken (749-758) invita durant son règne un grand nombre de prêtres bouddhistes à la cour. Même après ton abdication en 758, elle continua néanmoins à entretenir des liens très fort avec le clergé, notamment avec un prêtre nommé Dokyô, et lorsque son cousin Nakamaro de Fujiwara prit les armes contre elle, elle parvint à le vaincre et à déposer du même coup l'empereur régnant, remontant sur le trône en tant qu'Impératrice Shotoku (764-770). Ces actions choquèrent tant la cour que les femmes furent par la suite évincées de la ligne de succession. L'implication du clergé est manifeste en ceci que l'impératrice, pour remercier le ciel de sa victoire, fit fabriquer près d'un million de charmes gravés sur bois.

Par la suite, au cours de l'ère Heian, les sectes bouddhistes Tendai et Kukai reçurent le soutien de nombreux aristocrates, notamment de l'empereur Kammu, qui était un grand admirateur du courant Tendai. Ces deux courants visaient d'ailleurs à connecter le clergé et l'Etat, considérant que la conduite de leur foi nécessitait de pouvoir influer sur les décisions politiques. C'est aussi durant cette période que les propriétés foncières du clergé grandirent en importance. Echappant aux impôts grâce à leur statut religieux, les monastères étaient aussi la cause de pertes financières suffisamment importantes pour menacer la stabilité financière de l'administration impériale.

Si l'ère Nara et le début de l'ère Heian furent le théâtre d'une véritable explosion culturelle, notamment grâce à l'invention de la forme moderne de l'écriture japonaise et au bouddhisme, les premières failles apparurent dans ce qui semblait pourtant être l'Âge d'or du pouvoir impérial. Des failles, qui tout au long de l'ère Heian, allait mener à la chute de l'Empire, et à l'apparition du shogunat.

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