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Accueil Histoire par Pays Histoire du Japon (4) : L'aube des Samouraïs

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Histoire du Japon (4) : L'aube des Samouraïs

Shogun KamakuraLa transition entre l'ère Nara et l'ère Heian passe presque inaperçu, au regard de l'importance des évènements qui sont à l'accoutumée à l'origine des changements d'ère. La capitale fut une fois de plus déplacée en 794, de Nara vers Kyôto (nommée à l'époque Heian-kyô). Bâtie sur le même plan que Nara, sur une plus grande échelle, Kyôto était un véritable monument à la floraison de l'ère impériale.

 

L'Empereur Kammu avait choisi cette ville pour renforcer le siège du pouvoir impérial : Kyoto disposait d'un meilleur accès à la mer, d'un accès fluvial, et surtout, était plus facile à atteindre depuis les provinces de l'Est. En plaçant le siège du gouvernement à cet endroit, Kammu espérait en faire un centre de pouvoir fort qui étendrait la domination impériale sur tout l'Archipel. Les victoires militaires qui firent du Nord Est de Honshu une terre japonaise étaient un premier pas vers le succès. Mais les ferments de la chute de l'autorité impériale étaient déjà présents... 

La régence Fujiwara

L'Empereur Kammu, qui semblait mener l'Empire vers la puissance, mourut en 806, laissant derrière lui un trône puissant, mais à la succession disputée. Exactement à la même période, les grandes familles nobles commencèrent à retrouver leur pouvoir perdu lors des réformes du sixième siècle. Les fermiers et les paysans indépendants possédant leurs propres terres depuis ces réformes trouvèrent plus avantageux de vendre leurs titres de propriété à ces familles. Ils travaillaient ensuite sur ces terres en tant que métayers, en échange d'une fraction de la récolte. Le résultat de cette tendance était que l'étendue des terres contrôlées par les nobles allaient en s'acroissant rapidement. Ces terres formaient des « shoên », des parcelles de grande taille, dirigées depuis un manoir, ou un château. On se rapprochait un peu du système existant dans l'Europe féodale, si ce n'est que les paysans n'étaient pas des serfs liés à leur terre. Par ailleurs, si les paysans ne pouvaient échapper aux contrôles de leur patrimoine et à la collecte des taxes, les grandes familles nobles étaient politiquement suffisamment puissantes pour obtenir des réductions substantielles de leurs impôts. La situation était d'ailleurs similaires pour les institutions monastiques. Les monastères commencèrent eux aussi à former des shoên, et eux aussi devinrent un poids important dans l'économie du pays.

Peu à peu, les empereurs perdirent le contrôle absolu qu'ils avaient sur l'administration, à mesure que les ressources financières de l'Empire diminuaient. La famille Fujiwara, l'une des plus puissantes familles nobles du Japon, qui possédaient entre autre d'immenses étendues cultivables dans le Nord du pays, se rapprocha peu à peu du siège du pouvoir, notamment par des mariages avec la famille impériale. Au cours du neuvième siècle, les Fujiwara prirent la tête du Cabinet impérial, puis plusieurs d'entre eux assumèrent la fonction de régent. La gestion des affaires de l'Empire passa peu à peu sous le contrôle de leur administration familiale qui gérait également leur patrimoine foncier. La famille Fujiwara doublait à tout les niveaux les fonctionnaires impériaux.

Si les autres clans n'avaient pas une machine administrative aussi tentaculaire que les Fujiwara, ils avaient tout de même développé leur propre administration. Les prémices du système féodal étaient déjà en place.

L'avènement de la classe militaire

A mesure que les finances de l'Empire s'effondraient, maintenir une armée impériale conséquente devint de plus en plus problématique. Peu à peu, la gestion des questions militaires devint autant, si ce n'est plus, du ressort des familles nobles que de l'administration impériale. D'ailleurs, les shoên étaient à la fois la raison et le moyen de développer des forces armées : ils permettaient de payer et de nourrir les troupes, qui, entre autres, les défendaient contre les pillards, et les incursions des Emishi (tribus du Nord du Japon). Les milices privées, qu'elles soient sous les ordres des familles nobles ou des ordres religieux, marquèrent l'émergence d'une nouvelle classe sociale, celle des guerriers (bushi), plus tard appelés samouraï (ceux qui servent).

TairaLes plus grande familles, qui contrôlaient des terres plus importantes, avaient également les armées les plus nombreuses, et par conséquent reçurent des titres militaires et le prestige correspondant de la cour impériale. Les clans Taira, Fujiwara et Minamoto, en particulier, occupaient le devant de la scène militaire. Une situation tendu s'installa, chacun des clans se méfiant des deux autres, mais aucun ne prenant l'initiative d'un conflit ouvert. Finalement, l'équilibre fut rompu par l'Empereur Go-Sanjô (1068-1073). Ce dernier, contrairement à plusieurs de ses prédecesseurs, parvint à réduire le pouvoir des Fujiwara. Il instaura un registre officiel des terres, et comme une grande partie des terres des Fujiwara n'avait pas été correctement enregistrées auprès des autorités après avoir été rachetées aux petits propriétaires, le clan Fujiwara perdit une grande partie de ses terres et de ses revenus. La rebellion de Hôgen (1156), soutenue par les Taira et les Minamoto, acheva de déposseder les Fujiwara de leur position dominante, les forçant à se retirer dans leurs bastions du Nord. Ils conservèrent leurs positions officielles, mais l'Empereur reprit le contrôle de l'administration, instaurant l'établissement d'un conseil impérial composé d'empereurs ayant abdiqué. Les divisions internes au clan accélérèrent sa chute. Pour la première fois, une guerre avait mit fin au pouvoir d'un grand clan.

La guerre de Genpei 1180-1185

Peu après la chute des Fujiwara, relégués à l'arrière plan, le poids de la puissance militaire dans l'arène politique allait de nouveau durement se faire sentir au cours de la première véritable guerre civile de l'histoire japonaise : la guerre de Gempei. Celle ci opposa les rivaux Taira et Minamoto, à partir de 1180. Les signes avant coureur d'un conflit d'envergure étaient déjà présents durant les décennies précédentes. En 1160, au cours de la révolte de Heiji, les Minamoto se soulèvent pour la première fois contre la mainmise des Taira sur la Cour impériale, et sont rapidement vaincus. A l'époque, le clan Taira domine la politique impériale grâce à un leader qui resta dans l'Histoire : Taira no Kiyomori. Chef du clan, il a eu l'audace de prendre le contrôle de la région de l'actuelle Kobe, qui était à l'époque la plus grande route commerciale entre la Chine des Song et la capitale impériale de Kyoto. Ce faisant, il a acquis à sa famille une richesse et une influence considérable. Nommé Daijo Daijin (Ministre en chef du gouvernement, seconde autorité après celle de l'Empereur), et administrateur de l'Empire, Kiyomori était le chef de facto du pays, au point qu'il faisait et défaisait les empereurs (Nijo, Rokujo, Takaku,...).

Ce faisant, les Taira s'attirèrent la haine d'une large part de la Cour, qui jalousait leur puissance. Le frère de l'ancien Empereur Gosanjo, le prince Mochihito, lança la guerre avec l'aide du clan Minamoto, espérant renverser la domination des Taira. Ces derniers réagir à l'appel aux armes de Mochihito en déplacant la capitale à Fukuhara (Kobe), au cœur de leur fief.

Les armées des deux clans se rassemblèrent durant l'été 1180, et le premier choc eut lieu à la bataille d'Uji, une catastrophe pour les Minamoto. Le prince Mochihito fut tué, de même que le chef du clan Minamoto, Minamoto no Yorimosa, et ce malgré l'aide des moines-guerriers des monastères du Mont Hiei. Les armées Taira firent par la suite le siège de ces monastères et en détruisirent la plus grande partie. Après une seconde défaite le 14 Septembre 1180 à Ishibashiyama, les Minamoto battirent en retraite vers leur forteresse de Kamakura, sur la côte de la mer du Japon. En Février de l'année suivante, Taira no Kiyomori mourut, laissant la succession à son fils cadet. A partir du printemps 1181, la guerre se figea, alors que les deux camps, séparés par plusieurs centaines de kilomètres, et confrontés à des problèmes de ravitaillement à cause de mauvaises récoltes, refusaient l'engagement.

Bataille de KurikaraFinalement, après deux ans d'impasse, les troupes se remirent en mouvement durant le printemps 1183. Les Taira furent complètement écrasés par les Minamoto à Kurikara, alors qu'ils étaient mal préparés et leurs soldats mal entraînés. Peu à peu, les Taira furent piégés à Kyoto, et furent contraints de fuir vers leurs terres de l'Ouest de Honshu et de Shikoku. Malgré les conflits internes au clan Minamoto, entre Yoshinaka et son frère Yoshitsune, qui se disputaient la direction du clan, les Taira ne se remirent jamais des désastres de l'année 1183. Après le siège de Ichi no Tani et de Dan no ura, ils furent finalement vaincus à la bataille navale de Shimonoseki, dans la mer intérieure. Le clan Taira fut complètement détruit, et le Shogunat de Kamakura fut mis en place. Le chef du clan Minamoto obtint le titre de Shogun, chef militaire du Japon. Après cette guerre, les shogun allaient détenir le pouvoir effectif et réléguer les empereurs au rang de symboles pendant près de 5 siècles. Le Japon entrait dans sa période féodale, et les samouraï devinrent la classe dominante.

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